L’HOMME QUI FAISAIT DES MIRACLES (M.A.J)

AJOUT VERSION CONTINENTALE

(HD-VOSTFR)


Réalisation : Terence Fisher

Casting : Anton Diffring, Hazel Court, Christopher Lee

Durée : 82 min

Année : 1959

Pays : Angleterre

Genre : Fantastique, Horreur


Histoire : Le docteur George Bonner détient l’élixir de l’éternelle jeunesse : une greffe glandulaire effectuée tous les dix ans lui permet en effet de continuer à paraître trente-cinq ans quand, en fait, il est déjà centenaire. Mais son collègue, le très âgé Ludwig Weisz, qui refuse de continuer à l’opérer, est assassiné. Devant la nécessité de le remplacer, Bonner kidnappe Janine et fait pression sur son amant, le Dr Pierre Gérard, pour qu’il pratique de toute urgence cette greffe au risque de périr d’un vieillissement accéléré…

MP4 HDLight 1080p 2.08 Go VOSTFR

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VERSION CONTINENTALE

Petit rattrapage : à l’instar de ce que j’ai également proposé il y a peu pour Jack the Ripper, voici la version dite « continentale » du film de Terence Fisher, c’est-à-dire réservée à l’usage du public européen à l’exclusion de la prude Angleterre, laquelle n’a donc pas pu à l’époque bénéficier d’une poignée d’images olé-olé qui agrémentent une scène dans la première partie. En l’occurrence, il s’agit selon l’expression consacrée de quelques « plans-nichons » sur l’actrice Hazel Court, dont il faut reconnaître qu’en la matière, elle a de (deux !) fort beaux atouts à mettre en avant. Cela valait bien une mise à jour : vous conviendrez aisément que si ce dévoilement anatomique ne constitue pas un élément essentiel à une bonne appréciation thématique et artistique de l’oeuvre, on aurait eu malgré tout bien tort de s’en priver…

 

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« The man who could cheat death », c’est le vilain petit canard de l’âge d’or de la Hammer : tout le monde lui tombe dessus, au prétexte qu’il n’atteint pas la qualité de « The curse of Frankenstein » ou « Horror of Dracula ». On reproche donc à un bon film de ne pas être un chef-d’œuvre, et vous avouerez qu’il s’agit là d’un bien curieux procès ; après tout, être juste en dessous du gratin, c’est quand même nettement mieux que d’être tout en haut de la lie. Et si certaines justifications à ce désamour peuvent trouver une indéniable pertinence, comme par exemple le côté bavard et confiné de l’œuvre, d’autres sont tout simplement ahurissantes : ainsi dans la moitié des chroniques qu’on peut lire sur ce film, il y est écrit que « c’est pas bien, parce que y’a pas Peter Cushing »… En voilà un drôle d’argument ! Ah non, tiens, y’a pas Peter Cushing, et puis y’a pas Lon Chaney non plus, d’ailleurs y’a même pas Clark Gable, bon ben puisque c’est comme ça on n’ira pas au ciné ce soir… Allons bon ! Je me propose donc de vous convaincre en quelques paragraphes que non, « The man who could cheat death » est un film fantastique qui ne fait pas du tout honte à cette brillante équipe technique qui a permis à la Hammer de vivre ses heures les plus glorieuses : Terence Fisher, Michael Carreras, Jack Asher, Jimmy Sangster, Bernard Robinson, Roy Ashton, toute ce beau monde étant réuni pour nous fournir ce que nous attendons, de l’horreur et de la couleur. Et tant pis si cela ne vaut pas tout à fait les autres monstres gothiques revivifiés par la célèbre compagnie de production anglaise, et tant pis si Christopher Lee n’y a qu’un modeste second rôle. Et qu’en plus, c’est un rôle de gentil, mais oui !


Au cours des années 50, la Hammer sort progressivement de l’ombre en développant des partenariats fructueux avec des distributeurs américains ; après celui conclu avec Robert Lippert au début de la décennie, et qui avait permis à la compagnie d’acquérir les studios bâtis près du village de Bray, c’est forte de quelques succès outre-Atlantique que la Hammer décide alors de traiter directement avec les grandes compagnies de distribution américaines : Warner (« The curse of Frankenstein »), Universal (« Horror of Dracula »), Columbia (« The revenge of Frankenstein »), United Artists (« The hound of the Baskervilles »), ce qui l’amène à renouveler son inspiration en se tournant résolument vers le domaine horrifique. Ces compagnies américaines deviennent commanditaires des films produits par la Hammer, en les finançant pour une large part ; en outre, elles sont dans certains cas détentrices des droits (notamment pour le personnage de Dracula, contrairement à Frankenstein qui était tombé dans le domaine public). Après les quatre premières productions citées, c’est avec la Paramount que la Hammer Films va signer son nouveau partenariat ; mais à la différence de la Universal et de son glorieux passé horrifique, cette compagnie ne possède qu’un catalogue très restreint en matière de monstruosités gothiques. Elle propose alors à la Hammer d’adapter une pièce anglaise de 1939 intitulée « The man in Half Moon street », écrite par Barré Lyndon, un scénariste et dramaturge plus ou moins spécialisé dans le thriller horrifique ; la Paramount avait déjà fait porter cette histoire à l’écran en 1945 par le réalisateur Ralph Murphy, sous un titre éponyme. Comme il s’agit d’une histoire de quête d’immortalité, l’argument de la pièce est souvent rapproché du célèbre « Portrait de Dorian Gray » d’Oscar Wilde ; mais une différence notable entre les deux concerne le vecteur de cette éternelle jeunesse, lequel reste très flou et d’ordre magique chez Wilde, alors que chez Lyndon son explicitation (transplantation régulière de glandes thyroïdes) relève clairement du domaine de la science-fiction, et plus précisément du savant mégalomane du type Frankenstein. Ce vecteur principal est augmenté d’un second, dont la forme – un mystérieux liquide qu’absorbe le protagoniste – renvoie quant à elle au thème de l’élixir de longue vie, version moderne (et échantillon probable) du mythe de la fontaine de Jouvence : c’est à Balzac que nous pensons alors plus spontanément, avec sa nouvelle éponyme de 1830 ; on notera au passage que chez Wilde comme chez l’écrivain français, la vie éternelle est associée à la figure du séducteur, un dandy chez le premier et Don Juan chez le second. Mais une troisième ascendance littéraire peut être évoquée pour l’histoire imaginée par Lyndon, qui hormis son arrière-plan science-fictionnel comporte également une composante vampirique. En effet, que ce soit chez Honoré de Balzac ou plus tard chez Oscar Wilde, l’obtention de l’éternelle jeunesse ne se fait pas au détriment d’autrui, ou tout au moins de manière limitée (parricide chez Balzac) ; dans « The man in Half Moon street », cette quête nécessite le sacrifice à intervalles réguliers de victimes chez qui on prélève la glande thyroïde : nous sommes donc beaucoup plus proche de la légende forgée sur la comtesse Bathory que de Dorian Gray. En suivant cette même idée, on peut également établir un rapprochement entre la pièce de Lyndon et une nouvelle de Jules Lermina parue en 1890, « L’élixir de vie », dans laquelle un homme se régénère indéfiniment en opérant une sorte de vampirisme sans contact, lorsqu’il absorbe l’énergie vitale des enfants (qui en meurent) par le biais du magnétisme, dans un esprit très fin-de-siècle. Comme on le voit, ramener « The man in Half Moon street » à un vague ersatz de Dorian Gray, comme on peut le lire souvent, est très réducteur si ce n’est franchement erroné, malgré les clins d’œil que l’auteur ne cesse de faire à l’œuvre d’Oscar Wilde ; beaucoup plus sûrement, nous sommes donc en présence d’une variante moderne de la princesse Bathory que Barré Lyndon aura couplé à de la science-fiction, agrémentée d’un soupçon de « Dr Jekyll et Mr Hyde » avec ce savant qui expérimente sur lui-même son effroyable découverte.


Bien sûr, pour les besoins de cette chronique, il eût été souhaitable que je lusse (!!) la pièce originelle de Lyndon, ce qu’il ne m’a pas été possible de faire ; j’ai pu en revanche regarder la première adaptation qui en avait été faite en 1945 pour le cinéma, et dont la médiocrité ne peut d’ailleurs que rehausser par contraste l’appréciation que l’on a de la version tournée plus tard par Terence Fisher. Toujours est-il que le rapprochement des deux peut donner une idée du contenu plus exact de la pièce de 1939 ; en outre, j’ai lu quelque part (mais sans pouvoir le recouper) que Jimmy Sangster, scénariste-star de la Hammer, n’aurait pas eu connaissance du film de Ralph Murphy, et que d’autre part le scénario qu’il a fourni à la compagnie anglaise serait plus proche de ce qu’avait écrit Barré Lyndon : qualifier « The man who could cheat death » de remake, comme on peut le lire souvent, s’avère donc inexact. Pour dire un mot du film de la Paramount, disons que contrairement à ce qu’a réussi Fisher par la suite, la réalisation très fade de Murphy ne parvient pas à faire oublier la maigreur du budget, par conséquent les origines trop théâtrales du projet ressortent encore bien plus cruellement que dans le film de la Hammer. En outre, cette petite œuvre tournée en 1945 cherche trop à s’inscrire dans la mode du jour, celle du film noir, mais sans vraiment d’à-propos : cela nous vaut des scènes de filature dans une gare ou de comparaison d’empreintes digitales, qui sont non seulement en décalage avec le thème fantastique mais en outre très platement filmées. Au niveau du scénario, les meurtres ne sont évoqués que par les dialogues, et surtout ils entrent en contradiction avec les réticences morales exprimées sans cesse par le vieux chirurgien ; or Jimmy Sangster tentera-t-il au moins d’apporter une explication à cela, même si elle sera un peu bancale. Le fait que le savant fou en quête d’immortalité s’adonne à une activité artistique, en peignant ou en sculptant ses maîtresses et victimes, est une caractérisation du personnage présente dans les deux films, et elle provient donc sans doute de la pièce originelle ; cette curieuse composante de l’intrigue peut paraître adroite lorsqu’elle fournit une pièce à conviction à la police, mais plutôt poussive lorsqu’elle trahit la volonté vraisemblable de Lyndon de placer son histoire en parenté avec « Le portrait de Dorian Gray ». Quant aux ajouts ou modifications apportés par Jimmy Sangster, ils sont diversement appréciables : si les mains du savant fou rendues corrosives après absorption de l’élixir est une surenchère horrifique aussi farfelue qu’inutile, il n’en va pas de même de la transposition de l’histoire dans le Paris de 1890, pourtant brocardée par la plupart des critiques qu’on peut lire. En effet, celles-ci raillent volontiers le fait de voir le fog londonien envahir les rues de la capitale française, en particulier durant une enthousiasmante séquence d’ouverture qui renvoie de manière évidente à Jack l’Eventreur ; or c’est oublier que la brume n’est pas uniquement une caractérisation graphique du Londres victorien, mais aussi une commodité habile des productions de séries B permettant de tourner un extérieur sur à peine quelques mètres carrés de décor : dans le cinéma américain, la scène finale de « Gun crazy » est un exemple bien connu de ce type d’astuce. Quant à la temporalité, je suppose que la pièce de 1939 devait présenter une action plus ou moins contemporaine, c’est tout au moins le cas dans l’adaptation tournée en 1945. Or le déplacement chronologique effectué par la Hammer correspond ni plus ni moins au cahier des charges stylistiques de la compagnie ; de toute façon, en manière de fantaisies gothiques, un ancrage dans le XIXe siècle sera toujours de meilleur aloi qu’un contexte trop moderne. A ce sujet, il est intéressant de remarquer qu’une histoire assez semblable à « The man in Half Moon street » avait été tournée deux ans auparavant en Italie par Riccardo Freda : « I vampiri » était une œuvre très estimable qui marquait le coup d’envoi du cinéma fantastique outre-alpin. Or Freda a clairement expliqué par la suite que s’il avait situé son intrigue dans un contexte contemporain, cela n’était dû qu’à une contrainte de budget lui interdisant de faire construire des décors historiques qui, le reconnait-il, auraient mieux sis à une telle histoire. Pour en revenir à « The man who could cheat death », la date de 1890 constitue en outre un possible clin d’œil au « Portrait de Dorian Gray », paru cette année-là dans sa première version. Quant au déplacement géographique de Londres vers Paris, il peut s’expliquer par la volonté qu’aurait eue Sangster de s’accorder avec les occupations artistiques du personnage principal ; on remarquera à cet effet que les verrières de son domicile renvoient aux représentations typiques des ateliers de plasticiens dans le Montmartre de la fin du XIXe siècle.

Certes, tout ça c’est bien beau, mais les grincheux continueront à dire que nan, c’est pas bien, y’a pas Peter Cushing. Effectivement, épuisé par les enchaînements de tournages qui avaient succédé à « The curse of Frankenstein », ce dernier fit défection un peu avant le démarrage de « The man who could cheat death », qui fut tourné dans les six dernières semaines de 1958. Il paraît d’ailleurs que la Paramount prit ombrage de ce désengagement, et incita même la Hammer à faire un procès à son comédien-fétiche ; heureusement on en resta aux intentions, faute d’un contrat clairement établi entre les deux parties. Eh bien quitte à vous paraître sacrilège, je déclare sans ambages que cette défection de Peter Cushing fut une aubaine pour le film ; car en nous permettant de voir Anton Diffring à l’œuvre dans le rôle principal, elle ne nous fait certainement pas perdre au change. Pour ceux qui ne le situent pas, Diffring est un de ces acteurs à qui la destinée artistique se montra d’une mordante ironie, à l’instar de l’américain Martin Kosleck (voir le post sur « House of horrors ») : d’origine allemande, moitié juif par son père, il dut quitter son pays en 1936 afin d’éviter les persécutions du fait de son homosexualité ; et lorsqu’il commença à sortir de l’ombre au début des années 1950, on lui proposa invariablement de jouer… les officiers SS, dans un nombre incalculable de films de guerre. Car cet acteur un peu singulier avait la particularité d’avoir le physique de l’aryen modèle, tel qu’on le concevrait dans une représentation de l’imaginaire nazi : beau gars au cheveux bien blonds, aux yeux bien bleus et rien qui dépasse. Et c’est là que de toute évidence, Anton Diffring était mieux indiqué pour le rôle dans le film de Terence Fisher plutôt que Peter Cushing, malgré tout le respect qu’on doit à ce dernier : dans une histoire qui ne cesse de faire des clins d’œil à Dorian Gray, et où il importe de jouer les séducteurs, la plastique de Diffring en faisait un candidat plus naturel que Cushing pour incarner le personnage. Les cinéphiles hammeromaniaques ne pardonnent pourtant pas ce choix qui s’avère en fin de compte judicieux, et s’appliquent pour beaucoup (mais pas tous, quand même) à dire tout le mal qu’ils pensent du jeu d’Anton Diffring, que pour ma part je trouve épatant, tout comme il le sera l’année suivante dans « Circus of horrors ». Lorsqu’on le compare à Peter Cushing, Diffring sait se montrer tout aussi inquiétant dans sa froideur cynique, mais on lui reproche les touches expressionnistes qu’il donne par moment à son interprétation, alors qu’il s’agit là d’un registre de jeu qui a longtemps été associé de manière naturelle au cinéma fantastique. Et bien que la Hammer ait rompu avec cette tradition, je pense que ces saillies démonstratives qui tranchent en effet avec la retenue glaçante d’un Peter Cushing ont été pleinement voulues par la direction d’acteur de Terence Fisher, car elles interviennent dans les séquences liées à la quête par le personnage de son élixir de longue vie, et les expressions outrées prises alors par Anton Diffring cherchent clairement à suggérer le comportement d’un toxicomane face à l’obtention de son produit. Pour en finir avec Diffring, deux informations valent la peine d’être mentionnées. Tout d’abord, il n’en était pas à son coup d’essai dans le fantastique et la Hammer, et je vous renvoie pour cela au paragraphe consacré au bonus de ce post. Plus intéressant encore, Anton Diffring avait déjà interprété précédemment « The man in Half Moon street » dans un épisode de la série anglaise « Hour of mystery », produite par la chaîne ABC ; l’épisode avait été diffusé en juillet 1957, et outre l’acteur allemand on trouvait également dans le casting Arnold Marlé, qui jouait le personnage du savant plus âgé, et qui lui aussi allait reprendre le rôle dans le film de Terence Fisher. On remarquera que les origines théâtrales de « The man in Half Moon street » en font un scénario particulièrement indiqué pour les adaptations télévisées ; c’est donc sans surprise que l’on constate que de l’autre côté de l’Atlantique, l’histoire imaginée par Lyndon fut portée au moins à trois reprises sur le petit écran durant les années 1940-1950.

Mais c’est justement concernant ce dernier point évoqué que le bât blesse pour « The man who could cheat death » : bien indiquée pour une adaptation télévisuelle, la pièce de Lyndon l’était beaucoup moins pour le cinéma. Il est difficile de penser qu’un metteur en scène aussi avisé que Terence Fisher n’ait pas senti le piège ; toujours est-il que le film s’avère très bavard, et souffre plus encore d’un manque de scènes en extérieur. Ces deux critiques sont très souvent formulées au sujet de l’œuvre, non sans justesse ; mais je crois cependant qu’on puisse les modérer. Commençons par dire que faire du théâtre filmé n’est pas une faute en soi, pourvu que l’on appuie davantage sur le deuxième mot que sur le premier ; quant au confinement, il représente pour tout cinéaste habile un challenge plutôt qu’une maladresse. Dans le cas de « The man who could cheat death », la grande qualité esthétique des images, due au choix du Technicolor, à son utilisation magistrale par Jack Asher, l’opérateur des grandes heures de la Hammer, et aux très beaux intérieurs conçus par Bernard Robinson, son indispensable acolyte, tout cela contribue à un enchantement visuel qui, comme dans les grands chefs-d’œuvre horrifiques de la compagnie anglaise, parvient à transcender la relative modicité du budget, ainsi que cette exigüité des lieux. A ce sujet, l’habileté des cadrages est absolument confondante en ce qu’elle parvient toujours à nous faire oublier l’étroitesse du plateau de tournage ; j’ai lu le témoignage de quelqu’un qui avait eu le loisir de visiter un jour dans les studios Bray le décor construit pour « Horror of Dracula », et qui s’était étonné d’y trouver un corridor de château aussi petit, alors que dans son souvenir de cinéphile l’endroit lui paraissait au contraire d’une ampleur imposante. D’une manière plus générale, le sens de l’économie acquiert chez la Hammer une dimension tout à fait remarquable, et les plus fins connaisseurs de leurs productions se plairont ainsi à repérer dans « The man who could cheat death » comment certains intérieurs du château précité ont été habilement recyclés pour l’occasion. Au niveau de l’horreur graphique, le film se montre plus sage que ses illustres prédécesseurs, dont les saillies colorées avaient irrité les censeurs et fait couler pas mal d’encre, à défaut de sang ; on remarque quand même l’excellent travail du maquilleur Roy Ashton, pour la première fois en solo, qui étonne surtout dans les dernières scènes. Bref, tous ces brillants techniciens sont au mieux de leur forme ; quant à Terence Fisher, il avait appris son métier en officiant comme monteur, et par conséquent en tant que metteur en scène il se montre toujours soucieux d’insuffler du rythme à ses films. Ce dynamisme qui faisait merveille dans « The curse of Frankenstein » ou « Horror de Dracula » se trouve ici quelque peu percuté par l’essence théâtrale du scénario initial, et dont Jimmy Sangster n’a pas suffisamment cherché à s’extirper, nous assénant par moment de trop longs dialogues. Mais par un effet de courants contraires, ces deux tendances s’annihilent pour donner une œuvre qui, malgré ses penchants pour la dissertation, n’est finalement jamais ennuyeuse. Bref, il m’est difficilement compréhensible qu’on puisse faire la fine bouche devant un film d’une aussi bonne tenue ; et pourtant « The man who could cheat death » déçut dès sa sortie en 1959, et ne fut d’ailleurs même pas distribué en France. Aujourd’hui encore, il reste mal connu et déprécié, de manière fort injuste ; et je suis satisfait d’avoir tenté ici, à ma modeste petite échelle, de le réhabiliter un peu aux yeux de quelques cinéphiles curieux. Quant au fameux plan nichon d’Hazel Court coupé au montage, je vous laisse consulter si cela vous chante l’abondante et inintéressante littérature qu’il a suscitée ; pour ma part un tel sujet, et vous en conviendrez sûrement vous aussi, s’apprécie plutôt en images qu’en paragraphes.


En guise de bonus, je vous livre l’épisode pilote d’une série télévisée avortée de 1958, intitulée « Tales of Frankenstein » ; il s’agit une coproduction anglo-américaine qu’avaient entrepris de se partager la Hammer avec la Columbia, dont le projet était de mettre en scène sur 26 épisodes d’une demi-heure des péripéties macabres impliquant le célèbre baron Frankenstein et ses créatures. C’était pour la Hammer une occasion de plus d’investir le marché outre-Atlantique, et pour la Columbia celle de mettre à profit les droits de diffusion télévisée des monstres de la Universal, qu’elle avait acquis l’année précédente. Or c’est justement là que les choses se gâtèrent rapidement, la compagnie américaine ayant eu tendance à tirer d’emblée la couverture à elle et imposer ses choix artistiques, discutables qui plus est. Ainsi tous les scripts proposés par la Hammer furent rejetés sans autre façon, au profit du travail de scénaristes du cru, et dans l’unique épisode qui fut effectivement tourné – à Hollywood, par Curt Siodmak – les seules concessions faites à la firme anglaise se bornèrent au choix de l’acteur incarnant le sinistre baron, en l’occurrence Anton Diffring, et à quelques éléments étant directement afférents au personnage : son style visuel (accoutrement, laboratoire) ainsi que son tempérament (amoralité hautaine sans la moindre empathie), reprenant bien sûr en cela ce qui avait été mis en place pour Peter Cushing dans « The curse of Frankenstein ». Mais rien de plus ; pour tout le reste, la Columbia impose ce qui ne relève que d’un vulgaire recyclage des formules de la Universal, et l’aspect très karlovien du monstre en est le symptôme le plus caricatural ; certaines images des scènes génériques et introductives sont même directement reprises de « Dracula » de Tod Browning et de « Inner sanctum ». Etant donné le regard innovant qu’avait su brillamment apporter la Hammer au mythe de Frankenstein dans son film de 1957, cette tentative de retour en arrière aux recettes des films Universal des années 30 apparaît bien sûr comme un non-sens, qui ne pouvait que vouer instantanément cette série à l’échec. Michael Carreras, producteur délégué de la Hammer, ne s’y trompa pas et se désengagea immédiatement du projet ; Anthony Hinds lui succéda et fit de même peu après, et il ne resta comme trace filmée du projet que cet épisode pilote qu’on ne chercha même pas à vendre à une chaîne de télévision pour une diffusion, et qui est resté depuis dans le domaine public. Pour Anton Driffing, dont je vous ai dit plus haut tout le bien que j’en pensais, ce fut néanmoins là pour lui une première entrée dans le fantastique, dans laquelle il s’efforçait avec talent de se placer dans le sillon creusé par Peter Cushing l’année précédente ; et même si tout cela restait dans un registre particulièrement sinistre, au moins cela le changeait-il de ses rôles d’officier nazi dans tous les films de guerre qu’on pouvait tourner en Angleterre à cette époque. On peut dire en tout cas que le pauvre Diffring n’eut jamais l’occasion de jouer les candides ou les boute-en-train… Mentionnons pour finir qu’hormis cet unique épisode, « Tales of Frankenstein » fut l’occasion pour la Hammer de faire écrire à ses scénaristes quelques scripts qui purent être ensuite réutilisés dans la série de films qu’elle produisit durant les années 60, en prolongement des effrayantes aventures du fameux baron.

MP4 WEBRIP 400 Mo VOSTFR (27 min)

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Concernant cet épisode de « Tales of Frankenstein », j’en ai effectué un sous-titrage à l’oreille, ce qui m’a été permis par la diction relativement claire des comédiens et par l’obtention des sous-titres auto-générés par youtube. Concernant la vidéo, après quelques hésitations j’ai choisi un fichier qui est tagué par intermittence (apparition d’une image lors des génériques et des fondus enchaînés, pas trop gênant) plutôt qu’un autre qui ne l’était pas, car je trouvais l’image de ce dernier beaucoup trop sombre ; la qualité vidéo reste quand même très moyenne, mais cela fait quand même l’affaire. Une version sous-titrée français de ce petit téléfilm circulait déjà, mais je crois qu’avec celle-ci vous gagnerez un petit peu en ce qui concerne la qualité d’image et celle du sous-titrage. Quant à « The man who could cheat death », le sous-titrage que vous lirez si vous le regardez est là encore le résultat d’une traduction personnelle mais cette fois-ci d’après des sous-titres anglais, le tout entièrement redécoupé et synchronisé réplique par réplique (mais si ! je me prends vraiment la tête !) à un BRrip de toute beauté qui fait honneur au somptueux travail de Jack Asher. Lui et les autres habiles collaborateurs de Terence Fisher ont contribué à la réussite de ce film qui, redisons-le une fois encore, vaut bien mieux que ce qu’on en dit trop souvent, même si ben non, c’est comme ça, y’a pas Peter Cushing : ein gross malheur, Herr Frankenstein, ach !


Un partage et une traduction de


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