HD
(VOSTFR)
Réalisation : Bert I. Gordon
Casting : Orson Welles, Pamela Franklin, Lee Purcell
Durée : 82 min
Année : 1972
Pays : USA
Genre : Horreur
Une jeune femme vient habiter avec son mari dans une ville nommée Lilith. Elle découvre qu’un vieil homme cache divers adeptes de la sorcellerie…
MKV HDLight 1080p 1.73 Go VOSTFR
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Pour la reprise, rien de mieux qu’un petit nanar pour se remettre en forme, en attendant les choses plus sérieuses la semaine prochaine ; a tombe bien, le cinéma américain de consommation courante a offert aux spectateurs durant toutes les années 70, particulièrement dans le créneau horrifique, pléthore de ces petits films aussi glauques dans leur ambiance que minables dans leur réalisation. Or en la matière, le triomphe commercial d’une production de prestige entraîne immanquablement, dans les trois ou quatre ans qui suivent, d’une succession ininterrompue de zéderies qui en reprennent les ficelles avec plus ou moins d’habileté – et souvent moins, beaucoup moins… Dans le cas présent, il s’agit de Rosemary’s baby, dont le succès en 1968 va être mis à profit pour coller aux obsessions new-age et psychédéliques du moment, ainsi qu’aux exigences voyeuristes du cinéma d’exploitation. Il en résulte deux ans plus tard le tournage de Necromancy, un film aux thématiques confuses et à la réalisation hasardeuse, même si comme on va le voir les démêlés de la production peuvent excuser en partie le côté très brouillon du film ; quant à la présence d’Orson Welles au générique, même si elle permet sans doute aujourd’hui au film d’échapper à un oubli relativement mérité, elle n’occasionne nullement un rehaussement de la qualité d’ensemble, bien au contraire.
La chronologie étalée de Necromancy met d’emblée la puce à l’oreille pour expliquer le côté très aléatoire du résultat : alors que le film est tourné en 1970 dans la région de la baie de San Francisco, la sortie en salle aux Etats-Unis ne s’effectuera pourtant qu’à l’automne 1972 ; entre-temps, de nombreuses bisbilles sont venues contrecarrer la cohérence du propos. Pour faire court, c’est le réalisateur Bert I. Gordon – bien connu des amateurs de fantastique pour être le spécialiste des effets spéciaux « gullivériens » – qui semble bel et bien être le porteur du projet, puisqu’outre la mise en scène, son nom est associé à l’écriture du scénario mais aussi à la production du film, en partage avec deux autres sociétés – dont Premiere Pictures – qui aident Gordon à supporter financièrement l’ensemble du projet. Mais à l’achèvement du tournage en février 1971, Premiere se montre mécontente de résultat et charge quelqu’un de remonter le film, avec sans doute le tournage d’éléments additionnels ; bien entendu, Bert I. Gordon prend ombrage de ces mauvaises manières, intente un procès et gagne le droit de re-remonter son film à sa guise en trois semaines. Enfin, rien n’est tout à fait clair, car il semble que l’année suivante un nouvel arrêt statue en faveur de Premiere, qui obtient les droits de distribuer le film de la façon dont il l’entend ; c’est donc un peu comme ce qu’on voit à l’écran, on ne comprend pas très bien comment tous les éléments de cette histoire s’articulent… Car de toute manière, toutes ces informations ne nous disent pas sur quels aspects du film se fondaient les divergences de vue entre le réalisateur et la société de production et de distribution ; il est donc difficile d’y voir clair. Pour compliquer le tout, des considérations en lien avec la censure et la future rentabilité commerciale du projet se sont aussi mises de la partie : dans la crainte de ne pas obtenir un certificat PG (moins restreignant qu’une classification R ou X), le montage final s’est résolu à supprimer la plupart des scènes de nudité, dont il semble qu’on ne s’était pas privé à l’origine afin notamment de tirer le meilleur parti possible du physique avenant de l’actrice britannique Pamela Franklin, laquelle déambule d’ailleurs en mini-jupe de la première à la dernière bobine : on voit bien là où se situent une part importante des intentions du film… Dans tout cet imbroglio, l’habitude cinéphilique porte à penser spontanément que le réalisateur menait un projet à peu près sérieux et cohérent, mais mis à mal par la suite du fait des velléités commerciales d’un distributeur qui ne jurait que dans le tape-à-l’oeil. Or si je n’ai pu obtenir aucune certitude là-dessus, un élément me porte cependant à croire qu’il s’est bien joué pour Necromancy quelque chose de cet ordre-là. En effet, le film ressortit dix ans plus tard sur le marché de la vidéocassette dans une version entièrement remaniée, et rebaptisée pour l’occasion The witching : or outre un dénouement de l’histoire bien moins convaincant (j’y reviendrai), ce remontage tardif se distinguait par son orientation porno-soft, avec l’addition de plusieurs scènes de nudité dans un contexte orgiaque (miam !). Or il est intéressant de noter que c’est précisément le nom de Premiere que l’on trouve associé à l’élaboration de cette nouvelle version de 1983, dont on peut donc supputer qu’elle correspond à ce qu’aurait souhaité montrer au public dès 1972 la société de production et distribution, et non le réalisateur Bert I. Gordon. Bref, après de tels démêlés, on ne saura guère surpris de constater que la confusion règne en maître dans ce film qui semble se contenter de mélanger des ingrédients hétéroclites qui faisaient la sensation du moment, sans le souci d’accorder un tant soit peu les saveurs par un assaisonnement adéquat. Quant à Orson Welles, il serait naïf de croire que sa présence dans le rôle du grand prêtre luciférien traduit un quelconque intérêt qu’aurait porté le célèbre cinéaste sur un projet aussi bancal ; l’explication est qu’en ce tout début des années 70, Welles cherchait de l’argent par tous les moyens, sans doute dans le but de mener à bien son propre projet pour The other side of the wind. Il en résulte qu’on le trouve durant cette période à figurer au générique – en tant qu’acteur – d’à peu près tout et n’importe quoi : Get to know your rabbit (catastrophique débuts de De Palma), The man who came to dinner (version télévisuelle), et donc ce Necromancy que Welles semble mépriser au point de donner la plus sinistre interprétation de sa carrière, pour laquelle il se contente de marmonner son texte d’une manière particulièrement consternante. Bref, si Gordon pensait que la présence d’Orson Welles apporterait du prestige à son film, c’est exactement le contraire qui s’est produit : le premier venu aurait mieux fait l’affaire, tant la mauvaise volonté de cette diva fauchée du 7e art contribue à plomber le film ; d’ailleurs, une telle attitude (car pourquoi vouloir saboter ainsi le film ?) ne révèle pas ce grand homme de cinéma sous son meilleur jour.
Hormis la volonté trop évidente de Necromancy à produire des images où s’agglomèrent les sujets à la mode d’alors (psychédélisme, trip sous acid, spiritisme new-age, libération sexuelle), au risque d’une désuétude certaine, ainsi qu’à proposer un scénario qui cherche à tout prix à jouer le rapprochement utile avec Rosemary’s baby (thème de l’« inquiétant enfantement »), le film souffre également d’un manque de clarté quant à sa thématique centrale, l’occultisme, un terme déjà suffisamment vague en lui-même sans qu’il soit besoin d’en rajouter dans la confusion, notamment celle entre néo-paganisme et satanisme. Il y a d’ailleurs là quelque chose qui met en lumière une contradiction assez symptomatique de ce cinéma d’exploitation américain des années 70, qui bien que nettement porté sur la forme par tout le courant de la contre-culture, ne cesse pourtant sur le fond de promouvoir les valeurs les plus réactionnaires : sorti la même année, The last house on the left de Wes Craven en est un bon exemple de ce curieux phénomène, sur un tout autre sujet. Or dans le cas présent, le même genre de tête-à-queue idéologique est à l’œuvre, dans la mesure ou l’association que propose Necromancy de toute religion alternative à du satanisme correspond à l’éternel réflexe hégémonique des grandes religions monothéistes, en l’occurrence le christianisme : il s’agit pour celles-ci de porter systématiquement un jugement moral infamant sur ce qui ne relève que de la diversité des croyances. Car sur la forme, ce culte étrange pratiqué dans la petite ville communautaire qui sert de décor (moche) à Necromancy a clairement les atours d’une secte néo-païenne comme il en émergeait à la faveur des idéologies « libératrices » des années 60 ; or à la fin du film, lorsqu’on en vient à nommer les choses plus clairement, c’est bel et bien Lucifer que l’on invoque lors du rituel : il s’agit donc pour le film de surfer également sur une mode parallèle en plein essor, celle du satanisme cinématographique, initiée par Polanski ainsi que par Terence Fisher (The devil rides out), et qui trouvera bientôt son apothéose avec The exorcist de Friedkin. Ouais… sauf que danser à poil autour du feu le soir de la Saint-Jean, c’est certes à peine moins con que de faire allégeance au mal, mais il n’empêche que cela n’a a priori rien à voir. Il est vrai que cette association thématique était depuis longtemps ancrée dans le domaine de la fiction, en particulier dans ce qu’on appelle aujourd’hui le folk horror : déjà à la fin du XIXe siècle, Arthur Machen, dans son excellente nouvelle pré-lovecraftienne Le grand dieu Pan, y recourait sans autre forme de procès ; il n’empêche que ce syncrétisme fictionnel, comme je le disais plus haut, me semble procéder d’un jugement de valeur propre au conservatisme religieux le plus étroit. On notera cependant qu’on trouve dans le cinéma des années 70 au moins une œuvre, d’ailleurs mieux réussie formellement, qui cherche à se démarquer de ce type d’amalgame : Simon king of the witches, tourné à peu près au même moment que le film qui nous occupe ici ; il s’agit d’une exception assez remarquable. Pour en revenir à Necromancy, j’ai été surpris de lire quelque part que Raymond Buckland avait officié comme consultant sur le tournage du film : adepte influent de la Wicca, Buckland aurait ainsi obtenu quelques modifications de scénario visant à présenter la sorcellerie néo-païenne sous un jour un peu plus positif qu’à l’habitude, c’est-à-dire détaché de toute orientation satanique ; il fut très certainement déçu en découvrant le résultat à la sortie du film. Mais de quoi s’agit-il ? Dans tout le marigot des cultes new age qui ont émergé à partir de la fin des années 50, la Wicca est la secte qui a de toute évidence le mieux réussi, au point d’avoir acquis aux Etats-Unis le statut juridique de religion, son succès résultant sans doute de sa relative ancienneté ; dans le film de Bert I. Gordon, les références au Dieu Cornu (qui n’est pas nécessairement le diable) semblent témoigner des interventions de Buckland sur le scénario. Or même si les théories historiques de Margaret Murray concernant les sorcières, et sur lesquelles se basent la Wicca, ont été infirmées depuis longtemps par les chercheurs, il n’empêche que l’assimilation de certaines divinités préchrétiennes au diable par le truchement d’attributs communs (dont les fameuses cornes) résulte de toute évidence des efforts conjoints de l’église chrétienne pour discréditer les cultes priapiques de l’Antiquité mais aussi plus récemment des sectes sataniques du XXe siècle qui ont repris à leur compte ces détournements.
Si l’on s’en tient à des considérations purement cinématographiques, il n’y a rien pour rehausser les errements thématiques de Necromancy. Il est vrai que les approximations du récit et le caractère hasardeux de certaines ellipses narratives résultent très certainement des tripatouillages évoqués plus haut lors de la distribution du film ; il en résulte une impression de franche nanardise qui n’incite guère à la clémence de certains cinéphiles qui, à l’image de l’auteur de ces lignes, ont une certaine réticence envers les sujets à base de diableries. De plus, le fait que le récit soit uniquement centré sur le point de vue de la jeune femme – afin que l’on puisse apprécier tout le long du film ses attraits physiques – a pour résultat d’appauvrir considérablement la narration, qui se contente d’enchaîner fastidieusement des scènes d’épouvante, toujours basées sur les mêmes effets, à savoir de brusques saturations sonores en appui de coupes en gros plans. La photographie est quelconque ; or si le côté fadasse des couleurs est sans doute dû au vieillissement de la copie utilisée pour le transfert, on est en revanche moins disposé à montrer de la mansuétude envers la laideur des décors utilisés et la faiblesse des effets visuels, un comble de la part d’un réalisateur connu pour son goût du trucage : il est vrai que le scénario ne lui offrait aucun géant à filmer… Le pire pour Necromancy est que dès qu’une bonne idée commence à émerger, elle trébuche aussitôt sur des lourdeurs de mise en scène ; à ce titre, la scène finale (de la version de 1972, qui est bien celle proposée ici) constitue un exemple frappant de cela. En effet, pour conclure l’histoire, le scénario propose une élégante pirouette temporelle dans le goût de Twilight zone, ce qui constitue une excellente initiative ; un téléphone qui sonne concentre alors l’angoisse du spectateur. Mais patatras ! la bonne inspiration est aussitôt tuée dans l’œuf par l’utilisation grotesque et abusive d’effets de caméra à base de zooms et de courtes focales, qui trahit le manque de subtilité d’une mise en scène qui ne peut se dispenser de surlignage ; l’enthousiasme retombe alors comme un soufflet… Quant au remontage olé olé pour la nouvelle exploitation du film sous le titre The witching, le fait qu’une bonne idée ait ainsi tenté d’émerger à la fin de ce fatras semble avoir effrayé les auteurs de cet ultime tripatouillage, qui se sont empressés de supprimer ce dénouement trop habile en coupant juste avant sur une scène horrifique très convenue. Le résultat ne doit pas manquer d’être désastreux ; mais ces remonteurs au mauvais goût affirmé devaient de toute manière s’en foutre royalement, vu qu’ils en avaient profité pour insérer des plans de filles à poil durant les scènes de coven (assemblée de sorcières) : on a les victoires qu’on peut. Bref, quand ça veut pas, ça veut pas ; d’ailleurs, même le titre du film est à côté de la plaque : la véritable nécromancie n’a en effet rien d’un rituel impliquant une quelconque résurrection et encore moins le sacrifice de quiconque, mais elle se contente d’aller s’enquérir auprès des morts de certaines réponses aux interrogations des vivants, notamment dans un but divinatoire, ce qui n’est tout de même déjà pas si mal. Quant à Bert I. Gordon, qui d’ailleurs n’avait initialement pas choisi ce titre (l’œuvre devait s’intituler The toy factory), peut-être avait-il raté sa réelle vocation cinématographique : après s’être acharné à tourner des films stupides sur la vie des gens qui mesurent 15 mètres de haut et se perdre ensuite dans ce navet new age satanique, il trouva enfin l’inspiration l’année suivante en tournant The mad bomber, un thriller policier tout à fait regardable et qui proposait même deux affreux pour le prix d’un (Chuck Connors et Neville Brand) et Vince Edwards pour leur courir après ; on se dit par conséquent que Gordon aurait certainement mieux fait d’emprunter cette voie-là plutôt que le fantastique.
Necromancy ne fait pas partie des inédits de la cinéphilie en ligne : un sous-titrage en avait déjà été proposé il y a quelques années, et c’est l’apparition récente sur le net de fichiers HD issus d’une sortie en blu-ray qui m’a poussé à vous le proposer à mon tour. Après avoir estimé que ce précédent effort était d’une qualité nettement insuffisante pour des cinéphiles aussi exigeants que vous (j’en suis certain), je me suis dit qu’il valait mieux tout reprendre intégralement, et je vous propose donc un sous-titrage de mon cru, par adaptation directe d’après les sous-titres anglais, avec refonte intégrale du timing ; et si j’ai incrusté le résultat directement sur la vidéo, c’est parce que je suis moi aussi possédé par Lucifer. En tout cas, cela veut dire que j’ai passé concrètement au moins quatre après-midi à travailler sur un film minable datant d’il y a plus de 50 ans et que je trouve même personnellement encore plus nul que d’après l’avis général. Parce que comme disait l’autre jour un type au comptoir du bistrot où je vais le mardi midi, en s’adressant au patron par-dessus le zinc : « J’te jure que dans c’pays, y en a ils ont vraiment rien à foutre ». Et même qu’aussitôt après, il a vidé d’un trait son ballon de rouge, et il a ajouté : « Ouais, c’est tout comme j’te dis. Et maintenant, j’me tire. »
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