THE RIDER OF DEATH VALLEY

(VOSTFR)


Réalisation : Albert S. Rogell

Casting : Tom Mix, Lois Wilson, Fred Kohler

Durée : 74 min

Année : 1932

Pays : USA

Genre : Western


Histoire : Rigby, Larribee et Grant ont chacun un tiers de la carte de Bill Joyce localisant sa mine d’or. Les trois hommes, avec la sœur de Joyce, Helen, se dirigent vers la mine. Mais survient un accident qui met en fuite un cheval transportant des fournitures et qui les laisse bloqués dans le désert avec très peu d’eau…


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A partir de 1928, la conjugaison de divers facteurs fait que les choses commencent à mal tourner pour Tom Mix. L’arrivée du cinéma parlant commence à se préciser ; or on sait que ce tournant fut difficile à prendre pour de nombreuses stars du muet. Qui plus est, le western est alors un genre qui se montre encore mal adapté à cette révolution technologique : il suppose des tournages en extérieur, dans la poussière, et les équipements pour la sonorisation sont encore fragiles et rudimentaires. La rémunération élevée à laquelle s’est habitué Mix entre en contradiction avec ces nouvelles exigences, et la Fox décide de ne pas renouveler son contrat. L’acteur parvient certes à singer un nouveau contrat chez HBO (qui deviendra la RKO), mais le budget des films n’est plus aussi confortable qu’à la Fox, et le succès ne sera pas au rendez-vous ; la production du 6e film est annulée, après que la compagnie ait décidé à son tour de ne plus investir dans des westerns. L’année 1929 va enfoncer le clou : non seulement Mix n’a plus de contrat à Hollywood mais il approche de la cinquantaine, et souffre de blessures faites lors des tournages ; en outre le krach boursier lui fait perdre une grande partie de sa fortune ainsi que son ranch luxueux en Arizona. Mais la star incontestée du western n’a jamais rompu les liens avec l’univers des Wild West Shows au sein duquel elle s’était formée, c’est sa vraie passion et sa valeur refuge ; ainsi en avril 1929, Tom Mix s’engage pour une première tournée avec le Sells Floto Circus pour un salaire hebdomadaire de 10 000 $. Il commence alors à se faire oublier du public des salles obscures, et fait encore deux tournées supplémentaires avec la compagnie de cirque ; mais en novembre 1931, il est contacté par Carl Laemmle pour signer un contrat avec Universal Studios. Comme toutes les autres compagnies, la Universal avait cessé la production de westerns avec l’arrivée du cinéma parlant, en ne renouvelant pas les contrats de Ken Maynard et Hoot Gibson. Mais un ou deux ans plus tard, Universal revient sur sa décision et souhaite marquer le coup en s’offrant une star de renom : en lui proposant sa propre unité de production, un regard sur le casting et les scénarios, et un budget de 100 000 $ par film, elle réussit sans difficulté à convaincre Tom Mix de faire son retour sur le grand écran.


Le premier véritable rôle de Tom Mix pour la Universal se fera dans le cadre d’une adaptation d’un roman de Max Brand (voir le post d’il y a deux semaines), « Destry rides again », qui sera suivie par huit autres films dont les sorties s’étaleront jusqu’en 1933. Selon une habitude ancrée depuis longtemps dans la filmographie de Mix, son personnage à l’écran se nommera invariablement Tom Ceci ou Tom Cela ; il retrouvera également sur la plupart de ces œuvres parlantes l’excellent opérateur Dan Clark, avec qui il avait déjà travaillé à la Fox. Le second film tourné pour le compte de Carl Laemmle est « The rider of Death Valley », sorti à la fin du mois de mai 1932, et c’est celui que vous propose donc cette semaine. On peut d’ores et déjà en donner deux caractéristiques : de toute cette série de 9 films parlants de Mix à la Universal, c’est le plus ambitieux, ne serait-ce que par son budget avoisinant les 105 000 $ ; et c’est aussi le plus réussi, tout au moins si l’on en croit ceux qui ont pu voir tous les autres (ce n’est pas mon cas). Pour autant, il ne s’agit pas d’un chef-d’œuvre, et la note très haute que lui attribue imdb paraît quand même exagérée. Même si ce film est d’une qualité très estimable, et présente comme on va le voir quelques atouts solides, il est cependant tiraillé par quelques contradictions qui affectent sa conception même : à ce titre, il est un parfait exemple des difficultés qu’il y a à définir sans trop d’ambigüités ce qu’est un « western de série B ». En termes financiers, on a vu que le budget du film était relativement confortable, ce qui s’accorde mal avec une catégorisation B tout à fait franche ; outre Tom Mix dont le nom était encore largement auréolé de sa gloire au temps des films muets de la Fox, le casting qui l’entoure bénéficie lui aussi d’un certain prestige : en particulier, Lois Wilson et Fred Kohler avaient figuré au générique de quelques westerns prestigieux des années 1920. Un autre atout majeur de « The rider of Death Valley » réside dans son scénario solidement conçu par Jack Cunningham, particulièrement à l’aise pour concevoir des récits d’aventures, aidé par Al Martin. Mêlant adroitement western et chasse au trésor, l’histoire permet de tirer un bon parti des décors naturels de la Vallée de la Mort, avec une seconde partie qui s’apparente à une déclinaison mineure du célébrissime « Greed » d’Eric von Stroheim : on retrouve le thème de la rapacité et de conditions climatiques extrêmes qui se mêlent pour faire sombrer des hommes dans la folie meurtrière. Qu’on se rassure : Tom Mix, lui, saura garder la tête froide, sans doute à cause de son grand chapeau… Son fidèle cheval Tony est bien sûr au rendez-vous (en fait une de ses doublures qui lui a succédé, nommée Tony Jr, sans lien de parenté), et on remarquera une émouvante scène dans laquelle le personnage joué par Mix, poussé par la précarité de sa situation, en vient à malmener sa célèbre monture – à contrecœur bien entendu. Bref, ce récit particulièrement convaincant parvient à maintenir sans difficulté l’intérêt du spectateur tout au long du film, et Jack Cunningham sera à nouveau convié pour écrire les scénarios des films de Tom Mix qui suivront. Ce genre de western qui tourne autour d’une mine d’or perdue en terrain hostile, avec en filigrane le thème de l’avilissement de l’homme par sa cupidité, constitue une veine que l’on serait tenté de placer dans le sillage du « Trésor de la Sierra Madre » paru en 1927. Toutefois, l’influence du fameux roman de Traven paraît dans le cas présent très incertaine, étant donné qu’il est resté à peu près inconnu jusqu’à son adaptation par John Houston en 1947 ; avant cela, seuls 2800 exemplaires en avaient été vendus aux Etats-Unis… Hormis quelques similitudes en surface, l’intrigue du film avec Tom Mix est par ailleurs assez différente, et l’influence la plus probable pour « The rider of Death Valley » reste donc le film de Stroheim ; à noter que « The walking hills », que tournera John Sturges en 1949 sur un scénario de Le May, présente également quelques parentés au niveau de l’histoire, renforcées par le fait qu’il fut tourné lui aussi dans la Vallée de la Mort.

Parlons-en, justement, de ce décor… car de tout évidence il partage la vedette avec Tom Mix, quitte presque à la lui voler. Entourée par les montagnes de la chaîne Panamint, la Vallée de la Mort est connue pour être un des endroits les plus inhospitaliers au monde : située à la frontière entre la Californie et le Nevada, elle est l’endroit le plus chaud, le plus sec et le plus bas de tout l’hémisphère occidental. Le fait qu’on aille y chercher une mine d’or perdue, comme dans le film qui nous occupe ici, n’est pas tout à fait fantaisiste mais tout de même un peu erroné : les premiers téméraires à s’y être aventurés furent une poignée de « Forty-niners » qui cherchaient un raccourci pour atteindre les régions aurifères de Californie ; or le métal précieux que l’on trouva sur place fut essentiellement de l’argent. Mais l’exploitation minière la plus connue de la Vallée de la Mort fut celle du borax dans les années 1880, extrait puis transporté à dos d’animal jusqu’à la gare de Mojave, dans de célèbres convois de 20 mules (en fait 18 mules et 2 chevaux) dont Richard Thorpe tira en 1940 le film « 20 mule team ». Mais le souvenir de ces convois pittoresques avait commencé à ressurgir dès 1930, lorsque la Pacific Coast Borax Company a décidé de populariser ses produits en demandant au scénariste et publicitaire Ruth Woodman de créer un programme radiophonique axé sur l’histoire de la Vallée de la Mort. Intitulée « Death Valley days », cette émission diffusa de 1931 à 1945 avant de prendre en 1952 la forme d’une série télévisée homonyme produite par Gene Autry. On voit donc qu’un mouvement de mise en valeur de cet endroit singulier des Etats-Unis s’enclenche au tout début des années 30, et que c’est probablement dans le sillage de celui-ci qu’il convient de placer le tournage de « The rider of Death Valley » en 1932. Le point culminant de cette initiative de mise en valeur de la Vallée de la Mort sera atteint l’année suivante, lorsque le site sera proclamé monument national le 11 février 1933 ; il constitue aujourd’hui le plus grand parc national du pays, si l’on excepte l’Alaska. Mais je m’égare… Pour en revenir au film avec Tom Mix, non seulement les paysages de dunes y sont magnifiés par la très belle photographie de Daniel B. Clark, mais certaines lignes de dialogues contribuent également à célébrer la beauté austère des lieux ; quant aux conditions climatiques extrêmes qui y règnent, elles constituent un élément moteur du scénario comme je l’ai écrit plus haut. Joyau géographique de l’Ouest américain, la Vallée de la Mort est donc bel et bien la covedette de ce film ; notons qu’en cela, « The rider of Death Valley » se situe dans la lignée des grandes œuvres tournées par Tom Mix durant la décennie précédente pour la Fox Films, et dans lesquelles il s’agissait également de mettre à l’honneur les espaces naturels les plus remarquables du grand pays : nous avions vu cela à propos de « Sky high » et de « The great K&A train robbery ».

Tous ces éléments que je viens d’énoncer donnent à « The rider of Death Valley » des gages de sérieux et de prestige, qui vont quelque peu à l’encontre de l’idée que l’on accole au nom de Tom Mix : celle de la relégation du western vers ce que l’on appelle la « série B », terme un peu fourre-tout dont les acceptions peuvent être de natures très différentes. Le terme renvoie en premier lieu à des considérations budgétaires, et il est intéressant de noter que c’est précisément la Universal qui, dans la seconde moitié des années 1910, a été la première compagnie à catégoriser ses productions en fonction du budget qui leur était alloué ; ce formatage implique que bien souvent, la durée des films devient un marqueur de son appartenance à telle ou telle catégorie. Si l’on compare ces caractéristiques concernant « The rider of Death Valley » (105 000 $, 75 minutes) à ce qui se faisait alors en matière de série B (et il n’est même pas sûr que ce terme existait déjà) d’une manière générale ou à la Universal en particulier, il apparaît que le film se situe certes bien en dessous d’une production de type A, mais pourtant au-dessus de tout ce que l’on qualifie généralement de B. Voilà pour le quantitatif ; mais la notion de série B a acquis au fil du temps une notion également qualitative : elle est censée manquer d’ambition sur le fond, au profit du pur divertissement. Or dans le cas de ce film, il est intéressant de voir que le tiraillement observé en ce qui concerne ses caractéristiques chiffrées est encore plus évident au sujet de ses visées artistiques ; car si j’ai mis en évidence que le scénario et l’exploitation qu’il fait de ses décors naturels font de tout évidence preuve d’une certaine ambition, celle-ci est curieusement contrecarrée en permanence par des scènes dont la tonalité plus enfantine semble tout au contraire vouloir ramener le propos aux attentes d’un public à faibles exigences. Autrement dit, les auteurs de « The rider of Death Valley » ne semblent pas avoir réussi à choisir s’ils souhaitaient s’adresser à des adultes ou à des enfants. Lors de son année passée à la Universal, Tom Mix ne s’impliqua pas dans la production des films comme il aurait pu pourtant le faire, il n’a donc sans doute pas influé sur la tonalité des œuvres ; or Carl Laemmle semble de toute évidence avoir visé un jeune public pour le retour de la star, et les ambitions que montre « The rider of Death Valley » par certains aspects font dès lors figure d’écarts par rapport à la ligne directrice qui a été envisagée au départ. Pour preuve, je vous renvoie au second bonus de ce post : vous y verrez les scènes d’ouverture de « Destry rides again », qui sont donc censées incarner de manière métonymique ce retour de Mix sur les écrans ; elles sont très explicites quant aux intentions de la Universal, puisque c’est au milieu d’enfants ébahis qu’on y voit notre cowboy vedette faire son entrée dans le cinéma parlant. C’est sans surprise qu’on retrouve cette tendance dans « The rider of Death Valley », quoique de manière moins appuyée : dans le premier tiers du film, une petite fille que le personnage principal prend sous son aile est là pour nous le rappeler. Cela donne lieu à quelques petites scènes de comédie nullement désagréables, mais au sujet desquelles on remarque que Tom Mix ne parvient guère à se détacher des mimiques propres au cinéma muet. On notera par ailleurs lors de cette séquence avec la gamine dans le saloon une réplique pour le moins étrange et qui nous met même franchement mal à l’aise, surtout à notre époque : inutile de vous en dire plus, vous verrez tout de suite de laquelle il s’agit ; mais je laisse cependant le bénéfice du doute aux auteurs du film, dont je ne crois vraiment pas qu’ils aient pensé à mal, sans pour autant que l’on puisse cerner ce qu’ils ont eu exactement derrière la tête. Une autre caractéristique enfantine de ce film réside dans les tendances trop anthropomorphiques qui sont données au cheval de Mix, selon la tradition des « wonder horses » déjà bien établie dans les années 20 et qui allait fortement marquer les westerns de série B de la décennie suivante. On voit donc que « The rider of Death Valley » est un film qui hésite quant à son positionnement au sein de la production de genre : trop sérieux et un peu trop luxueux pour se classer de manière certaine dans la catégorie B, il contient néanmoins des scènes dont la relative futilité est typique d’un cinéma de consommation courante qui se garde de vouloir montrer trop d’ambition, ce qui risquerait de le couper d’un jeune public auquel ce retour de Tom Mix avait décidé de s’adresser prioritairement.


Les bonus ! Le premier est « Saved by the Pony Express », un court-métrage avec Tom Mix que j’avais déjà proposé dans ces colonnes il y a un certain temps, lors d’un petit programme consacré à divers films courts d’époques et de registres variés ; je me suis dit qu’il serait logique de l’intégrer dans ce cycle consacré à l’acteur : je vous le sers donc une seconde fois. Il s’agit là d’un retour aux jeunes années de Mix, puisque ce court-métrage est un des plus anciens qu’il ait tourné pour la Selig et qui nous soit parvenu aujourd’hui. Sympathique et sans ambitions particulières, ce film daté du milieu de l’année 1911 est réalisé par Francis Boggs, un des principaux metteurs en scène travaillant alors pour William Selig, mais qui mourut tragiquement en 1912. C’est sous sa direction ou celle d’Otis Turner que Mix tournait alors ses westerns à une bobine, avant que William Duncan ne prenne la relève. A cette époque précoce de sa carrière, Mix ne se consacrait encore qu’à mi-temps au cinéma et alternait avec ses activités au sein des Wild West Shows, des tournois de rodéo voire même des fonctions de marshal (à Dewey, où il fit la connaissance de Sid Jordan). Son nom n’était pas encore connu de la critique, mais celle-ci remarquait déjà à propos de « Saved by the Pony Express » l’aisance de l’interprète principal en matière d’équitation : dix ans plus tard, Tom Mix deviendra un des acteurs les mieux payés d’Hollywood… Quant au second bonus, j’en ai parlé dans le paragraphe qui précède, ainsi que des raisons pour lesquelles je vous le propose ; il s’agit donc des scènes d’ouverture de « Destry rides again », dont la sortie avait précédé de quelques semaines celle de « The rider of Death Valley » pour marquer le retour de Tom Mix à l’écran.

SAVED BY THE PONY EXPRESS (1911)


Court-metrage 12 min VOSTFR

https://1fichier.com/?zmovnzptmney77humbal


DESTRY RIDES AGAIN (1932)


Extrait 4 min VO

https://1fichier.com/?jke5am85w7o9wxr8yq40



Une fois de plus, tout cela a été sous-titré par mes soins, mais avec une nuance importante concernant « The rider of Death Valley » : n’ayant pu mettre la main sur des sous-titres anglais, je me suis résolu à effectuer une traduction indirecte d’après des sous-titres portugais. Je rechigne habituellement à ce genre de contournement, mais ces sous-titres sur lesquels je me suis basé m’ont paru avoir été réalisés avec un certaine compétence linguistique, sans se montrer farfelus comme peuvent l’être tous ces sous-titres espagnols qui pullulent et qui semblent avoir été faits par des gens qui comprennent autant l’anglais que le javanais. Cela n’empêche pas que certaines répliques me paraissent suspectes, sans que mon niveau d’anglais à l’oreille soit suffisant pour m’avoir permis de les corriger. Je dirais donc que ces sous-titres sont fiables à 80 %, ce qui est sans doute suffisant pour beaucoup de cinéphiles mais pas pour les perfectionnistes exigeants (que j’approuve par ailleurs). Voilà qui est dit. Concernant « Saved by the Pony Express », la traduction s’est faite d’après des intertitres en néerlandais, puisqu’il s’agit d’une copie hollandaise conservée à l’EYE Museum ; quant à l’extrait de « Destry rides again », je ne l’ai pas sous-titré. Et maintenant le sujet qui fâche : la qualité vidéo… qui n’est pas terrible pour le long-métrage, mais regardable quand même ; et pour le court-métrage c’est mieux. A propos de ce dernier, par rapport à la première version que j’en avais fournie, j’ai profité de ce repost pour apporter quelques améliorations, notamment en modifiant la vitesse de défilement qui me semblait inappropriée. Voilà voilà…



Un partage et une traduction de


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