(VOSTFR)
Réalisation : Lynn Reynolds
Casting : Tom Mix, Eva Novak, Bert Sprotte
Durée : 57 min
Année : 1921
Pays : USA
Genre : Drame, Mystere
Histoire : Tom est un aristocrate insouciant dont le père a mystérieusement caché toutes les informations sur sa mère décédée. Un jour, un vieil homme arrive et tue le père de Tom ! Le seul indice dont dispose Tom est une photo d’un ranch lointain dans l’Idaho qui a été caché pendant des années dans une pièce secrète verrouillée de leur manoir.
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C’est à peu près là où nous l’avions laissé la dernière fois que nous retrouvons Tom Mix : engagé sous contrat durable à la Fox, et tournant en général sous la direction de Lynn Reynolds pour des cachets qui grossissent à vue d’œil, l’ancienne vedette de la Selig est bel et bien devenu une grande star ; en 1921 la popularité de l’acteur est telle qu’il est invité à la Maison Blanche par le président Harding nouvellement élu. A la fin du mois de juillet de cette même année, Mix entame le tournage de « Trailin’ », un métrage à 5 bobines dirigé une fois de plus par Reynolds ; pour des raisons inconnues, la sortie du film sera retardée jusqu’au milieu du mois de décembre, remplacée au mois d’octobre par celle de « The rough diamond ». Parvenu jusqu’à nos jours dans une copie complète, « Trailin’ » s’avère être une excellente surprise, tout au moins selon mon appréciation personnelle : j’ai pu en effet lire ici ou là des critiques beaucoup plus réservées. Les films de Tom Mix étaient tous rentables, et celui-ci semble avoir eu un beau succès auprès du public ; il faut croire en tout cas que William Fox s’en montra satisfait, car pour le film suivant on mit les petits plats dans les grands en offrant à la star le Grand Canyon comme décor naturel pour ses cascades : ce sera le retentissant « Sky high », que je vous avais présenté au début de ce cycle consacré à l’impétueux cowboy. Mais en 1921 nous n’en sommes pas encore tout à fait là, et « Trailin’ » semble avoir été plus sagement tourné dans les environs de Los Angeles, peut-être dans l’enceinte de ce vaste plateau de tournage d’Edendale, rebaptisé Mixville et que la Fox réservait à sa star fétiche. Si la promotion du film ne manque pas de faire la part belle à l’ingrédient favori de Tom Mix, à savoir une forte dose d’action et des cascades dont on nous assure qu’elles n’ont pas été doublées, il est plaisant de trouver également dans « Trailin’ » quelques petits pieds de nez aux caractérisations habituelles du héros interprété par l’acteur ; ainsi pour la première fois depuis longtemps ne verra-t-on pas Tom Mix arborer tout au long du film son grand chapeau texan, et la classique opposition entre l’Est et l’Ouest du vaste pays va subir quelques inversions inattendues.
Lorsqu’il travaillait pour la Selig, Mix avait pris l’habitude d’écrire et de réaliser lui-même les films qui le mettaient en vedette. Naturellement, il demanda à ce qu’il continue d’en être ainsi une fois passé à la Fox, mais son nouvel employeur eut la bonne idée de ne pas céder à cette requête et de changer rapidement de dispositif : il est clair que les œuvres tournées par Mix à la Selig ne brillaient ni par leur mise en scène ni par leur scénario, ce qui ne les empêchait pas par ailleurs de susciter une certaine sympathie, notamment par l’aspect documentaire qu’elles revêtaient parfois. Toujours est-il que la Fox prit le parti d’adjoindre des scénaristes pour coécrire les histoires avec Tom Mix, et des metteurs en scène pour les transposer à l’écran. Après avoir officié une dernière fois comme réalisateur en 1920, Mix cessera ensuite progressivement de prendre part aux tâches d’écriture ; pour autant, beaucoup de scénarios qu’on rédigeait pour lui étaient clairement conçus comme du sur mesure. Plus intéressant, cette délégation du travail d’élaboration des scénarios va ouvrir la voie pour les films avec Tom Mix à des adaptations d’écrivains populaires reconnus ; la première œuvre relevant de cette catégorie fut « The untamed » en 1920, basée sur un roman de Max Brand. Or ce dernier fut à partir de 1918 un prolifique auteur de western dont les histoires étaient très appréciées des lecteurs de pulp magazines ; plus tard, Brand se fit également un nom dans la littérature policière avec son personnage du Dr Kildare. Cet écrivain fut beaucoup adapté au cinéma, et Tom Mix interpréta à l’écran au moins cinq de ses récits, dont « Trailin’ », initialement paru en feuilleton à la fin de 1919 dans le magazine « All-Story Weekly », et qui fera l’objet d’une seconde adaptation cinématographique en 1931 sous le nom de « A holy terror ». Il en résulte pour le film de 1921 une histoire plutôt consistante, tout au moins en terme de péripéties, à défaut de montrer une grande finesse psychologique ; elle permet en tout cas de maintenir efficacement l’intérêt du spectateur tout au long du film. Or le scénario réserve une surprise de taille. En effet, la filmographie de l’acteur nous a en effet habitué à de classiques oppositions entre westerners et easterners ; en général, ces histoires mettent en scène soit une citadine désireuse de vivre le frisson romantique de l’Ouest sauvage, soit un citadin qui vient s’y endurcir au contact de personnages rustiques, soit les deux à la fois : le court-métrage que vous trouverez en bonus de ce post en est une énième illustration. Or si « Trailin’ » n’échappe pas à cette thématique très prisée des westerns de cette époque, ce film opère un étonnant renversement dans lequel Tom Mix incarne cette fois-ci le personnage venu de l’Est du pays, dont les manières trop sophistiquées sont censées immédiatement contraster avec la rudesse des habitants du Far West, qui le qualifient à longueur d’intertitres de « tenderfoot » (pied-tendre, ou lavette, comme vous voudrez). Mais on devine facilement que ce soit disant pied-tendre, s’il est joué par Tom Mix, ne va pas manquer de surprendre ces ruraux qui le prennent trop spontanément pour un ramolli. La nouveauté ne réside pas dans le fait que l’easterner, une fois plongé dans le tumultueux Far West, fasse ses preuves en matière de virilité, car c’est le plus souvent ce qu’il advient dans ce genre d’histoire ; mais que Tom Mix n’incarne pas le rude cowboy – un rôle qu’il laisse ici à son ami Sid Jordan – suffit à singulariser « Trailin’ » au sein des westerns tournés par l’acteur, qui aura donc troqué cette fois-ci ses bottes et son grand chapeau pour une élégante tenue d’aristocrate qu’on croirait sorti de la campagne anglaise. Et cette inversion en induit une seconde : le personnage féminin de « Trailin’ » n’est plus cette pimbêche citadine qui fantasme sexuellement sur les rustauds des trous perdus de l’Ouest (voir pour cela le bonus), mais à l’inverse une résidente de cet Ouest mal dégrossi qui fantasme sur les gentlemen aux bonnes manières dont elle regarde avidement les images dans des magazines qui lui parviennent depuis la côte Est… Alors les clichés attenants restent certes inchangés, les ressorts de la comédie sociale sont exactement les mêmes, mais il n’empêche que ces changements de perspective opérés par le scénario constituent une plaisante surprise pour les spectateurs qui s’étaient un peu trop habitués au dispositif plus classique.
Au niveau de la mise en scène, le film frappe par son rythme extrêmement rapide, avec un récit qui semble défiler à toute vitesse durant 55 minutes. Cette caractéristique est diversement appréciée : si certains la déplorent du fait qu’elle entraîne une absence de profondeur et de nuances dans les situations et les personnages, d’autres estiment qu’elle assure en tout cas le spectacle de manière efficace. Je me range pour ma part dans la deuxième catégorie, ne serait-ce que par la cohérence que cela montre avec la conception simpliste qu’avait Tom Mix du western : un pur divertissement aussi joyeux qu’anodin, dont l’ambition doit se limiter à être spectaculaire sans être entravée par aucune portée morale ou historique ; bref, du cinéma de grosse consommation plutôt destiné à un jeune public. Dès lors que l’on s’en tient à cela, « Trailin’ » apparaît comme un produit de confection soignée : la réalisation est efficace tout en restant scrupuleusement au service du récit, proposant des cadrages et des découpages toujours adéquats et qui ne rendent jamais visibles les efforts de mise en scène ; il s’agit presque là d’une définition du cinéma classique. Tout cela est conforté par des acteurs enthousiastes, et un visuel (décors, photo, costumes) tout à la fois convaincant et sans recherche particulière de manière à toujours flirter avec la banalité sans jamais y céder tout à fait. Quant au scénario, j’ai déjà exprimé qu’il était d’une agréable consistance, mais à condition quand même de ne pas aller trop s’interroger sur les détails : un exemple entre mille, vous vous demanderez sans doute pourquoi au début du film les bandits se risquent à kidnapper deux acolytes qu’ils viennent pourtant de détrousser sans accrocs, mis à part que cela arrangeait sans doute le scénariste ; mais bon, de toute manière, le temps qu’on se soit posé la question, on est déjà passé à la péripétie suivante… Et puis cela n’est pas bien grave, car le film donne largement à voir au spectateur les deux choses qu’il attend de Tom Mix : des cascades, bien sûr, et le cheval Tony. Commençons par ce dernier, qui est au rendez-vous et qui avait ses propres doublures : ainsi il paraît que pour les plans éloignés, on lui préférait l’allure d’une grande jument nommée Black Bess et que l’on repeignait donc aux couleurs du célèbre Tony. Quant aux cascades, vous assisterez entre autres à la chute de Tom Mix sur sa monture depuis un pont (un tour de force qu’Ince et Barker avaient inauguré en 1915 dans « The coward »), à la dégringolade forcée d’un malheureux cheval le long d’une paroi abrupte (pas sûr que l’animal est apprécié de jouer la scène), ou encore au saut de Tom Mix depuis un promontoire pour se raccrocher aux branches d’un arbre (non, « Jackass » n’existait pas encore), et bien sûr à un petit numéro de rodéo. Côté humour, les intertitres jouent assez lourdement sur la répétition inlassable du terme « tenderfoot », et j’ai pris le parti de varier sa traduction ; on notera que Lynn Reynolds se sert de montages en flash-back dans le seul but de permettre le gag récurrent de personnages qui peuvent ainsi témoigner à tour de rôle que le héros « a tout l’air d’un pied-tendre, mais n’en est vraiment pas un ». Bien connue des amateurs de westerns, l’actrice Eva Novak avait commencé à partager l’affiche avec Tom Mix en 1919, et continuera à le faire une dizaine de fois jusqu’en 1922 ; on la voyait également de temps à autre chez W.S. Hart, notamment dans « The testing block », avant que le passage au parlant ne la relègue plus tard dans l’obscurité, à l’instar de nombreux comédiens et comédiennes du cinéma muet.
Un petit retour aux années Selig pour le bonus de ce post, avec le court-métrage « The real thing in cowboys », tourné par Tom Mix en septembre 1914 ; il s’agit même, semble-t-il, de son tout premier passage derrière la caméra (hormis deux tout petits films d’une demi-bobine), ce qui indique du statut important qu’il avait alors acquis au sein de la compagnie de William Selig. Comme je l’ai déjà évoqué plus haut, le scénario tourne autour du thème habituel de la venue dans l’Ouest de deux citadins de la côte Est ; et afin que leurs fiançailles puissent aboutir, Monsieur vient acquérir dans ces contrées sauvages cette virilité propre aux ruraux qui fait tant fantasmer Mademoiselle… Je ne sais combien de dizaines de fois Tom Mix aura sifflé cette ritournelle, d’abord à la Selig puis à la Fox (« The Texan » présentait à peu près le même schéma) ; toujours est-il qu’il s’en sort mieux lorsqu’il lui donne les atours de la franche comédie : ici, cela adopte une tonalité un peu trop sérieuse. On notera que même à l’époque, ce type de scénario est déjà qualifié de « conventionnel » par les magazines spécialisés comme « Moving Picture World », qui pourtant nous assure qu’elle présente cette fois-ci une originalité, mais sans plus de précisions ; et de fait, on se demande bien laquelle… « The real thing in cowboys » était réputé perdu, mais un collectionneur privé en a fait récemment émerger une copie ; soit que celle-ci soit incomplète, soit que ledit collectionneur n’ait décidé de n’en faire partager qu’une partie aux internautes, toujours est-il qu’il manque la fin du film, même s’il n’est pas difficile de deviner ce qui s’y passe. Quant à l’explication de ce manque, j’opterais pour la deuxième option, étant donné que cette version en ligne que j’ai trouvée est copieusement parsemée de tags en tout genre, en haut de l’image, en bas, au milieu… et que j’ai essayé d’atténuer au mieux, comme pour « A bear of a story », pour un résultat vraiment pas terrible, en plus d’être incomplet.
Alors en guise de consolation, vous bénéficierez d’un deuxième bonus, particulièrement intéressant car il témoigne de l’extraordinaire popularité acquise par Tom Mix à la toute fin des années 1920, et pas seulement aux Etats-Unis mais tout le monde occidental. Voici donc une publicité suédoise datant de 1929, qui promeut la marque de cosmétiques Barnängen en utilisant l’image du cowboy Tom Mix. Cette marque existe encore de nos jours, et elle avait produit entre 1927 et 1930 divers spots publicitaires destinés sans doute à être projetés dans les cinémas avant ou entre les films proposés à l’affiche ; d’une durée d’une à deux minutes, ces spots pouvaient soit consister en des prises de vue réelles soit prendre la forme de petits films d’animation, comme c’est le cas ici. Et ce sont les mérites de la mousse à raser Parba qui sont vantées pour l’occasion, à l’aide d’un avatar animé de Tom Mix (son nom est explicitement mentionné au début) dont la physionomie haute et longiligne n’est pourtant pas du tout celle de l’acteur, même si l’on reconnaît vaguement son visage : voilà une première curiosité. La deuxième est que son personnage ne lui correspond pas davantage quant à ses interactions avec les autres (un barbier en l’occurrence) : inquiétant et menaçant, ce Tom Mix en animation est à l’opposé du type de héros positif qu’incarnait l’acteur dans quasiment tous ses rôles. Seule la troisième caractéristique est un attribut certain de la star du western des années 1920 : une petite séquence animée nous montre en effet notre cowboy favori effectuer une téméraire cascade sur le paysage accidenté qu’il parcourt à fond de train sur son cheval ; nous voilà donc rassurés, cela ne peut être que Tom Mix. Quant au type de produit qu’on cherchait là à vendre au public des salles obscures, il nous rappelle qu’avant Sergio Leone, n’importe quel héros de l’Ouest se devait d’être rasé de près, à moins d’être une crapule irrécupérable du genre de Jack Elam.
THE REAL THING IN COWBOYS 1914
Court-metrage 10 min VOSTFR
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PUBLICITÉ 1 min VOSTFR
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Comme on dit, c’est un sous-titrage « maison » pour les trois films, par traduction directe des intertitres en anglais pour « Trailin’ » et « The real thing in cowboys », et des phylactères en suédois pour la publicité de Barnängen. La qualité vidéo n’est pas au rendez-vous pour les deux premiers : les copies sont vraiment cradingues, aux limites du regardable, le pire étant le court-métrage pour les raisons évoquées plus haut ; mais c’est surtout dommage pour « Trailin’ » que j’ai trouvé d’une facture tout à fait plaisante. Quant aux romans de Max Brand (de son vrai nom Frederick Schiller Faust), seuls trois d’entre eux semblent avoir été un jour traduits en français, mais ce sont trois romans policiers ; et donc aucun de ses nombreux westerns ne sont accessibles à un lectorat francophone, et ça aussi c’est bien dommage. Enfin, la publicité pour la mousse à raser Parba bénéficie de son côté d’une copie correcte, ce qui est la moindre des choses étant donné le caractère rudimentaire de ce type d’animation.
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