THE DARKENING TRAIL

 (VOSTFR)


Réalisation : William S. Hart

Casting : William S. Hart, Enid Markey, George Fisher

Durée : 51 min

Année : 1915

Pays : USA

Genre : Drame


Histoire : La tenancière de saloon Ruby McGraw a refusé plusieurs fois d’épouser Yukon Ed malgré les demandes réitérées de ce dernier. Elle tombe amoureuse d’un personnage peu recommandable, Jack Sturgess, qui a séduit et abandonné une jeune fille dans l’Est avant de se réfugier en Alaska.



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Tourné au début du mois d’avril 1915, « The darkening trail » est certainement l’œuvre la plus étrange de tout ce qui nous est parvenu de la filmographie de William S. Hart. Ce mélodrame lugubre n’entretient que de lointains rapports avec le western, un bon tiers du film se déroulant même dans le contexte urbain de la côte Est ; cela n’avait été guère le cas jusqu’à présent, sauf peut-être pour le court-métrage « The roughneck ». Pour autant rassurez-vous, Hart n’apparaît pas en citadin distingué avec haut de forme, mais en rude gaillard des contrées sauvages de l’Alaska – préfiguration du personnage qu’il incarnera plus tard dans « Blue blazes Rawden » – dans une seconde partie qui s’apparente vaguement au northwestern, encore que tout ou presque ne s’y déroule qu’en intérieur. Ce qui étonne, c’est la noirceur sinistre de ce drame aux accents presque sordides, qui place « The darkening trail » loin de la tonalité plus optimiste des standards hollywoodiens qui allaient progressivement s’établir en matière de scénario ; en cela le film témoigne d’une époque où le cinéma se trouve encore dans une phase d’expérimentation. Or si j’ai déjà tenu à plusieurs reprises ce propos lors de posts consacrés à des œuvres de cette période, il s’agissait essentiellement de parler de la forme, afin de signifier que le septième art était alors en train de mettre au point sa grammaire ; il s’agit donc cette fois-ci du fond, étant donné que par la suite, le cinéma classique américain ne mettra que très rarement en image des drames aussi sombres et poisseux que celui-ci. Ce ton inattendu est davantage à rapprocher d’une tradition française qui verra le jour bien plus tard avec certaines œuvres de la fin des années 30, du type « La bête humaine » ou « Le jour se lève », ou encore avec ces films déprimants et glauques dont Jacques Sigurd écrivait les scénarios dans l’immédiat après-guerre. Voilà qui ne laisse pas de surprendre pour une œuvre produite de l’autre côté de l’Atlantique, mais à une époque où Douglas Fairbanks, Tom Mix et Walt Disney n’avaient pas encore impulsé définitivement à Hollywood son rôle d’usine à rêves ; « The darkening trail » fait donc figure de vraie curiosité, ce qui compense en partie le fait qu’il s’agit aussi d’un film mal équilibré, d’une narration bancale par moments et d’une mise en scène assez quelconque. Il y a des films ratés qui sont tout à fait intéressants, et celui-ci en fait partie.

« The darkening trail » est mis en chantier à un moment où les relations entre William S. Hart et son producteur Thomas H. Ince sont encore au beau fixe, l’acteur n’ayant pas encore pris conscience que la notoriété qu’il était en train d’acquérir pouvait lui faire prétendre à de biens meilleurs salaires que ceux que lui versait Ince. Ce dernier travaille alors sous l’égide de la New York Motion Picture Company, ses œuvres étant alors distribué par la Mutual ; c’est quelques mois plus tard que Ince passera à la Triangle, comme on l’a vu la semaine dernière dans le post consacré à « The coward », où je vous expliquais également le statut encore un peu flou qu’avait encore le réalisateur dans la conception des films. Ce manque de prérogatives claires données au metteur en scène explique en partie le fait qu’à cette époque, il n’est pas rare que la vedette principale d’un film fasse également office de réalisateur : Hart, Chaplin, Fairbanks en sont quelques exemples. C’est pour cette raison que dans cette rétrospective consacrée à notre cowboy victorien, j’utilise indifféremment les expressions « films de Hart » ou « films avec Hart », car cela revient à peu près au même. Pour en revenir à « The darkening trail », il s’agit du troisième long-métrage interprété par Bill Hart, et du premier pour lequel Ince lui confie également la tâche de le mettre en scène ; jusqu’à présent, il n’avait réalisé que des courts-métrages à deux bobines, et cette fois-ci il passe à quatre. Il est vraisemblable que Hart fut secondé dans cette tâche, et le nom de Clifford Smith a été avancé à ce sujet ; quant au scénario, il est écrit par C. Gardner Sullivan, un nom qui vous est désormais familier et gage d’une qualité certaine. Une source moderne attribue pourtant ce scénario à J.G. Hawk, allez savoir pourquoi, car le nom de Sullivan apparaît clairement au générique du film ; du reste, le côté très sombre et le moralisme un peu étriqué de l’histoire portent volontiers à y voir la marque de Hart et de Sullivan. « The darkening trail » fait la part belle à quelques stéréotypes classiques du mélodrame victorien, et sa tradition de vierges en détresse succombant à des séducteurs sans scrupules ; tout cela est aiguillonné par un puritanisme très strict, qui veille à ce que l’on ne s’ébatte pas sans être passé devant le pasteur. Cette pruderie est si sourcilleuse qu’elle entraîne quelques-uns des nombreux errements du scénario ; ainsi l’accablement de la première jeune fille et la colère de son père, après qu’elle se voit abandonnée par un mufle, sont d’une démesure qui ne peut trouver comme explication plausible que le fait que la malheureuse ingénue soit tombée enceinte avant d’avoir conclu un mariage. Mais la pudeur des auteurs est telle qu’il revient à nous d’en tirer de telles conclusions, l’horreur de cette éventualité rendant même impossible qu’un intertitre ou quelque vague allusion nous informe de cet état de fait… Quant à la scène dans laquelle William Hart, gardien intransigeant de la moralité, déboule chez deux amoureux susceptibles de passer à l’action en leur déclarant de manière très persuasive qu’il sait où trouver un prêtre, cela m’a laissé assez stupéfait : un « Minority report » de la vertu puritaine, imaginez donc cela ! Voilà donc une œuvre dont l’état d’esprit est la parfaite antithèse de celui qui prévaudra 15 ans plus tard dans les fameux films pré-code ; or c’est sur ce point qu’il convient de ne pas se tromper dans l’appréciation qu’on peut en avoir : « The darkening trail » fait partie de ces productions tout à fait étranges à qui le rigorisme moral poussé dans ses extrémités confère une certaine dinguerie baroque, qui en fait au bout du compte des œuvres franchement mauvais genre. Un exemple connu de ce curieux paradoxe est « The sign of the cross » de DeMille, film tellement exalté qu’il en devient décadent ; or concernant Bill Hart, c’est un aspect que l’on retrouvera l’année suivante dans son chef-d’œuvre, « Hell’s hinges », pour lequel j’avais tenu des propos similaires et dont certains des aspects les plus troubles sont peut-être préfigurés ici.



Un tel état d’esprit aussi singulier qu’affirmé était en mesure de faire de « The darkening trail » une fascinante réussite, pour peu que son scénario jubilatoire et un peu dérangé ait bénéficié d’un traitement à la hauteur ; malheureusement, il ne cesse d’accumuler les maladresses. Le casting est approprié mais il est curieusement exploité : ainsi Hart n’apparaît qu’en seconde partie, et le seul personnage qui parcourt réellement le film est le second rôle du méchant ; mais après tout pourquoi pas, cela fait une bizarrerie supplémentaire qui n’est pas forcément pour déplaire. Il est en revanche plus regrettable que la présence de Louise Glaum, qui faisait ici sa première apparition dans l’univers fictionnel de William S. Hart, n’ait pas été mieux exploitée : vouée alors à jouer les vamps aguicheuses à longueur de bobines – une tâche à laquelle elle s’est toujours acquittée avec une remarquable aisance – elle constituait le meilleur choix possible pour incarner le nécessaire contrepoint à ce puritanisme exacerbé qui anime l’œuvre. Car rien de mieux qu’un exemple à ne pas suivre pour appuyer le propos ; on ne comprend donc pas qu’on ne lui ait pas réservé davantage qu’une ou deux modestes scènes, étant donné la jubilation communicative dont elle fait preuve en jouant les dépravées. Il faut dire que la construction de l’histoire, basée sur la coupable répétition de la part du séducteur, des mêmes actes d’une impudente muflerie dans deux lieux géographiquement éloignés, ne pouvait qu’impliquer des déséquilibres dans la narration et les personnages. Pour se sortir de cette difficulté, il aurait fallu par exemple que Hart puisse avoir recours à de longs flashbacks comme on en fera plus tard dans les années 40 ; or si le procédé en lui-même existait dans les années 1910, il ne s’agissait que de « flashbacks-éclairs » qui n’impliquaient pas une réelle déstructuration narrative. La narration ne cesse par ailleurs de cahoter en procédant à des ellipses dont l’opportunité reste assez discutable, omettant par moment d’expliquer suffisamment l’avancée de l’intrigue ; cela est particulièrement sensible dans l’enchaînement des deux parties, fort maladroitement réalisé : un montage alterné très aléatoire précède le choix de George Fisher de rejoindre Louise Glaum, sans que cette décision ne nous soit finalement montrée de manière très claire, ni en acte ni par un intertitre ; puis on bascule de manière abrupte en Alaska, plusieurs mois après nous dit-on, quasiment au milieu d’un plan… Dans la seconde partie, Hart utilise à deux reprises ce procédé d’une épouvantable balourdise consistant à faire soliloquer un personnage (oui, même dans un film muet, c’est possible) afin que l’on soit informé de ce qui se passe dans sa tête : voilà le genre d’incongruité de mise en scène que l’on voit à l’œuvre dans les pires nanars, et qui trahit un manque d’astuce caractérisé. A d’autres reprises, quelque chose semble clocher entre le script et ce qui est tourné ; il en va ainsi par exemple de la première rencontre entre William S. Hart et George Fisher dans un saloon du grand Nord : c’est un échange de regards défiants qui est filmé (plutôt bien, d’ailleurs, pour une fois), alors qu’un intertitre nous suggère aussitôt après que leur inimitié résulterait d’un dialogue entamé par Hart ; sauf qu’à aucun moment on n’a vu de lèvres bouger… Cette confusion est d’autant plus dommageable qu’elle contribue à l’ambivalence involontaire de la scène qui fait suite, au cours de laquelle Fisher subit comme conséquence un rude bizutage de la part de Hart et ses acolytes péquenots : nous ne sommes plus très sûrs de savoir qui tient alors le mauvais rôle. Cela est d’autant plus frappant que Bill Hart se retrouve de ce fait à jouer la situation inverse de celle qu’il jouait dans une scène de saloon que j’évoquais il y a peu dans le post consacré à « The return of Draw Egan », une scène dans laquelle il semblait estimer qu’il était alors de bon ton pour un étranger de ne pas partager un verre avec les ploucs du coin : comprenne qui pourra… Notons enfin que, comme je l’ai déjà suggéré, l’utilisation des intertitres s’avère particulièrement maladroite dans « The darkening trail ». Ils sont peu nombreux, ce qui serait a priori un avantage, comme cela l’était par exemple la semaine dernière dans « The coward » ; mais comme je l’ai déjà souligné auparavant, certains enchaînements auraient mérité davantage d’explications, et pourquoi pas sous cette forme. Or malgré cette trop grande parcimonie, les intertitres trouvent à un moment le moyen d’être redondants : ainsi nous donne-t-on à lire in extenso trois fois la même lettre de rupture… Bref, les maladresses abondent dans ce film, et finissent par plomber l’ensemble ; c’est d’autant plus dommage que comme on va le voir, « The darkening trail » possède un intérêt certain d’un point de vue thématique, et que certaines séquences plus réussies parviennent à lui conférer une réelle ambiance, aussi singulière que réussie.



Comme je l’ai déjà dit, bien que pas toujours mise à profit comme elle le devrait, la distribution du film est de bon aloi : William S. Hart et Louise Glaum jouent leurs partitions respectives avec savoir-faire, et les deux rôles d’ingénues bafouées sont correctement interprétés par Nona Thomas puis Enid Markley. Chacune sera menée à sa perte par un talentueux George Fisher, parfait en goujat sans scrupule que son physique avenant rend particulièrement néfaste pour la gent féminine trop peu méfiante. Notons qu’aussitôt après ce film, Sullivan, Markley et Fisher se remettront au service de Thomas H. Ince pour une œuvre importante du cinéma de l’époque, « Civilization » (bientôt sur vos écrans). Sur le fond, l’opposition entre les personnages de Sturgess (George Fisher) et Yukon Ed (William Hart) est particulièrement intéresse car elle procède d’une classique opposition entre nature et culture. La manière dont nous est présenté, au début du film, le premier des deux protagonistes masculins place clairement l’intrigue du film dans ce type de schéma : parfait dandy des grandes villes de la côte Est, Sturgess est montré assis dans un fauteuil, dans un intérieur très chic, fumant et lisant un périodique littéraire, habillé d’une veste à carreaux à l’élégance aussi certaine que tapageuse ; bref, c’est un intellectuel sophistiqué. Inutile de vous dire que lorsque notre bon vieux Bill Hart fait son apparition dans la deuxième bobine, il incarne l’exact opposé, et j’ai fait allusion plus haut à ses rudes manières de campagnard des grands froids. Or dans cette opposition, vous l’avez bien compris, le parti que prend le récit est celui de la nature contre la culture, ce qui n’étonne guère de la part de Hart, Ince et Sullivan dont on connaît le fort conservatisme moral et sociétal : dans notre terminologie moderne, nous dirions que « The darkening trail » est une œuvre viscéralement populiste, et elle l’est selon une modalité très liée à un idéal puritain qui est celui qu’on attribue aux pionniers américains. C’est donc dans l’environnement sauvage du « wilderness » que la déviance morale de Sturgess rencontrera son châtiment : notons qu’il y a là quelque chose de très rooseveltien (Theodore, président jusqu’en 1909) dans cette affirmation des vertus d’un plongeon dans la ruralité, et qui sera réinvesti de manière beaucoup plus ambivalente l’année suivante dans « Hell’s hinges ». L’opposition entre nature et culture est donc tranchée sans réserve par « The darkening trail » en faveur de la première ; c’est avec la même franche certitude qu’un demi-siècle plus tard, des œuvres comme « Deliverance » de Boorman ou « Que la bête meure » de Chabrol prendront le parti de la seconde. Pour en finir avec le film qui nous occupe ici, et dont j’ai largement souligné précédemment les aspects bancals de la forme, restons à ce sujet sur une note positive : la dernière bobine réserve quant à elle d’excellentes surprises, qui font de « The darkening trail » une œuvre assez marquante malgré ses errements. On ne peut en effet qu’être saisi par le fait que l’ambiance morbide et dépressive ne cesse de s’accentuer tout au long du film ; et cela jusqu’aux dernières scènes dans lesquelles ce crescendo mène à un paroxysme où un « requiem de la pluie » (selon un intertitre) vient habilement convoquer les éléments atmosphériques afin d’accentuer la noirceur du mélodrame. Il s’agit là d’une démarche esthétique typiquement expressionniste, mise en œuvre de manière fort convaincante et bien avant qu’elle ne soit mise au goût du jour par le cinéma d’horreur puis par le film noir des années 40. La scène du dénouement est extraordinaire, et ferait presque oublier la somme des ratages qui la précèdent : dans une ambiance particulièrement sinistre située quelque part entre « Les hauts de Hurlevent » et « Le jour se lève », les deux rivaux au chevet d’une morte sont enfermés dans la chambre d’une maison perdue au milieu d’une immensité inhospitalière, avec la pluie et le vent qui battent contre les volets ; l’un d’eux sort un pistolet, puis l’image s’obscurcit avec un fondu au noir… Autant certaines ellipses du film pouvaient être maladroites, autant celle-ci est d’une redoutable efficacité, laissant planer le doute entre un meurtre et le suicide forcé ; tout cela montre une force dramatique indéniable, dont le pessimisme radical ne trouvera par la suite que très rarement d’équivalents dans le cinéma américain. Quant à l’ultime plan qui vient clore pour de bon cette tragédie glauque, Hart le recyclera plus tard presque à l’identique pour la conclusion de « Wolf Lowry », un mélodrame qui s’achevait lui aussi dans la solitude du grand Nord.


Après ces quarante minutes d’un récit apte à vous flanquer le mouron pour trois semaines, je me suis dit qu’il serait bienvenu d’offrir un peu de légèreté en guise de bonus. Sauf que la légèreté, à William S. Hart, c’est à peu près autant son truc que la délicatesse à un pachyderme ; mieux vaut donc prendre un chemin détourné, et regarder du côté des parodies. En voilà une mignonne comme tout : ça s’appelle « Felix in Hollywood », c’est un film d’animation de 1923 dans lequel apparaît à 7’55’’ un Bill Hart dessiné sur son cheval, et… devinez quoi ? Il fait la gueule ! Comme ça il n’y a aucun doute, c’est bien lui. Quant à Felix le chat, il n’est ni plus ni moins que la figure la plus importante du cinéma d’animation muet, et sa célébrité fut internationale : Charles Chaplin aurait dit un jour à Pat Sullivan, créateur de Felix aux côtés d’Otto Messmer : « Je n’ai qu’un seul rival, Felix ! ». Cela est d’autant plus remarquable que ce chat malicieux fut une authentique création du septième art, puisqu’il naquit véritablement à l’écran et non sous le crayon d’un caricaturiste de presse ou dans les cases d’une bande dessinée. Pour autant, les codes narratifs qui régissent ces films d’animation primitifs sont souvent dérivés de l’univers papier, et c’est particulièrement le cas chez Felix, qui s’exprime à l’aide de bulles et dont la visée du regard est matérialisée à l’aide de pointillés. Une autre caractéristique notable des débuts du cinéma d’animation est son inspiration très nettement surréaliste, une tendance qui perdurera tout en s’atténuant par la suite dans le cartoon parlant ; ainsi l’univers de Felix, comme celui de presque tous ses contemporains animés, semble faire fi des lois de la physique ou parfois même de la logique élémentaire : nous voyons par exemple notre chat aux grands yeux se transformer en divers objets (une valise, dans le présent épisode) au gré de sa fantaisie, et il peut détacher sa queue pour en faire les usages les plus variés (ici, une canne afin d’imiter Chaplin). Je suis loin d’avoir vu tous les films où apparaît Felix ; mais je fais confiance aux connaisseurs qui nous assurent que, des plus de 150 courts-métrages de sa grande période (les années 20), « Felix in Hollywwood » serait le meilleur de tous, et appartient à la première époque de Felix, avant qu’il ne soit redessiné de manière plus ronde et enfantine en 1924 par Bill Nolan. La particularité la plus notable de cet épisode est d’avoir introduit la pratique du caméo (passage furtif d’une vedette à l’écran, en manière de clin d’œil) dans le film d’animation ; ce principe sera largement réemployé par la suite, notamment par Disney et la Warner. Hormis Chaplin, le spectateur va ainsi croiser dans « Felix in Hollywood » des stars d’alors comme Gloria Swanson, Ben Turpin, Douglas Fairbanks (qui venait de triompher dans « The three musketeers »), et donc notre bon vieux William S. Hart (ce qui est assez curieux, car Tom Mix commençait alors à être beaucoup plus populaire) à qui le facétieux Felix va emprunter son colt à 6 coups… Entre autres allusions malicieuses de ce petit film fort sympathique, le célèbre censeur William Hays y est tout à la fois caricaturé sans ménagements (les oreilles !) et présenté comme étant le vrai « boss » de Hollywood, ce qui ne manque pas de sel. Quant à Cecil B. DeMille, vous le reconnaîtrez sans hésiter car il brandit son attribut essentiel, le fameux mégaphone qu’il utilisait lors de ses tournages. Bref, on sourit de manière très franche dans « Felix in Hollywwood » : d’abord grâce aux pitreries surréalistes de Felix, grâce aussi à quelques bons mots (« My kingdom for a ham ») et enfin, pour peu que l’on ait quelques connaissances sur le cinéma de cette époque, grâce aux apparitions des différentes vedettes plaisamment caricaturées.


FELIX IN HOLLYWOOD (1923)


Gourt-metrage 9 min (VOSTFR)

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Un mot sur les fichiers que je vous propose : la qualité d’image n’est vraiment pas fameuse pour « The darkening trail », je le regrette bien évidemment, mais avec un peu de bonne volonté cela peut se regarder malgré tout. C’est mieux pour « Felix in Hollywood », en particulier grâce au graphisme primitif (des aplats pour l’essentiel) qui supporte mieux les effets de compression. Comme vous en avez l’habitude maintenant, le sous-titrage a été effectué par votre modeste contributeur du mercredi, par traduction directe des intertitres de la langue de George Zucco vers celle de Dominique Zardi.


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