(VOSTFR)
Réalisation : Tom Mix
Casting : Tom Mix, Frank Clark, Eugenie Besserer
Durée : 40 min
Année : 1916
Pays : USA
Genre : Western
Histoire : Le contremaître du ranch Tom Snow est traqué par le shérif Luke Fisher et son adjoint, Brad Foster. Les deux hommes sont en réalité des voleurs de bétail et ils essaient de rejeter la faute sur Snow.
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Pour la présentation du Tom Mix de cette semaine, je renvoie au précédent post le concernant (« A child of the prairie », il y a quelques semaines), où j’avais écrit quelques considérations sur les difficultés pour identifier précisément certains films de l’acteur, en particulier les nombreuses bandes qu’il a tournées pour la Selig Polyscope Company dans les années 1910. En effet, celles-ci furent rachetées durant la décennie suivante par une obscure compagnie de distribution, Exclusive Features, dont le nom est particulièrement roublard puisqu’il suggère qu’elle sortait des long-métrages en exclusivité ; en réalité, les petits malins à la tête de cette société jouaient plutôt au docteur Frankenstein en assemblant des morceaux de divers courts-métrages avec Tom Mix en vedette, dans le but de fabriquer des films à quatre ou cinq bobines. Pour cela, ils créaient de nouveaux intertitres afin de donner à leurs bricolages un semblant de cohérence, en se disant sans doute qu’ils s’adressaient de toute manière à un public pas trop regardant sur les détails. Ces tripatouillages suspects étaient facilités par la relative stabilité des castings dans les productions de Mix pour la Selig, ainsi que par l’archaïsme de la mise en scène qui s’aventurait rarement à filmer les acteurs en gros plan ; ils témoignent du peu de cas que l’on faisait alors des œuvres, qui n’étaient justement pas considérées comme telles mais plutôt comme des produits jetables ou revendables en pièces détachées. Par ailleurs, on peut voir ce manque de considération artistique comme la deuxième cause, après les incendies, de la disparition définitive d’une bonne partie des films tournés durant la période du muet. Seul un petit nombre des films tournés par Mix pour la Selig semble avoir survécu, et certains d’entre eux ne sont pour l’instant connus que de manière indirecte par ces remontages effectués par Exclusive Features au milieu des années 20, soit une dizaine d’années après leur sortie initiale sous forme de courts-métrage d’une, deux ou trois bobines. Tel est le cas de « Mixed trails », un film à trois bobines sorti une première fois en décembre 1916, mais dont la version qui circule actuellement sur le net correspond à sa réexploitation en 1925 sous le même titre, mais cette fois-ci gonflé à quatre bobines. Et ce qui est intéressant dans le cas présent, c’est que l’on a accès au petit film d’une bobine qui a servi d’ajout (« An Arizona wooing », que vous trouverez en bonus du post), ce qui permet d’une part de se faire par soustraction une idée de ce qu’était la version initiale de « Mixed trails », et d’autre part d’observer de la manière dont Exclusive Features s’y prenait pour effectuer ses remontages hybrides.
La soustraction que j’évoquais est d’ailleurs plutôt facile à effectuer : grosso modo, le court-métrage a été greffé au début du film, en lui ôtant les scènes dans lesquelles apparaissaient deux personnages devenus superflus : le Mexicain et la jolie jeune fille. On n’aura donc conservé que les scènes marquantes ayant trait à l’enlèvement du héros et son supplice, ainsi que quelques plans d’élevage de moutons. De nouveaux intertitres viennent jouer l’artifice pour raccorder ces scènes à l’intrigue de « Twisted trails » ; et puisque dans ce film de 1916, le personnage joué par Tom Mix a un premier contentieux avec une bande de malfrats, les petits malins d’Exclusive Features se sont dit qu’après tout, en lui en adjoignant un deuxième, la sauce n’en serait que plus goûteuse, pourvu que le spectateur ne fasse pas trop la fine bouche devant le mélange sucré-salé. Et voilà, ça n’est pas plus compliqué que cela ; à partir d’un film originel à trois bobines qui devait durer un petit peu moins de 35 minutes, nous voilà donc en présence d’un film de 41 minutes : avec assez de mauvaise foi d’un côté et suffisamment de complaisance de l’autre, cela peut finir par passer pour un long-métrage. Du reste, le distributeur a la délicatesse de ne pas trop prendre le spectateur pour un crétin absolu en lui vendant son rafistolage pour de l’inédit, puisqu’il choisit de conserver quand même le titre initial du film de 1916 : ouf, on l’a échappé belle… Notons cependant que cette ressortie de 1925 permet peut-être de lever quelques zones d’ombre sur l’identité des collaborateurs de Tom Mix sur « Twisted trails », notamment celle du scénariste ; or la question est d’une relative importance, car comme on le verra l’intrigue développée par ce film le singularise au sein des habituelles réalisations de l’acteur-cascadeur pour le compte de William Selig. Les sites habituels donnent sur ce sujet des informations contradictoires : imdb mentionne Mix comme étant son propre scénariste ; de son côté, silentera cite Edwin Ray Coffin à ce poste. Je présume que leurs sources respectives sont des journaux d’époque, ou bien des catalogues et des monographies de référence. Le générique de la version de 1925 affiche quant à lui le nom de Cornelius Shea (à ne pas confondre avec son sulfureux homonyme, le syndicaliste mafieux qui défrayait la chronique à la même époque), ce qui paraît tout à fait probable : non seulement Shea officiait régulièrement pour Tom Mix, mais il le faisait dans une veine dramatique assez semblable à celle qui prévaut dans « Twisted trails », contrairement à E.R. Coffin qui semble s’être davantage spécialisé dans la comédie.
Le scénario de « Twisted trails » est construit d’une bien curieuse manière, puisqu’il propose deux intrigues séparées : tout d’abord un cowboy vertueux aux prises avec une bande de voleurs de bétail, puis les démêlés d’une jeune femme tout aussi vertueuse avec un individu interlope qui tente de la forcer à l’épouser ; ces histoires ont en commun de mettre en scène des faux coupables qui cherchent à être innocentés. Par ailleurs, les routes respectives des deux infortunés finiront par se croiser, et je vous laisse deviner le genre de sentiment réciproque qu’ils se porteront ; d’où le double sens du titre, l’adjectif « twisted » renvoyant autant à l’idée d’emmêlement des destins qu’à la tournure tortueuse qu’ils ont chacun prise de leur côté. En tout cas, voilà une construction scénaristique dont le côté un peu sophistiqué a de quoi surprendre chez Tom Mix, lequel nous a habitué en la matière à des schémas plutôt simplistes ; sur ce point, « Twisted trails » fait preuve de beaucoup plus d’ambition qu’à l’habitude, ce qui est tout à fait bienvenu. L’idée ne doit cependant rien au hasard, et le fait que ce petit western soit sorti 3 mois à peine après « Intolerance » fournit une explication plus que probable à cette singularité. Car rappelons-le, l’énorme machinerie de Griffith avait étonné public et critique par son procédé narratif qui superposait quatre histoires différentes, avec un résultat dont le fait de savoir s’il s’avère convaincant aura nourri par la suite d’âpres discussions chez les critiques et les historiens du cinéma ; pour ma part je me range du côté de ceux qui se montrent sceptiques : en faisant s’entrecroiser quatre récits n’ayant en commun aucune diégèse mais une vague idée abstraite, Griffith ne fait qu’affaiblir chacun d’eux, et son film donne l’impression de s’autodétruire. Evidemment, en terme de qualité de mise en scène, une petite bande aussi anodine que « Twisted trails » ne saurait faire le poids face au savoir-faire éprouvé qui est à l’œuvre dans « Intolerance » ; néanmoins, la façon dont y est réinvestie à petite échelle l’expérimentation narrative de Griffith s’avère convaincante sur au moins un point. Tout d’abord, notons que le film de Tom Mix n’emprunte pas seulement à son illustre modèle la simple juxtaposition des deux récits, mais également le fait de les corréler par une idée abstraite : en l’occurrence, il s’agit de la droiture morale persécutée par une accusation injuste ; or « Twisted trails » a la bonne idée de compléter cela par une convergence diégétique des deux histoires (les destins qui vont se croiser), ce qui faisait cruellement défaut chez Griffith. En revanche, le film de Mix n’adopte pas le procédé global de montage de « Intolerance », basé sur l’entrecroisement, mais se contente d’une simple juxtaposition : nous avons donc l’histoire du cowboy, puis celle de la jeune fille, puis la réunion des deux en guise de conclusion. Ce procédé très rudimentaire évite certes la tendance qu’avaient les différents récits à s’annihiler les uns les autres chez Griffith ; mais l’écueil de cette solution de facilité est bien plus grand encore, puisque le second récit vient en fin de compte effacer de notre mémoire le premier, d’autant plus qu’il donne à voir des scènes plus intéressantes et originales que le premier : on notera en particulier la fuite de la jeune fille dans la nuit, séquence plutôt réussie au cours de laquelle le film parvient à créer une réelle ambiance. L’ironie de l’histoire, c’est que cette juxtaposition un peu abrupte des deux récits ressemble justement à un de ces bricolages que fera ensuite Exclusive Features, puisque deux histoires distinctes semblent avoir été mises bout à bout de manières un peu arbitraire. Bref, de ces considérations techniques, on pourra conclure que le schéma scénaristique des destinées convergentes pose en termes de montage un exercice d’équilibrisme que la plupart des cinéastes sauront par la suite exécuter parfaitement, mais qui semble avoir donné lieu dans la foulée de Griffith à différents tâtonnements durant la seconde moitié des années 1910, sans qu’on ait alors réussi à obtenir quelque chose de réellement convaincant.
Un petit mot pour finir sur le court-métrage « An Arizona wooing », sorti par la Selig en mai 1915. Le scénario, qui mêle classiquement embrouilles viriles et histoire sentimentale, ne montre aucune originalité particulière ; il fut conçu par William MacLeod Raine, considéré comme une des grandes plumes du western, mais dont l’œuvre aura souvent sacrifié la qualité à la quantité. Et comme il faut tout caser dans une seule bobine, autant vous dire que le récit cavale au galop, ça en devient même assez fatigant. On notera que l’histoire est porteuse des tendances de son époque, qui voulaient que le méchant soit nécessairement mexicain, et vous verrez que le portrait de cet affreux jojo est particulièrement chargé : sa méthode de drague, c’est la tentative de viol ; de surcroît, il est d’une incroyable lâcheté, profitant que Tom Mix est attaché pour lui flanquer des gifles, et s’esquivant sans demander son reste à la moindre alerte, comme à la fin du film. Ceux qui ont suivi les posts sur William S. Hart sont habitués à cette animosité des Américains de l’époque pour leurs voisins Mexicains ; je vous renvoie à ce que j’avais écrit au sujet de « The Aryan » quant aux démêlés frontaliers qui eurent lieu en 1915 entre l’armée des Etats-Unis et les troupes de Pancho Villa : ce dernier lui étant devenu hostile, l’Oncle Sam a donc prié les scénaristes d’Hollywood de lui rendre la pareille. Quant à l’aimable jeune fille qu’il s’agit d’aller sortir des griffes de cet infâme bouffeur de tortillas, elle est jouée par Louella Maxam, qu’on retrouve dans à peu près tous les Tom Mix du premier semestre 1915, avant qu’elle ne cède la place à Victoria Forde. Concernant notre cowboy tout terrain, sa personne civile tend à s’identifier à son personnage récurrent à l’écran, comme c’était le cas pour la plupart des vedettes de l’écran à l’époque ; ainsi au gré des bandes qu’il tourne pour la Selig, Tom Mix incarne un héros qui se nomme toujours Tom-quelque-chose : Tom Warner dans « An Arizona wooing », Tom Snow dans « Twisted trails », et ainsi de suite ; des fois qu’on irait le confondre avec quelqu’un d’autre, on n’est jamais trop prudent… Hormis une cavalcade effrénée, Mix reste assez sage dans le court-métrage de 1915 ; dans le film à trois bobines, il nous gratifie d’une ou deux de ces cascades qui ont fait sa réputation : et hop ! je saute du cheval au galop dans la voiture en marche, fastoche, c’est pas pour rien qu’on a été formé dans les Wild West Shows. A ce propos, et comme je l’ai sûrement déjà écrit quelque part, la présence de véhicules à moteur ne doit choquer personne : Tom Mix, ça n’est pas un auteur pompeux, avec des prétentions historiques, bref ça n’est pas William Hart. Tom Mix, c’est avant tout une entreprise qui roule, à cheval ou en tacot ; tout est bon pourvu que ça parle au plus grand nombre, et que les gamins des classes populaires aillent claquer leurs quelques cents dans le nickelodéon du coin et en ressortent avec des étoiles dans les yeux. Mix s’est toujours préoccupé de faire tinter le tiroir-caisse, c’est sûr ; mais il l’a fait avec une forme certaine de générosité, et ça aussi, je l’avais déjà expliqué.
AN ARIZONA WOOING (1915)
Court-metrage VOSTFR (12 min)
https://1fichier.com/?b3gulqfh9gaobayaxf9v
As usual, sous-titrage concocté par mes soins, par traduction directe des intertitres anglais, pour le film long comme pour le court. As usual aussi, la qualité très moche des vidéos : pour « Twisted trails », non seulement l’image est floue mais comme si ça ne suffisait pas, il en manque des morceaux de chaque côté du cadre ! Et comme vous vous en doutez, je n’ai pas trouvé mieux malgré d’actives recherches. Ben ouais, parce que le cinéma muet tout le monde s’en fout, sauf chez Jany bien sûr, où toute la communauté Warning Zone ne jure plus que par ça depuis que je fais des posts, et où vous avez tous désormais remplacé votre ancienne collection de postnukes italiens par des westerns des années 1920… Comment ça c’est pas vrai ?
Un partage et une traduction de








