L’HOMME AUX YEUX CLAIRS

 (VOSTFR)


Réalisation : William S. Hart

Casting : William S. Hart, Maude George, Robert McKim

Durée : 51 min

Année : 1918

Pays : USA

Genre : Drame, Western


Histoire : Au cours d’une bagarre qui tourne mal, un bûcheron tue sans le vouloir le propriétaire d’un saloon. Le frère de ce dernier débarque en ville et cherche vengeance.



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L’ordre protocolaire va être cette fois-ci inversé, puisque c’est par le court-métrage bonus « Keno Bates, liar » (1915) que j’entamerai ma présentation de ce post, étant donné que le long-métrage « Blue blazes Rawden » (1918) en est plus ou moins un remake. Au regard des habitudes que prendra par la suite l’industrie cinématographique, la relative proximité des deux dates peut surprendre pour la reprise d’un même scénario, surtout si l’on ajoute à cela le fait qu’il s’agit du même acteur principal et réalisateur. Le cas est cependant loin d’être isolé, et il était même assez courant à l’époque du cinéma muet de tourner différentes versions d’une même histoire à quelques années d’intervalle à peine ; c’est ainsi que quelques récits classiques du western (« The Virginian », « Riders of the purple sage », « Girl of the golden west », « The spoilers », etc) eurent droit à plusieurs adaptations sur une période relativement courte. Dans le cas plus précis de la seconde moitié des années 1910, cela s’explique principalement par l’évolution rapide des techniques et des standards de production : le milieu de la décennie est notamment marqué par l’émergence du long-métrage à 5 bobines, jusque-là peu usité mais qui va rapidement supplanter les films à une ou deux bobines. A ce titre, le cas de « Keno Bates, liar » est assez significatif puisqu’il s’agit, dans la carrière de William S. Hart, de son ultime court-métrage, avant qu’il n’adopte définitivement le format plus long (il avait déjà interprété auparavant 3 films à 4 ou 5 bobines). Or on sait l’importance qu’avait eue cette première partie de la carrière de Hart, au cours de laquelle il avait mis au point son personnage désormais récurrent de « good badman » confronté à des dilemmes moraux. Trois ans, c’est aujourd’hui très peu, une fraction de seconde pour une industrie du cinéma qui a depuis longtemps établi ses normes ; entre 1915 et 1918, ces trois années sont un abîme au cours duquel la longueur des films a plus que doublé, et de nombreuses techniques se sont affinées. Il n’est dès lors pas surprenant que l’on ressorte certains scripts du tiroir où l’on venait à peine de les remiser, dans le but de les étendre à des longs métrages : nous avions déjà vu cela pas plus tard que la semaine dernière à propos de « The Italian ». Evidemment, le passage de 2 à 5 bobines induit des changements assez radicaux dans la manière de filmer une même histoire ; quant à celle-ci, on lui fait tout de même subir un petit ravalement de façade afin de se dire que, malgré tout, on va proposer quelque chose de nouveau, même si le fond reste le même. Et pour cela, rien de mieux qu’un changement de décor ; c’est ainsi que William S. Hart, comme d’ailleurs tous les autres cowboys du grand écran, va aller faire son petit tour au Canada, laisser Fritz à l’écurie et troquer le temps du tournage de « Blue blazes Rawden » son chapeau Stetson contre une toque en fourrure.


Ecrit par J.G. Hawks, déjà auteur de quelques scénarios pour Hart (en particulier le très bon « Bad Buck of Santa Inez »), « Keno Bates, liar » présente quelques variantes intéressantes dans le schéma habituel des westerns de Hart. Tout d’abord, son personnage n’y subit pas de changement de statut moral : cogérant d’une salle de jeu honnête et as de la gâchette, Keno Bates est marqué positivement et reprend plus ou moins un archétype dessiné en 1905 dans une célèbre pièce de John Balesco, « The girl and the golden west ». Son dilemme sera bel et bien induit par l’irruption d’une femme dont il va s’éprendre, mais sans que cela n’implique qu’il doive se réformer : pas de « good badman », donc, mais en revanche un personnage toujours pétri de moralisme austère, amoureux transi d’une figure féminine toute en pureté. La nouveauté intéressante de « Keno Bates, liar » est l’introduction d’un second personnage féminin antagoniste du premier, et qui était tout à fait dans l’air du temps : en effet, 1915 est l’année où explose la « vamp » (ancêtre de la « femme fatale » du film noir), une figure haute en couleur apparue au cinéma au début de la décennie et développée dans un premier temps par l’actrice Helen Gardner. Quelques autres vedettes féminines de l’époque en firent leur spécialité, et Louise Glaum n’en fut pas des moindres : elle venait tout juste d’endosser ce type de rôle pour la première fois dans « The toast of death ». Curieusement, c’est après que l’actrice s’était fait reconnaître au théâtre quelques années auparavant dans une caractérisation opposée, celle de l’ingénue, qu’elle effectua ce revirement radical, vraisemblablement sous l’impulsion de Ince ; force est de reconnaître qu’elle a montré beaucoup de talent dans cette nouvelle incarnation. Cette arrivée de Louise Glaum en vamp dans une œuvre de William S. Hart (pour qui elle avait déjà fait une apparition, dans « The darkening trail ») constitue un événement d’importance dans la filmographie de notre cowboy préféré, car l’actrice et son personnage sulfureux allaient être réinvestis et développés l’année suivante dans les pièces maîtresses que sont « Hell’s hinges » et « The Aryan », puis également dans « The return of Draw Egan ». Tout est donc déjà en place dans « Keno Bates, liar », dans lequel vous ne pourrez pas passer à côté de l’incroyable accoutrement de la dangereuse prédatrice, notamment de la symbolique appuyée que constitue le noir de sa robe en contraste avec la blancheur immaculée de l’ingénue ; j’avais d’ailleurs dû écrire le même genre de chose concernant « The Aryan », preuve une fois encore d’une constance certaine dans l’œuvre de Hart. Louise Glaum est tout à fait épatante dans ce type de composition très épicée, et vous pensez bien que l’intervention d’un tel personnage va sérieusement compliquer les choses pour Keno Bates et son pieux mensonge : sa morale à elle, la vamp, c’est qu’il vaut mieux tout détruire plutôt que perdre quoi que ce soit ; et la scène de confrontation entre les deux femmes vaut à lui seul le détour. Evidemment, avec William S. Hart, il n’y a guère de retenue dans les grands sentiments, et le mélodrame ne fait pas dans la demi-mesure ; il n’empêche que « Keno Bates, liar » achève en beauté la série de courts-métrages tournés par Hart pour la Kay-Bee, toujours sous la supervision de l’inévitable Thomas H. Ince.



Fin 1917, rebelote ! Mais comme je l’expliquai en introduction, une certaine quantité d’eau a coulé sous les ponts depuis la sortie de « Keno Bates, liar » en août 1915, pour l’industrie du cinéma en général et pour William S. Hart en particulier, qui entre temps s’est retrouvé chez Joseph Lasky dans les bagages de Ince : voir à ce sujet ce que j’avais écrit pour « The silent man ». Sorti au début de 1918, « Blues blazes Raden » est la quatrième production de Hart pour Artcraft Pictures, pour laquelle on a donc demandé à J.G. Hawks un petit retoilettage de son scénario de 1915 en vue d’un long métrage. Il serait malgré tout impropre de qualifier ce nouveau film de remake, car même si la trame principale de « Keno Bates, liar » y est largement reconnaissable, les aménagements sont néanmoins assez substantiels pour qu’on puisse y voir autre chose qu’un simple étirement à cinq bobines. J’ai déjà évoqué le changement de cadre géographique ; à ce sujet, si le northern (western du Grand Nord) nous met généralement en présence de trappeurs ou de chercheurs d’or, « Blues blazes Raden » introduisait une nouvelle figure dans ces marges reculées du western : le bûcheron. Car voilà une espèce sauvage qui s’avère finalement assez rare sur le grand écran ; à l’époque du muet, on en trouvera par la suite quelques-uns dans le cinéma scandinave. Cette parcimonie est d’autant plus regrettable que le bûcheron apparaît lui aussi comme une figure haute en couleur, parfait pour incarner ce qu’on pourrait désigner par la virilité hirsute : à mi-chemin entre l’homme et la bête, cette brute des bois exprime généralement sa camaraderie de façon très directe et sportive ; quant à ses méthodes de drague, elles semblent de nos jours assez peu dans l’air du temps. Et c’est bien évidemment tout cet imaginaire à base d’ours mal léchés qu’on voit se déployer dans « Blue blazes Rawden », avec ces types qui se donnent de grandes tapes dans le dos en jouant les filles aux cartes ; cet archétype du bûcheron mal dégrossi devait probablement préexister en littérature (il faudrait sans doute aller voir du côté de Jack London), mais je crois bien que c’est ce film qui en a donné la première illustration cinématographique. Ce changement de lieu et de profession pour le héros incarné par Hart en fait un personnage qui tranche avec son aimable prédécesseur de 1915 : en effet, le tenancier de salle de jeu que l’on voyait dans « Keno Bates, liar » était quant à lui plein de bonnes manières, et on le voyait même partir cueillir des fleurs pour sa bien-aimée, oh comme c’est mignon… Or cette nouvelle caractérisation plus fruste permet à Bill Hart de réinjecter dans l’histoire une dose de son fameux « good badman », dont on a vu qu’il était curieusement absent du court-métrage, et il fait cela selon une modalité qu’il avait déjà employée auparavant pour « Wolf Lowry » : nous voilà donc en présence du chef de meute viril, ou du « mâle alpha » comme on dit aujourd’hui, qui va donc être amené à s’adoucir. Et comme dans le titre susnommé, cette évocation se fait une fois encore à grands renforts de parallèles explicites avec le monde animal, puisqu’au plus fort des excès de tempérament du personnage, le montage n’hésite pas à insérer des plans de coupe nous montrant des loups hurlants, histoire d’être sûr qu’on ait bien compris à qui on a affaire. Sacrés bûcherons !



Ce retour à un des fondamentaux hartiens constitue donc une première différence notable entre « Blue blazes Rawden » et « Keno Bates, liar » ; elle va permettre à l’intrigue son point de bascule, qui est l’élaboration d’un mensonge en vue de ménager un ou des nouveaux arrivants, avec celui qui est habituellement usité dans les œuvres de Hart, à savoir la réformation morale du personnage. Comme vous êtes désormais familiers avec l’univers de notre cowboy victorien, vous savez bien que cette réformation se produit immanquablement sous l’impulsion d’un coup de foudre amoureux, agrémenté parfois d’une révélation spirituelle ; or c’est sur ce point précis que se trouve la singularité la plus étonnante de « Blue blazes Rawden ». Car contrairement à « Keno Bates, liar » dans lequel selon le schéma habituel, une charmante jeune femme faisait irruption au milieu de l’histoire, c’est cette fois-ci la survenue d’une vieille dame accompagnée par un adolescent qui fait office de tournant dans l’intrigue. Il s’ensuit que toute ambigüité d’ordre sexuel disparaît dans les raisons motivant le basculement moral de notre bon gros mâle dominant, qui par on ne sait quel mystère psychologique va dès lors se mettre à avoir des attentions de midinette. Passons sur l’adolescent, personnage superflu mal exploité par le scénario ; toute l’affaire concerne alors une vieille lady anglaise éplorée, que vient frapper la nouvelle de la mort de son fils ainé : c’est donc pour elle que le farouche bûcheron, qui l’instant d’avant tuait des ours à mains nues (si, si, c’est pas une blague, c’est un intertitre qui le dit), va finalement nous montrer que lui aussi, il a un petit cœur qui bat… Lorsqu’on lit ce qu’en disent les uns ou les autres, y compris la critique de l’époque, « Blue blazes Rawden » est un film qui divise fortement la communauté hartienne ; et c’est autour de ce point que je viens d’évoquer que semblent tourner les dissensions. Il y a d’un côté ceux qui – et j’en fais partie – estiment que cette désexualisation de l’enjeu moral vide celui-ci de toute substance, et fait plonger la partie psychologique de l’intrigue tout droit dans l’absurde. Il est vrai que de ce point de vue, les œuvres de Hart se situent toujours sur une ligne de crête, notamment par le côté presque toujours instantané et miraculeux des revirements moraux de son personnage, qui prennent la forma d’une violente pulsion amoureuse ou d’une brusque révélation mystique ; mais comme « Blue blazes Rawden » ne convoque aucun de ces deux aspects, le pas de côté mène à la dégringolade dans le gouffre du non-sens. Mais d’autres voient tout au contraire dans « Blue blazes Rawden » l’ultime étape du dilemme victorien de Hart, une sorte de magnifique épure qui débarrasserait la réformation du « good badman » de tout artifice lié à la sexualité ou la croyance, pour la faire reposer sur la simple base du sentiment le plus noble qui soit, celui du respect de l’amour maternel et de la dévotion filiale. Ouais, bon, peut-être que de votre côté vous avez la larme à l’œil en lisant ça, mais en ce qui me concerne je préfère le Bill Hart qui lit la Bible avec la bouteille de whisky posée à côté, et qui s’en va le plan d’après terroriser le saloon avec une pétoire comac dans chaque pogne. Néanmoins, les partisans de « Blue blazes Rawden » fournissent quelques réflexions intéressantes : ainsi Diane Koszarski, dans son ouvrage de référence sur Hart, rappelle la part autobiographique que pouvait parfois mettre le comédien dans ses œuvres, notamment la culpabilité qu’il dit avoir toujours ressentie du fait de ne pas s’être trouvé en mesure de subvenir à temps aux besoins de sa mère et de sa sœur ; c’est d’ailleurs une remarque qui avait déjà été formulée à propos de « The Aryan ». Peut-être, oui, il n’empêche que cette fois-ci, quelque chose ne fonctionne pas dans la mécanique sentimentale de l’œuvre.



Une réflexion similaire concerne le dénouement de « Blue blazes Rawden », qui là encore se distingue de « Keno Bates, liar », mais peine à convaincre par son exagération qui frise l’incohérence. La fin du film est triste, comme elle pouvait l’être dans « Wolf Lowry », ce qui pourrait a priori constituer un atout dans un cinéma hollywoodien trop souvent contraint par les conventions du happy end. Cependant, si le thème du suicide sacrificiel en vue de l’expiation d’une faute convient parfaitement à un récit mélodramatique, encore faut-il qu’il y ait une faute pour que cela paraisse pertinent ; or c’est là que le bât blesse, à mon humble avis tout au moins. Car enfin, le western est par essence un genre violent, un genre où l’on tue, qu’on soit gentil ou qu’on soit méchant ; tout dépend ensuite autant des motivations pour lesquelles on le fait, que des conditions dans lesquelles on le fait : depuis son invention par Owen Wister, le western est ainsi le dernier héritier du roman de chevalerie. Or dans le film qui nous occupe ici, c’est bel et bien à l’issue d’un combat mené dans les règles de l’art que notre héros a donné la mort ; mieux encore, c’est du côté de son adversaire que la déloyauté s’est manifestée, avec témoins à la clé : selon les codes du genre, il n’y a donc pas grand-chose à expier, tout au moins dans une pareille mesure. L’intrigue centrale étant la même, cet étrange masochisme moral du personnage joué par Hart était déjà présent dans « Keno Bates, liar » ; mais dans le cas du court-métrage, il était d’une part atténué par le retournement final qui annulait l’expiation, et d’autre part c’était une fois encore la motivation amoureuse qui pouvait permettre à Keno Bates de se laisser aller à des élans pas toujours rationnels sans que cela n’étonne trop le spectateur. Enfin, on peut même ajouter que c’est un peu tout le monde qui, dans « Blue blazes Rawden », a des réactions bizarres ; par exemple, lorsqu’elle apprend la mort de son fils ainé, la vieille mère s’empresse de se trouver une sorte de fils de substitution en la personne de notre bûcheron ramolli. Pourquoi pas, me direz-vous ; sauf qu’alors la présence du fils cadet devient sans objet, et on plaint sincèrement ce pauvre gamin, déjà traité comme quantité négligeable par le scénariste, qui se retrouve maintenant transparent aux yeux de sa maman, laquelle préfère reporter son affectation sur le premier étranger venu… Dur, d’être le petit dernier ! Tous ces éléments de scénario peu crédibles font que, contrairement à beaucoup d’autres, je préfère assez nettement « Keno Bates, liar » à sa version longue. On peut néanmoins apprécier dans cette dernière le fait d’avoir délocalisé l’intrigue dans les forêts du Canada, lesquelles sont en fait les forêts de séquoias du comté de Santa Cruz au sud de San Francisco : ça faisait quand même moins loin pour l’équipe de tournage. D’autres aspects positifs du film permettent de nuancer cette impression défavorable, j’y reviendrai tout à l’heure ; mais d’ici là il me faut répondre à la question qui vous taraude tous : et la vamp, dans tout ça, qu’est-ce qu’elle est devenue ?


Rassurez-vous : elle est toujours là, la vamp, mais vous n’allez pourtant pas manquer d’être déçus lorsque je vous aurai annoncé qu’elle s’est un peu assagie depuis 1915. Déjà, ça n’est plus Louise Glaum, qui en la matière était une valeur sûre et éprouvée ; mais sa remplaçante Maude George a tout de même quelques atouts sérieux à faire valoir : déjà habituée à jouer depuis quelques années les étrangères à la moralité suspecte, on la retrouvera plus tard dans les années 20 au sein de l’équipe d’Erich von Stroheim pour jouer les aristocrates exotiques qui n’ont pas froid aux yeux. C’est dans la même optique que son curieux physique est exploité dans « Blue blazes Rawden », les intertitres nous la présentant comme « une métisse de mère indienne et de père français » : on perçoit là aisément le genre de réputation que le scénariste cherche à lui faire… Comme souvent avec Hart, on en profite pour pousser le bouchon un peu trop loin en matière d’allusions misogynes et racistes : « Descendant d’une lignée sauvage, elle pouvait ressentir le chef de la meute »… Oh, elle a vu le loup ! Et pourtant, le personnage paraît s’être assagi en comparaison de ce qu’il était dans « Keno Bates, liar » ; or cette modération n’est pas à mettre au crédit du film, car en matière de vamp, les outrances sont à mon avis toujours bienvenues. A côté d’une Louise Glaum complètement déchaînée qui n’hésitait pas à jouer du couteau ou à espionner cachée dans les buissons, cette vamp des forêts canadiennes semblerait presque se piquer d’avoir des bonnes manières, et c’est un peu dommage. Il est clair que le scénario a cherché à l’humaniser davantage, et elle s’offre même pour partager le triste sort de son amant à la fin du film : pour un peu, on la trouverait presque glamour. Pour le reste, « Blue blazes Rawden » a des qualités qui tempèrent un peu les sérieuses réserves que j’ai sur son scénario : la mise en scène de Hart est tout à fait convaincante, sans que j’aie pu déterminer avec certitude si Lambert Hillyer y avait également participé, les différentes sources se contredisant à ce sujet. D’un point de vue purement visuel, le film semble avoir de sérieux atouts, mais que malheureusement la mauvaise copie que je propose ne donne pas le loisir d’apprécier véritablement : en ce qui concerne la très belle photographie de Joe August, on fera donc confiance à ce qu’en disent les chanceux qui ont pu visionner de meilleurs versions ; ils louent notamment la qualité des prises de vue extérieures. Nous sommes un peu plus en mesure d’apprécier le travail de décorateur de G. Harold Percival, qui avait déjà travaillé pour Hart sur « The cold deck », et qui a créé ici un saloon à l’esthétique bûcheronne assez réussie. Enfin, comme toujours chez William S. Hart, les long intertitres d’ouverture donnent dans un style poétique très chargé ; pour l’occasion, le film nous gratifie d’une longue citation d’Henry Longfellow, mais curieusement sans en mentionner l’auteur, peut-être parce qu’il s’agit de vers célèbres outre-Atlantique : « Evangeline, a tale of Acadie » est en effet le poème épique le plus connu de Longfellow, et ce sont les quatre premiers vers de son prélude qui sont reproduits ici. Koszarski parle avec raison du ton élégiaque de cette introduction, où la poésie se veut également visuelle, et où l’on perçoit la nostalgie éprouvée pour la nature primitive et inviolée. Mais évoquer à ce sujet une dimension écologique, comme j’ai pu le lire ailleurs, me paraît plus hasardeux : si le bûcheron incarné par Hart est effectivement qualifié de « spoliateur » de la nature, il n’en sera pas moins le personnage auquel nous serons amenés à nous attacher ; sa pose devant le grand arbre abattu cherche clairement à imiter celle du chasseur de gros gibier fier de son trophée, et le sentiment que cherche à inspirer l’évocation de cette destruction irrémédiable pourrait tout aussi bien être de l’ordre de la fascination.


KENO BATES, LIAR RAWDEN (1915)

Après avoir tué un homme qui voulait le braquer, un tenancier de saloon s’occupe de la soeur de sa victime.


Court-métrage VOSTFR (26 min)

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Le sous-titrage que je vous propose est de ma main, par traduction directe des intertitres anglais pour le court comme pour le long-métrage. Du côté de la qualité vidéo, c’est pas la fête : ça peut encore passer pour « Keno Bates, liar », mais pour « Blue blazes Rawden » c’est vraiment épouvantable, et il se peut d’ailleurs que mon appréciation mitigée de cette œuvre ait été induite par cela. Ne vous fiez pas à la résolution engageante du fichier (1440×1080), il ne s’agit que d’un « upscale », comme disent les « geeks » dans leur belle langue de galerie marchande d’aéroport. Le plus râlant dans cette histoire, c’est que j’ai lu quelque part que « Blue blazes Rawden » aurait bénéficié d’une très belle restauration avec copie teintée et tout le tremblement, mais dont personne n’a vu jusqu’ici la couleur sauf un petit aréopage de chanceux qui ont apparemment eu droit à une projection dans un cinéma select de la côte Est des Etats-Unis ; ça me rappelle le sketch de Coluche sur « les milieux autorisés », où il expliquait que « c’est truc où toi, ben t’en fais pas partie ».



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