(VOSTFR)
Réalisation : Thomas Carr
Casting : Mark Stevens, Forrest Tucker, Gale Robbins
Durée : 79 min
Année : 1958
Pays : USA
Genre : Western
Histoire :
En Arizona, deux jeunes frères assistent impuissants au meurtre de leur père. Plus tard, tandis que l’un d’eux est devenu un shérif intègre, l’autre, un hors-la-loi, profite du conflit entre fermiers et éleveurs qui se disputent la terre.
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Durant l’âge d’or hollywoodien, la Monogram fut l’un des studios emblématiques de la Poverty Row, terme générique regroupant l’ensemble des sociétés qui se contentaient de produire des films à faible budget. Au sortir de la 2e Guerre mondiale, l’évolution de l’industrie cinématographique incita la Monogram à voir plus grand en créant en son sein une nouvelle unité, baptisée Allied Artists, qui allait se lancer dans la production d’œuvres plus onéreuses et prestigieuses ; son nom allait d’ailleurs progressivement remplacer celui de Monogram. Mais l’échec commercial de « Friendly persusasion » (W. Wyler, 1956) puis celui de « Love in the afternoon » (B. Wilder, 1957) vont pousser la compagnie à revoir ses ambitions à la baisse et revenir peu ou prou à l’esprit de la Monogram, c’est-à-dire en produisant des petits films d’action de moindre prestige mais qui limitaient davantage les risques financiers. C’est dans cette politique de retour aux sources que s’inscrit le tournage durant les deux dernières semaines de 1957 de « Gunsmoke in Tucson », modeste western mettant en vedette Mark Stevens, un acteur de second plan qui avait commencé au milieu des années 50 à étoffer sa carrière en prenant place derrière la caméra, pour signer notamment quelques petits films policiers pas inintéressants, et aussi en devenant une vedette de télévision, avec quelques apparitions dans des séries western de prestige comme « Wagon train » ou « Rawhide ». Bref, sans être tout à fait un pétard mouillé, cette fusillade à Tucson ne fait figure que de petite escarmouche dans le paysage cinématographique du western, à une époque – la fin des années 50 – où le genre commence à voir le soleil baisser lentement vers l’horizon, mais à qui il reste malgré tout à tirer quelques cartouches retentissantes. Pour des raisons que je n’ai pas réussi à déterminer, « Gunsmoke in Tucson » attendra encore un an pour être montré sur les écrans ; c’est donc au début du mois de décembre 1958 que les spectateurs américains purent découvrir ce western sans originalité ni brio, hormis le fait d’avoir été tourné en cinémascope et DeLuxe Color : c’est déjà ça, après tout.
Même si le niveau de dépasse pas beaucoup en hauteur celui des pâquerettes, il faut reconnaître que pour un routier de la série Z comme Thomas Carr, la réalisation d’un film comme « Gunsmoke in Tucson » représente un point d’achèvement au-dessus duquel il lui est sans doute impossible de s’élever ; tout juste parviendra-t-il à obtenir de tourner l’année suivante un Audie Murphy (« Cast a long shadow »), avant de se tourner définitivement vers la télévision : c’était sans doute plus raisonnable. Avant cela, hormis une palanquée de westerns tous plus miteux les uns que les autres, Thomas Carr aura réalisé quelques sérials qu’on dit plutôt distrayants ; certains semblent même avoir gardé un souvenir ému de son « Superman » : j’avoue n’avoir jamais eu la patience d’aller vérifier, on leur fera donc confiance. Tout cela pour dire que ce n’est pas du côté de la mise en scène qu’il y a matière à trouver de satisfaction particulière à la découverte de « Gunsmoke in Tucson » ; il n’y a guère à attendre de Carr qu’il puisse se montrer réellement inspiré, mais plutôt qu’il parvienne à tenir 80 minutes sans trop se prendre les pieds dans le tapis, ce qui est à peu près le cas ici : une petite victoire, en somme… Tout commence d’ailleurs plutôt bien, avec une scène de justice expéditive qui va sceller les destinées opposées de deux frères. Voilà une amorce alléchante ; mais son traitement contient néanmoins de manière métonymique toutes les faiblesses de l’ensemble. D’une part, l’intensité dramatique d’un tel type de scène réclamait mieux que la platitude de mise en scène de Thomas Carr ; et puisque le générique qui précédait nous a montré Mark Stevens en tête d’affiche, on ne peut s’empêcher d’établir ici une comparaison défavorable avec l’excellent « Jack Slade », dans lequel Schuster avait su quant à lui faire jaillir toute la cruauté de ce genre de situation. D’autre part, le scénario semble déjà à la fin de cette scène vouloir se contenter d’une cohérence de façade et d’un à-peu-près dans les détails : la dernière réplique du pendu fait en effet bifurquer abruptement la thématique esquissée du rapport à la loi vers celle du rapport à la terre, sans que l’on comprenne bien ni pourquoi ni comment. Plus encore que ce type d’approximation, qui se rencontre ensuite tout au long du film, c’est la grande banalité du scénario qui rend tout cela vite oubliable : une fois encore, voilà recyclé le classique affrontement entre éleveurs et agriculteurs (cattlemen vs sodbusters). L’opposition entre deux frères, l’un situé du bon côté de la loi, l’autre du mauvais, encore que mal exploitée, s’avère cependant plus intéressante ; l’impression qu’il s’agit là encore d’un motif rebattu du western n’est qu’apparente, car il n’est finalement pas si aisé que cela de citer une œuvre connue qui en ait fait usage : en l’espèce, seul « Horizons west » de Boetticher (1952) me vient à l’esprit.
Quant à Mark Stevens, il a ses adeptes ; pour ma part je suis plus réservé, et il me fait plutôt l’effet d’un Dana Andrews qui aurait perdu de l’envergure. Pour ne rien arranger, un délire scénaristique fait par moment tanguer dangereusement « Gunsmoke in Tucson » vers le nanar pur et dur. En effet, le héros nommé Coburn, qu’incarne Stevens, décide au gré des situations de se changer le temps d’une scène en redoutable hors-la-loi : à la limite, pourquoi pas, me direz-vous. L’ennui, c’est qu’il fait réellement cela à la manière d’un super-héros de série Z, car le voilà qui change de nom, se faisant alors appeler Blue Chip, et surtout il change également de tenue en arborant un ensemble très seyant incluant pantalon et veste sans manches, tous deux d’un jaune éclatant (Blue Chip, jaune, cherchez pas à comprendre…). Ben oui, c’est bien connu, un bandit ça cherche toujours à ce qu’on le repère de loin ; et pourquoi pas un gyrophare, tant qu’on y est ! Evidemment, dès qu’il a fini de piquer sa crise, il remise sa tenue de super-vilain dans un placard et réapparaît habillé de manière anodine, laissant le spectateur quelque peu incrédule devant cet exercice de dialectique vestimentaire. Aïe… Heureusement qu’il y a Forrest Tucker pour relever le niveau : bien plus crédible que Stevens, cet excellent acteur interprète le frère du héros ; le scénario le relègue maladroitement au second plan, mais en fait cependant le protagoniste d’une bonne scène d’action située vers les deux tiers du film, l’une des plus intéressantes avec la séquence finale. Car « Gunsmoke in Tucson » possède malgré tout quelques attraits qui parviennent à le sauver du naufrage, à commencer par un rythme suffisamment alerte pour éviter que l’on se mette à bâiller ostensiblement, malgré le déroulement très convenu de l’intrigue. Visuellement, le film fait preuve en outre de certaines qualités, d’une part avec une photographie couleur plutôt soignée, d’autre part avec des décors qui permettent d’extirper cette série B du marasme esthétique inhérent à ce genre de production un peu fauchée. Et puisque le titre évoque Tucson en Arizona, de nombreuses scènes ont le bon goût d’avoir été tournées dans le célèbre Old Tucson bien connu des amateurs de westerns. Ce studio en plein air fut bâti en 1939 par la Columbia pour le film « Arizona » de Ruggles, dans les environs de la ville de Tucson dont il tente de recréer l’aspect que celle-ci pouvait avoir dans les années 1860. Un grand nombre de films et de série télévisées y furent tournés par la suite, en particulier en cette fin des années 50 : citons entre autres « Gunfight at the OK Corral » (1957) et « Rio Bravo » (1959) pour les plus prestigieux. De nos jours, le site est encore utilisé pour certains tournages, mais il semble surtout servir de parc d’attractions ; un terrible incendie l’avait ravagé en 1995, mais tout a été reconstruit depuis. Pour en revenir à « Gunsmoke in Tucson », le célèbre ranch Iverson en Californie, que j’évoquais la semaine dernière à propos de William S. Hart, aurait également été utilisé pour une scène du film, sans que j’ai réussi à déterminer laquelle.
Le statut assez anecdotique de « Gunsmoke in Tucson » dans la production de westerns durant les années 50 ne justifie absolument pas les mauvais traitements que lui ont fait subir les chaînes de télévision, qui lors des diffusions l’ont sauvagement amputé de son beau format cinémascope pour le réduire à un 4/3 qui anéantit tous les cadrages ; mais quelle mouche les a donc piquées ? Une édition DVD du film ayant quant à elle respecté le ratio originel, c’est donc armé d’un peu de patience que j’ai extrait les sous-titres du TVrip pour les adapter à ce DVDrip de qualité très correcte, histoire de rendre justice à ce petit western sans doute trop routinier, franchement bancal par moments mais pas tout à fait antipathique non plus
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