IN THE DAYS OF THE THUNDERING HERD + NORTH OF HUDSON BAY
(VOSTFR)
Hormis le fait de présenter Tom Mix à l’affiche, les deux films de cette semaine ont en commun cette regrettable frustration éprouvée par les amateurs de cinéma muet : ils ne nous sont parvenus que dans un état incomplet… ce qui est toujours mieux que leur totale disparition, j’en conviens. D’où l’idée de vous proposer ces deux-là en double programme ; quant à leurs points communs, hormis cette incomplétude et leur vedette tonitruante qui leur insuffle une forte dose d’action, ils n’en ont à peu près aucun. « In the days of the thundering herd » date de 1914 et appartient à la première partie de la carrière de Mix, lorsqu’il officiait à la Selig Polyscope Company ; il s’agit du premier long-métrage du comédien, et aussi l’un des tout premiers westerns de ce format (c’est-à-dire plus que trois bobines), comme je l’avais déjà évoqué à propos de « The bargain » avec William S. Hart. Le second film, intitulé « North of the Hudson bay », est lui daté de 1923 et appartient à la période faste de Tom Mix, devenu alors une grande star depuis qu’il est passé sous l’égide de William Fox, et qui n’a donc plus à faire ses preuves. Autre différence notable, si le film de 1914 appartient au genre du western pur et dur, celui de 1923 relève d’un sous-genre particulier qui est celui des aventures dans le Grand Nord, ou « Northern » dans la terminologie anglo-saxonne, lequel avait développé ses codes propres en parallèle du western traditionnel. Enfin, un autre antagonisme entre ces deux films réside dans le fait que le premier est malaimé pour de bonnes raisons mais aussi pour de mauvaises, alors que le second ne doit sa réputation qu’à une futilité malheureusement très courante dans la cinéphilie, qui veut qu’une œuvre médiocrement banale mais signée d’un grand réalisateur attire davantage l’attention que la petite prouesse d’un anonyme. Heureusement, à Warning Zone on aime bien ruer dans les brancards, nous ferons donc passer le film de John Ford en second afin de mettre plutôt à l’honneur « In the days of the thundering herd », réalisé par Colin Campbell et Francis J. Grandon.
IN THE DAYS OF THE THUNDERING HERD (1914)
Tom Mingle et Sally Madison sont les seuls survivants, lors de l’attaque de leur caravane par la tribu de Swift Wing…
MP4 421 Mo 32 min MUET/STFR perso
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Long initialement de cinq bobines, « In the days of the thundering herd » sera l’unique long-métrage que la Selig proposera à Tom Mix ; le comédien devra attendre 3 ans pour en tourner un second, une fois qu’il aura signé un contrat à la Fox. La plus grosse surprise de ce film tient dans son ton très dramatique qui tranche radicalement avec les courts-métrages que Mix réalisait alors pour la compagnie, et qui lorgnaient très nettement vers la comédie ; même une fois passé à la Fox, le célèbre cowboy gardera dans ses œuvres une certaine légèreté qui ne se démentira que rarement (par exemple dans « Riders of the purple sage »). Cette dramatisation est même poussée jusqu’à l’effroi, puisqu’en dehors de l’action omniprésente, le film cherche de toute évidence à marquer les esprits par sa violence exacerbée : deux massacres en trente minutes, entre lesquels vient s’intercaler un supplice ! Le film semble d’ailleurs avoir eu maille à partir avec certains comités de censure, lesquels étaient à l’époque des organismes locaux : celui de Chicago s’offusqua ainsi des cadavres trop nombreux et trop visibles. Fichtre ! j’en vois déjà quelques-uns qui se lèchent les babines ; mais ne vous emballez pas trop vite, contrairement à ce que suggère peut-être mon paragraphe d’introduction, « In the days of the thundering herd » n’a rien d’un chef d’œuvre méconnu, même si l’on a pu se montrer un peu injuste à son sujet. Malgré quelques plans d’ensemble avec un nombre raisonnable de figurants, la mise en scène se montre peu créative et désespérément statique ; cette platitude artistique est à mettre en contrepoint avec les qualités dont fait preuve « The bargain », le long-métrage avec William S. Hart sorti quelques semaines plus tard. Un exemple parmi d’autres : les prises de vue du massacre final sont d’une redondance assommante, se contentant de réitérer le cadrage d’un Tom Mix se tenant stupidement debout sous la mitraille. Cela est d’autant plus dommage que cette séquence est par ailleurs remarquable par la vision âpre et jusqu’au-boutiste qu’elle donne des combats entre Blancs et Indiens, au cours desquels les corps-à-corps sans merci succèdent aux échanges nourris de balles et de flèches. Plus encore que par sa réalisation, le film est handicapé par un scénario qui semble avoir été écrit la veille du tournage dans le but de donner un vernis de cohérence aux images que l’on souhaitait montrer. Pour comprendre cela, il faut dire quelques mots du major Lillie alias Pawnee Bill, une des grandes figures des célèbres Wild West Shows des années 1880 à 1910, aux côtés notamment de Buffalo Bill. Il avait acquis au début de la décennie un immense ranch dans l’Oklahoma, au sein duquel il protégeait un des plus importants troupeaux de bisons ayant survécu au massacre de l’espèce, ainsi que (du moins l’affirmait-il) 700 personnes d’origine Pawnee, une ethnie amérindienne qu’il connaissait bien et dont il s’était fait l’interprète pour le spectacle de Buffalo Bill dans les années 1880. Et c’est donc le Pawnee Bill Ranch qui fut mis à la disposition de la Selig pour le tournage du film, et sur lequel elle basa toute sa promotion. Il s’agissait donc pour la compagnie de tirer parti le plus possible de cette opportunité, à savoir mettre coûte que coûte dans son film des bisons et des Indiens, et puis aussi, tant qu’on y est, quelques autres clichés du western : la ruée vers l’or, la Pony Express, les convois de caravane… tout cela aggloméré pêle-mêle sans aucun souci de cohérence. Cela nous vaut quelques saillies surréalistes, comme ces Indiens qui, en pleine guerre avec les colons, décident brusquement d’aller chasser le bison ; ou encore un coursier de la Pony Express (1860-61) qui plaque tout pour la ruée vers l’or en Californie (1849) : n’importe quoi… Tom Mix fait d’ailleurs partie de ce package dont on entend optimiser le rendement : provenant lui aussi des Wild West Shows, on lui fait donc exécuter en début de film quelques acrobaties équestres dans un but mystérieux que le scénariste aura gardé pour lui. A noter que ces errements n’échappèrent pas à la critique de l’époque : si celle-ci réserva un accueil plutôt favorable à la sortie du film, elle souligna dès la ressortie l’année suivante toute l’inanité de son scénario.
Bon, mais alors, c’est un nanar ? Pas du tout. Disons que c’est un film plutôt raté mais intéressant, par le caractère spectaculaire des scènes de combat qu’il donne à voir, et par cette violence dure et sans concession que j’ai évoquée précédemment. Or c’est précisément ce dernier point qui a induit au sein de la cinéphilie contemporaine une critique spécifique du film à laquelle je ne souscris pas complètement, et qui a trait à la représentation des Indiens. De ce point de vue, « In the days of the thundering herd » se situe dans la filiation thématique directe d’un film à trois bobines réalisé par Griffith l’année précédente, « The battle of Elderbush Gulsh », devenu par la suite le parangon du western dans lequel les Indiens ne sont que des barbares irrécupérables qui se repaissent de cruautés en tout genre. Le fameux western raciste, donc, avec ses « Peaux-Rouges » retors baragouinant un anglais approximatif. Il y a là un sujet trop complexe et délicat pour que je puisse le traiter en quelques lignes, et j’y reviendrai sans doute plus en détail lors d’un post consacré au film de Griffith ; disons pour faire vite que ce jugement catégorique et infâmant, sans être tout à fait faux non plus, trimbale lui aussi son lot de préjugés et de raccourcis hâtifs. Après tout, le bon sauvage façon Rousseau, doux comme un enfant, est une essentialisation condescendante qui ne vaut guère mieux que celle véhiculée par les images récurrentes de hordes sanguinaires avides de viols et de tortures. Quant au « Blue soldier » de 1970, sa construction est rigoureusement la même que celle « In the days of the thundering herd », avec cette figure du juste révolté que l’on met en exergue et qu’on plante comme alibi au milieu de ses coreligionnaires tous unanimement affreux : dans le film avec Tom Mix, c’est la sœur du chef indien qui se désolidarisera de la cruauté des siens. Et dès lors que l’on s’aperçoit que ces œuvres en apparence opposées sont structurées de la même façon, il devient moins aisé de se montrer trop péremptoire. Sur cette problématique, je trouve que seul le constat pessimiste fait bien plus tard par Robert Aldrich dans « Ulzana’s raid » parvient à rendre compte des difficultés de jugement liées à cet éternel reproche fait au western au sujet de la question indienne ; je reviendrai sur tout cela plus en détail dans quelques mois, lors d’un cycle consacré aux Indiens dans le cinéma muet. Pour le moment, disons qu’en matière de racisme dans le western, je vous renvoie au post que j’avais consacré à « The Aryan », où la question se posait cette fois-ci avec une acuité beaucoup plus certaine, et il n’y était pas question d’Indiens. J’avais mis alors en évidence que la question raciale dans ce type de film s’articulait essentiellement autour de l’enjeu de la possession des femmes, ou plus généralement de la sexualité interethnique ; c’est aussi le cas dans « In the days of the thundering herd », où c’est davantage sur ce terrain que se situerait le racisme que sur celui de la représentation des Indiens comme des massacreurs impitoyables : sur ce sujet, je vous laisse apprécier vous-même la différence de traitement entre le sentiment amoureux de la douce Indienne pour le héros et l’inquiétante convoitise du chef de la tribu pour la captive blanche.
Enfin, un autre reproche généralement adressé à ce film, mais qu’il conviendrait toutefois de nuancer, concerne son montage, en apparence à peu près aussi désastreux que le scénario. Certes, mais peut-on raisonnablement en juger dans l’état où nous est parvenu l’œuvre ? Je reviens ici à ce qui lie les deux films de ce jour, à savoir leur triste état d’incomplétude. Ce n’est un effet qu’une version réduite à trois bobines que nous pouvons voir aujourd’hui de « In the days of the thundering herd », alors que le film en comportait cinq à l’origine. Il ne s’agit pas pour autant de bobines perdues, et le propos que je vais tenir est identique à celui qui concernait « The heart of Texas Ryan » : de nombreux films de Tom Mix (de même que les courts-métrages de William S. Hart) ont subi de nouvelles exploitations durant la décennie qui suivait leur sortie originelle, et ses ressorties lucratives occasionnaient des remontages sauvages effectués à l’emporte-pièce, avec changements de titres. C’est donc une version des années 20 ramenée à une demi-heure, c’est-à-dire 60 % de la durée originelle, qui est aujourd’hui accessible au commun des cinéphiles ; autant vous dire que dans ces conditions, le film paraît forcément mal monté. A noter que l’existence de trois copies différentes étant mentionnées par différentes sources comme ayant survécu jusqu’à nos jours, il n’est pas impossible que l’une d’elles comporte cinq bobines, mais que l’on n’ait pas jugé intéressant d’investir dans une numérisation, sans même parler de restauration : voilà qui est bien regrettable, mais qui laisse malgré tout quelques espoirs pour l’avenir. Et puisque que j’en suis à évoquer les misères des bobines perdues de ces films centenaires, voilà une transition toute faite vers le second métrage de ce double-programme, dont les dommages créés par le temps sont d’une autre nature. En effet, concernant « North of Hudson bay », il s’agit de la perte de la cinquième et dernière bobine d’une version qui, en revanche, semble être restée vierge de tout tripatouillage suspect : il nous manque donc le dénouement final. Cela n’a guère d’importance pour l’histoire en elle-même, car nous savons bien que même dans les circonstances les plus rocambolesques, Tom Mix finit toujours par vaincre les méchants et épouser la fille du banquier local ; nous avons simplement à regretter que, cela ne se faisant pas sans quelques cascades périlleuses dont l’acteur casse-cou avait le secret, nous ne pourrons pas assister une fois de plus à ces prouesses hardies qui lui occasionnèrent tant de plaies et bosses. Mais voyons ce qui lui valut d’en arriver là.
NORTH OF HUDSON BAY (1923)
Michael Dane part au nord du Canada rejoindre son frère, Peter, qui a trouvé de l’or avec son partenaire, Angus McKenzie. En route, Dane rencontre Estelle McDonald et tombe amoureux d’elle. Lorsqu’il arrive au comptoir, Dane découvre que Peter a été assassiné…
MP4 TVRIP 378 Mo 40 min MUET/STFR perso
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Le northwestern ou northern est un sous-genre apparu d’abord en littérature, vite relayée par le cinéma, et qui se développe concomitamment au western traditionnel. On peut y distinguer deux branches dominantes, en fonction tant des lieux géographiques que des activités lucratives qu’on y pratique ; la première branche, la plus connue, prend pour décor l’Alaska où s’affairent les aventuriers des différentes ruées vers l’or (1896-1911) ; elle est popularisée par deux célèbres romans, l’un de Jack London (« The call of the wild », 1903), l’autre de Rex Beach (« The spoilers », 1906). Mais c’est la seconde qui nous intéresse ici, celle qui concerne le nord du Canada (Yukon, baie d’Hudson) avec le commerce de fourrures et la figure bien connue du trappeur ; de tradition plus ancienne en littérature (Thomas Mayne Reid autour des années 1860, ou encore Jules Verne avec « Le pays des fourrures », 1872), son appropriation par le cinéma se fera pourtant plus timidement, sans doute parce qu’elle n’était pas d’actualité contrairement à la ruée vers l’or du Klondike. A noter cependant que le trappeur au cinéma a bénéficié il y a quelques années d’un regain d’intérêt inattendu avec le succès de « The revenant ». Bref, n’importe quel cowboy du grand écran se doit d’aller un jour ou l’autre faire son petit séjour près de l’Arctique, Tom Mix comme les autres ; il a donc troqué de temps à autres sa chemise country contre une veste polaire et ses éperons contre des raquettes : « The cyclone », 1920, « Up and going », 1922, puis celui-ci, « North of Hudson bay », 1923. Détail amusant : Mix étant connu pour ses tenues de cowboy de cirque particulièrement tape-à-l’œil, il n’était pas question que dans le Grand Nord sa doudoune passe inaperçue ; vous verrez qu’il n’y a pas de quoi être déçu… Quant à John Ford, pas encore très connu à l’époque (il faudra attendre « The iron horse » l’année suivante), il avait quitté en 1920 la Universal pour la Fox, cette dernière lui offrant un meilleur salaire et peut-être davantage de possibilités artistiques. La majorité des films que réalise alors Ford pour William Fox tournent plus ou moins autour du western. Cela commence doucement avec Buck Jones, vedette dont les films étaient budgétisés aux alentours de 20 000 $ ; trois ans plus tard, il passe à Tom Mix, qui pèse quant à lui 50 000 $, et l’on voit donc la progression d’un metteur en scène qui commence à se faire un nom. Cette collaboration avec notre cowboy flashy commença assez traditionnellement dans les canyons ensoleillés avec « Three jumps ahead », film sorti en mars 1923 et aujourd’hui perdu, puis se poursuivit dans les neiges canadiennes à la fin de la même année, toujours en 5 bobines, avec « North of the Hudson bay ». Au Canada, vraiment ? Pas du tout, en vérité ! Mix a beau être célébrissime, il gagne surtout sa vie grâce à la quantité ; d’une part il ne s’agit donc pas d’une superproduction, loin s’en faut, d’autre part la conception du western portée par la star est suffisamment fantaisiste pour qu’on puisse épargner à l’équipe de tournage un long et coûteux voyage : en guise de vastes contrées enneigées, la vallée de Yosemite en Californie dans la fraîcheur d’un mois de février fait amplement l’affaire. Ajoutez à cela l’indéniable talent de l’opérateur Daniel B. Clark, habitué des films de Tom Mix (voir les premiers posts de ce cycle), et le tour est joué : le Grand Nord comme si on était, ou presque.
Ouais, bon, John Ford ou pas John Ford, il n’empêche que ce « North of the Hudson bay » laisse tout de même à désirer. Passe encore que le montage donne l’impression d’avoir été effectué un lendemain de cuite, puisqu’il est possible que comme souvent quelques morceaux de bobine aient pu disparaître çà et là : par exemple, on ne comprend pas bien l’origine de cette histoire de chapeau durant la séquence de type comédie romantique, et par conséquent les gags qui suivent tombent un peu à plat. On laissera donc au monteur de la Fox le bénéfice du doute, bien que j’aie tendance à penser que la faute puisse être originelle, si l’on en juge par l’utilisation un peu chaotique des intertitres durant la première partie du film. Mais c’est du côté du scénario que je formulerais le plus de réserves, compte tenu des stupéfiantes incongruités de cette histoire policière à base de faux coupable et qui sert de prétexte à pouvoir enfin nous livrer, dans la dernière partie, deux ou trois scènes typiques du sous-genre northern assez réussies et sur lesquelles je reviendrai. Or avant d’en arriver là, Ford et son scénariste tentent avec aplomb de nous faire passer des vessies pour des lanternes, par exemple en mélangeant au mépris de toute vraisemblance les éléments des deux branches distinctes de northwestern (Alaska vs Canada, voir paragraphe précédent) : allons bon, personne n’a jamais cherché de l’or dans les environs de la baie d’Hudson, qu’est-ce que c’est que cette histoire ! Quant à la peine infligée au présumé coupable de meurtre, des mœurs locales assez improbables veulent qu’on perde son temps à faire suivre celui-ci le long d’une pérégrination mortelle dans l’immensité sauvage : quel drôle de prétexte pour emmener enfin le héros affronter les dangers du wilderness ! Cette sentence saugrenue est prononcée par… le gérant du comptoir, qui sans doute faute de budget fait donc office de juge et de policier. Et pas de dentiste ou de croque-mort ? Mais la palme de la sottise revient au piège machiavélique mis en place par le véritable meurtrier pour piéger ses victimes, lequel consiste en un dispositif tellement improbable qu’on le croirait inventé par Vil Coyote pour trucider Bip Bip : je ne vous dévoile rien, ça serait dommage… Dans l’ouvrage des Cahiers du Cinéma consacré à Ford, Nicolas Saada fait au sujet de cette scène un rapprochement sans doute pertinent avec Fritz Lang ; et sans en être tout à fait certain, je crois qu’en écrivant cela l’auteur a en tête le docteur Mabuse. Au reste, l’allure très étrange du méchant de « North of the Hudson bay », avec ses inquiétantes lunettes carrées et fumées qui lui donnent un air de savant fou, tendrait à corroborer ce rapprochement inattendu. Quant à savoir ce qu’un inquiétant cousin de Mabuse vient faire dans un film avec Tom Mix au pays des trappeurs, voilà le type de fantaisie qui relève au mieux du serial sans ambition, au pire de la nanardise pure et dure. Et de tels errements farfelus sont d’autant plus surprenants qu’hormis le nom de Ford, « North of the Hudson bay » peut se targuer d’avoir à son générique celui de Jules Furthman, appelé à devenir par la suite un scénariste fort réputé qui travaillera notamment pour Hawks et Sternberg ; mais quelle mouche l’aura donc piqué ? Allons, ne désespérons pas, le film remplit son contrat sur le terrain favori de Mix : l’action. Sur ce point, on soulignera la réussite de deux scènes caractéristiques qui sont des sortes de passages obligés pour tout northern qui se respecte, avec pour commencer, comme chez Tarzan, la bataille à main nue contre les bêtes sauvages. Devinette : ours ou loup ? Gagné ! Ce sont des loups, et la scène reste tout à fait efficace même si on en décèle aisément les trucages : faux loups en bois ou en mousse, ou bien ce technicien de plateau que l’on devine en train de lancer des bergers allemands (!) sur ce pauvre Tom Mix ; rassurez-vous, notre cowboy intrépide finira par faire détaler toute la meute. Enfin, si on va dans le Grand Nord, c’est quand même pour faire un peu de canoë : là encore, l’infatigable Mix se démène comme un beau diable, et sa jolie partenaire aussi. Le problème, c’est que tout s’arrête brusquement au moment où on nous annonce l’approche des rapides ; on peste alors contre cette fichue bobine perdue, parce que tout cela s’annonçait trépidant. Une petite remarque anecdotique pour finir : le film est l’une des rares occasions de voir Eugene Pallette sans son embonpoint légendaire ; il semble presque athlétique ! Quant à sa voix caverneuse, tout aussi légendaire, il faudra attendre encore quelques années.
Traduction personnelle des intertitres en anglais pour « In the days of the thundering herd », incrustés sur une vidéo qualité épouvantable, la seule que j’aie pu trouver. Concernant « North of the Hudson bay », le seul fichier disponible, que l’on voit circuler partout, est une version vraisemblablement issue des archives tchèques (les intertitres sont dans cette langue), de type TVrip avec un logo de chaîne en bas à droite, mais plutôt de bonne qualité ; parions que c’est la signature de Ford qui aura valu à ce film un traitement de faveur avec une restauration correcte ; ah ! le star-system… Ce fichier de départ comportait également des sous-titres anglais incrustés, mais incomplets (une longue lettre n’a pas été traduite). Un sous-titrage français de ce film a déjà été proposé, mais bon, euh… enfin bref, j’ai préféré tout refaire, par traduction de l’anglais ou directement d’après le tchèque. En outre, j’ai fait en sorte que l’incrustation masque entièrement les sous-titres anglais, spatialement et en terme de timing.
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