THINK FIRST & A GUN IN HIS HAND
(VOSTFR)
J’avais évoqué il y a quelques mois, dans un post consacré à « The secret six », l’entrée de la MGM dans la course aux films de gangsters au tout début des années 30. Mais quelques années plus tard, le code de production a changé, après que le succès des œuvres comme « Public Enemy », « Little Caesar » ou « Scarface » a entraîné la colère les ligues de décence, qui les accusent de faire soi-disant l’apologie de la criminalité. En janvier 1934, Hays nomme Joseph I. Breen à la tête d’un nouvel organisme de censure, la PCA (Production Code Administration), et le contrôle des scénarios est devenu cette fois quasiment obligatoire. C’est désormais la Cour Suprême qui décide de ce qui est acceptable ou pas, au détriment des commissions locales de censure. L’ère d’une relative liberté pour le cinéma hollywoodien est clairement révolue, et certains signes ne trompent pas : « Public Enemy » et « Little Caesar » deviennent carrément interdits de rediffusion, et la Warner n’a d’autre choix en 1935 que de le faire passer James Cagney du bon côté de la loi dans le « G-men » de William Keighley. Quant à la MGM, elle semblait avoir déjà anticipé ce tournant, mais d’une bien curieuse manière, notamment en faisant l’éloge douteux des méthodes expéditives dans des films comme « The beast of the city », qui restaient de ce fait des œuvres parfaitement mauvais genre et ne pouvant encore satisfaire à ces nouveaux canons de censure qui allaient entrer en vigueur. Mais en 1935, tout le monde rentre dans le rang, et c’est dans ce contexte que la MGM va lancer une longue série de courts-métrages réunis sous l’appellation très explicite de « Crime does not pay » : on l’a compris, cette production va se montrer hautement édifiante, et j’aime autant vous dire qu’après avoir vu ça, vous y réfléchirez à deux fois avant de traverser en dehors des passages cloutés !
Pourquoi des courts-métrages ? Parce que la MGM avait commencé à se faire une spécialité de ce format, qu’elle développait sous forme de séries depuis le début du cinéma parlant : cela avait commencé avec les « Dogville comedies » et s’était poursuivi avec les « Pete Smith specialties » au début des années 30. En plus de proposer une souplesse financière (chaque film n’engage que peu de frais, et on arrête la série quand on veut) et de limiter les risques, le format court permettait de mettre le pied à l’étrier à des acteurs ou des metteurs en scène pour qui l’on nourrissait quelques espoirs : cela sera particulièrement le cas pour « Crime does not pay », comme nous le verrons. Au sein de la MGM, des producteurs vont donc se spécialiser dans le court-métrage, comme Jack Chertock qui va s’occuper de cette série criminelle ainsi que d’autres relevant du genre comique ou documentaire. Si l’on en croit sa longévité, « Crime does not pay » a été couronnée d’un certain succès : pas moins de 50 films, d’une vingtaine de minutes chacun, verront ainsi le jour entre 1935 et 1947. La série se trouve alors engloutie par la vague du film noir, qu’elle aura d’ailleurs anticipée par certains aspects ; « Crime does not pay » se transformera ensuite en une série radiophonique, diffusée de 1949 à 1951, dans laquelle des comédiens de la MGM venaient faire des apparitions. Quant à la série de comics éditée de 1942 à 1955 par Charles Biro, pionnière de la bande dessinée criminelle, elle n’a en commun avec les films de la MGM que le titre : à l’inverse de ceux-ci, elle renoue avec l’esprit des films de gangsters qui avaient précédé le resserrement du code Hays. Il est assez surprenant que « Crime does not pay » (version cinéma) soit aujourd’hui tombée dans un relatif oubli, surtout lorsqu’on voit la liste des futures vedettes qui y ont fait leurs premières armes, que ce soit parmi les acteurs (Robert Taylor, Van Johnson, Cameron Mitchell, Laraine Day, etc) ou les réalisateurs (Fred Zinnemann, Jacques Tourneur, Joseph Losey, David Miller, Joseph M. Newman, etc). S’étalant sur 12 années, la série de Jack Chertock, tout en préservant certains leitmotivs lui donnant une identité formelle, aura bien sûr subi quelques évolutions, surtout à partir de 1942 avec d’une part l’entrée en guerre des Etats-Unis qui fera dériver certains épisodes vers le film d’espionnage, d’autre part la déferlante du film noir qui finira par insuffler aux intrigues une certaine ambivalence absente des débuts de la série : nous verrons cela avec l’un des deux épisodes proposés ici. Un des attraits certains de « Crime does not pay » est l’incroyable variété des crimes et escroqueries réalisées par tout un panel d’aigrefins, l’intitulé de la série ne nous laissant aucun doute sur le fait qu’ils finiront tous par être mis hors d’état de nuire par des forces de police surpuissantes, implacables, omniprésentes et omniscientes, histoire de bien nous enfoncer dans le crâne que l’état est une sorte de super-héros auquel rien n’échappe, et qui dans toute circonstance aura toujours un coup d’avance sur les criminels. Pour qui a un peu idée de la corruption d’ampleur et des systèmes mafieux qui régnaient dans certaines grandes villes américaines au milieu des années 30, il est évident que les autorités du pays cherchaient ici autant à se rassurer elles-mêmes qu’à rassurer les citoyens, et cela même si elles n’avaient pas une implication directe dans la conception de la série, laquelle a dû se contenter en la matière du simple encouragement personnel d’Edgar J. Hoover. Toujours est-il que Chertock aura conçu « Crime does not pay » dans une volonté manifeste d’édification morale, mais qui se fait bien davantage à l’encontre des initiatives criminelles individuelles ou de petite échelle plutôt que dans l’optique d’une lutte contre des organisations de plus grande ampleur. Quant aux autres aspects notables de la série, ceux qui en ont vu un nombre conséquent d’épisodes relèvent d’une part son caractère assez anxiogène, qui découle du côté parfois sordide de scènes impliquant les victimes (suicides, infanticides, agonies sur les lits d’hôpital, etc), et d’autre part son caractère très droitier qui renvoie les causes de la délinquance exclusivement à des failles morales individuelles (convoitise, goût du luxe ou simple méchanceté) sans qu’aucune cause sociale ne puisse jamais être entrevue ne serait-ce qu’un instant.
THINK FIRST (1939)
Margie Smith travaille comme serveuse dans un restaurant drive-in. Elle aime sortir et être jolie, mais avec son salaire, elle ne peut pas suivre tout le monde. Cependant, un ami lui montre que voler est facile, cool et permet de s’habiller comme le succès. Au début, cela fonctionne très bien…
MP4 DVDRIP 219 Mo VOSTFR (20 min)
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24e court-métrage de la série, « Think first » semble être représentatif de l’époque canonique de « Crime does not pay ». Comme motif récurrent visant à donner son identité à la série, on notera par exemple cette introduction au cours de laquelle le « journaliste des affaires criminelles » de la MGM, suivi d’un prétendu expert issu des rangs de la police ou de la justice, se succèdent face caméra afin de nous présenter le sujet du film et nous asséner les premières mises en garde. Si ce vernis d’authenticité a bien entendu pour intention de dramatiser d’emblée les situations et d’imposer un ton de solennité, il est assez drôle de constater qu’il produit rétrospectivement l’effet inverse dès lors que l’on reconnaît dans ces soi-disant experts les visages de quelques comédiens de second plan de la MGM : vous verrez donc ici Ann Shoemaker vous assurer qu’elle est juge spécialisée dans la délinquance des jeunes filles… Une autre marque de fabrique de la série, beaucoup plus intéressante cette fois-ci, est l’importance toute particulière donnée à la police scientifique. A ce sujet, bien que je n’en sois pas tout à fait certain (il me faudrait revoir certains films de la Warner), ce recours aux flics en blouse blanche me semble cependant être une nouveauté dans le cinéma policier, promise qui plus est à un riche avenir : cela deviendra un aspect important du film noir surtout à partir de « Mystery street » de Sturges, et le restera jusqu’à nos jours avec le succès de la série « Les experts ». On notera d’ailleurs que Fred Zinnemann, qui est l’un de ces metteurs en scène qui aura fait ses classes au sein de « Crime does not pay », réalisera ensuite un premier long métrage tout à fait dans l’esprit de la série (c’est aussi le cas pour Jacques Tourneur) : ce sera « Kid glove killer » sorti en 1942, un film qui fut d’ailleurs produit par Chertock, et qui réservera lui aussi une large part aux méthodes de la police scientifique. Pour en revenir à « Think first », dont le sujet est le vol à l’étalage (c’est pas bien !), il est confié à un réalisateur typique de la MGM : non seulement Roy Rowland a fait l’essentiel de sa carrière au sein de la compagnie, mais il fut très tôt engagé par le service des courts-métrages, et collabora aux séries « Pete Smith specialties », « How to », ainsi que 4 épisodes de « Crime does not pay » qui eurent certainement une influence sur la suite de sa carrière, puisque Rowland est connu entre autres pour quelques films policiers bien sentis. Du côté des acteurs, outre Laraine Day dans un de ses premiers rôles, « Think first » se distingue par la présence malfaisante de Marc Lawrence, un des affreux les plus marquants du film noir ; mais rassurez-vous, les forces de l’ordre auront le dernier mot !
A GUN IN HIS HAND (1945)
Un homme rejoint les forces de police pour apprendre les procédures policières dans le but d’échapper à des crimes.
MP4 DVDRIP 267 Mo VOSTFR (19 min)
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Assez atypique quant à lui, le 46e épisode de la série, intitulé « A gun in his hand », ne manquera pas de susciter l’intérêt des cinéphiles du fait qu’il ait été réalisé par Joseph Losey peu après qu’il soit démobilisé. Dans ces années-là, Losey est beaucoup plus impliqué dans le théâtre auprès de Brecht que dans le cinéma, et sa véritable entrée dans le 7e art ne se fera que deux ans plus tard à la RKO. Il est néanmoins remarqué par la MGM, qui lui propose donc de réaliser cet épisode de la série de Jack Chertock, sur laquelle commence sérieusement à déteindre l’influence du film noir alors en pleine explosion. Il en résulte un épisode très inhabituel où l’ambigüité s’installe, puisque le criminel est cette fois-ci un membre des forces de l’ordre : on ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec le célèbre « The prowler » que Losey réalisera en 1951 ; néanmoins, il faudrait pour cela s’assurer que Losey ait eu le choix de son sujet lorsqu’il réalisa « A gun in his hand », ce qui n’a rien d’évident a priori, et je n’ai pas trouvé d’information à ce sujet. Ce qui est certain en revanche, c’est que Losey a détesté le film et son expérience à la MGM : « Ce fut une semaine de tournage avec un très mauvais scénario et un très mauvais caméraman. J’avais tourné pendant trois jours lorsque la première grande grève a commencé à Hollywood, m’amenant à filmer les scènes nocturnes de jour. C’était un enfer absolu, je détestais cela ». On a connu plus enthousiaste… et plus juste avec le travail de ses collaborateurs : non, le scénario n’est pas mauvais, pas plus que ne l’est l’opérateur. Et il est assez cocasse de voir Losey, connu pour ses opinions très à gauche, pester contre des grévistes ! Et au vu des nombreux films noirs qu’il aura réalisés dans sa carrière, ces débuts chez Chertock laissent à penser que Joseph Losey, à l’instar de Roy Rowland ou Joseph M. Newmann, aura trouvé dans « Crime does not pay » une certaine prédestination cinématographique. Parmi les gimmicks habituels de la série, on trouve dans « A gun in his hand » le recours aux méthodes scientifiques de la police, de manière encore plus appuyée que dans le court-métrage précédent. Sont également de mise le caractère surpuissant et presque divinatoire des forces de la loi, qui vouent à l’échec toute entreprise criminelle avant même qu’elle ait débuté, ainsi que l’envolée finale toujours aussi sentencieuse : l’expert de service tourne alors son regard vers le ciel d’un air inspiré, nous déverse sa morale édificatrice avec des trémolos dans la voix, tandis qu’un auditoire recueilli l’écoute avec une conviction sans faille. Ne ratez donc surtout pas ce plan de conclusion tout à fait sidérant dans lequel les cadets de l’école de police, dont les mines sérieuses et imperturbables s’alignent de chaque côté du cadre sur toute la profondeur de champ, prêtent une oreille attentive et approbatrice à la parole du maître des horloges : effet garanti ! et défense de rire… Du côté des comédiens, on regrette vivement que Tom Trout n’ait pas eu une carrière plus conséquente sur les écrans (à peine une poignée de films et d’apparitions dans des séries), car il est excellent en flic cynique et corrompu ; quant à Anthony Caruso, qui lui sert de complice, il faisait depuis quelques années déjà de discrètes apparitions dans des films de gangsters ou d’espionnage, prélude à une longue carrière de salopard sur grands et petits écrans.
En terme de vidéo, les deux fichiers proposés sont des DVDrip de qualité tout à fait honnête, les 50 titres de la série ayant bénéficié d’une sortie américaine sur ce support. Malheureusement cette édition ne comporte pas de sous-titres anglais, c’est donc avec une grande patience et mes petites oreilles que je vous ai concocté un sous-titrage directement d’après l’audio anglais, mais quand même avec l’aide des sous-titres autogénérés par youtube, mais surtout pas avec celle des sous-titres espagnols dont je me méfie comme du covid. Il y a donc une petite poignée de trous avec des ???, mais vraiment très peu ; pour le reste, la diction des comédiens était suffisamment distincte pour que je sois sûr de ce que j’ai traduit. Et avec ça vous allez filez droit, hein, n’oubliez pas que la maréchaussée veille ! Et qui vole un œuf vole un bœuf, ouais.
Un partage et une traduction de






