(VOSTFR)
Réalisation : E.A. Martin
Casting : Tom Mix, Bessie Eyton, Frank Campeau
Durée : 53 min
Année : 1917
Pays : USA
Genre : Western
L’histoire est centrée sur une relation amoureuse entre le cow-boy tireur d’élite Jack « One Shot » Parker et Texas Ryan.
MP4 WEBRIP 781 Mo VOSTFR perso
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Pour rappel, Tom Mix fit ses classes pour le cinéma au sein de la Selig Polyscope, une compagnie fondée en 1896 et qui lança également Harold Lloyd et Fatty Arbuckle. Il y joua dans plus de 230 films, dont une bonne moitié de westerns ; il s’agit pour l’essentiel de courts-métrages d’une ou deux bobines, qu’il écrivait et réalisait lui-même dans la plupart des cas, bénéficiant à partir de 1914 de sa propre unité de production. « The heart of Texas Ryan » représente le point d’achèvement de cette première partie de la carrière de Tom Mix : il s’agit en effet du dernier film qu’il tourne pour la Selig, laquelle est alors en proie à de graves ennuis financiers (elle stoppera sa production de films l’année suivante). Mix signera aussitôt après un juteux contrat avec William Fox, ce qui allait bientôt le propulser au rang des stars incontournables du cinéma muet. Une autre particularité de « The heart of Texas Ryan » est d’être un long-métrage (cinq bobines), un format avec lequel notre remuant cowboy n’était pas encore familiarisé : ses premières bandes tournées pour la Fox continueront d’ailleurs à être des petits films à deux bobines, au moins jusqu’en 1918. Néanmoins, le film qui nous occupe ne constitue pas la première entrée de Tom Mix dans un format plus long : « In the days of the thundering herds », également long de 5 bobines, date de 1914.
S’il permet à Tom Mix de donner libre cours à son sens de l’action, au moins à quelques occasions, « The heart of Texas Ryan » frappe par les faiblesses de son scénario, qui manque tout à la fois de cohésion et de cohérence. Ces manquements ont diverses causes, qui apparaissent dès le lancement du projet en 1916 : il s’agissait initialement d’adapter un roman de Zane Grey paru en 1914, « The light of western stars » ; c’est d’ailleurs sous ce titre que le film commence à être tourné. Mais la Selig n’ayant pu en fin de compte obtenir les droits pour le livre de Grey, elle se voit obligée de demander au scénariste Gilson Willets de revoir l’histoire afin de s’en éloigner : voilà une première embuche pour le scénario. Par ailleurs, la Selig étant au bord de la faillite, par souci d’économie elle ne recule pas devant quelques bidouillages douteux (c’était assez courant à l’époque) consistant à réemployer des images tirées d’anciens courts-métrages de Mix, en l’occurrence « The tell-tale knife » (1911). Enfin ça, c’est si l’on en croit Silent Era, qui mentionne aussi comme réemploi un court-métrage de 1914 intitulé « Single-shot Parker », mais dont je n’ai trouvé trace dans aucune filmographie ; quant à l’AFI, tout aussi sérieuse que Silent Era, elle évoque à l’inverse une réduction des dix bobines prévues pour le film à cinq, suite à l’injonction de ne pas utiliser l’histoire écrite par Zane Grey : comprenne qui pourra… Notons que Tom Mix recroisera la route de Grey pour « Riders of the purple sage », que j’ai déjà présenté durant la saison précédente ; quant à « The light of western stars », ce roman sera par la suite largement adapté au cinéma : en 1918, puis 1925, 1930 et 1940. Pour en revenir à « The heart of Texas Ryan », le film est ressorti la décennie suivante, comme c’était souvent le cas, sous un nouveau titre afin sans doute de faire croire à un film inédit : la compagnie Exclusive Features réédite ainsi l’œuvre en 1923 sous le titre « Single-shot Parker », avec de nouvelles coupes ne faisant qu’aggraver la confusion générale qui règne dans ce film décidemment malmené. Or c’est justement cette version écourtée de 1923 qui nous est parvenue jusqu’à aujourd’hui. Il en résulte, d’un point de vue global, un manque d’unité scénaristique donnant l’impression d’une juxtaposition d’historiettes vaguement reliées entre elles, d’un manque d’unité de ton, le film passant brutalement du burlesque à des séquences plus dramatiques, cela sans la moindre cohérence ; et d’un point de vue local, de nombreux plans manquants rendent par endroit l’histoire difficilement compréhensible, et le contenu des intertitres ne correspond pas toujours aux images… Bref, mieux vaut s’armer de bonne volonté pour suivre cette histoire jusqu’à la fin.
Tourné dans le ranch de Newhall, un lieu mythique des premiers temps du western, et dans les studios de la Selig à Los Angeles pour les intérieurs, « The heart of Texas Ryan » présente un certains nombres de lieux communs propres au westerns de la seconde moitié des années 1910. Comme le titre l’indique, il s’agit avant tout d’une romance ; Bessie Eyton, une star de la Selig, tient donc l’affiche aux côté de Tom Mix. Bien sûr, ce personnage féminin arrive de la côte Est, pleine de bonnes manières et d’études universitaires, mais va renouer avec les vraies valeurs, celles de l’Ouest : c’est en voyant le héros terrasser un bouvillon qui a résisté au lasso qu’elle va ressentir l’émoi amoureux… Cette confrontation easterners/westerners est un passage obligé à cette époque, nous avions déjà vu cela pour Mix mais aussi pour Fairbanks ; on notera cependant comme originalité que ce n’est pas le valeureux cow-boy qui ira délivrer l’aimable dulcinée tombée aux mains des ignobles bandits, mais c’est bel et bien l’inverse qui se produit ici. Quant aux ignobles bandits en question, en 1916 ils ne pouvaient être autre chose que des Mexicains : pour expliquer cela, je vous renvoie là au long développement que j’avais écrit il y a deux semaines à propos de W.S. Hart et « The Aryan ». Une caractéristique liée cette fois à Tom Mix en particulier est la contemporanéité de l’action : comme souvent dans ses films, on se promène parfois en automobile, et cela permettait sans doute une meilleure identification pour un large public dont Mix entendait être le héros-modèle : nous sommes là à l’opposé de l’Ouest historique, réaliste et austère cher à William S. Hart. On notera toutefois que le costume de Tom Mix reste ici encore assez sobre, avant qu’il n’évolue bientôt vers des extravagances d’opérette suite à son passage à la Fox. Quant au film, malgré l’impression très mitigée qu’il laisse sur le spectateur, quelques bons moments viennent néanmoins parsemer son visionnage, comme durant la confrontation entre Mix et le shérif dans le saloon, où les gros plans sur les visages qui s’enchaînent par un panoramique soulignent efficacement la tension : voilà un gimmick de mise en scène qui fera long feu, répété ad nauseam 50 ans plus tard dans les westerns italiens. Enfin, bien sûr, il y a les cascades : Tom Mix saute sur une diligence en pleine course, se jette de son cheval pour dévaler une falaise ; tout cela ne manque pas de brio, si ce n’était que l’incomplétude des séquences dans la version disponible vient souvent gâcher le spectacle. Même remarque pour les scènes finales, qui semblent être plus proches que le reste du film du roman de Zane Grey qu’il s’agissait d’adapter initialement.
Comme toujours chez Mix, mais également chez Hart, la monture du héros a son importance et devient presque un personnage à part entière, avec qui le cowboy s’entretient volontiers de vive voix ; rassurez-vous, le cheval ne va pas jusqu’à lui répondre, mais on n’en est pas quand même pas loin… Il faudra à ce propos qu’un jour où l’autre j’écrive plusieurs paragraphes sur ces fameux « wonder horses » du cinéma muet, tant ils eurent leur importance dans les westerns de l’époque ; en ce qui concerne « The heart of Texas Ryan », il semble que le célèbre Tony ne soit devenu le cheval attitré de Tom Mix que lors du passage de celui-ci à la Fox, puisque c’est ici un certain Blue qui accompagne les péripéties équestres du cow-boy intrépide, mais tient aussi conciliabule avec lui à d’autres moments : on le voit même ici partager avec Mix son avis favorable sur le physique de la fille convoitée ! Il semble d’ailleurs qu’on ait fait preuve à cette époque d’un sens très particulier de la galanterie dans l’Ouest américain, si l’on en croit ce film et beaucoup d’autres westerns muets : ainsi ne reculait-on pas devant des comparaisons fort peu élégantes, consistant à parler de la gent féminine dans les mêmes termes que la population bovine ou équine… Je vous laisse découvrir cela dans quelques intertitres assez croquignolets de « The heart of Texas Ryan », qui feraient certainement hurler d’indignation aujourd’hui quelques sensibilités progressistes trop sérieuses, mais qui pour ma part m’ont plutôt fait rire de bon cœur ; leur outrance manifeste me fait en effet pencher pour une interprétation plus ambigüe que cela : si elles témoignent certes du machisme d’une époque, je pense qu’elles servaient davantage à moquer gentiment les mœurs un peu rustres des habitants de l’Ouest sauvage, toujours dans cette idée d’opposition entre westerners et easterners caractéristique de ces années-là.
Le court-métrage bonus, intitulé « An angelic attitude », est également un film tourné par Tom Mix pour la Selig, et sorti en août 1916. Sous un habillage de western, il s’agit d’une innocente petite comédie d’une bobine, sans doute pas d’un intérêt extraordinaire mais pas du tout déplaisante à regarder, et qui débouche sur un gag final assez farfelu pour provoquer chez le spectateur un amusement de bon aloi, à défaut d’une franche hilarité. Une fois encore, il s’agit pour notre homme de l’Ouest un peu rustaud de courtiser aimablement une jolie dame tout juste arrivée de l’Est sophistiqué ; l’originalité tient ici dans le fait que l’inévitable rival de notre cow-boy n’est autre que son propre père, un vieillard visiblement plus gaillard que vénérable. On reconnaît aisément le style de la Selig, notamment des extérieurs très semblables à « The heart of Texas Ryan » qui font penser que le film a été également tourné dans le ranch de Newhall : on y voit à nouveau Tom Mix culbuter de son cheval du haut d’une colline et rouler jusqu’en bas, peut-être même est-ce la même colline, bien que la cascade se réduise ici à un effet de montage. Cette fois-ci, Mademoiselle From-the-East a dans ses bagages quelques toiles et des tubes de couleurs : en effet, elle vient passer du temps dans le ranch de Tom avec l’intention de poser un chevalet afin de peindre quelques vues pittoresques de l’Ouest américain. Tenez, ceci me fait penser qu’il me faudra quand même un de ces jours évoquer les représentations picturales des contrées sauvages des Etats-Unis depuis la seconde moitié du XIXe siècle jusqu’aux années 1900, tant des figures comme celles de Frederic Remington ou Charles Marion Russell sont tout aussi essentielles que celles des écrivains (Cooper, Wister, Grey, etc) dans le développement d’un imaginaire qui va déboucher sur l’essor du western en tant que genre cinématographique. Je ne sais pas encore comment je vais caser ça, mais je trouverai bien…
AN ANGELIC ATTITUDE (1916)
L’histoire présente Mix comme un employé de ranch qui s’implique dans une rivalité avec un homme plus âgé et grincheux pour attirer l’attention d’une jeune femme qui visite le ranch.
Court-Métrage 13 min VOSTFR
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Pour les deux films de cette semaine, le sous-titrage a été effectué par traduction directe des intertitres en anglais. Quant à la qualité vidéo des fichiers que je vous propose, autant vous le dire sans détour, c’est vraiment pas la joie ! C’est même franchement moche, et le visionnage effectif des deux métrages ne concernera par conséquent qu’un nombre très, très restreint de westernophiles très, très motivés. Petit intermède parlant et policier la semaine prochaine, puis retour au western muet, dans une qualité un peu meilleure.
Un partage et une traduction de










