(VOSTFR)
Réalisation : John Ford
Casting : Kenneth MacKenna, Frank Albertson, J. Farrell MacDonald
Durée : 73 min
Année : 1930
Pays : USA
Genre : Drame
Histoire : Dans le port de Shanghai, un groupe de marins américains embarquent sur le sous-marin S13. A son bord se trouve le chef Torpedoman Burke, qui est n’est autre que l’ignoble Quatermaine, capitaine d’un navire coulé par les Allemands. Lors d’une manoeuvre, le sous-marin, fortement endommagé par une collision, tombe au fond. Le signal d’alerte résonne puis s’arrête brutalement. Quelques bateaux aux alentours ont eu le temps d’entendre les appels au secours et s’organisent pour sauver les hommes prisonniers des entrailles de métal. À l’intérieur, l’oxygène commence à manquer et une course contre la montre s’engage pour venir à la rescousse des marins..
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Film incontestablement mineur dans la carrière de Ford, « Men without women » présente un intérêt avant tout historique lié à l’époque charnière du passage du cinéma muet au parlant. J’avais déjà largement abordé le thème de la sonorisation lors de deux précédents posts consacrés au Vitaphone de la Warner ainsi qu’à « In old Arizona » ; celui de cette semaine a trait plus spécifiquement aux problèmes de diffusion internationale des films lorsque ceux-ci devinrent parlants. Un autre intérêt historique de « Men without women », plus marginal mais pas inintéressant, est son inscription dans un cheminement thématique qui aboutira plus tard à la définition des codes d’un sous-genre cinématographique bien particulier, le « film de sous-marin ». Par ailleurs, même si certains défauts le rendent dispensable, ce film porte incontestablement la marque de son auteur, et que ce simple fait constitue déjà en soi une singularité au sein d’un système de production classique hollywoodien à qui, rappelons-le, la notion d’auteur était à peu près étrangère.
Présenté au public au tout début de l’année 1930, « Men without women » ne constitue pas la première incursion de John Ford dans le cinéma parlant : il avait déjà tenté l’expérience une première fois en 1928 avec « Napoleon’s barber » puis l’année suivante avec « The black watch ». Ces trois films ont été produits par la Fox Film Corporation, avec laquelle Ford était en contrat depuis le début des années 20, et qu’il quitta l’année suivante en 1931. Pour les compagnies de production, le passage au cinéma parlant n’a pas simplement posé des problèmes d’ordre technique (par exemple, le tournage en extérieur pour « Napoleon’s barber »), mais également liés à l’exploitation commerciale : si l’exportation des films muets hollywoodiens dans des pays non anglophones ne présentait pas d’ennuis majeurs (il suffisait de refaire les intertitres), il va en aller tout autrement pour les « talkies », et ces considérations économiques furent à l’origine des premières réticences de l’industrie cinématographique devant le phénomène des films parlants, malgré l’engouement du public pour ceux-ci. Une anecdote est d’ailleurs tout à fait significative : le problème se posait au sein même de la sphère anglo-saxonne, le public londonien sifflant régulièrement l’accent yankee, qu’il comprenait mal, dès qu’on lui proposait un film américain… Si les deux solutions que sont le sous-titrage et le doublage nous paraissent aujourd’hui tomber sous le sens, elles ne s’imposèrent cependant qu’au milieu des années 30 après une période de tâtonnements au cours de laquelle au moins trois autres solutions furent expérimentées. On songea tout d’abord à réaliser en parallèle du tournage principal, dont on utilisait les décors, des versions secondaires jouées par des acteurs étrangers : un exemple bien connu est le « Dracula » de la Universal dont il existe une version espagnole ; « The doctor’s secret » de DeMille eut ainsi huit versions différentes. On devine aisément le caractère trop onéreux de cette solution, qui mènera à son abandon rapide. En outre, le changement de casting pouvait parfois dérouter le public, notamment lorsque celui-ci venait pour voir à l’écran certaines vedettes, d’où une solution techniquement proche consistant à faire tourner ces versions secondaires par les mêmes acteurs, comme ce fut le cas pour Laurel et Hardy ; mais ces derniers n’étant pas polyglottes, on devine là encore que cette alternative n’était pas plus viable que la précédente. Or une troisième solution, tout à fait curieuse, fut également expérimentée, tout d’abord par la Warner Bros ; on la dénomma « version sonore internationale ». Cela consistait à atténuer le volume des dialogues dans la piste son (à l’exception des parties chantées) et à insérer dans le montage des intertitres visant à les remplacer, rédigés bien sûr dans la langue du pays de destination. Or en ce qui concerne « Men without women », la version sonore est perdue, et la seule copie qui subsiste dans les collections du MoMA est justement cette version sonore internationale ; plus précisément, il s’agit d’une version de travail avec des intertitres anglais, lesquels étaient donc vraisemblablement destinés à être traduits. Il est vrai que cet état de fait tend à altérer l’appréciation que nous pouvons avoir du film, alors même que celui-ci, comme on le verra, souffre déjà en lui-même de quelques handicaps. La seule consolation à ce désagrément est de nous permettre ainsi d’apprécier ce qu’a pu être cette curieuse solution alternative aux problèmes liés à l’exportation des films dans les débuts du cinéma parlant. Et les raisons de la non-viabilité de ces versions sonores internationales, qui s’avéraient pourtant bien moins coûteuses que les solutions évoquées précédemment, sautent ainsi aux yeux : non seulement l’utilisation d’intertitres constituait un retour en arrière vers le cinéma muet et allait à contresens de l’évolution technologique, mais comme vous le verrez en regardant « Men without women », cela donnait lieu à un certain nombre de bizarreries qui laissent quelque peu perplexe. Ainsi entend-on parfois un dialogue commencer, puis s’interrompre le temps d’un intertitre muet, puis reprendre ensuite… On notera que les dialogues eux-mêmes sont souvent ramenés à l’état de bruitages, rendant en fin de compte le film bien plus sonore que parlant, un peu comme le fera plus tard Tati dans « Playtime ». Tout cela a certes quelque chose d’insolite, mais n’est vraiment pas convaincant ; toutefois, comme on l’a bien compris, cela ne peut pas être mis au discrédit d’un film dont nous ne connaîtrons sans doute jamais la version qui fut présentée au public américain.
Hormis une étonnante première partie sur laquelle nous reviendrons, « Men without women » prend la forme d’un huis-clos d’un genre à peu près nouveau pour l’époque, son action se déroulant pour l’essentiel à l’intérieur d’un sous-marin. On peut d’ailleurs noter que le tournage du film, durant l’automne 1929 sur l’île de Santa Catalina, en Californie, s’effectua à bord d’un véritable navire de ce type. Néanmoins, la tentation qu’on peut avoir de ranger « Men without women » dans une catégorie étiquetée d’avance s’avère d’emblée problématique. Tout d’abord, il faudra attendre la seconde guerre mondiale et la production aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne de quelques films marquants pour que l’on puisse commencer à parler de « film de sous-marin » en tant que genre cinématographique, lequel apparaîtra alors plutôt comme un sous-genre du film de guerre. Mais même ces précautions étant prises, le film de John Ford ne peut pas davantage faire office de précurseur, car il ne relève en rien du film de guerre : si le navire qu’il nous montre est indubitablement destiné à un usage militaire (présence d’une salle aux torpilles), l’histoire qui se déroule sous nos yeux ne nous montre pas la moindre scène de guerre, et se contente de nous parler d’une opération de sauvetage en mer. En cela, c’est bien davantage sur le cinéma-catastrophe qu’anticipe « Men without women ». Cette nuance est de taille, car une des caractéristiques fondamentales du film de sous-marin est d’opposer un couple intérieur/profondeur chargé de positivité (c’est tapi au fond de l’océan que le submersible est en sûreté) à un couple extérieur/surface chargé de négativité (vulnérabilité face à un ennemi le plus souvent invisible). Or le film qui nous intéresse ici renverse les valeurs associées à chacun des couples, puisque c’est cette fois-ci de l’extérieur que les marins prisonniers des profondeurs vont attendre leur salut ; même un des facteurs majeurs de positivité associé à l’intérieur du sous-marin, la solidarité entre les membres d’équipage, menace sans cesse de se fissurer : le maintien de sa cohésion devient dès lors un enjeu essentiel de l’intrigue. Pour autant, d’autres caractéristiques importantes du film de sous-marin sont bel et bien présentes dans « Men without women » : hormis celles qui relèvent plus généralement du huis-clos, on peut citer l’importance prise, au sein de cette claustration aveugle, par les divers bruits extérieurs dans l’élaboration de la tension dramatique (on voit beaucoup cela dans des œuvres modernes comme « Das boot » ou « U-571 »). Sur ce point, le film bute fatalement sur l’aspect encore très rudimentaire des techniques de sonorisation, ce qui ne permet pas à Ford d’exploiter pleinement cette ressource dramatique qu’il pressent pourtant de manière très nette : voir par exemple la scène où les marins entendent un plongeur taper sur la coque du submersible ; on notera d’ailleurs que là aussi l’inversion est à l’œuvre, puisque dans un film de sous-marin typique, les bruits extérieurs sont toujours menaçants, tandis qu’ils sont ici source d’espoir et de délivrance. Quant au vrai précurseur du film de sous-marin, il faudra donc le chercher ailleurs : peut-être s’agit-il de « Sin dejar rastros », réalisé en Argentine en 1918, et qui est aussi l’un des tout premiers long-métrages d’animation ; mais nous ne pourrons malheureusement jamais le vérifier, le film étant considéré aujourd’hui comme définitivement perdu.
Bien que le résultat ne soit en rien déshonorant, c’est malgré tout une impression de ratage qui ressort du visionnage de « Men without women », et ceci à cause du manque de cohérence de la construction d’ensemble. Le film démarre en effet avec un premier quart d’heure assez épicé se déroulant dans un immense bar de Shanghai, et au cours duquel se déploie en grand l’imaginaire lié aux marins en virée sur le port, s’étalant entre beuveries et prostituées, le tout teinté d’une touche d’exotisme et bénéficiant d’une permissivité très « pré-code » tout à fait de circonstance ; cela nous vaut autant des allusions salaces dans les intertitres que des scènes assez scabreuses, avec plans à trois et prostituées en cage… Tout un programme ! Ce type de réjouissances très mâles avec rires gras et démarches titubantes deviendront très emblématiques du cinéma de John Ford, si ce n’est que les codes de censure puritains remplaceront bientôt le sexe par de la bagarre (singulièrement absente ici) : de « The long voyage home » à « Mister Roberts », les marins ne mettront le pied à terre que pour aller se saouler et tout casser dans les bars ; plus généralement, c’est le leitmotiv très fordien de la camaraderie virile qui est à l’œuvre, et « Men without women » porte fort bien son titre. Cette première partie réussie se conclue de façon naturelle sur une scène d’embarquement qui donne l’occasion à Ford de mettre en œuvre ce qu’il considérait comme le point fort de ses films, à savoir des scènes humoristiques, en lien bien sûr avec l’ambiance potache qui précédait. Puis tout se gâte, tant pour nos joyeux marins que pour nous ; car de manière tout à fait désinvolte, le film enchaîne abruptement sur l’éperonnage du sous-marin par un autre navire et la catastrophe qui s’ensuit, le tout sans la moindre transition et sans même qu’on ait daigné informer le spectateur médusé d’une quelconque mission à laquelle était affecté ce sous-marin militaire. Les situations se trouvent ainsi agencées de manière si brutale que sur le moment, j’ai eu la certitude qu’une ou deux bobines avaient été perdues… Mais non, vérification faite, le film semble bel et bien complet, et cette maladresse de narration est d’autant plus incompréhensible que toute la suite en pâtit, les personnages semblant mal installés dans leurs différentes caractérisations psychologiques. Vaille que vaille, toute la suite du film va alors développer quelques thèmes chers à John Ford, comme la camaraderie (mais dans son versant tragique cette fois, c’est-à-dire la fraternité), le sens de l’honneur qui pousse à se dépasser, ou encore l’individu saisi par le doute sur son passé à l’approche de la mort. Sans oublier une certaine misogynie : dans cet espace claustral où les hommes sont entre eux, la femme absente devient synonyme de trahison, comme va le dévoiler l’intrigue autour du personnage joué par Kenneth MacKenna ; on notera aussi que ce motif d’une possible intelligence avec l’ennemi sera également présent dans le futur chef d’œuvre maritime de Ford, « The long way home ». Or si les réminiscences thématiques permettent assurément à Ford d’acquérir son statut d’auteur (statut rare dans l’industrie hollywoodienne), ces échos dans les motifs d’écriture sont plutôt la marque d’une collaboration plusieurs fois renouvelée avec un scénariste privilégié, sachant que la permanence d’une même équipe autour d’un réalisateur contribue également, et fortement, à faire de celui-ci un auteur. Et à ce titre, il est important de mentionner que « Men without women » servit de point de départ à la fructueuse collaboration entre John Ford et le scénariste Dudley Nichols, laquelle dura jusqu’en 1947 et fut riche de 14 films. Sur ce sujet, Bertrand Tavernier tient des propos fort intéressants, mettant en évidence le fait que dans le film qui nous occupe ici, « Nichols installe un de ses thèmes de prédilection : le petit groupe menacé. Il le reprendra dans ‘The lost patrol’, l’équipage du sous-marin y étant remplacé par une patrouille encerclée dans le désert, ainsi que dans ‘Stagecoach’, où le sous-marin est remplacé par une diligence, les Indiens fournissant la menace. ». Et en fin de compte, comme l’a relevé un cinéphile perspicace sur imdb, John Ford nous a laissé l’image d’un cinéaste des grands espaces alors qu’il aura plus d’une fois bâti ses films sur des intrigues confinées.
Le sous-titrage que je vous propose ne résulte pas d’une traduction personnelle mais de l’extraction de sous-titres TV à partir d’un VHSrip qui circule depuis plusieurs années sur les sites. Ce sous-titrage inclut non seulement les intertitres mais aussi les dialogues audibles ; je l’ai resynchronisé sur un fichier vidéo de meilleure qualité, issu d’une édition DVD anglo-saxonne. Et histoire de pouvoir ouvrir votre séance de projection par un cartoon, comme on le faisait dans le bon vieux temps où aller au cinéma signifiait encore quelque chose, vous aurez droit en bonus à un épisode de… Popeye ! dans lequel il sera question, bien sûr, de sous-marins. Il s’agit d’une production Famous Studios, lesquels avaient racheté les droits de Popeye aux studios des frères Fleischer à partir de 1942. Mais une fois n’est pas coutume, n’ayant pu trouver de sous-titres anglais à traduire, ça sera en VO…
SPINACH FER BRITAIN 1943
Court métrage/Comédie 6 min VO
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