THE CASE OF THE MUKKINESE BATTLE-HORN + LA BESTIOLE

 COURT-METRAGES

(VOSTFR)


Je vous propose cette semaine deux courts-métrages comiques, l’un anglais et l’autre italien. Ils n’ont pour seuls points communs que d’être en noir et blanc et de durer chacun approximativement une demi-heure ; car pour le reste, comme vous allez le voir, ils relèvent de deux types comiques fort différents.


Réalisé en 1956 avec un budget modique de 4500 livres, « The case of the mukkinese battle-horn » est d’un intérêt qui va bien au-delà de la présence de Peter Sellers au générique, ce petit film constituant un des rares témoignages accessibles à nous-autres non-anglophones de la pièce maîtresse de l’humour britannique qu’a constitué « The Goon show ». Ce programme radiophonique diffusé sur la BBC de 1951 à 1960 fut créé et scénarisé (aux côtés d’autres collaborateurs) par Spike Milligan, qui l’interpréta avec la petite troupe de quatre comédiens qu’il formait avec Harry Secombe, Peter Sellers et Michael Bentine. Ce groupe détonant était en réalité formé depuis 1948, et avait déjà interprété sur les ondes de la BBC une série comique intitulée « The third division ». Très célèbre dans le monde anglo-saxon, « The Goon show » fit date en proposant un humour surréaliste particulièrement corrosif, basé sur la dérision par l’absurde, défiant les conventions de l’univers comique traditionnel. Souvent qualifié d’avant-gardiste et d’alternative, voire de subversive, l’émission de Spike Milligan a constitué une influence majeure pour les fameux Monty Python ; à ce sujet, John Cleese déclara que « dans la comédie, il y a un très petit nombre de moments décisifs où quelqu’un est arrivé et a créé véritablement une percée, en nous emmenant dans un territoire où personne n’était allé auparavant. Les seules expériences auxquelles je peux comparer ma propre  découverte des Goons serait la pièce One Way Pendulum de NF Simpson, ou, plus tard d’avoir entendu Peter Cook pour la première fois. Ils étaient à des années-lumière d’avance sur tous les autres. ». Le succès de « The Goon show » eut pour conséquence sa déclinaison sur d’autres médias, à commencer par le cinéma : 5 films furent ainsi tournés entre 1951 et 1959 pour tenter de transcrire à l’écran l’humour surréaliste du programme radiophonique. Las ! Le résultat ne fut guère à la hauteur des espérances, et même franchement catastrophique pour les deux longs-métrages (« Penny points to paradise » et « Down among the Z men »), alors même que seuls ces deux films réunissent l’équipe des Goons presque au complet : Harry Secombe ne figurera pas dans les courts-métrages faute de budget suffisant, et Michael Bentine quittera la série radiophonique en 1953. Parmi ces trois courts-métrages, « Let’s go crazy » ne semble n’être qu’à peine moins mauvais que les deux films précédents ; seules les deux dernières tentatives, plus tardives, sont réellement digne d’intérêt, la meilleure étant de loin « The case of the mukkinese battle-horn ». Quant au dernier des 5 films, « The running jumping & standing still film » (1959), je vous le livre en bonus à la fin de ce post : sans histoire ni dialogue, il se présente comme une sorte de pendant visuel de l’émission de radio ; réalisé dans les conditions d’un film amateur, son humour est parfois proche du slapstick.


THE CASE OF THE MUKKINESE BATTLE-HORN (1956)

M4V VHSRIP 152 Mo 28 min VOSTFR

https://1fichier.com/?ry7s96qhq49bh3q8tbq3



« The case of the mukkinese battle-horn » constitue donc la seule vraie réussite des transcriptions à l’écran de l’humour surréaliste de « The Goon show ». En remplacement de Harry Secombe, un autre comique familier des ondes de la BBC, Dick Emery, y fait sa première apparition cinématographique. Chacun des 3 Goons, comme à son habitude, joue plusieurs personnages : Sellers joue l’inspecteur Quilt, le commissaire-adjoint Jarvis et le prêteur sur gage Henry ; Milligan joue l’inspecteur-adjoint Brown, le veilleur de nuit danseur de cabaret, l’acteur de cinéma muet, et il prête aussi sa voix à Minnie ; enfin, Emery joue le gardien de jour du musée, le conservateur, le patron du cabaret et Maurice Ponque. Dans ce déluge de gags absurdes, tant visuels que parlés (dialogues à double sens), les trois comédiens s’en donnent à cœur joie, avec un entrain communicatif ; ma préférence va non pas à Peter Sellers mais à Spike Milligan, dont je trouve les mimiques d’une irrésistible drôlerie. On retrouve dans le film certains personnages insolites de « The Goon show », notamment Henry et Minnie, ainsi que Eccels sous les traits du gardien de nuit. Un internaute a remarqué fort justement sur imdb que « The case of the mukkinese battle-horn » était une parodie de la série de courts-métrages « Scotland Yard » présentés par Edgar Lustgarten et tournés conjointement dans les mêmes studios. On notera également qu’on proposa par la suite, au tout début des années 70, un projet un peu similaire au trio Milligan/Sellers/Secombe, sollicités pour un « TV special » durant lequel les trois compères devaient parodier une enquête dans le Londres de Jack l’Eventreur à la manière des films de la Hammer. Quant à Peter Sellers, qui avait déjà entamé sa carrière au cinéma, ayant même obtenu l’année précédente dans « The ladykillers » un rôle significatif, « The case of the mukkinese battle-horn » représente un pivot très symbolique dans sa carrière, ce petit film étant tout à la fois dans la continuité de ses premières armes médiatiques à la radio, mais anticipant aussi très clairement sur les grands succès qu’il obtiendra à Hollywood dans la décennie suivante. En effet, on ne peut qu’être frappé par la ressemblance entre l’inspecteur Quilt qu’il interprète ici et le fameux Clouseau de la série des « Pink panther » : même moustache, même trench-coat, on a ainsi la surprise de voir qu’une bonne part du personnage est déjà en place 7 ans avant le film de Blake Edwards.


Le sous-titrage consiste en une traduction personnelle d’après les sous-titres anglais, ainsi qu’une refonte complète du découpage et du timing. A noter qu’une comédie de ce genre n’est pas chose aisée à sous-titrer, un certain nombre de gags reposant sur des jeux de mots ou des phrases à double-sens très liés à la langue, qu’il m’a fallu tant bien que mal tenter de remplacer par des lazzi de mon cru, dont je m’excuse par avance de la faible qualité en comparaison des originaux. Quant à la vidéo, ça n’est pas non plus le grand luxe, la seule disponible à ma connaissance étant un VHSrip. Bon an mal an, cela devrait vous permettre d’apprécier cette petite perle d’humour surréaliste.


THE RUNNING JUMPING & STANDING STILL FILM (1959)

https://1fichier.com/?ng2sr9w0arfx0h6ujf7h&af=539306/

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La seconde œuvre que je vous propose, « La bestiole », est en fait l’un des trois court-métrages, de réalisateurs de nationalités différentes, qui constituent un long-métrage intitulé « Humour noir », production franco-italo-espagnole tournée en 1965 ; la mode était alors aux films à sketches. Celui-ci est entouré d’une certaine obscurité, et ne fut d’ailleurs même pas sorti en France ; même en Espagne et en Italie, il n’aurait bénéficié que d’une diffusion confidentielle, du fait semble-t-il d’un naufrage artistique annoncé. Le projet initial promettait pourtant un certain prestige, les metteurs en scène choisis étant Claude Autant-Lara pour la France, Vittorio De Sica pour l’Italie et Juan Antonio Bardem pour l’Espagne. Ce fut Autant-Lara qui tourna le sien en premier, et en fut satisfait : il aurait même proposé à la société de production de le racheter pour en faire un long-métrage. En revanche, ce que tourna Bardem fut jugé d’une telle médiocrité qu’on le remplaça par Juan Maria Forqué, sans plus de succès semble-t-il. Quant à De Sica, il se trouva malade et dut renoncer ; là aussi, un réalisateur plus obscur (Giancarlo Zagni) fut trouvé pour le remplacer, et le résultat ne fut pas du tout à la hauteur des espérances. L’entreprise commença donc à prendre l’eau avant même son achèvement, et le naufrage fut confirmé par quelques projections de presse qui se révélèrent catastrophiques. Le film d’Autant-Lara, bien que de meilleure tenue que les deux autres, fut malgré tout entraîné par cette déroute et sombra dans l’oubli ; l’affiche avait pourtant de quoi séduire, réunissant Pauline Carton, Pierre Brasseur, Sylvie et quelques autres. Mais plus encore, c’est la présence au générique du tandem formé à l’écriture par Jean Aurenche et Pierre Bost qui retient l’attention : leur collaboration avec Autant-Lara porta sur pas moins de 16 films de 1943 à 1968, avec certains succès retentissants : « L’auberge rouge », « La traversée de Paris », etc… Cette équipe très rôdée formée par le réalisateur, le scénariste et le dialoguiste subit dans les années 50 les attaques injustes de Truffaut, le futur artisan de la Nouvelle Vague ayant souhaité ainsi opposer à une supposée division du travail trop formatée sa vision auteurisante et démiurgique de la façon de faire du cinéma. Pour autant, « La bestiole » ne saurait en aucun cas accéder au rang de chef d’œuvre oublié, comme vous vous en rendrez compte en le regardant : en 1965, la grande époque d’Autant-Lara est déjà terminée depuis belle lurette, le tout début des années 60 ayant vu le déclin artistique du metteur en scène s’accentuer progressivement, sa verve cinématographique corrosive ressemblant de plus en plus à de la médiocrité, voire de la franche vulgarité.


SKETCH : LA BESTIOLE (1965)

M4V TVRIP 261 Mo 33 min VO + SRT

https://1fichier.com/?gqbw4dqhjuyjjg50ifm0



Avec une certaine facilité selon certain, le trio Autant-Lara/Aurenche/Bost s’était beaucoup adonné à l’adaptation littéraire (Colette, Stendhal, Aymé, Simenon, etc) durant toutes les années 50 ; c’est donc sans grande surprise qu’on retrouve convoqué pour « La bestiole » un grand nom de la littérature française, en l’occurrence Maupassant, lequel est d’ailleurs un des écrivains français les plus généreusement servis par le grand et le petit écran. Il s’agit ici de l’adaptation de deux nouvelles du romancier, « La bête à Maît’ Belhomme » (1885) et « Le diable » (1886), que les scénaristes ont assez habilement fusionnées en y ajoutant quelques trouvailles de leur cru. Le ton du film est celui de la farce truculente, et correspond assez bien à celui de la première nouvelle ; dans les deux textes, Maupassant croque avec malice les travers du monde paysan, comme il aimait souvent le faire, tout en témoignant de leurs habitudes et de leur langage. Tout cela est assez bien rendu par Autant-Lara, si ce n’était la tonalité trop braillarde du doublage italien (l’existence d’une VF me semble peu probable, au vu de ce que j’ai relaté précédemment) et le jeu par moment trop outré de Sylvie. Autre réserve, la nouvelle « Le diable » se trouve passablement dénaturée par le scénario, surtout dans son dénouement qui tourne au grotesque d’un goût douteux, là où le texte de Maupassant fait preuve au contraire d’une grande finesse, donnant aux dernières lignes une efficacité très corrosive. Or ce sont là de sérieux reproches, qui rendent finalement une impression en demi-teinte quant à la réussite de « La bestiole » ; car pour le reste (photographie, musique, costumes et les décors de Max Drouy), ce petit film demeure malgré tout un divertissement plutôt regardable.


Attention, le sous-titrage est incomplet… Faute de comprendre l’italien, je suis parti de sous-titres français partiels et mal synchronisés, déposés sur opensubtitles par un contributeur dont le travail sur le film semble défier toute logique : autant certaines répliques sont manifestement de la pure invention sans queue ni tête, autant cet internaute semble en avoir parfaitement compris d’autres, ce que j’ai pu vérifier en retraduisant à l’envers. Une partie de la solution était pourtant simple, il suffisait d’aller lire les deux nouvelles de Maupassant : non seulement certains dialogues sont repris tels quels, ce qui s’entend aisément même sans aucune notion d’italien, mais cela est aussi l’occasion de passer un fort bon moment de lecture ; d’ailleurs, pour être tout à fait franc, il est bien plus intéressant de lire les deux nouvelles que de regarder le film… Bref, si je peux au bout du compte affirmer avoir apporté une amélioration certaine à cette ébauche trouvée sur open, il n’en reste pas moins que le résultat reste très lacunaire, il me fallait vous en prévenir à l’avance. Quant à la qualité vidéo, cela n’est pas non plus très folichon : un TVrip avec une résolution pas terrible, et un petit logo de chaîne en bas à gauche. En attendant mieux, un jour peut-être, pour la vidéo comme pour le sous-titrage…



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