HD
(VOSTFR)
Réalisation : Eisuke Takizawa
Casting : Hideki Takahashi, Masako Izumi, Reiko Sasamori
Durée : 95 min
Année : 1965
Pays : Japon
Genre : Policier, Action
Histoire : Le nouveau chef d’une famille puissante, qui dirige le clan yakuza Oshima-Murata, fait face au danger d’un rival maléfique en quête de sang et de vengeance…
M4V HDLight 1080p 2.14 Go VOSTFR perso
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Pour ce qui est des yakuzas en général, du ninkyô-eiga en particulier, et de « Otoko no monshô » en exemple, je vous renvoie à la grosse tartine que j’ai écrite mercredi dernier. Ce genre de production fonctionnant en général par séries, ce film de la Nikkatsu était le premier volet d’une longue saga consacrée aux aventures de Ryuji Oshima, notre yakuza-chevalier qu’on aura donc vu passer sans transition d’un poste de médecin à celui de chef de clan, tout ça sur fond de conquête de la Mandchourie par le Japon dans les années 30. Et je vous rappelle que le message délivré par le film était que les chefs mafieux japonais sont des personnes gentilles et altruistes, mais si mais si, et que les médisants qui prétendent le contraire les confondent sûrement avec des chefs de gang dépravés par les valeurs occidentales, c’est-à-dire des vilains qui pratiquent les jeux d’argent, tirent au pistolet et ont le mauvais goût d’adopter un look à la James Cagney, au lieu de se promener sagement en kimono tout en arborant leurs tatouages et en aidant les petites vieilles à traverser sur les passages cloutés. Un internaute m’avait demandé en commentaire si je comptais traduire le reste de la série, et ce nouveau post pour lequel je l’ai fait pour un des 10 autres épisodes pris au hasard convaincra sans doute cet internaute que non, ça n’est vraiment pas la peine au vu de la médiocrité du résultat, en comparaison de l’honorable réussite que constituait le premier opus. Voyons un peu cela en détail.
« Otoko no monshô – kenkai kaido » se trouve être le 7e épisode de la saga, qui en comporte 11 en tout. Notre bon Ruyji y est toujours à la tête du clan Oshima, et il a même agrandi le cercle de ses prérogatives puisqu’on apprend au début du film qu’il vient d’absorber le clan Murata tenu jusqu’ici par sa maman-yakuza (!) ; et hop, cela nous vaut une nouvelle cérémonie d’intronisation, identique à celle du premier épisode. Une fois le rituel terminé, le héros estime subitement qu’il est un peu jeune et inexpérimenté pour prendre sereinement sa charge de chef ; il décide alors de partir faire la route histoire de se forger le tempérament : c’est bien connu, les voyages, ça forme la jeunesse ! Ouais… Et donc, si on a bien compris, après avoir passé 6 épisodes à être chef yakuza, voilà que subitement notre Lancelot se dit que bof, finalement il n’a pas les muscles assez gros pour ça, et qu’il lui va falloir aller s’endurcir par monts et par vaux histoire de se montrer à la hauteur. Ah ben mince, nous voilà drôlement inquiets, parce qu’on se demande si par conséquent notre pauvre héros n’aurait pas passé les 5 épisodes qui précèdent à se faire brimer, moquer et enfermer dans les toilettes par quelques subordonnés irrévérencieux… En outre, la grande thèse sémantique du premier film consistait à nous expliquer que le tatouage, c’était ça le symbole ultime et définitif de la virilité, et voilà qu’on nous dit que bon, tout compte fait, avoir des terrifiants dragons qui ornent le dos, ce n’est pas encore l’assurance complète qu’on en a une si grosse que ça. Faudrait savoir ! Bref, tout ça commence à sentir le grand n’importe quoi, et on comprend vite que la série a visiblement étiré le scénario du premier opus jusqu’à le rendre complètement filandreux ; même le duel final sous la pluie sent le réchauffé. Pire, tout ce qui faisait la qualité du film de 1963 a disparu, à commencer par le soin qui avait été apporté à la reconstitution historique (costumes, décors) et à l’esthétique de certains plans : tout est devenu impersonnel et sans saveur. Le seul élément nouveau ne fait qu’enfoncer le film dans la médiocrité, les scénaristes ayant cru malin d’apporter une touche comique en flanquant le héros de deux acolytes bouffons, un peu sur le modèle de « La forteresse cachée ». Mais ce qui fonctionnait à merveille dans le grand film avec Toshiro Mifune – parce que traité avec goût, nuance et subtilité – tombe ici complètement à plat, et ces deux pitres sinistres nous évoquent davantage ce que pourrait être « Abbott et Costello chez les yakuzas » que le chef d’œuvre de Kurosawa.
Mais s’il faut à tout prix trouver une raison d’aller jeter malgré tout un coup d’œil à ce navet, alors disons qu’il développe une autre facette du ninkyô, totalement absente premier film, qui est celle de l’errance, et qui prend ici la forme d’un voyage initiatique. Cette dimension était présente dans les films précurseurs du genre, notamment le fameux « Chuji tabinikki » (voir le post de la semaine dernière) ; elle nous fait remonter à l’une des origines des yakuzas, descendants des joueurs itinérants (bakuto) ou des marchands ambulants (tekiya) arpentant le Tokaïdo, la route reliant Kyoto à Edo. Ce mode de vie errant et hors-la-loi renvoie inévitablement à une autre figure bien connue de la culture japonaise, celle du rônin (samouraï en rupture de ban), bien que la légende forgée par les yakuzas semble avoir opposés ceux-ci aux rônins, comme on l’a vu mercredi dernier. Au cinéma, les deux figures semblent toutefois interférer dans certains films, assurant là encore une continuité formelle entre le chanbara et le yakuza-eiga. La figure du yakuza n’est alors plus celle, bien connue en Occident, d’un chef solidement entouré de tout son clan, mais devient cette fois celle d’un individu solitaire en quête de respectabilité. Et il faut souligner là un trait sociologique important concernant le public visé par ce genre de film dans les années 60, et qui est rapporté dans beaucoup d’ouvrages traitant de ce sujet : alors que le mukokuseki (en gros, les films de Suzuki) était plutôt prisé par un public d’étudiants de bonnes familles cherchant une forme de rébellion, le ninkyô était tout au contraire destiné à satisfaire un public issu des classes laborieuses, et notamment de jeunes hommes isolés qui se déplaçaient de ville en ville pour effectuer des tâches mal rémunérées. Or si vous regardez « Otoko no monshô – kenka kaido », vous y verrez effectivement un héros se déplacer au gré des vents à la recherche de petits boulots sans prestige ; peut-être ce public populaire se plaisait-il à rêver qu’au bout de ce périple ingrat, il trouverait un peu d’honneur et de réconfort au sein d’une camaraderie virile et confraternelle, à l’instar du héros du film. Enfin, autre aspect intéressant qui était absent du premier métrage, ce 7e opus de la saga met en scène la parenté historique des yakuzas avec les tekiya, auxquels Ryuji portera assistance lors d’un conflit entre clans autour du contrôle d’un marché en plein air. Et si cette proximité avec les marchands ambulants est ainsi assumée, il n’en va pas de même avec le jeu (les bakuto), toujours rejeté par le héros et qui reste l’apanage des « mauvais » yakuzas ; cela prête bien sûr à sourire, les profits issus des paris et des jeux clandestins constituant encore de nos jours une part importante des revenus illicites de ces mafias japonaises.
Comme pour le premier opus, sous-titrage personnel effectué à l’aide d’une traduction indirecte de sous-titres anglais amateurs, donc méfiance, bien que j’aie fait de mon mieux. En revanche, bonne qualité vidéo, type BRrip, avec par endroit des traces de sous-titres anglais incrustés que je n’ai pas pu ôter complètement, mais rien de grave.
Un partage et une traduction de












