THE SIGN OF FOUR

 (VO + SRT)


Réalisation : Graham Cutts 

Casting : Arthur Wontner, Ian Hunter, Graham Soutten

Durée : 74 min

Année : 1932

Pays : Angleterre

Genre : Policier


Histoire : Le Major Sholto, responsable d’un camp de prisonniers dans les îles Andaman, découvre que Jonathan Small, un des condamnés, sait quelque chose à propos d’un trésor caché par un Rajah, quelque part sur l’île. Sholto s’associe avec le Capitaine Morstan et Small pour partager le butin. Sholto et Morstan trouvent le trésor, Morstan est assassiné et le major retourne en Angleterre.

Un jour, des années plus tard, Sholto append que Small s’est évadé…



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« The sign of four », parfois sous-titré « Sherlock Holmes’ greatest case », est la troisième d’une série de cinq adaptations britanniques des aventures de Sherlock Holmes avec Arthur Wontner dans le rôle, réalisées pour le grand écran entre 1931 et 1937. S’il ne s’agit pas de la première adaptation cinématographique de la nouvelle « Le signe des quatre », puisqu’au moins trois autres semblent l’avoir précédée, c’est cependant la première à être parlante, ce qui n’implique pas qu’elle en soit meilleure pour autant comme on le verra. On peut noter que la nationalité de l’oeuvre ne semble pas 100 % britannique, car c’est la RKO qui distribue le film ; en outre, l’attribution précise de ce dernier pose problème : si toutes les sources mentionnent bien Graham Cutts à la réalisation, le rôle de l’américain Rowland V. Lee semble beaucoup moins clair, étant tantôt crédité comme producteur, tantôt comme coréalisateur. Un contributeur d’IMDB, sans citer ses sources, lui attribue les scènes d’action finales, et ajoute également Basil Dean comme autre coréalisateur du film, pour certaines scènes dialoguées. En tout cas la présence au générique de Rowland V. Lee est à noter, et confirme chez ce réalisateur un tropisme européen qu’on décèle aisément lorsqu’on parcourt sa filmographie. Quant à Arthur Wontner, son interprétation de Holmes est pleinement satisfaisante, dès lors qu’on inclut dans nos paramètres d’appréciation la fidélité au personnage tel qu’il apparaît chez Conan Doyle, ainsi que dans les premières iconographies qui le représentent (celles du Stand Magazine à partir de 1891). Et si la mémoire collective a plutôt retenu pour Sherlock Holmes son incarnation ultérieure par Basil Rathbone, certes plus marquante et épicée, c’est aussi qu’on aura perdu de vue l’imagerie originelle du fameux enquêteur. Bref, l’appréciation des qualités de l’interprétation par Wontner est, comme on le voit, un sujet de débats tendus au sein de la science holmésologique… Quant à Watson, si on peut estimer qu’il est traité à peu près correctement par l’écriture du film (et vous savez depuis 2 semaines que je suis un peu chatouilleux sur le sujet de Watson…), je trouve en revanche que son interprétation par Ian Hunter laisse un peu à désirer par moments.

Publiée en 1890, « Le signe des quatre » est la seconde aventure de Sherlock Holmes issue de l’imagination de Conan Doyle, quatre ans après « Une étude en rouge ». Le succès de ces deux courts romans fut d’ailleurs mitigé, la carrière populaire du détective de Baker Street ne prenant réellement son envol qu’à partir de l’année suivante et la publication d’histoires courtes le mettant en scène. Toujours est-il que « Le signe des quatre » est d’une essence holmésienne la plus pure, et révèle à mon sens plus clairement encore que la précédente tout ce que Conan Doyle doit à Edgar Poe, en particulier au « Double assassinat dans la rue Morgue ». Quant au film qui nous occupe ici, sa fidélité à la nouvelle d’origine est très relative, sans que les nombreuses libertés prises par le scénario ne soient toutes de mauvaises idées pour autant, comme on va le voir en détail. En fait, la faiblesse de ce métrage tient surtout dans la maigreur de son budget, que la mise en scène ne parvient pas à rattraper malgré, çà et là, quelques plans habiles comme les prises de vue en plongée qui parsèment le film, ou encore cette intéressante utilisation de la bande-son pour créer du suspense, dans la scène où les Sholto entendent le bruit angoissant de la jambe de bois de Small résonner sur le plancher de leur maison dans laquelle il vient d’entrer. En ce qui concerne les attributs de Holmes, sa toxicomanie qui ouvre et clôt la nouvelle de Conan Doyle est ici pudiquement omise ; mais le plus important reste sa fameuse capacité déductive : sur ce point, on trouvait dans l’écrit originel cette fameuse scène dans laquelle le détective en faisait démonstration à Watson en lui retraçant l’historique complet de sa montre, après l’avoir soigneusement examinée. Cet exploit holmésien maintes fois commenté a certes quelque chose d’un peu tarabiscoté, cependant le film lui substitue des ersatz encore bien moins convaincants, comme cet épisode navrant au cours duquel Holmes devine qu’un courrier a été rédigé par un… unijambiste (!), parce que la forme des lettres est comme ci comme ça, bref, n’importe quoi… Autre point négatif, les producteurs du film n’ont pas résisté à la tentation de rendre plus contemporaine l’histoire, et donc de sacrifier le caractère victorien de Sherlock Holmes (essentiel à mes yeux) pour transposer l’ensemble dans le début des années 30. Exit donc les calèches, on se déplace en automobile ; on passe des coups de téléphone à Scotland Yard, et la poursuite sur la Tamise ne s’effectue plus en chaloupe mais sur des hors-bords… Impardonnable sacrilège que tout cela !



Reconnaissons maintenant que d’autres infidélités faites à Conan Doyle par les auteurs du film s’avèrent plus pertinentes. En premier lieu, le choix d’une narration chronologiquement linéaire, alors que l’écrivain avait adopté un style plus éclaté incluant divers flash-back, m’apparaît plutôt comme une bonne idée, ayant toujours trouvé que la construction de la dernière partie du roman était assez peu naturelle ; ce choix a pour curieuse conséquence que Holmes et Watson n’apparaissent qu’à la troisième bobine, mais sans que cela ne soit gênant le moins du monde. Autre point, on constate dans le film la disparition de quelques auxiliaires du côté des gentils, pourtant bien présents dans la nouvelle : exit le chien Toby, limier favori de Holmes, exit aussi les fameux Irregulars, cette bande de gamin des rues dont se sert volontiers le détective pour obtenir des indices ou établir des surveillances. Rien de grave cependant, d’autant plus qu’à l’inverse, le film a la bonne idée d’étoffer un peu la galerie des méchants. En effet, si on retrouve bien le personnage de Jonathan Small, parfaitement interprété par Graham Soutten, un acteur unijambiste, les scénaristes ont pris le parti de lui adjoindre un curieux complice, absent de l’oeuvre écrite originelle et assez haut en couleur : c’est le cas de le dire, puisqu’il s’agit d’un homme tatoué de haut en bas… Voilà quelque chose de tout à fait singulier et de très cinématographique, et qui s’intègre fort bien à l’ambiance d’étrangeté presque fantastique dont le roman de Conan Doyle est empreint. Or, si l’écrivain mentionne effectivement une fête foraine dans laquelle est exhibé Tonga, le redoutable indigène dévoué à Small, le film de 1932 prend le parti habile d’étoffer l’idée en adjoignant cet homme tatoué au spectacle de l’exhibition, et de faire de cette fête foraine une scène à part entière là où Conan Doyle se contentait d’une simple évocation furtive. De plus, ce personnage forcément très graphique bénéficie de l’excellente interprétation de Roy Emerton, un acteur dont la mine patibulaire lui vaudra d’agrémenter quelques petits films de l’époque par des rôles d’aigrefins sinistres ; d’ailleurs, Rowland V. Lee réemploiera dans la foulée le duo qu’il forme ici avec G. Soutten pour « That night in London », tourné juste après. Une très bonne idée de scénario, donc, qui donnerait presque une tournure inattendue à l’histoire : Small l’unijambiste, l’exotisme de Tonga, la bizarrerie de cet homme tatoué, la fête foraine… voilà qu’on finit par se retrouver par moments pas si loin de l’univers de Tod Browning, ce qui est plaisant et inattendu.


Le film est de domaine public, ce qui est un grand malheur au cinéma, car cela signifie que les copies ont été surexploitées, que personne n’ira mettre un kopek dans la restauration de l’oeuvre et que les éditions DVD échoient par conséquent aux parias de la profession d’éditeur, genre Bach films ou autres… Avec pour corollaire des copies cradingues et des sous-titrages intellectuellement déficients. Mais bon, côté vidéo, j’ai réussi à mettre la main sur un fichier de qualité acceptable ; attention car une autre version circule, qui est quant à elle de qualité épouvantable. En revanche côté sous-titres, c’est la franchement gueule de bois, j’ai dû me dépatouiller comme je pouvais sans aucune base fiable. Un sous-titrage français circule, mais c’est une escroquerie honteuse, probablement issue d’une de ces éditions DVD fumeuses que j’évoquais : le rigolo qui a commis ça ne comprenait visiblement rien à l’anglais, a tout simplement inventé en fonction de ce qu’il croyait voir à l’écran, prenant grossièrement le spectateur pour un imbécile ; le plus incroyable étant qu’il n’a même pas été fichu d’inventer des choses cohérentes… Ça n’est guère mieux du côté des sous-titres espagnols, tout aussi fantaisistes. J’ai donc dû jongler tant bien que mal avec ça, et surtout ce que j’arrivais à comprendre à l’oreille, aidé par quelques bribes de dialogues originels que j’ai pu trouver sur le net. Il y a donc sans doute pas mal d’erreurs, et surtout beaucoup de trous signalés par ??? ; le résultat n’est certes pas fameux mais c’est toujours mieux que ces sous-titres saugrenus que j’évoquais précédemment, et j’ai en outre effectué un découpage soigné. Peut-être pourra-t-on améliorer cela un jour, si un HD avec srt anglais venait à paraître, ce qui m’étonnerait quand même beaucoup…


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