(VOSTFR)
Réalisation : Frank Lloyd
Casting : Milton Sills, Enid Bennett, Lloyd Hughes
Durée : 122 min
Année : 1924
Pays : USA
Genre : Drame, Aventure
Histoire : En l’an 1585, un conflit armé entre l’Espagne et l’Angleterre est imminent. Le Roi Felipe II ordonne la construction d’une Armada et envoie Don Alvarez de Cordoba à Londres pour endormir les soupçons d’Elizabeth. À la cour britannique, Sir John Burleson encourage la Reine à construire une flotte de défense tandis que le chancelier Lord Wolfingharn rassure la Cour des bonnes intentions de l’Espagne. Le navire où voyagent Cordoba et sa nièce Maria est attaquée par « L’Albatros », bateau corsaire du capitaine Geoffrey Thorpe, qui écume les mers pour le compte d’Elizabeth…..
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Au risque de répéter ce que j’avais déjà écrit au sujet du « Robin des Bois » d’Allan Dwan ou encore pour « La caravane vers l’ouest », le cinéma muet présente cet avantage immense de déployer pour nous, tout au moins dans ses superproductions, un faste qui reste jusque-là inégalé en matière de décors et de figuration. Certes, nos blockbusters actuels sont eux-aussi des œuvres dispendieuses ; cependant leur budget se répartissent tout autrement. Et ces gigantesques productions muettes des années 20, avec leurs reconstitutions grandeur nature d’une démesure pharaonique, ont su donner au cinéma d’aventure à base historique un souffle spectaculaire qui en faisait en quelque sorte l’héritier des grandes heures de l’art pompier du XIXe siècle, tel que l’avaient conçu Gérôme et quelques autres. Il en résulte un aspect tout à la fois kitsch et fascinant, propre à imprimer durablement l’imaginaire à défaut de nous instruire plus sérieusement. Cette continuité fit que c’est le péplum qui a naturellement ouvert le bal (« Cabiria »), suivi de l’histoire des Etats-Unis (Griffith), puis la fresque moyenâgeuse ; il ne restait qu’au film de pirate, l’autre grand genre aventurier, de poser ses jalons : c’est Frank Lloyd qui s’en chargea en 1924. Ce réalisateur d’origine écossaise, dont certaines sources disent qu’il était parvenu à s’assurer une certaine indépendance au sein d’une industrie hollywoodienne déjà très contrainte, restera à l’instar de Curtiz et de Walsh un des grands maîtres des mers : outre « The sea hawk », il y aura le célèbre « Mutiny on the Bounty » avec Laughton, mais aussi « The eagle of the sea », « The divine lady » ou encore « This woman is mine ». Du reste, la carrière de Lloyd n’est pas réductible aux aventures maritimes, et on lui doit par exemple quelques westerns très estimables. On ne peut pourtant que déplorer le manque de considération que marque à son égard l’historiographie du 7e art ; car outre le fait qu’il aura ouvert la voie à ses successeurs grâce à des œuvres de qualité, certains de ses films furent par ailleurs d’importants succès populaires.
A l’heure où l’on n’a plus que la sobriété énergétique à la bouche, où Monsieur Qui-Vous-Savez nous annonce chaque semaine la fin de l’abondance, eh bien moi je vais vous faire rêver… Et vous donner un peu chaud au cœur, en prévision de ce prochain hiver durant lequel vous allez éplucher des patates dans vos pièces chauffées à 15°C ; parce qu’en 1924, Frank Lloyd, lui, la sobriété, il s’en fout royalement, autant qu’un joueur de foot devant un char à voile. Et pour son film de pirates, pas question pour lui d’aller bricoler deux ou trois maquettes pour tourner des plans-piscine à l’économie : sûr de son projet, le réalisateur aligna 200 000 $ sur la table afin qu’on aille fabriquer de vrais navires… La tâche en incomba à Fred Gabourie, technicien génial, sorte d’homme à tout faire qui travaillait pour Buster Keaton, à qui on doit notamment la construction de la fameuse « Maison électrique ». Gabourie va ainsi entièrement recaréner de bois cinq navires existants pour les transformer en galères du XVIIe siècle ; le tout, ainsi qu’un nombre pléthorique de techniciens et des marins figurants, va être acheminé par un destroyer de l’US Navy sur les bords de l’île de Catalina pour le tournage des séquences maritimes. On en oublierait presque la reconstitution fastueuse de la cité d’Alger ou celle de manoirs des Cornouailles, qui viennent s’ajouter à cette débauche visuelle, sans parler du luxe très soigné des costumes. Tout cela est si réussi que lors du tournage de la version de 1940 avec Errol Flynn, on décidera de réutiliser les images du film de 1924, jugeant qu’il serait difficile de faire mieux. Parce qu’il faut bien l’avouer : 1940, en matière de cinéma, par rapport à l’époque héroïque du muet, c’est la décroissance, la disette, la collapsologie… A noter que le film de Curtiz, bien que portant le même titre, n’est en rien un remake de celui de Lloyd, et raconte une histoire passablement différente. Enfin, pour en finir avec les chiffres qui font rêver, signalons que le pari démesuré de la First National fut le bon : avec 800 000 $ de recette, « The sea hawk » fut le film le plus rentable de l’année 1924.
Pour faire honneur à ces budgets à 6 chiffres, il fallait bien sûr s’appuyer sur un récit qui soit à la hauteur. Et le grand maître des aventures en haute mer, c’est Rafael Sabatini, écrivain prolifique de langue anglaise qui a signé, au tout début du XXe siècle, quelques-uns des plus grands récits de cape et d’épée, et qui furent naturellement adaptés au cinéma : « Scaramouche », « Capitaine Blood », « Le cygne noir » en sont les exemples les plus connus, ainsi donc que « The sea hawk », duquel le film de Lloyd passe pour être une adaptation fidèle. Comme toujours, ce type de roman échevelé a un but plus récréatif qu’éducatif, mais brode cependant sa fantaisie sur un terreau historique bien réel. Et si de prime abord cette histoire d’un aristocrate anglais se retrouvant à la tête de corsaires musulmans peut paraître farfelue, elle l’est beaucoup moins dès lors qu’on examine de plus près ce qu’il en était de la piraterie sous le règne de la reine Elisabeth. L’année 1603 vit en effet se terminer la guerre maritime de l’Angleterre contre l’Armada espagnole ; cependant un certain nombre de pirates jusque-là au service de la Couronne (qu’on surnommait les « chiens de mer ») souhaitèrent poursuivre leurs activités contre l’Espagne, pour diverses raisons, dont les principales semblent avoir été la recherche d’une fortune pécuniaire, la volonté d’échapper à l’esclavage ou encore celle d’inscrire leur flibusterie dans la guerre de religions qui opposaient les protestants aux catholiques. Toujours est-il qu’ils rejoignirent à ces fins la piraterie barbaresque basée dans l’actuel Maghreb, elle aussi en guerre sainte contre l’Espagne catholique. Et certains de ces Anglais devenus renégats allèrent même jusqu’à se convertir à l’islam : John Ward alias Yusuf Raïs en est l’exemple le plus connu, et aura peut-être inspiré Sabatini pour son roman.
A l’instar de Frank Lloyd, l’interprète principal de « The sea hawk », Milton Sills, semble être tombé dans l’oubli, peut-être à cause de sa disparition prématurée en 1930. C’est assez injuste, car s’il n’a certes pas la fougue de Douglas Fairbanks, sa prestation dans le film qui nous occupe ici est tout à fait honorable ; peut-être serez-vous frappés, comme moi, par sa ressemblance physique (de visage) avec Vincent Price. Quant à Wallace Beery, il ne passe jamais inaperçu, même en bas de l’affiche ; sa truculence et sa mine patibulaire en font un pirate tout trouvé, et d’ailleurs il remettra le couvert deux ans plus tard dans l’excellent « Old ironsides » de James Cruze. Ainsi fait-il figure, près de 100 ans plus tard, d’unique rescapé de cette formidable aventure, pour ce qui est de la notoriété posthume. Et j’avoue avoir beaucoup de mal à comprendre cette injustice faite au film de Lloyd, à mon sens un authentique chef d’œuvre qui n’a rien à envier aux films de Curtiz avec Errol Flynn. Lorsque je m’aperçois que la première bisserie italienne venue a droit à son édition blu-ray, et que dans ce post c’est à peine si je puis vous offrir un modeste DVDrip pour « The sea hawk », cela me remplit d’incompréhension… Ainsi, par rapport au TVrip qui circulait déjà, vous ne gagnerez guère que la disparation du logo TCM, ce qui est tout de même déjà ça. Pas de traduction personnelle des cartons anglais cette fois-ci, je me suis contenté de reprendre les sous-titres du TVrip et les ai simplement réajustés à ce fichier vidéo, en attendant un hypothétique HD.
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