INGMAR BERGMAN

 2 COURTS METRAGES

(VOSTFR)


Voici deux courts-métrages qui, s’ils ne sont pas inintéressants, peuvent tout de même paraître un peu superfétatoires dans la prestigieuse carrière d’Ingmar Bergman. Disons que le cinéaste, très conscient de sa notoriété et de sa place dans le 7e art, s’autorise un peu d’auto-complaisance ; mais comme beaucoup l’auraient fait pour moins que cela, on le lui pardonnera volontiers. C’est particulièrement vrai pour « Karins ansikte », dans lequel il se contente de feuilleter un album de famille. Centrée essentiellement sur sa mère à laquelle il rend hommage, cette succession de plans fixes à base de photographies et de documents officiels entrecoupés de quelques intertitres nous invite à partager une intimité familiale qui ne nous concerne pas, ne présentant aucun caractère remarquable apte à devenir un sujet qu’on puisse partager. Au reste, si tout cela ne présente donc guère d’intérêt, le visionnage de ce petit film de 14 minutes, discrètement agrémenté par quelques notes de piano jouées par Käbi Laretei, la 4e épouse du réalisateur, n’a guère le temps de nous paraître désagréable : à peine commence-t-on à s’ennuyer devant ce petit alignement photographique suranné, que c’est déjà presque fini.


LE VISAGE DE KARIN (1986)

Court métrage documentaire sur les archives photographiques personnelles d’Ingmar Bergman, en particulier celles de sa mère, Karin.


MKV BDRIP 480p 309 Mo VOSTFR perso

https://uptobox.com/mkltdd5i633f



Le second film, dont on pourrait traduire le titre par « La danse des femmes maudites », recèle un peu plus d’intérêt, tout en présentant lui aussi ce caractère de satisfaction personnelle un peu ronflante de la part de Bergman. Sa forme très expérimentale rend malaisée toute tentative de catégorisation : se présentant comme une sorte d’appendice à « La flûte enchantée » tournée par Bergman l’année précédente, l’œuvre oscille entre cinéma et danse contemporaine, tout en prenant aussi les aspects d’un documentaire… sur elle-même. Explications : Le montage général en 4 parties procède en effet d’un curieux agencement en écho, avec d’abord une présentation générale face-caméra par Helene Friberg (actrice chez Bergman, notamment dans « Face à face »), puis le court-métrage proprement dit, puis retour du face-caméra pour un commentaire exégétique, et enfin une nouvelle diffusion du court-métrage afin que, nous dit-on, nous puissions porter un regard nouveau sur l’œuvre et en réinterpréter certains détails à l’aune de cet éclairage sémantique dont on vient de nous gratifier… Ben ouais, quoi, il fallait au moins ça, surtout que là on va s’adresser à nous autres les bourrins de chez Warning Zone, pour qui il est nécessaire de fournir une notice explicative dès lors qu’on leur donne à voir autre chose qu’un giallo ou un film de karaté ! Allons, je me moque bien sûr, et de nous, et de Bergman surtout – que pourtant j’admire par ailleurs – car la prétention que révèle ce dispositif pompeux me questionne une nouvelle fois sur la nature véritable de ce qu’il nous propose ici : cette œuvre ne serait-elle pas au fond plus proche de l’art contemporain que du cinéma ? Je suis en tout cas frappé d’y retrouver le principal travers des mouvements d’avant-garde qui, à partir des années 1910, allaient donner le ton en matière de beaux-arts jusqu’à nos jours : le fait que, incapables de se suffire à elles-mêmes, les œuvres ne peuvent désormais plus exister en dehors du livret explicatif qui les justifie. En outre il semble être de mise que plus ce discours d’accompagnement sera verbeux et abscons, mieux ça sera, car rien ne vaut un bon écran de fumée pour masquer le fait qu’il n’y a rien à voir. Voilà un propos bien péremptoire, me direz-vous ; il n’empêche qu’avoir confié le sort de l’art aux historiens d’art ne me semble pas avoir été la meilleure idée qu’on ait eue il y a un peu plus d’un siècle. La faute à Duchamp…

DE FORDOMDA KVINNORNAS DANS (1976)

Le film montre quatre femmes se déplaçant dans une salle fermée et bondée sur la musique de Monteverdi. 


MKV BDRIP 720p 501 Mo VOSTFR perso

https://uptobox.com/puof1oryj3d8



Mais ces considérations m’éloignent du film dont il est question, d’autant plus qu’il y a bel et bien ici quelque chose d’intéressant à voir derrière l’écran de fumée. En effet, le court-métrage proprement dit – que Bergman, si vous avez bien suivi, va vous donner à voir deux fois de suite – possède à mon sens suffisamment de qualités intrinsèques pour rendre superflu ce mode d’emploi face-caméra qu’il a cru bon de lui adjoindre. Car si ce noyau de l’œuvre consiste donc en une courte séquence chorégraphique filmée, il ne s’agit pas de la simple captation d’un spectacle, mais bel et bien d’une prouesse authentiquement cinématographique dans laquelle il est aisé de déceler la signature visuelle d’Ingmar Bergman, dans toute sa maîtrise et sa singularité. Ainsi celles et ceux auxquels la filmographie du grand réalisateur est familière y retrouveront par exemple sa manière délicate de cadrer les visages ; adoptant toujours des plans serrés, les mouvements de caméras réussissent une parfaite harmonie avec ceux des corps, eux-mêmes mis à l’unisson de la musique de Monteverdi par la chorégraphie écrite par Donya Feuer, qui officiait aussi sur « La flûte enchantée ». 

Ajoutez à cela le beau noir et blanc de Sven Nykvist, le grand chef-opérateur quelque peu attitré de Bergman, et vous imaginerez sans difficulté toute la grâce que peuvent receler ces quelques minutes de film. Enfin, la représentation allégorique de la Mort par l’une des danseuses, le visage enserré dans sa coiffe noire, est un immanquable clin d’œil du réalisateur à son film le plus célèbre, et vous donnera sans aucun doute l’envie immédiate d’aller revoir « Le septième sceau », ce qui, quand bien même ça serait pour la cinq ou sixième fois, constitue un des plaisirs simples de la cinéphilie qu’on ne saurait se refuser de temps à autres.

Pour les sous-titres, il s’agit d’une traduction indirecte et personnelle d’après des sous-titres anglais, et cela pour les deux films.


Un partage et une traduction de


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

```