LES RÉVOLTÉS

 HD

(VOSTFR)


Réalisation : Tod Browning

Casting : Priscilla Dean, Wheeler Oakman, Lon Chaney, 

Durée : 76 min

Année : 1920

Pays : USA

Genre : Thriller, Policier


Histoire : À San Francisco, le gangster Madden renonce au crime et se retire avec sa fille Molly, après avoir reçu les préceptes d’un philosophe de Chinatown, Chang Lo. Un autre gangster, Mike Sylva (amant de Molly), complote alors pour mettre sur le dos de Madden un meurtre…



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Deuxième fruit issu de la collaboration entre Tod Browning et Lon Chaney, « Outside the law » se présente encore comme un film relativement classique dans son sujet ; ça n’est que 5 ans plus tard que le réalisateur et son acteur de prédilection entameront cette légendaire série quasi-expérimentale de mélodrames d’une radicale étrangeté, bien connue des amateurs de bizarreries cinéphiliques. Ça ne fut d’ailleurs pas tant pour Lon Chaney que la Universal produisit ce film, mais plutôt pour mettre en valeur une de ses vedettes féminines du moment, Priscilla Dean, laquelle tenait déjà le haut de l’affiche l’année précédente dans la première collaboration Browning/Chaney, « The wicked darling ». Les similitudes ne s’arrêtent d’ailleurs pas au casting, mais concernent l’ensemble du projet : Il s’agit pour « Outside the law » de reprendre la même thématique policière que ce premier film, mais en lui donnant plus d’ampleur et de budget, et ainsi de refaire jouer à Dean les filles perdues, plus précisément la voleuse en quête de rédemption. Une fois encore, il s’agira pour l’affreux Lon Chaney, dont la mine patibulaire lui valait alors invariablement des rôles de méchants, de s’évertuer à ce qu’elle ne retrouve pas le droit chemin. A noter que, si Lon Chaney est l’acteur que l’on associe spontanément à la carrière de Tod Browning, la collaboration de ce dernier avec Priscilla Dean, si elle ne fut pas aussi haute en couleurs, n’en fut pas moins consistante, puisqu’ils tournèrent 9 films ensemble entre 1918 et 1923.


En tant que film policier, « Outside the law » présente un intérêt certain, se situant à la croisée des chemins dans l’évolution du genre. Et les principales scènes d’action du film, particulièrement réussies et démontrant la parfaite maîtrise de Tod Browning, me semblent être une bonne illustration de cette situation charnière occupée par le film. La scène de cambriolage lors d’une réception huppée, dont on remarquera le suspense très efficace grâce à la précision du montage, relève encore du type criminel classique « aristocratique » à la façon d’Arsène Lupin, et qui allait encore avoir le vent en poupe jusqu’au milieu des années 30. A l’inverse, les deux scènes d’action très vigoureuses au début du film (la fusillade, piège tendu à Madden) et à la fin (impressionnante bagarre générale chez Chang Lo), et plus généralement tout ce qui tourne autour du personnage joué par Chaney, tout cela relève du « proto-film noir », avec sa mise en image des coups tordus de la pègre et de l’ »underworld ». Et à ce titre, un article fort intéressant d’Eddie Muller fait remarquer que la date de sortie de « Outside the law » précède de deux ans à peine celle de la rédaction par Dashiell Hammett de ses premières nouvelles à l’origine du roman noir, et dont l’action prend justement place, comme ici, dans les bas-fonds de San Francisco ; certains éléments s’y retrouvent, et il n’est dès lors pas farfelu de penser que le film de Tod Browning aura été une source d’inspiration importante pour l’écrivain.



Qu’on se rassure : Au-delà de ce strict aspect policier, « Outside the law » présente en germe certains aspects de ce qui constituera la teneur si singulière de certaines œuvres futures de Tod Browning, et pour lesquelles le réalisateur est si prisé des cinéphiles. Tout d’abord l’attrait pour les êtres difformes, avec la présence parmi les interprètes des gangsters de l’acteur nain John George, qu’on retrouvera à nouveau en acolyte de Lon Chaney dans « L’inconnu » ; la scène-portrait où l’on voit les deux compères se concerter forme une image qui ne manque pas de sel, et l’intertitre qui précède ne fait qu’en rajouter : je vous laisse savourer cela quand vous verrez le film. Autre caractéristique du réalisateur : le goût pour l’exotisme, les bas-fonds où se situent l’action étant ceux du célèbre Chinatown de San Francisco. Ce qui permet au passage à Lon Chaney de s’adonner à deux facéties de comédien pour lesquelles il était bien connu : jouer plusieurs rôles dans un même film, et, par conséquent, se grimer de manière extravagante. Et c’est donc ici sa première incarnation d’un Asiatique (le serviteur de Chang Lo), un type de rôle qu’il sera amené à reprendre à plusieurs reprises dans son incroyable carrière.



On notera que cet attrait de Tod Browning pour les êtres en dehors de la norme se fait toujours sous le signe d’un certain humanisme. Tous les cinéphiles ont vu « Freaks », et savent que le regard du réalisateur sur la tératologie ne relève pas du voyeurisme malsain ; de même dans « Outside the law », le regard bienveillant porté sur la communauté chinoise se démarque radicalement de celui qui était alors en vogue dans la société américaine. En effet, la vague du « péril jaune » est alors encore vivace aux Etats-Unis, comme en témoigne le formidable succès de Fu Manchu, venu d’Angleterre. Les Asiatiques sont alors le plus souvent traités par la culture populaire avec un mépris suspicieux, particulièrement au cinéma, et le scénario imaginé par Tod Browning tranche donc avec cette tendance d’alors à une sinophobie exacerbée. Notons enfin qu’une autre rupture avec des conventions rétrogrades est à signaler dans le film, au travers du rôle de Priscilla Dean : comme souvent dans sa carrière, l’actrice incarne un personnage féminin dont les agissements et les réactions psychologiques se situent bien en dehors de ceux qu’on réserve alors à son sexe, au point que certains ont même fait de cette comédienne une sorte d’icône pré-féministe ; et vous ne manquerez pas de savourer, dans le présent film, cette truculente inversion des rôles qui s’opère lorsque Priscilla Dean et Wheeler Oakman sont reclus dans un appartement, avec Monsieur qui a des attendrissements de midinette que Madame réprouve dans des postures très mâles…



Enfin, un mot concernant la pellicule. La version d’origine de 1920 étant perdue (encore que, ça n’est pas très clair…), la restauration 4K a été opérée sur la version de ressortie de 1926, pour laquelle un certain nombre de scènes avaient été supprimées, en particulier celles concernant le deuxième rôle incarné par Lon Chaney, et c’est pourquoi la présence très marginale de ce personnage de serviteur de Chang Lo paraît superflue dans l’histoire. En outre, cette unique copie nitrate a subi des dommages irréversibles à certains endroits, il semble même qu’il manque par moment quelques secondes de film. Et si ces désagréments ne concernent que la dernière partie du film (le reste est en excellent état), ils interviennent à des moments-clés de l’histoire, c’est un peu fâcheux…  Comme pour « Le club des trois », Tod Browning a par la suite fait un remake de son propre film en 1930 à l’occasion du passage au parlant, avec Edward G. Robinson dans le rôle tenu auparavant par Lon Chaney (le film préfigure donc « Little Caesar »). Je n’ai pas vu cette version, mais elle ne semble pas bénéficier d’une très bonne réputation ; il en va de même pour « Inside job », autre remake réalisé à très petit budget par Jean Yarbrough en 1946, après que la Universal se soit aperçue qu’elle possédait encore les droits sur l’histoire écrite par Tod Browning.



Sous-titres concoctés par mes soins d’après les intertitres anglais, 

et incrustés sur une copie type BRrip de bonne qualité.

Un partage et une traduction de


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