(VF)
RIP MuadDib.
Je tenais à vous partager ce film qu’il m’avait envoyé il y a un moment en privé.
Un gars super qui s’en est allé, qu’il repose en paix.
MEURTRE PAR INTÉRIM
Réalisation : Umberto Lenzi
Casting : Irene Papas, Ray Lovelock, Ornella Muti
Durée : 84 min
Année : 1971
Pays : Italie, France
Genre : Thriller
La présentation de Tinterora
Nuits chaudes d’une nuit d’été : le giallo pièce de théâtre d’Umberto Lenzi !
Umberto Lenzi ! Réalisateur très capable, mais jamais auteur, notre réalisateur, né en 1931, n’a eu de cesse de tourner de tout, au grès des « filons », ces courants commerciaux italiens qui étaient exploités jusqu’à épuisement des spectateurs dans les salles. Capable de tout, faisant preuve d’une très grande technicité, Umberto Lenzi s’était particulièrement épanoui dans le giallo, genre où il tourna huit films qui vont du classique Hitchcockien (Orgasmo, Paranoïa, Si douces, si perverses), des expérimentaux (Spasmo), du vaguement satanique (Couteau de glace), du tout-venant (Le tueur à l’orchidée) ainsi que de l’incisif (Chats rouges dans un labyrinthe de verre) puis notre Meurtres par intérim. De cette octalogie, explorant chaque face d’un genre assez riche, Umberto Lenzi s’est particulièrement illustré dans ce courant typiquement italien, pour en devenir l’un des petits maîtres. Mais si son apport comprend de solides films, et des plus décevants, que vaut, au juste, notre Meurtres par intérim ?
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Début des années 70, période hippie, un jeune couple vit au jour le jour tout en montant de petites arnaques relatives à la vente de photographie de nue de la jeune demoiselle. S’étant trop exposés, ils arrivent par hasard dans une villa isolée, loin de tout, qui pourrait leur offrir quelque répit. Là, ils rencontrent une femme (Irène Papas) qui demeure quelque peu à cran, sur les nerfs. Inconscients de la situation, en position de force grâce à une arme, ils décident de s’installer quelque temps et de profiter de cette situation. Mais de petits indices, que chacun commence à remarquer, leur permet de comprendre que la situation de notre épouse au foyer n’est pas exactement celle qu’elle prétend. Pire, leur hôtesse forcée commence à les dresser l’un contre l’autre. Que cache, au juste, comme secret notre maîtresse de maison ? Est-ce que notre jeune couple s’en rendra-t-il compte à temps ? Et surtout, est-ce que ce piège lui sera fatal ?
Si Umberto Lenzi avait offert, dans son octalogie, le plus large choix de giallo dans ce genre, il convient d’affirmer que Meurtres par intérim est fortement marqué par une unité de lieux, d’acteurs, et de temps. En effet, à part les séquences du début, qui voit notre jeune couple profiter de leurs petites arnaques et la fin, l’essentiel du film est confiné. L’intrigue concerne donc les retournements de situations, les manipulations, le jeu tactique de Barbara, la maîtresse de maison, pour arriver à ses fins et exploiter n’importe quelle faille dans la personnalité de ses invités totalement inopportuns. Dans quel but ? N’allons pas vous gâcher le plaisir de la découverte en dévoilant les maigres fils mais sachez que Meurtres par intérim, également sorti en salles sous un autre titre en salles chez nous, repose sur une intrigue serrée, avec peu d’acteurs, mais convaincants, et que notre film n’est clairement pas le plus dynamique du cycle de notre réalisateur.
En effet, si Umberto Lenzi compte quelques réussites indéniables avec Paranoïa, dont l’intrigue ne cesse de rebondir, l’incisif Chats rouges dans un labyrinthe de verre ou encore Couteau de glace, Meutres par intérim se classe dans la moyenne de ses gialli, à quelques encablures au-dessus, toutefois, du soporifique et fauché Spasmo ou encore du très décevant Si douces, si perverses.
Une unité de lieu et de temps resserrée, certes, mais avec un intéressant trio d’acteurs dont Irène Papas, actrice grecque qui connaissait, alors, sa décennie de gloire et dont la notoriété était établie dans ces années 70. Une notoriété qu’allait peut-être atteindre, mais pas totalement, Ornella Mutti, 17 ans à l’époque, considérée en Italie avec un statut d’actrice similaire à celui de Nathalie Baye en France. Le troisième membre demeure le très sympathique Ray Lovelock, acteur charismatique, qui aura tourné de tout, et cela dans des productions toujours très intéressantes, mais dont le statut n’aura jamais atteint celui de star. Pourtant, le retrouver dans un film demeure toujours un motif de satisfaction tant ses films étaient variés et intéressants. Nous avions été choqué, là encore, d’apprendre son décès en 2017. Acteur alors décrit comme humble, soucieux de son public, il était resté avec la même épouse malgré un mariage précoce et on le disait réellement sympathique.
Meurtres par intérim possède d’indéniables atouts. Pourtant, sa forte unité de lieu, ainsi que le confinement spatial de l’intrigue en font un giallo qui pourrait être l’adaptation d’une pièce de théâtre. A cause de cet handicap, notre giallo demeure agréable à découvrir, certes, mais il ne demeure clairement pas un sommet du genre, ni même de notre réalisateur.
Effectivement, Umberto Lenzi déclara qu’il s’agissait précisément de son genre préféré parmi les nombreux qu’il porta à l’écran. Il tourna d’ailleurs avec de très grands acteurs (Jean Sorel, Jean-Louis Trintignant, Irène Papas, Ornella Mutti) et il bénéficia même de son égérie Hitchcockienne en la personne de Carroll Baker. D’ailleurs, une fois sa carrière de réalisateur derrière lui, Umberto Lenzi se plut à écrire des romans policiers avec le personnage de Bruno Astolfi, un détective évoluant en 1940 dans l’Italie alors fasciste de Mussolini.
Contrairement à ses confrères comme Lucio Fulci ou Mario Bava, Umberto Lenzi connut de son vivant de la reconnaissance mondiale envers le cinéma de genre italien, dont ses films. Conscient de cette reconnaissance jusqu’à une pointe de mégalomanie, Umberto Lenzi s’enivra de ce statut de maître et cela lui monta, quelque peu, à la tête. Mais, au vu de son apport, et par la grâce de ses films qui demeurent toujours aussi divertissants et plaisants à voir, nous lui pardonneront volontiers ses petits errements égotiques.
Un partage de
NICOLAS HERNANDES










