HD
(VOSTFR)
Réalisation : Henry Levin
Casting : Jack Palance, Anthony Perkins, Neville Brand
Durée : 87 min
Année : 1957
Pays : USA
Genre : Western
Le vieux tireur Jacob Wade espère s’installer avec son fils dont il est séparé, mais ses vieux ennemis ont d’autres plans pour lui.
MKV HDLight 1080p 1.45 Go VOSTFR
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La hauteur d’un exploit se mesure de l’endroit d’où il est parti ; et si pour des gens comme Mann, Ford ou Boetticher, le fait de réussir à peu près un western ne constitue certainement pas un événement, cela en est un en revanche pour un réalisateur de la trempe d’Henry Levin, dont la filmographie contient plus de navets à l’hectare que n’en ont jamais produit les agricultures même les plus intensives. Reconnaissons tout de même qu’au milieu de ce potager informe qu’est la carrière de Levin, quelques arbres ont tout de même réussi à pousser à une hauteur raisonnable ; on peut même affirmer que Journey to the center of the earth est une des adaptations les plus réussies de Jules Verne à l’écran, et qu’en matière de western The man from Colorado se défend plus qu’honorablement. Mais Levin a-t-il vraiment été l’artisan de ses propres réussites ? Car à l’instar de nombreux autres tâcherons de l’époque, ses films ne valent au fond que ce que valent leurs scénarios, leurs interprètes et leurs décorateurs ; il y manquera toujours un supplément d’âme, un point de vue, une velléité autre que de simplement tourner le script. Durant les années 50, Henry Levin travaille surtout pour la Fox, tout en prêtant occasionnellement ses services à quelques majors, comme c’est le cas ici pour The lonely man, réalisé en 1957 pour la Paramount ; or cette dernière étant connue pour laisser pas mal de latitude à ses metteurs en scène, il y avait là justement l’occasion pour le cinéaste d’affirmer un peu sa personnalité : peine perdue, c’était trop en attendre. Car si le résultat est certes d’une honnête facture, avec quelques perspectives mélodramatiques intéressantes, il ne parvient pas toutefois à se singulariser un tant soit peu au sein de cette vague de westerns dits « crépusculaires » qui émergeait au moment où le genre, de plus en plus confronté à la difficile concurrence de la télévision, semblait vouloir célébrer sa propre disparition, à grand renfort de héros fatigués.
Le choix du scénariste est à l’image de cet aspect un peu incertain de The lonely man : si Harry Essex fit du très bon travail d’écriture dans le domaine policier (voir le post que j’avais consacré à I the jury) et fantastique (une fructueuse collaboration avec Jack Arnold), ses incursions dans le western n’avaient jusqu’ici concerné que des projets mineurs dont les histoires ne brillaient guère par leur originalité ; seule exception à ce constat morose, l’insolite Raw edge tourné l’année précédente n’avait cependant donné qu’un résultat très mitigé faute d’une production ambitieuse. Ce constat étant fait, on suppose qu’il a fallu qu’Essex se surpasse pour que son travail sur The lonely man affiche un résultat valable, ce qui est effectivement le cas, sans qu’on puisse dire pour autant que l’histoire ait quelque chose de mémorable. Ce scénario, qui est une création originale et non l’adaptation d’un roman, semble en effet avoir été conçu comme un patchwork – au reste, assez bien agencé – de diverses figures de style qui ont fait largement leurs preuves auparavant : une bonne dose de The shepherd of the hills pour la relation conflictuelle père/fils, avec un accompagnement à la façon de The gunfighter pour le côté « pistolero fatigué cherche havre de paix », le tout cuisiné à la façon des westerns psychologisants de Delmer Daves. Les composantes mélodramatiques de ce scénario sont traitées de manière convaincante : le cheminement du conflit paternel en constitue la trame principale, pimenté par une intéressante ambiguïté des relations entre le fils et la concubine de son père. La composante très classique du tueur rattrapé par son passé se montre en revanche plus routinière, quoique correctement intégrée au reste de l’intrigue. On notera dans ce scénario la volonté louable d’Essex de l’enjoliver par l’apport de quelques éléments symboliques : ainsi le cheval blanc indompté fait bien sûr écho au personnage du jeune homme tourmenté, lequel va se trouver réconcilié avec lui-même une fois qu’il aura capturé l’animal ; du côté des méchants, on aime voir Neville Brand s’acharner à retailler la balle qui failli le tuer, bien que ce petit détail plaisant ne soit malheureusement pas suffisamment exploité par la mise en scène. De même, le règlement de compte final dans la vieille salle de jeu empoussiérée ne manque pas de force, mais il est tout de même dommage qu’il débute en plein après-midi pour se terminer dix minutes plus tard dans la nuit noire… Au crédit du film, on peut également mettre la très belle photographie en noir et blanc de Lionel Lindon – un habitué de la Paramount – qui parvient à nous faire apprécier une nouvelle fois ces extérieurs californiens de Lone Pine, que tous les amateurs de westerns ont pourtant vus et revus jusqu’à plus soif tant le genre les a utilisés abondamment. Bref, comme suggéré plus haut, The lonely man présente tous les éléments requis pour fournir au public un très bon western, mais échoue à transformer véritablement l’essai faute d’une mise en scène qui puisse dépasser sa stricte fonctionnalité, et encore fait-elle par moments défaut sur ce point.
La distribution dénote une recherche de prestige : Jack Palance, dans le rôle-titre, avait accédé depuis un an ou deux au rang de grande vedette ; c’était là son troisième western, un genre qu’il avait marqué par sa présence inquiétante dans Shane, le grand classique tourné en 1953 : il donne donc ici une version plus positive de ce personnage de gunslinger qu’il avait alors brillamment interprété. J’ai toutefois de sérieuses réserves sur la prestation de Palance dans The lonely man, où son style très Actor’s Studio finit par dépasser toute mesure du fait de la dimension psychologisante du récit : à force de vouloir à tout prix intérioriser son personnage comme le lui a enseigné Michael Chekhov, Jack Palance finit par adopter des sortes de tics d’interprétation dont celui consistant à paraître constamment essoufflé n’est pas le moins agaçant. Par ailleurs, son attitude sur le tournage – ainsi que des aléas météorologiques – avaient paraît-il rendu l’ambiance particulièrement pesante sur le plateau, ce qu’aggravait les tensions palpables qu’il entretenait avec la vedette montante Anthony Perkins. Ce dernier s’en tire à mon avis beaucoup mieux, ne forçant pas trop le trait sur son personnage ; il est juste dommage qu’il ait cinq ou six ans de plus qu’il ne faudrait pour jouer un post-adolescent, d’autant plus que les 13 années qui le séparent de Jack Palance sont tout de même insuffisantes pour nous faire croire sérieusement qu’il puisse être son fils. En outre – mais on ne saurait le reprocher à l’acteur – la présence de Perkins dans ce western à base de compétition filiale dessert rétrospectivement le film, puisqu’elle induit fatalement la comparaison avec The tin star, tourné dans les mois qui suivirent : dans cette mise en perspective des deux films, The lonely man se retrouve naturellement pulvérisé par l’impeccable chef-d’œuvre d’Anthony Mann. Actrice de théâtre, la discrète Elaine Aiken faisait dans le film de Levin ses débuts au cinéma ; elle pourrait se montrer convaincante si une fois de plus, un bâton ne venait se mettre dans les roues : la volonté trop manifeste du producteur à vouloir tirer parti du physique avantageux de l’actrice a en effet poussé les accessoiristes à la vêtir de façon contemporaine, ce qui la fait ressembler bien plus une chanteuse de country à la mode des années 50 qu’à une rude fille de pionniers. Du côté des seconds rôles, il n’y a en revanche aucune réserve à émettre en ce qui concerne Robert Middleton, excellent acteur qui fit l’essentiel de sa carrière à la télévision ; quant aux méchants, le spectateur est servi par du meilleur choix avec l’inénarrable Neville Brand, qui me fait peur à chaque fois que je le vois, et Lee Van Cleef, toujours aussi habile à tuer traîtreusement les amis du gentil. Alors, The lonely man, est-ce un verre à moitié vide ou à moitié plein ? Malgré toutes les réserves, on peut quand même opter pour la seconde appréciation ; le public de l’époque, lui, semble avoir été plus exigeant : le film fut un échec commercial.
Bonus : à part le fait d’être lui aussi un western pur jus, The two fister n’entretient pas le moindre rapport avec The lonely man ; c’est donc juste histoire de vous offrir un petit supplément… On peut même dire que chacun de ces deux films est très exactement ce que l’autre n’est pas : il s’agit cette fois-ci d’un court-métrage (deux bobines), muet (1927), sans la moindre psychologie et bourré d’action. Malgré les réserves que j’ai émises sur le film précédent, il est évident que ce dernier reste infiniment supérieur à la bande enfantine et sans aucune ambition qu’est The two fister, tourné par William Wyler à l’époque où le futur grand metteur en scène apprenait modestement son métier chez Universal ; il s’agit en effet d’un petit western stakhanoviste comme on en tournait par centaines à cette époque bénie de l’enthousiasme naïf du septième art. Le western de série B (Z ?) était alors l’élément moteur de la production chez Universal, et cela depuis les débuts de la compagnie : en effet, lorsque Carl Laemmle avait décidé en 1914 de bâtir le vaste complexe d’Universal City en Californie, il avait commencé par l’acquisition d’un ranch dans la vallée de San Fernando et la construction d’une ville de l’Ouest factice, qui d’ailleurs existe encore de nos jours. A partir de 1915 et durant toute la décennie suivante, la machine à faire des westerns a donc pu tourner à plein régime, notamment grâce aux vedettes du genre qu’étaient Jack Hoxie, Art Acord et Hoot Gibson ; une des plus grandes réussites commerciales de la Universal à cette époque fut par exemple le serial Fighting with Buffalo Bill, avec Edmund Cobb dans le rôle-titre. Et c’est justement Cobb qui est à l’affiche de The two fister, un des 30 westerns muets réalisés par le jeune William Wyler entre 1925 et 1927 ; Cobb dont la filmographie ahurissante totalise plus de 600 films, étalés sur 54 ans d’une carrière presque exclusivement consacrée au western, mais le plus souvent comme simple figurant une fois survenue la révolution du parlant. En ce qui concerne The two fister, avec son héros impeccable, ses bandits, son traître à moustache et sa jolie fille à marier, il est inutile de chercher la moindre saillie originale dans une histoire qui a servi de standard scénaristique aux trois quarts de ces films à une ou deux bobines, pour lesquels seul comptait l’enchaînement serré de poursuites à cheval, de pugilats au poing et de fusillades. Dans cette effarante banalité, on notera toutefois les efforts de Wyler pour dynamiser les scènes par de constants changements d’échelle, le réalisateur n’hésitant pas à insérer durant les bagarres des coupes rapprochées prises en longue focale, ce qui induit un cadre particulièrement mobile afin de suivre les protagonistes, en rajoutant encore à la frénésie de l’ensemble. Toujours dans le même ordre d’idée visant à faire de ces modestes petits westerns tournés à la douzaine l’enfance de l’art du cinéma d’action, on ne peut qu’être admiratif de la qualité du travail des cascadeurs, une constante à cette époque : voir pour cela ce que j’avais écrit maintes et maintes fois durant le cycle consacré à Tom Mix. Toute cette agitation enfantine devant s’effectuer dans une atmosphère de parfaite décontraction, on a bien sûr droit à quelques petites touches d’humour : on appréciera ainsi la façon dont Wyler encadre son récit par deux innocentes plaisanteries qui nous assurent que la boucle est bien bouclée.
THE TWO FISTER 1927
Court-metrage 20 min (VOSTFR)
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Si le court-métrage bonus était jusqu’ici, à ma connaissance, inédit sur la toile dans une version sous-titrée, il n’en est pas de même pour The lonely man, qui doit forcément déjà traîner quelque part dans vos disques durs. Ce que je vous propose ici est une magnifique version de type bluray pour laquelle j’ai retravaillé et adapté des sous-titres faiblards issus d’une diffusion télé : oui, faiblards, parce que derrière le qualificatif « pro » se cachent parfois des quidams intermittents qui font ça en attendant de trouver un vrai boulot, et qui se fichent pas mal du cinéma en général et des films qu’ils sous-titrent en particulier étant donné le tarif misérable qu’on leur offre pour effectuer cette tâche ingrate ; je sais parfaitement ce que je dis, j’en ai déjà rencontré deux dans la vraie vie… Au moins ont-ils une véritable excuse à leur j’men-foutisme, ce que n’ont pas en revanche les légions de gâte-sauce qui sévissent sur les blogs et les forums que nous fréquentons tous, qui aggravent encore les choses en transférant de manière approximative ce qu’avaient déjà saguouiné les premiers : c’est ce qu’on fait récemment les bourrins de chez F.. pour le film d’Henry Levin, et je me targue donc de vous proposer ici le même genre de travail, mais bien fait, avec les corrections qui s’imposaient et une resynchronisation précise. En ce qui concerne The two fister, il s’agit d’un rip de DVD édité à partir d’une copie non restaurée, donc l’image est d’une qualité très moyenne, mais cela reste regardable ; le sous-titrage résulte cette fois-ci entièrement du travail de votre humble serviteur, avec traduction directe des intertitres en anglais. Prochain envoi de ma part dans deux ou trois semaines.
Un partage et une traduction de












