HORIZONS LOINTAINS

 HD

(VOSTFR)


Réalisation : Rudolph Maté

Casting : Fred MacMurray, Charlton Heston, Donna Reed

Durée : 107 min

Année : 1955

Pays : USA

Genre : Drame, Western 


Après avoir acheté la Louisiane à la France, les États-Unis envoient les géomètres Lewis et Clark, assistés d’un guide shoshone, pour cartographier le nouveau territoire.


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Les grands événements historiques n’inspirent pas toujours les producteurs de cinéma, et quand ils le font, cela ne donne pas toujours de grands films. Voilà qui n’est certes pas une révélation ; et pourtant, dans le cas présent, on ne peut qu’être étonné par ce qui s’apparente à un véritable rendez-vous manqué. Car lorsqu’on songe à la quantité faramineuse de bandes produites par le cinéma américain dont le sujet soit en rapport plus ou moins lointain avec la conquête de l’Ouest, il est tout de même étonnant qu’un événement aussi spectaculaire, retentissant et précurseur que le fut l’expédition de Lewis et Clark n’ait quasiment pas intéressé l’industrie hollywoodienne ; alors même que tout, dans cette incroyable aventure, relevait de ce qu’a toujours célébré une part importante du cinéma américain : le sublime des grands espaces plein de beautés et de terreurs, des péripéties toutes plus dantesques les unes que les autres, et des protagonistes qui réussissent l’impossible à force de dépassement de soi. Peut-être qu’au fond, ce genre d’épopée a quelque chose de si ahurissant et cyclopéen que la fiction se retrouve sans voix face à une réalité qui l’a dépassée de si haut qu’elle en devient inatteignable : ainsi constate-t-on que le formidable Astoria de Washington Irving n’a lui non plus guère intéressé les producteurs, sans doute découragés par l’ampleur de la fresque. Dans le cas de Lewis et Clark, ce manque d’à-propos cinématographique se trouve en outre être entaché d’amertume, car il y aura eu malgré tout au milieu des années 50 une mise en image par la Paramount de l’incroyable aventure du Corps de la Découverte. Las ! Proposant au grand public Fred MacMurray et Charlton Heston à l’affiche, The far horizons s’avère être un ratage artistique d’autant plus consternant qu’il se double d’une des falsifications historiques les plus éhontées qu’ait jamais donné à voir l’industrie hollywoodienne ; et non pas pour des raisons idéologiques – ce que l’on aurait presque trouvé excusable – mais par simple pusillanimité commerciale : il est vrai qu’avoir laissé le duo de producteurs Pine-Thomas s’emparer d’un aussi noble sujet, c’est un peu comme si on proposait aujourd’hui à Christian Jacq de nous écrire un roman sur les conquêtes d’Alexandre le Grand… Les têtes de gondole ont beau ne pas avoir toujours mauvais goût, dans le cas de The far horizons, la consternation est sans appel, surtout lorsqu’on songe au caractère mythique acquise par l’expédition commanditée par le président Jefferson ; mais enfin, rassurez-vous : à l’issue de tout cela, Pine et Thomas purent se féliciter d’avoir engrangé une fois de plus quelques confortables bénéfices ; dès lors peu leur importait que leur film ait reçu un accueil critique désastreux, comme ce fut déjà le cas à l’époque, et autant vous dire que le temps n’aura rien arrangé à l’affaire.

Puisque ce bien triste constat est fait d’emblée, il est sans doute appréciable de se remonter un peu le moral en évoquant tout d’abord l’expédition de Lewis et Clark – la vraie, pas la bluette surréaliste dont nous affligent Rudolph Maté et la Paramount. Évidemment, évoquer une si longue et incroyable épopée en quatre maigres paragraphes n’a rien de bien sérieux ; mais étant donné que je m’adresse très certainement à des amateurs de westerns ayant déjà quelques bases historiques solides concernant la conquête de l’Ouest et ses prémisses, il est sans doute inutile que je présente l’événement dans ses grandes lignes : pour un rappel des dates et des faits, je vous renvoie à wikipedia ou aux ouvrages généraux. Dès lors, il semble plus intéressant d’aborder directement un certain nombre de problématiques liées à cette aventure fondatrice, et qui peuvent toutes plus ou moins se fondre en une seule interrogation, aussi simple à formuler qu’il est impossible de lui apporter une réponse claire et définitive : l’expédition de Lewis et Clark fut-elle une réussite ou un échec ? Cela pose bien sûr la question des buts de l’expédition, eux-mêmes assez flous et presque entièrement liés à la personnalité de son commanditaire, Thomas Jefferson ; mais cela renvoie aussi à celle de son principal exécutant, le capitaine Lewis, dont les doutes et le destin tourmenté traduisent peut-être le fait que l’apparente réussite de l’entreprise aura caché un lourd échec symbolique. Concernant le premier aspect, l’extrême polyvalence du projet d’exploration imaginé par le 3e président des États-Unis – expédition tout à la fois scientifique, commerciale et diplomatique – reflète les ambitions d’un dirigeant partagé entre idéalisme et pragmatisme ; homme des Lumières féru de connaissances, Thomas Jefferson n’en fut pas moins un homme d’état contraint de transiger avec le Congrès en vue d’obtenir un financement ; or le Congrès, lui, attendait qu’il résulte de ce projet de traversée transcontinentale du wilderness des perspectives beaucoup plus concrètes. Par ailleurs, l’humanisme (au sens de la Renaissance) qui animait Jefferson n’était pas tout à fait exempt de visées idéologiques – premières manifestations de ce que l’on nommera plus tard l’« exceptionnalisme américain » – dans lesquelles s’entremêlaient l’idéalisme républicain et les visées expansionnistes de son projet d’« Empire de la Liberté » : ainsi écrivait-il à James Monroe qu’« il est impossible de ne pas envisager un avenir lointain où notre croissance rapide s’étendra au-delà de ces limites et couvrira tout le continent nord, sinon le sud. » Pour autant, il serait quelque peu anachronique de voir dans Jefferson un premier promoteur de la « destinée manifeste », et partant de là de voir dans l’expédition de Lewis et Clark le coup de sifflet de départ pour la conquête de l’Ouest : d’une part le projet expansionniste était loin de faire l’unanimité dans la classe politique américaine dans ces toutes premières années du XIXe siècle ; d’autre part, il était illusoire d’envisager sérieusement la colonisation d’un immense territoire dans lequel on ne savait même pas ce qu’on allait trouver : ainsi pensait-on que Lewis et Clark y découvriraient une chaîne de volcan, une montagne de sel, voire même des mammouths laineux… Et si les deux militaires réalisèrent effectivement l’exploit de traverser le continent jusqu’en Oregon et d’en revenir, le tracé de leur périple ne correspondit en rien à la fameuse piste de l’Oregon qu’emprunteront 40 ans plus tard les migrants dans leurs fameux chariots bâchés, lesquels calqueront leur itinéraire sur les voies cartographiées bien après par Bonneville puis Frémont. Il apparaît donc que la vision très répandue de l’aventure de Lewis et Clark comme premier acte de la conquête de l’Ouest, sans être tout à fait fausse, reste malgré tout une commodité de vue à laquelle il convient d’apporter quelques sérieuses nuances. Et donc, avant toute volonté d’expansion, il y eut nécessairement une importante phase d’exploration, que semble donc avoir initié l’expédition voulue par Jefferson ; or même ce propos est à son tour sujet à caution : en effet, une traversée du continent d’est en ouest (et notamment des Rocheuses) avait déjà été effectuée 12 ans auparavant par Alexander Mackenzie, mais dans la partie canadienne plus au nord, et les rapports qui en furent établis inspirèrent d’ailleurs Lewis et Clark pour les préparatifs de leur propre périple. Enfin, un dernier élément est susceptible d’apporter un bémol à une interprétation trop expansionniste de ce projet d’expédition : contrairement à ce qu’une simple concomitance des dates pourrait suggérer hâtivement, sa mise en œuvre ne découle en rien de la vente de la Louisiane aux États-Unis en 1803 ; car si ce n’est effectivement que six mois plus tard que le lieutenant Clark quitta le camp Dubois avec une trentaine d’hommes pour rejoindre le capitaine Lewis à Saint-Louis, cela faisait plusieurs années que Jefferson nourrissait l’ambition d’explorer des terres situées à l’ouest du Mississippi, en vue de la possible découverte d’un passage du nord-ouest par voie fluviale. Pour conclure, plutôt que l’acte fondateur de l’expansion de la nation américaine vers l’ouest, il est tout aussi légitime – sinon davantage – de voir dans l’expédition de Lewis et Clark, avec ses approches techniques et scientifiques, une aventure qui se situe dans la droite ligne des grandes explorations de la fin du XVIIIe siècle, sur le modèle de ce que furent celle menées par Cook ou La Pérouse. A ce titre, hormis l’exploit physique hors norme qu’a constitué la réalisation de cet immense parcours au cœur du wilderness, la réussite la plus certaine du projet voulue, pensé et promu par Thomas Jefferson consiste dans l’inventaire dressé d’une bonne centaine de nouvelles espèces animales et végétales découvertes sur le trajet, des objets et spécimens rapportés puis déposés au Peale Museum ainsi que des nombreuses notes d’ordre ethnographique ou philologique au sujet des populations indigènes rencontrées, transmises par la suite aux chercheurs de l’American Philosophical Society.

Le 23 septembre 1806, c’est l’effervescence parmi les 1500 ou 2000 habitants de Saint Louis, au bord du Mississippi : l’expédition de Lewis et Clark est de retour ! L’événement est considérable : on les croyait morts… L’exploit réalisé est d’autant plus incroyable que le groupe d’une quarantaine d’hommes est non seulement parvenu à atteindre la côte Pacifique, mais qu’ils en sont revenus à peu près sains et saufs : après un voyage de plus de deux ans et 15000 km parcourus, ils n’auront qu’un seul mort à déplorer, à cause d’une appendicite. La nouvelle se répand, les deux chefs de l’expédition deviennent rapidement des héros couverts d’honneur et Jefferson fait deux mois plus tard un discours au Congrès sur le sujet : tout a donc l’apparence d’une éclatante réussite pour une entreprise d’une pareille audace ; mais lorsqu’on va au fond des choses, est-ce vraiment le cas ? Car l’expédition de Lewis et Clark sonne le glas d’un mythe enchanteur : le fait que l’on ne sache pas exactement ce qui se trouvait de l’autre côté du Mississippi avait en effet autorisé toutes sortes de spéculations, surtout les plus optimistes. Or les informations rapportées par l’expédition marquent la fin d’une illusion : le jardin d’Eden secrètement rêvé par Jefferson n’existe pas, et l’Ouest au-delà de la remontée de la rivière Missouri n’est qu’un immense désert, une prairie aussi aride que monotone et parsemée de terribles dangers. D’un point de vue commercial, le lien terrestre avec la côte Pacifique s’avère toujours aussi difficile : non seulement le passage fluvial tant espéré par le nord-ouest n’existe pas lui non plus, mais la barrière des Rocheuses rencontrée par les explorateurs – même s’ils parvinrent à la franchir – s’avère bien plus haute que prévue. Et puis, il y a l’épineux problème des populations autochtones ; là encore, l’optimisme des  préparatifs va se heurter à une réalité moins enchanteresse, et le rêve jeffersion d’une fraternisation avec les Indiens s’annonce d’ores et déjà compromis : on sait ce qui s’ensuivra, sur cette question cruciale, durant les 75 années qui suivirent. Là encore, le bilan en apparence modéré compte tenu des aléas prévisibles – deux morts dans une tribu Pieds-Noirs, lors d’un affrontement armé avec l’expédition – cache la réalité de relations avec les aborigènes le plus souvent malaisées, voire franchement tendues, et qui n’aura cessé de menacer l’humanisme pacifique initialement préconisé par Jefferson. D’une manière plus générale, pour ces explorateurs venus de l’Est et modelés par l’idéalisme de leur président, la plongée dans le wilderness va s’avérer être une épreuve particulièrement difficile qui, dans le cas particulier du capitaine Lewis, va prendre la tournure d’un voyage au bout de la nuit dont il ne reviendra pas indemne. Pour un homme plus terre à terre comme le lieutenant Clark, l’aventure fut certes éprouvante, mais sa réalisation et son bilan moral ne causa chez lui pas plus d’affect que de raison ; or il en allait tout autrement du rêveur romantique et mélancolique qu’était Lewis, qui commença au cours du voyage à intérioriser les échecs de l’idéal jeffersonien au fur et à mesure qu’ils se présentaient. Car cet Ouest immense, sauvage et inconnu recelait bon nombre de pièges ; de toute évidence, on n’avait pas assez pris au sérieux les avertissements de quelques coureurs des bois quant aux conditions météorologiques souvent extrêmes de ces régions reculées, ou quant à la possible dangerosité de tout ce qui peuplait ce wilderness si difficile à appréhender. Au paysage édénique et tempéré des premières mois va ainsi succéder la pluie, la grêle, le froid, la faim, les eaux saumâtres, la boue, parfois durant une semaine entière ; de mystérieuses détonations retentissent au loin, les hommes ont la hantise des serpents, ne cessent de vouloir massacrer des reptiles dans une sorte d’exutoire cathartique à leurs terreurs. La mort rôde partout, et le groupe médusé tombe ainsi nez à nez sur un gigantesque charnier où pourrissent une centaine de bisons tombés de la falaise, dans une puanteur horrible. Dans son journal, Lewis parle des Indiens comme des « diables à forme humaine », se sent révulsé par la bestialité des mœurs de certaines tribus, et finit par trouver l’aborigène plus proche de l’animal que de l’homme ; au comble de la sidération, le petit groupe perdu dans cette immensité sublime et menaçante est progressivement bewilded, c’est-à-dire happé à son insu par la terrible régression du wild. L’arrivée sur les rives du Pacifique ? La côte est dangereuse, la tempête est continue et d’énormes vagues charrient des troncs qui viennent se fracasser sur le bord ; la construction du fort Clatstop se fait dans la morosité, et l’hiver qui s’ensuit va se dérouler dans une pesante lassitude. Autant dire qu’au moment de repartir pour le trajet retour, on a tout à fait rompu avec l’idéalisme respectueux qu’on se faisait fort d’incarner jusqu’ici : les hommes de l’expédition vont ainsi aller voler un canoë à la tribu chinook qu’ils venaient de côtoyer…

Jefferson avait nommé cette mission d’exploration son « projet littéraire » ; par littéraire, il faut entendre scientifique, et c’est d’ailleurs la seule – mais notable – réussite de l’entreprise, bien que très curieusement on ne fit véritablement partager au grand public cet aspect des choses qu’un siècle plus tard. Or en usant de ce qualificatif de « littéraire », Jefferson ne croyait pas si bien dire : avec les 5000 pages de journal rapportées par différents membres de l’expédition, l’aventure fut effectivement mise en lettres, et particulièrement dans le cas du capitaine Lewis, que son esprit contemplatif et introspectif allait porter à donner une dimension véritablement littéraire à son journal. Or à partir du 16 août 1805, de troublantes réflexions commencent à parsemer les pages de ses compte-rendus ; ainsi écrivit-il ce jour-là : « J’ai aujourd’hui 31 ans. Selon toute probabilité, j’ai vécu à peu près la moitié du temps que je passerai dans ce monde sublunaire, et j’ai fait peu de choses jusqu’à présent, très peu, en vérité, pour aider au bonheur de la race humaine ou à l’avancement de la génération suivante ». Ces lignes mélancoliques sont le premier signe tangible de la dépression dans laquelle allait progressivement s’enfoncer – jusqu’à sa mort prématurée – celui que Jefferson avait fait en 1801 son secrétaire particulier, et en qui il voyait véritablement son fils spirituel ; or au-delà de la simple révélation du tempérament d’un individu, il n’est pas interdit de voir dans ces lignes désabusées l’expression à peine voilée du constat d’échec du projet humaniste du 3e président des Etats-Unis. Non, le wilderness ne cachait pas un jardin gonflé d’espérances pour l’« Empire de la Liberté », non, les aborigènes chasseurs-cueilleurs ne souhaiteront pas se muer en paisible farmers, et la future destinée manifeste devra inévitablement s’accomplir dans le saccage et l’anéantissement. Pour l’expédition conduite par Lewis et Clark, le passage du statut d’événement historique à celui d’un véritable mythe a engendré une réinterprétation idéalisée que même la restitution récente des différents journaux tenus par Lewis, Clark ou Gass dans leur relative complétude n’est pas parvenu à atténuer : ainsi le docu-fiction Lewis and Clark: Great journey West de 2002, malgré d’indéniables qualités formelles, ne peut s’empêcher de lisser passablement le caractère parfois rugueux des rencontres entre les Amérindiens et les hommes du Corps de la Découverte, ces derniers rapportant pourtant clairement le fait qu’ils furent souvent obligés de tirer des coups de feu en l’air pour impressionner les indigènes. On remarque également que certains aspects des récentes mises en images (télévision, bande dessinée, livres pour enfants) du récit de l’expédition traduisent des préoccupations très contemporaines, notamment celles liées à la représentation des minorités ; il en résulte un surdimensionnement des rôles joués par Sacagawea ou encore par York, l’esclave noir de Clark, mais qui ne s’appuie en vérité sur aucune donnée historique sérieuse ; dans le cas particulier de Sacagawea, cette mise en avant artificielle date même du début du XXe siècle, et correspondait alors à des velléités romanesques, voire mélodramatique, que nous allons d’ailleurs retrouver plus loin au sujet de The far horizons.

Pour en revenir aux tourments et à la désillusion du capitaine Lewis, notons que c’est lui à qui le sort fit endosser la part la plus ingrate des péripéties : au retour, le groupe décide de se séparer momentanément en deux ; or si la remontée par Clark de la rivière Yellowstone se passe sans encombres, celle de la Marias par Lewis manque de peu d’être un désastre. Le nom qu’il donne au camp dans lequel il réside avec les sept autres hommes qui l’accompagnent en dit long sur son état d’esprit : Camp Disappointment, que le groupe quitte le 26 juillet 1806. Ils rencontrent alors quelques guerriers Pieds-Noirs, qui tentent de leur voler des armes et des chevaux : c’est l’affrontement, qui va se solder par deux morts chez les Indiens ; pour le capitaine Lewis, c’est le comble du désarroi, car désormais son périple reste entaché de violences. Pour les hommes de l’expédition, au-delà de la simple épreuve physique, la découverte d’un wilderness sublime et énigmatique fut aussi celle de la terreur et de la hantise ; à ce titre, la confrontation possible avec les Indiens ne constituait pas le plus grand défi posé à leur sang froid, car ces intrépides explorateurs durent se confronter à une figure de l’altérité bien plus radicale encore : curieusement absent de la plupart des reconstitutions, la rencontre avec l’ours grizzly constitua pourtant l’expérience la plus redoutable subie par les membres de l’expédition. La connaissance que l’on avait jusqu’ici du grand animal n’était qu’indirecte, et une fois de plus, on s’était un peu trop forcé à l’optimisme : les Indiens avaient pourtant prévenu… La confrontation avec la réalité va être rude, l’ours en question s’avérant être un véritable monstre au sens mythologique du terme, aussi féroce que résistant ; dix balles de mousquet suffisent à peine à le neutraliser, et son agressivité est telle qu’il poursuit les hommes paniqués jusque dans leurs canoës. Les différents journaux laissent clairement  apparaître le véritable chaos mental dans lequel est plongé le groupe à la suite d’attaques répétées en mai et juin 1805 ; même après qu’elles auront cessé, le traumatisme restera gravé dans l’esprit de chaque homme, et le terrible gardien du wild continuera à venir hanter leurs cauchemars jusqu’à la fin du parcours. Une fois de plus, Lewis le romantique intériorise son expérience, et la terreur de l’ours va venir nourrir sa dépression qui prend par moment les atours de la paranoïa ; ne cessant de déplorer « ce sort qui s’acharne contre [lui] », il reste affecté même lorsqu’un coup de chance vient démentir cela, au prétexte qu’il échoue à le comprendre. Ainsi, alors qu’il est attaqué par un énorme grizzly, ce dernier rebrousse chemin brusquement, et Lewis perturbé par ce fait écrit que « la raison de cette frayeur [lui] reste mystérieuse et incompréhensible ». L’exploration du wilderness devait donc se faire à ce prix : admettre qu’il s’agissait en fin de compte d’un espace indéchiffrable, où les repères mentaux complexes mais fragiles qui résultent d’une approche trop philosophique sont amenés à fatalement s’effondrer devant un réel impossible à maîtriser. Habile cartographe avec la tête bien fixée aux épaules, William Clark était doté d’un esprit prosaïque plus à même d’affronter psychiquement cette expérience radicale qui fut celle du Corps de la Découverte, davantage que le rêveur solitaire et mélancolique qu’était Meriwether Lewis, esprit littéraire par excellence. Une fois de retour dans l’Est, l’élève consciencieux de Jefferson est nommé gouverneur de la Louisiane ; mais le prestige de sa position et les honneurs dont on le couvre ne parviennent pas à enrayer le mal qui est en lui : Lewis va sombrer inexorablement. Certains signes commencent à inquiéter : alors qu’il est chargé de la publication des divers journaux, le résultat se fait mystérieusement attendre ; lorsque Lewis se décide enfin, il est devancé par l’initiative de Gass. Exaspéré, il prend alors une décision ahurissante, inexplicable : il renonce au projet… La descente dans l’abîme atteint dès lors le point de non-retour : « Désormais, la main du destin est sur moi», écrit-il à un ami ; chaque jour, Lewis tombe un peu plus sous l’emprise de l’alcool, et finit même par rompre avec Jefferson. Le 4 septembre 1809, en route par bateau pour la Nouvelle-Orléans, il est débarqué à Memphis à cause de son état d’ébriété. Il part alors à cheval ; le 10, il s’arrête faire étape dans un hôtel sordide. Durant la nuit, des coups de feu retentissent et la tenancière effarée découvre Lewis grièvement blessé, avec en outre la gorge et les poignets lacérés ; après une agonie de plusieurs heures, le héros si vaillant du Corps de la Découverte meurt au petit matin… Bien que la thèse d’un meurtre ait été parfois évoquée, la nature de cette mort ne fait guère illusion ; ne pouvant guère faire autrement que de reconnaître le suicide de Lewis, Jefferson se refusa pourtant à incriminer l’expédition comme cause possible de ce geste désespéré : reconnaître cela, c’était pour le président reconnaître l’échec civilisationnel de cette entreprise qui lui avait été si chère. Lewis fut enterré dans les jours qui suivirent près des lieux du drame et lorsqu’une cérémonie officielle lui rendit hommage en 1813, William Clark était naturellement présent. Fin et pragmatique, ne se nourrissant pas d’illusions, ce dernier savait très bien à quoi s’en tenir ; ce jour-là, devant la tombe de son ami, il déclara à son propos : « Il n’était jamais revenu du voyage. »

Ces modestes paragraphes vous ont intéressé, ils vous ont fait rêver ? Alors ne regardez surtout pas The far horizons, réalisé par Rudolph Maté pour la Paramount en 1955 : vous n’y retrouverez rien, absolument rien, de cette dimension initiatique, fondatrice, philosophique et traumatique que j’ai tenté de vous faire appréhender au sujet du périple de Lewis et Clark. Pire encore, vous n’assisterez qu’à une déformation grotesque du fait historique au service de la plus basse consensualité exigée par le divertissement familial : si le qualificatif d’« hollywoodien » n’a jamais revêtu à mes oreilles de dimension nécessairement péjorative, c’est pourtant dans cette acception dépréciative qu’il convient de l’entendre ici. Au résultat, il ne reste guère à sauver de cette confiserie pleine de couleurs et sans saveur que les superbes paysages du Wyoming (Jackson Hole, Grand Teton) filmés dans un Technicolor alléchant, et c’est à peu près tout ; en ce qui concerne le romantisme – au sens noble et véritable – que recèle cette incroyable aventure, laquelle est un peu à l’histoire américaine ce que fut à la nôtre la campagne d’Egypte de Bonaparte, il prend à l’écran sa signification la plus mièvre et vulgaire qui soit. Mais prenons les choses par leur début… En 1953, la Paramount donne à tourner quelques westerns à une de ses vedettes fétiches rentrée au bercail, Charlton Heston, jugé en bonne voie pour devenir une véritable star ; on estime alors que les lointaines aventures conviendront certainement à cet acteur carré et énergique, et l’année suivante, avec Secret of the Incas et The naked jungle, on lui donne par conséquent de quoi aller virevolter dans des décors exotiques aux couleurs flamboyantes. Ces deux films – et particulièrement le second – sont des succès commerciaux qui confirment ce qu’on avait pressenti : en ce milieu des années 50, la carrière d’Heston sera aventureuse et costumée, ou bien ne sera pas. Passons maintenant du côté de MM. William Pine et William Thomas, deux producteurs officiant depuis plus de 20 ans à la Paramount. Ils s’étaient associés au début des années 40 en vue de livrer par fournées des séries B sans doute artistiquement médiocres, mais qui se devaient d’être rentables : c’était de toute manière le seul objectif de ce duo qu’on avait surnommé « Dollar Bills », ce qu’ils assumaient pleinement, se définissant eux-mêmes comme « deux hommes d’affaires qui ont appris, grâce à une longue expérience, comment réaliser des films pour obtenir ce que nous considérons comme un maximum de divertissement à un coût minimal. » Mais au sortir de la guerre, tout change dans l’économie du cinéma, comme je l’avais exposé lors de l’envoi consacré à Rope of sand : le fameux arrêt United States v. Paramount de 1948 rebat les cartes, de même que la concurrence de la télévision qui va se faire grandissante à partir du début des années 50. La série B n’est plus un modèle viable pour les grands studios, qui vont davantage miser sur le prestige, ainsi que sur la forme un élargissement du cadre et une utilisation plus systématique du Technicolor. La Fox rachète le brevet d’Henri Chrétien et lance le Cinemascope en 1953 ; l’année suivante, la Paramount lance son propre procédé d’écran (un peu moins) large, le VistaVision, avec un ratio qui correspond grosso modo à notre 16/9. Naturellement, puisqu’il en va de la rentabilité, Pine et Thomas suivent le mouvement et se mettent à augmenter leurs budgets de production, qui avoisinent bientôt le million de dollars pour chaque œuvre ; au début de l’année 1954, le tournant est vraiment pris et ils se décident de manière plus franche à passer à de gros budgets. Mais pour ce qui est de l’ambition autre que pécuniaire, nos deux larrons n’entendent prendre aucun risque et déclarent : « Nous continuons à vouloir faire des films commerciaux, pas des films d’auteur. » ; ouf, nous voilà rassurés… Le premier résultat de ce redimensionnement – à défaut de nouvelle politique – fut le western Run for cover, dont on ne peut pas dire qu’il constitue l’œuvre à retenir dans la filmographie de Nicholas Ray ; quant au second résultat, ce sera donc The far horizons. Quant à l’idée de porter à l’écran l’aventure de Lewis et Clark, elle planait au-dessus des grands studios depuis la décennie précédente : en 1947, la RKO avait annoncé se lancer dans le projet, et avait même engagé Ernest Pascal pour écrire le scénario ; le projet fut finalement abandonné, et l’histoire fut revendue à la Warner qui avait mis la production du film à son agenda pour 1955, avant d’abandonner à son tour. La voie était donc libre pour la Paramount.

Pine et Thomas décide alors de reprendre l’histoire à zéro en s’inspirant cette fois-ci d’un obscur roman de Della Gould Emmons paru en 1943 et dont le titre annonçait la couleur :  Sacajawea of the Shoshones. L’Indienne qui servit d’interprète et de symbole apaisant au Corps de la Découverte allait ainsi se trouver propulsée au premier plan ; et si dans le même élan on pouvait demander aux scénaristes d’asperger d’eau de rose cette promotion inattendue, cela inciterait Maman et les filles à accompagner Papa et les garçons à la séance du samedi soir : en un mot, ça serait pour le mieux en terme de retombées financières, ce qui ne pouvait échapper à la sagacité mercantile de nos deux « Dollar Bills ». Il résulte de ces dispositions prises pour The far horizons cette improbable intrigue amoureuse impliquant Clark et Sacagawea, déjà présente dans le roman de 1943 et amplifiée par les orientations scénaristiques de Pine et Thomas, qui vont jusqu’à y impliquer Lewis ; toujours est-il que cette bluette qui sert de principal ressort dramatique au film constitue immanquablement la plus voyante des innombrables libertés prises par l’œuvre avec la réalité historique. L’idée de cette romance n’était pas tout à fait neuve, même chez D.G. Emmons, et datait du renouveau d’intérêt porté à l’expédition de Lewis et Clark au début du XXe siècle : en extrapolant sur quelques anecdotes tirées des journaux de l’expédition, republiés alors de manière plus complète, il était en effet devenu tentant de transformer progressivement Sacagawea en une nouvelle Pocahontas. De ce fait, la construction de cette Sacagawea revisitée amoureuse du militaire américain droit dans ses bottes allait nécessairement de pair avec la dépréciation de Charbonneau, le coureur des bois qui s’était joint à l’expédition et dont elle était initialement une des deux épouses. Le témoignage issu du journal et ayant servi de base à cette fable est très certainement celui mentionnant les réprimandes formulées par Clark à l’égard de l’indélicat Franco-canadien, au sujet de la brutalité avec laquelle il traitait par moment la mère de son enfant : il est vrai que Charbonneau, méprisé par les deux chefs du Corps, semble avoir été par ailleurs un individu fort peu recommandable, déjà accusé de viol, et qui en dehors de ses activités d’éclaireur s’adonnait également à la traite d’êtres humains. L’autre élément ayant contribué à forger la légende d’une liaison amoureuse entre Sacagewea et Clark est la sollicitude que ce dernier montra envers la famille du coureur des bois : à la mort de l’Indienne en 1812, et à la demande de Charbonneau lui-même, Clark prit ses deux enfants sous son aile et finança même par la suite les études du garçon chez les Jésuites. Tous ces éléments peuvent à la limite rendre crédible la naissance de sentiments amoureux de la part de Sacagawea à l’égard de Clark, bien qu’une fois de plus, aucun témoignage n’ait jamais attesté une telle chose ; l’éventualité d’une réciprocité de ces sentiments est en revanche tout à fait inenvisageable : il aurait été impensable aux yeux de ses hommes que William Clark, chef militaire en mission difficile et représentant du président Jefferson, se soit laissé aller à une liaison sentimentale au beau milieu du wilderness, qui plus est avec une indigène. Par ailleurs, la mise en avant de Sacagawea dans The far horizons par le truchement d’une liaison inter-raciale est très représentatif de l’extrême ambivalence des westerns des années 50, supposément « pro-Indiens » alors qu’ils ne le sont en moyenne guère plus qu’auparavant : revoyez Arrowhead (de C.M Warren, avec Charlton Heston, justement) et vous verrez de quoi je veux parler ; à ce sujet, la lettre mélodramatique dictée par Sacagawea et qui clôt le film de Rudolph Maté n’apparaît que comme une tentative maladroite et lénifiante pour évacuer le problème du bilan diplomatique très mitigé de l’expédition de Lewis et Clark en ce qui concerne l’acceptation par les Indiens de leur allégeance au « grand chef blanc de l’Est ». A la décharge du film, l’idée de faire se rencontrer Sacagewea et Jefferson, bien que parfaitement inexacte (Charbonneau et son épouse quittèrent le Corps de la Découverte un peu avant l’arrivée à Saint-Louis), n’est pourtant pas si saugrenue qu’elle n’en a l’air : l’expédition de Lewis et Clark ramena en effet avec elle le chef mandan Shehaka, qui devint ainsi le premier Indien de l’Ouest à rencontrer le président des Etats-Unis ; comme Sacagewea dans le film, il repartit ensuite vivre à nouveau parmi les siens, ce qui ne se fit d’ailleurs pas sans certaines difficultés.

Coscénariste du film aux côtés d’Edmund North, Winston Miller déclara plus tard : « J’ai pris de grandes libertés avec l’histoire. J’espère que ce film ne sera jamais projeté dans les écoles. Sacajawea ne ressemblait certainement pas à Donna Reed. » Oui, et c’est le moins qu’on puisse dire… Or North et Miller étaient par ailleurs des scénaristes très compétents, qui n’ont certainement pas à rougir de leur carrière ; l’inadéquation de The far horizons provient donc de l’étage supérieur de l’édifice. Mais là encore, on s’interroge, étant donné le soin que Pine et Thomas ont toujours prétendu apporter à l’écriture de leurs films : « Le scénariste est la personne la plus importante à Hollywood », déclarait par exemple le premier ; « Avec un bon scénario, on arrive à des merveilles. » Mais ce qui valait dans les années 40 pour la série B ne valait plus nécessairement pour les grosses productions de la nouvelle ère, et c’est sans doute ce qui a conduit à l’échec critique mérité qu’a dû essuyer The far horizons avec sa vision vraiment trop soap opera de l’expédition de 1804-1806. Car ce qu’entendaient Pine et Thomas par un « bon scénario » n’impliquait nullement le fond, mais uniquement la forme : aux yeux des deux hommes d’affaire, l’histoire était « bonne » à partir du moment où elle était suffisamment carrée pour éviter le risque d’avoir à tourner des scènes susceptibles d’être ensuite coupées au montage, et voilà tout ; le travail d’écriture commandé à Miller et North pour The far horizons a donc certainement été jugé « bon » selon les critères de Pine-Thomas, ce qui ne signifie nullement qu’il ait une réelle valeur. Incarnation par excellence de la femme au foyer de la classe moyenne blanche (voir pour cela le sitcom The Donna Reed show), Donna Reed était quant à elle l’actrice la moins indiquée pour incarner Sacagewea avec un tant soit peu de crédibilité ; mais on jugea selon toute évidence qu’elle permettrait une identification rassurante pour un public familial le plus large possible : bon pour le tiroir-caisse. Curieusement, l’actrice semble avoir voulu se duper elle-même en prenant ce rôle très au sérieux, se documentant paraît-il abondamment sur le personnage ; une fois en place sur le plateau de tournage, elle aura de toute évidence calqué son jeu sur celui de Debra Paget dans Broken arrow. Par ailleurs, le film ne semble pas savoir qui il souhaite réellement promouvoir dans son casting : si c’est bel et bien Fred MacMurray (trop âgé) qui apparaît en tête d’affiche, c’est surtout Charlton Heston qu’on voit à l’écran ; quant à Barbara Hale, pourtant quatrième au générique, elle n’est pas du voyage et n’apparaît que dans les séquences d’ouverture et de clôture : comprenne qui pourra… Pour ce qui est de la figuration, s’il en est qui font cruellement défaut, ce sont bien les animaux ; ainsi cinq ou six têtes sont censées faire un impressionnant troupeau : c’est ce qu’on appelle avoir le sens de la métonymie, et cela laisse en tout cas songeur en regard de la profusion décrite dans les journaux de l’expédition. Quant au fameux ours grizzly, dont j’ai souligné plus haut l’importance qu’il a prise dans la confrontation des hommes de l’expédition avec les dangers du wilderness, il est tout simplement absent de l’histoire : c’était sans doute plus simple comme ça. Bon, eh bien The far horizons, c’est donc un désastre complet , hein ? Non, pas tout à fait quand même, étant donné qu’il est toujours préférable de terminer sur une note positive et que je viens de passer deux après-midi à taper tout ce fichu baratin… Alors disons qu’avec quelques magnifiques extérieurs resplendissant dans le Technicolor, une poignée de scènes spectaculaires, un rythme à peu près correct à défaut d’être trépidant, et la mise en scène de Maté qui, ne sachant être inspirée, arrive au moins à se montrer fonctionnelle, on parvient bon an mal an à regarder tout cela jusqu’au bout ; on peut d’ailleurs parier qu’une certaine clique cinéphilique dont l’appétence culturelle ne cherche jamais à lire ce qui se trouve au-dessus des pâquerettes de la Grande Prairie pourra même y trouver pleine satisfaction.

Des bonus ! En 1943, la prestigieuse Encyclopaedia Britannica passe sous la direction du sénateur et universitaire William Benton, qui développe aussitôt un partenariat avec ERPI Classroom Film, alors numéro 1 du film éducatif aux Etats-Unis : c’est la naissance de la société de production  Encyclopaedia Britannica Films (EB Films pour les intimes), dont le vecteur d’exploitation est la pellicule 16 mm et son matériel de projection, relativement pratique et pas trop contraignant pour une utilisation en milieu scolaire. La restriction des productions d’EB Films à des sujets scientifiques (au sens large du terme) plutôt que sociétaux explique qu’ils ont globalement mieux vieilli que leurs concurrents, et gardent encore aujourd’hui l’estime des cinéphiles à qui ne déplaît pas un certain charme « rétro ». En juin 1950, la société fait paraître dans sa série Famous men & women of the world un épisode consacré à Lewis et Clark, que je vous propose donc ici ; réalisé avec l’équivalent du budget café et croissants de The far horizons, ce petit court-métrage, malgré un côté très statique, n’est pas loin de m’apparaître plus digeste que l’énorme plâtrée de bouillie pour chats servie 5 ans plus tard par Pine-Thomas. On notera avec une circonspection amusée l’orientation didactique bien lisible de ce Lewis and Clark pour culottes courtes studieuses : c’est bien sûr pour ouvrir la voie à la destinée manifeste de notre bon peuple américain que, guidés par la Providence, Lewis et Clark ont effectué leur périple ! Bien plus sympathique encore est le second film bonus que je vous propose, produit en 1965 par la NBC ; plus précisément, il s’agit d’une version raccourcie de moitié du programme télévisé originel, remonté l’année suivante à destination là encore au marché éducatif. C’est cette fois-ci en couleur, toujours en 16 mm (je présume), et franchement plaisant : filmé de manière bien plus dynamique que le court-métrage précédent, s’adressant de toute évidence à un public plus âgé, The journals of Lewis and Clark se base comme le titre l’indique sur les journaux du Corps de la Découverte pour offrir une plaisante reconstitution du périple, avec de belles vues en extérieur des paysages traversés, un louable effort d’exactitude, des costumes et accessoires crédibles, un commentaire approprié et sans parti-pris trop visible ; même 60 ans plus tard, cela fonctionne encore parfaitement. Le texte est interprété en voix-off par Lorne Greene, qui jouait le patriarche dans la série Bonanza.

BONUS 1 

LEWIS AND CLARK 1950

(Encyclopaedia Britannica Films, Etats-Unis)


BONUS 2

THE JOURNALS OF LEWIS AND CLARK 1965

(version abrégée pour le marché éducatif, 1966)


BONUS 3

ICONOGRAPHIE


LIEN

https://1fichier.com/?ed2ax1anq0nrhhsl1oe8

La copie que je vous soumets pour The far horizons est de très bonne qualité, probablement issue d’un blu-ray ; j’ai utilisé un sous-titrage issu d’une diffusion TV que j’ai légèrement réadapté (trop dense par moments), et soigneusement resynchronisé parce que j’aime pas le travail de cochon… En ce qui concerne les bonus, ce sont des copies à petite définition, non restaurées mais parfaitement regardables ; pour chacun de ces deux petits films, je me suis tapé la création complète du sous-titrage avec traduction à l’oreille du commentaire en anglais et tout le toutim : à quelques ??? près qui doivent se compter sur les doigts d’une main, vous pouvez estimer que le résultat est fidèle à ce qui est raconté à l’écran. Et pour ceux qui auraient l’excellente idée de bouquiner sur le sujet de Lewis et Clark, voici quelques suggestions de lecture : une version du journal de l’expédition a été publiée en français chez Libretto en deux volumes, ce qui est une véritable bénédiction ; ça doit même être encore disponible, vous n’avez donc plus dans la minute qui suit qu’à vous ruer comme des possédés chez votre libraire en bousculant tout le monde sur votre passage. On trouve également des ouvrages documentaires sur le sujet (Annick Foucrier, Pierre Lagayette), sûrement très bien mais ne les ayant pas lus, je ne saurais vous dire ce qu’ils valent. Dans plusieurs de ses excellents livres sur l’Amérique, Lauric Guillaud consacre certains chapitres à l’épopée de Lewis et Clark, où j’ai d’ailleurs pu puiser de précieuses informations pour rédiger certains de mes précédents paragraphes : ça, vous pouvez y aller les yeux fermés (quoique, pour lire…). Bien sûr, dans la même veine d’exploration en terre amérindienne, si ce n’est déjà fait il vous faut lire de toute urgence Astoria de Washington Irving, palpitante mise en roman d’une des expéditions ultérieures dans le wilderness, et prélude (avec La prairie de Cooper) à toute la future littérature sur l’Ouest. Vous pouvez par contre fort bien vous dispenser de la seule et unique incursion d’Edgar Poe dans le « western », Le journal de Julius Rodman, dans lequel le célèbre écrivain se contente de plagier sans la moindre vergogne Lewis et Irving ; resté inachevé faute de succès, ce faux « journal » d’une fausse expédition transcontinentale fut publié par épisode en 1839-1840 de manière anonyme, Poe ayant sans doute – et avec raison – honte de ce qu’il était en train de faire. Mais si vous tenez comme moi absolument à avoir lu TOUT Edgar Poe, eh bien vous pouvez trouver le Journal traduit en français (pas par Baudelaire, qui s’en est dispensé avec raison) toujours chez Libretto en supplément d’une toute nouvelle traduction de l’Histoire d’Arthur Gordon Pym, qu’il faut quant à elle avoir impérativement lu en long, large, travers étant donné que… de quoi parlait-on, déjà ? Ah oui, de Lewis et Clark. Bon, allez, à la prochaine tout le monde.



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