LA LÉGENDE DE PATHFINDER (LE LAC ONTARIO)

 (VOSTFR)


Réalisation : Donald Shebib

Casting : Kevin Dillon, Graham Greene, Laurie Holden

Durée : 104

Année : 1996

Pays : Canada

Genre : Western, Aventure


Près du lac Ontario, les batailles entre Français et Anglais font rage. Un conflit auquel les tribus indiennes se sont mêlées afin de reconquérir des territoires perdus.



MKV DVDRIP 1.37 GO VOSTFR perso

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BONUS : COMICS

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C’est 13 ans après avoir écrit La prairie que James Fenimore Cooper décida de revenir sur sa série des Histoires de Bas-de-Cuir en faisant paraître en 1840 Le lac Ontario, dont l’action se situe un ou deux ans après les péripéties du Dernier des Mohicans ; vous trouverez quelques considérations sur ce livre dans l’envoi que j’avais consacré, lors du premier cycle Cooper, à sa soi-disant adaptation par Hollywood en 1952, dont l’inconvénient principal était d’être une production de Sam Katzman : la mise en image de ce roman restait donc encore à faire. Et cela fut fait bien plus tard, en Grande-Bretagne, lorsque la BBC produisit en 1973 une mini-série intitulée Hawkeye the pathfinder dont on dit grand bien, et qui faisait suite à une adaptation du Dernier de Mohicans de 1971 sur laquelle les propos sont également fort élogieux ; nous verrons peut-être cela lors d’un 3e cycle Cooper la saison prochaine, l’idée commençant à faire son chemin dans mon esprit. A ce qu’il paraît, cette version de la BBC serait une transcription fidèle de l’œuvre littéraire, ce que permet effectivement le format de la mini-série. Certaines filmographies concernant Cooper mentionnent également une mystérieuse adaptation russe de 1979 sous le titre Sledopyt, dont je ne sais pas grand-chose sinon qu’il s’agirait d’un film s’inspirant très librement du roman originel. Mais ce que je vous propose cette semaine est la dernière adaptation en date, sortie sous le titre The pathfinder (qui est donc celui du livre) et produite en 1996 par la société américaine Hallmark pour le marché de la télévision canadienne ; nous allons voir que le but évident était cette fois-ci de profiter de l’engouement suscité par The last of the Mohicans en 1992, en proposant ce qui peut apparaître à plusieurs égards comme une suite au film de Michael Mann. Disons-le d’emblée : il ne s’agit pas d’une franche réussite, et la critique se plaît à éreinter copieusement ce téléfilm de Donald Shebib dont on ne saurait nier les faiblesses patentes ; je me proposerai néanmoins de lui trouver aussi quelques petites qualités, qui restent néanmoins insuffisantes pour sauver cette adaptation d’un oubli quand même assez mérité.

Commençons par la bonne nouvelle : cette version canadienne The pathfinder 1996 se montre relativement fidèle du roman de Cooper, ce qui est tout de même rassurant lorsqu’on se souvient de l’escroquerie proposée en son temps par Sam Katzman, où le nom James Fenimore Cooper ne servait que de caution à un scénario qui nous présentait certes une histoire avec Natty Bumppo, Chingachgook, de gentils Anglais et de méchants Français, mais rien d’autre qui ressemblât de près ou de loin à ce que raconte Le lac Ontario ; l’œuvre est donc à peu près respectée et c’est déjà un bon point. Pour autant, lorsqu’on rentre dans les détails, cette fidélité n’est que relative ; mais la plupart des différences peuvent être mises sur le compte d’aménagements nécessaires pour convenir soit à la durée limitée d’un téléfilm, soit aux moyens plus limités encore dont dispose ce type de production, et qui interdisent sans doute de trop varier les lieux de tournage en extérieur : ainsi la dernière partie du roman, se déroulant sur une île, se retrouve ici prendre place sur la terre ferme, ce qui induit là encore quelques petits aménagements dans le déroulement de l’action. On notera également la subordination du scénario à quelques conventions narratives destinées au grand public, comme la confrontation finale entre Pathfinder et le vilain traître, lequel se trouvait – si je me souviens bien – châtié d’une autre façon dans le roman ; on pourra s’étonner par ailleurs de la mansuétude qui est accordée à Arrowhead, l’Indien félon, qui dans le récit originel finissait scalpé par Chingachgook : la pratique d’une justice aussi tranchante et expéditive ne convenait sans doute pas à un héros télévisé. Mais au fond, tout ceci n’est pas bien grave, et ne correspond qu’à un alignement normatif avec lequel tout le monde est habitué depuis longtemps dès qu’il s’agit de passer de l’écrit à l’image ; en revanche, une autre des entorses faites à Cooper s’avère quant à elle beaucoup plus significative, et explique en grande partie le fourvoiement par lequel ce téléfilm semble se tirer lui-même une balle de mousquet dans le pied : ainsi le spectateur bibliophile ne manquera pas de faire une moue dubitative lorsqu’on lui présente Nathaniel Bumppo alias Pathfinder comme étant le fils adoptif de Chingachgook, alors que Cooper les a toujours conçus comme des frères de sang. Tout s’éclaire alors en ce qui concerne les intentions de ce téléfilm : il s’agissait selon toute vraisemblance de donner une suite à The last of the Mohicans de Michael Mann, sorti au cinéma quatre ans plus tôt, et dans lequel la relation entre les deux héros devenait effectivement filiale ; dans le même ordre d’idée, on remarquera que le Bumppo proposé ici a une allure qui ressemble à s’y méprendre à celle qui avait été donnée à Daniel Day-Lewis en 1992 pour le faire courir dans les bois, et qui se singularisait beaucoup par rapport aux représentations traditionnelles (illustrations, cinéma, bande dessinée) du personnage ou aux descriptions qu’en donne Cooper dans ses romans. Or cette volonté manifeste – qui vient sans doute des producteurs – de vouloir inscrire The pathfinder dans la continuité de ce qu’avait proposé Michael Mann est à mon avis une très mauvaise idée, qui ne peut jouer qu’en la défaveur du résultat ; car même si j’estime que le film de 1992, pour réussi qu’il soit, n’est cependant pas le chef-d’œuvre que l’on décrit habituellement, il est cependant tout à fait illusoire d’espérer qu’un modeste téléfilm – avec les moyens limités que cela suppose – puisse supporter la comparaison avec la somptuosité des moyens cinématographiques qui avaient été déployés pour The last of the Mohicans. Car ce dernier, même s’il péchait par la vulgarité de ses compromissions sur le fond, pouvait néanmoins s’enorgueillir de son éclatante réussite formelle, en proposant aux spectateurs des salles obscures des images de grande qualité permises par des costumes, des décors et une figuration de premier choix.

Il eût donc été plus judicieux pour le téléfilm de Donald Shebib de jouer sa propre carte, sans chercher à capitaliser sur le succès du film de Mann, car il en résulte une forme hybride dont le bien-fondé semble hasardeux. En effet, si The pathfinder apparaît bien pauvre en termes de spectacle pur lorsqu’on le compare au film dont il s’inspire, il est à l’inverse trop cinématographique (par le type de décor utilisé, notamment) pour une œuvre destinée au petit écran ; par conséquent, il ne satisfait aux exigences d’aucun des deux formats. Le meilleur côtoie ainsi en permanence le pire, et souvent à l’intérieur d’un même plan ; afin d’illustrer cela, prenons par exemple les scènes où l’on voit les « Mingos » (terme générique adopté par Cooper pour les Indiens méchants, c’est-à-dire au service des français) dresser leurs embuscades en forêt : si l’authenticité maximale des décors naturels – ce sont les véritables forêts en bordure du lac Ontario – constituent un avantage certain à mettre au crédit de ce téléfilm, le fait que les Indiens en question soient interprétés par des acteurs blancs vaguement peinturlurés, sans autre effort de vraisemblance, renvoie à ce que l’on faisait de pire dans les séries B hollywoodiennes les plus ringardes. Tout l’effort de reconstitution se trouve alors brusquement annihilé, et faire jouer la même scène par de vrais figurants indiens dans un coin de jardin du producteur aurait sans doute abouti à un meilleur rendu. Les arrière-plans donnent ainsi l’impression d’être sacrifiés au profit d’un affichage clinquant, car à l’inverse, les rôles plus importants d’aborigènes ont été confiés à deux acteurs fétiches dans ce type de rôle : d’une part Graham Greene, un authentique iroquois devenu incontournable depuis Dance withe the wolves et Thunderheart, et d’autre part Russell Means, un activiste lakota qui avait fait ses débuts au cinéma dans The last of the Mohicans (tiens donc!) où il interprétait Chingachgook, un rôle que – curieusement – il échange cette fois-ci avec celui d’Arrowhead. Toutefois, chacun de ces deux comédiens emblématiques ont ici un physique un peu empâté qui ne correspond guère aux canons plastiques prisés par Cooper en matière d’Indiens, l’écrivain dépeignant souvent ces derniers à leur avantage en des termes qui empruntent volontiers à la sculpture antique : décidément, rien ne semble vouloir fonctionner comme il faut… Et c’est bien dommage, car une fois de plus, l’authenticité des lieux fournissait a priori une bonne carte en main pour le réalisateur : le fort Erié, construit en 1803 à une cinquantaine de kilomètres du lac Ontario, sert notamment de décor principal ; reconstruit à l’identique en 1937, il fournit un cadre idéal pour la reconstitution d’aventures se déroulant dans les périodes avoisinant la guerre d’indépendance des Etats-Unis (ici, une quinzaine d’années avant). On notera aussi l’utilisation d’un superbe voilier dont je n’ai pu déterminer la provenance ; malheureusement, la photographie télévisuelle, sans véritable profondeur de champ, n’est guère appropriée pour mettre en valeur ces atouts visuels dont disposait la production, et une fois de plus il semble qu’à vouloir confondre cinéma et télévision, on ait perdu sur les deux tableaux à la fois.

On ne saurait en revanche reprocher à cette adaptation de The pathfinder le côté ampoulé de ses dialogues, puisqu’ils correspondent assez bien au style de Cooper ; on notera d’ailleurs qu’une des faiblesses majeures du roman est la présence à au moins deux endroits du récit de bavardages aussi interminables qu’inintéressant, et que la durée imposée par le format du téléfilm a au moins le mérite de nous les épargner. Les un(e)s et les autres ne manqueront pas d’estimer que Kevin Dillon, dans le rôle principal, n’est pas tout à fait à la hauteur de Daniel Day-Lewis ; en ce qui me concerne cela m’est égal, étant donné que ni l’un ni l’autre ne me satisfait. Car dans les deux cas, ce Nathaniel Bumppo qu’on verrait plutôt en train de faire des solos de guitare dans un groupe de heavy-metal correspond davantage à mes goûts musicaux qu’à ceux que j’ai pour les romans d’aventures ; et s’il est certain que j’aime autant Manowar que Cooper (pas Alice, mais Fenimore !), je ne conçois pas pour autant qu’on puisse les mélanger… Toujours concernant Bumppo/Pathfinder, le fait d’avoir transformé une fois de plus sa relation fraternelle avec Chingachgook en relation filiale a pour effet de rajeunir significativement le personnage par rapport au roman originel, et cela ne va pas sans quelques effets collatéraux sur la composante sentimentale de l’intrigue. Pour rappel, Le lac Ontario est la seule des Histoires de Bas-de-Cuir dans lequel le héros coureur des bois se laisse aller à tomber amoureux, alors que – comme chacun le sait – c’est quand même plus marrant d’aller scalper des Mingos avec Chingachgook que de conter fleurette comme un vulgaire avachi. Or si Donald Shebib respecte scrupuleusement le roman en faisant en sorte que cette bluette se termine en queue de poisson, cette issue surprenante devient en revanche moins crédible avec un Pathfinder si jeune et fringant ; car chez Cooper, la différence d’âge entre l’éclaireur d’âge mûr et la jeune femme expliquait pour une large part l’échec de cette histoire sentimentale. Une autre réserve concerne l’identité du traître, trop vite révélée dans le téléfilm, là où l’écrivain ménageait davantage de suspense ; et afin qu’on soit sûr de l’avoir bien identifié, le scénario se croit obligé de flanquer à ce traître une infirmité, tombant ainsi dans ce topos paresseux de la série B qui consiste à associer laideur morale et physique. Par ailleurs, si comme signalé plus haut, il n’y a pas à regretter la disparition de certains dialogues lourdingues du roman, il aurait cependant été opportun de conserver les échanges entre Mabel et Rosée-de-Juin lorsqu’elles se retrouvent seules dans le fortin, lesquels permettaient chez Cooper de mettre en lumière chez l’Indienne un intéressant conflit de loyauté ; il s’agit là du plus beau passage de ce livre par ailleurs très inégal. Enfin, le choix narratif du téléfilm consistant à enchâsser toute l’histoire dans un récit-cadre ne me paraît pas en revanche une mauvaise idée ; d’une part la scène finale relie assez habilement les deux niveaux de scénario, mais plus encore le thème de la veillée des deux enfants qui réclament une histoire pour s’endormir renvoie de manière juste au grand attrait qu’exerçaient les Histoires de Bas-de-Cuir sur le jeune lectorat d’antan : voir pour cela le savoureux témoignage d’Edmond de Goncourt à propos du Dernier des Mohicans, et que j’avais cité lors du premier cycle Cooper.

Et donc, même si ce téléfilm marque quelques bons points, le bilan est malgré tout un peu maigre ; faire de la télévision, c’est tout autre chose que faire du cinéma appauvri… A ce titre, la bande-son est très symptomatique de ce fourvoiement, avec cette musique « Bontempi » dont la sonorité bon marché tranche singulièrement avec les majestueuses nappes musicales qui enveloppaient The last of the Mohicans de Mann, ce film de prestige sur lequel les concepteurs de The pathfinder tentent illusoirement de s’appuyer. Ce constat est d’autant plus regrettable que Donald Shebib, bien que mal connu chez nous, n’est absolument pas l’obscur tâcheron que l’on pourrait soupçonner de prime abord ; il fut même dans les années 70 le réalisateur-culte du cinéma canadien avec des films comme Goin’ down the road et Between friends, des œuvres fort appréciées et qui eurent une influence certaine sur la production nationale. Par la suite, l’incapacité de Shebib à s’adapter aux contraintes de financement ainsi que plusieurs échecs successifs lui firent progressivement abandonner le cinéma pour la télévision au cours des années 80. La personnalité artistique de ce metteur en scène a cependant quelque chose d’attachant : au-delà de ses réalisations, Donald Shebib s’efforçait d’avoir une approche théorique de son métier et, plus encore, une approche cinéphilique. Or sur ce dernier point, le traditionalisme farouche qui semble avoir dicté ses goûts ne peut que susciter la sympathie de ceux qui, à l’instar du modeste auteur des lignes que vous êtes en train de lire, n’ont d’yeux que pour les vieilles bobines naphtalinées d’il y a près d’un siècle. Fervent admirateur de Ford, Hawks ou Wellman, Shebib ne jura dans un premier temps que sur le cinéma pré-code avant de consentir à élargir ses goûts jusqu’aux années 50 ; mais jamais au-delà… Ce classicisme rigoriste fit écrire à Geoff Pevere que ce metteur en scène assez atypique était « un outsider à la dérive dans un mouvement culturel moderniste ». Un autre critique a noté la grande place qu’occupait la camaraderie masculine dans les œuvres de ce réalisateur, au point de délaisser quelque peu l’autre moitié de l’humanité ; or le choix d’avoir adapté Cooper ne peut que corroborer cette appréciation : l’écrivain est connu lui aussi pour porter dans ses romans une attention particulière à la franche amitié virile, et cela au détriment de personnages féminins toujours plus faiblement décrits. Après The pathfinder, Donald Shebib semble avoir perdu toute ambition artistique et s’est contenté de tourner jusqu’au début des années 2000 quelques épisodes épars de séries canadiennes ; il tenta cependant en 2011 un retour au cinéma de ses débuts, malheureusement sans grand succès.

En bonus, vous trouverez le n°22 des Classic comics, publié par Gilberton en 1944, qui propose une adaptation en bande dessinée de The pathfinder. Comme toutes les productions de cette célèbre série, il s’agit d’une illustration de bonne qualité qui respecte plutôt bien l’œuvre littéraire, ce qui est la moindre des choses étant donné que le but était d’inciter la jeunesse à lire les grands classiques de la littérature anglo-saxonne. Concernant le téléfilm de Donald Shebib, la copie que je vous propose est de type DVDrip de qualité tout à fait correcte, et dont j’ai effectué le sous-titrage à l’oreille en prenant parfois appui sur la version française. A propos de cette VF, tous ceux d’entre vous qui portent encore des culottes courtes pourront trouver un lien y renvoyant, en commentaire de cet envoi, peu après sa publication.


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