SPÉCIAL SÉRIE POLICIÈRE AMÉRICAINE

3 EPISODES

 (VOSTFR)

Je vous parlais il y a quelques semaines de la télévision britannique, voici donc un envoi consacré à la télévision américaine, vue sous l’angle de la série policière. Comme en Grande-Bretagne, la télévision est apparue aux Etats-Unis à la veille de la Seconde guerre mondiale et n’a commencé à ne se développer qu’à l’issue du conflit ; et là encore, elle se montra tributaire de la radio, dont elle ne fut au début qu’une version améliorée, avant de définir progressivement ses propres modes de création et de fonctionnement. Et là encore, ce sont les années 50 qui furent décisives. Qu’on en juge : en 1950, les Etats-Unis comptaient 5 millions de postes de télévision, soit un pour 30 habitants ; en 1960, ce nombre est multiplié par 10, avec cette fois-ci presque 90 % des foyers américains qui en seront équipés. Il y a alors quatre réseaux de télévision : NBC, ABC, CBS et DuMont, mais le dernier d’entre eux ne survécut que jusqu’au milieu de la décennie ; chaque réseau possédait un certain nombre de stations émettrices, lesquelles pouvaient proposer des programmes locaux en plus de ceux fournis par le réseau, et il existait également des stations indépendantes. Un élément est important pour comprendre les modes de création et de diffusion des programmes (séries, divertissements, etc) : il existait principalement deux modalités de syndication, par lesquelles étaient distribuées les productions télévisuelles. La première était la syndication par réseau : le programme était produit pour être diffusé une première fois en exclusivité sur l’un des réseaux, puis il était ensuite « loué » (c’est la syndication) à d’autres réseaux ou des stations indépendantes en vue de rediffusions ; il changeait parfois de nom à cette occasion. La seconde est la syndication de première diffusion : le programme est produit, préenregistré puis vendu directement en syndication à des réseaux ou des stations indépendantes ; la compagnie de production est alors indépendante des diffuseurs, et celle fondée par Frederick Ziv en 1948 (Ziv Television Program) a dominé ce marché durant les années 1950. Evidemment, le système de syndication – qui existait déjà pour la radio, comme on l’imagine – est très dépendant des techniques d’enregistrement des programmes de télévision : nous avions vu dans l’envoi consacré à The Quatermass experiment que ce problème avait été crucial pour la conception et la survie des émissions de la télévision britannique. Or durant tous les débuts du petit écran, le seul mode d’enregistrement d’une émission était le kinéscope, qui consistait à filmer en 35 mm un moniteur vidéo ; rappelons que c’est la notion de direct qui prévaut pour la télévision, et qu’à l’époque un programme de fiction est envisagé comme une représentation théâtrale. Cependant, le kinéscope donnait souvent des résultats insatisfaisants, comme nous l’avions vu au sujet de The Quatermass experiment ; or aux Etats-Unis, le problème était crucial car il fallait pouvoir garantir des rediffusions permettant de palier les différences de fuseaux horaires entre les côtes Est et Ouest. Pour la première grande série populaire américaine que fut I love Lucy, on inventa donc un nouveau système consistant à filmer l’émission directement sur 35 mm à l’aide du système dit « des trois caméras ». C’est toutefois la mise en œuvre des premières bandes vidéos, sur support magnétique, qui changea la donne au milieu de la décennie, car le kinéscope avait un gros défaut : il fallait développer le film, or le décalage horaire de quelques heures à peine ne laissait que peu de temps pour réaliser cette opération délicate, qui rendait de plus le procédé très onéreux. Aussi lorsque la firme Ampex commercialise en 1956 une bande vidéo quadruplex relativement fiable et bon marché, c’est une vraie révolution dans le monde de la production télévisuelle, surtout pour les séries diffusées en syndication ; la norme de la fiction jouée en direct, issue de la radiophonie, ayant de toute façon déjà commencé à péricliter, pouvait ainsi être définitivement supplantée par celle du programme préenregistré. Tous les genres de la série télévisée allaient pouvoir désormais se déployer sans retenue, et je vous propose ici de nous intéresser plus particulièrement à la série policière américaine, dont l’acte fondateur eut lieu le 14 décembre 1951.

Certes, il y avait eu Martin Kane, private eye, diffusée par NBC à partir du 1er septembre 1949, qui avait déjà eu un certain succès ; on ne cependant pas dire que cette toute première série policière télévisée ait présenté quelque chose de neuf au public : durant toute la décennie des années 40, le film noir avait déversé sur les écrans de cinéma des détectives privés en imperméable dont on ne savait plus que faire, et celui-ci était d’autant plus ringard qu’il fumait la pipe histoire de mettre en valeur la marque de tabac qui sponsorisait le programme… Non, c’était vraiment mal parti ; heureusement il y eut Jack Webb, qui avait déjà commencé à se faire un nom à la radio, pour décider que la plaisanterie avait assez duré. Pourtant, lui aussi pataugeait encore dans le marigot des imitations de Chandler avec Pat Novak, for hire et autres émissions du genre ; mais en 1948, alors qu’il tenait un petit rôle de légiste au cinéma dans He walked by night, il lui était venue une idée du tonnerre. Ce film noir d’Alfred Werker et Anthony Mann est connu pour appartenir à la veine dite « semi-documentaire » ; de ce fait, Marty Wynn, un sergent-détective de la police de Los Angeles, participait au tournage comme conseiller technique. Webb et Wynn font alors connaissance sur le plateau, discutent, se lient d’amitié et le premier se dit que le réalisme documentaire, avec ses procédures et son jargon technique, pourrait être une nouvelle source d’inspiration pour les séries policières radiophoniques ; plus encore, Jack Webb est frappé par le fait que la matière du scénario He walked by night n’est ni plus ni moins que le récit d’une affaire réelle survenue deux ans auparavant. Le film s’ouvrait d’ailleurs sur la mention que l’histoire était vraie, que « seuls les noms ont été modifiés, afin de protéger les innocents », comme le disait la voix-off, enchaînant sur « Voici la ville : Los Angeles, Californie » : ces deux phrases-fétiches seront plus tard reprises par Webb en ouverture de chaque épisode de sa série télévisée. Pour le moment, Webb continue de fréquenter Wynn, qui lui présente William H. Parker, un personnage controversé qui deviendra l’année suivante le chef de la police de Los Angeles. L’acteur et producteur de fictions radiophonique leur soumet son idée : créer une série policière d’un nouveau genre, basée sur des faits divers véridiques, sans fioritures mélodramatiques et réaliste jusque dans ses détails, grâce à une coopération technique étroite avec l’institution policière de l’Etat. Ce sera donc Dragnet, qui finit par voir le jour malgré les premières réticences de Horrall, alors chef du LAPD, et aussi celles de NBC, qui trouve que le marché est déjà saturé. Il s’agit donc pour l’instant d’une émission de radio, lancée le 3 juin 1949, et le ton y est radicalement différent de celui du film noir des années 40, avec son pessimisme existentiel et ses policiers corrompus : Jack Webb lui, il aime la police, il croit en elle, il l’admire et il entend la célébrer sans aucune nuance. Qu’on se le dise ! Dragnet sera résolument pro-flic, c’est sa raison d’être, et avec Webb le policier sera donc courageux, honnête, dévoué et chevaleresque, oui ! Mais… pourquoi vous toussez ? Peut-être parce que durant ses 39 années, le long mandat de William H. Parker à la tête du LAPD resta surtout dans les mémoires pour la brutalité de ses agents et le racisme sans ambigüité qu’y entretenait ce chef sulfureux ; mais bon, cela, Jack Webb n’en a cure et prendra toujours soin de jeter un voile pudique sur tous ces aspects moins reluisants de l’institution. Le but de Webb est très clair, il veut faire du policier un nouveau héros de la classe ouvrière, et quoiqu’on en pense, force est de reconnaître qu’il y déploie un panache certain. Narration efficace, dialogues secs et concis, vérisme pointilleux : c’est un succès, et pas seulement chez les flics ; beaucoup de monde écoute Dragnet, et l’émission de radio durera d’ailleurs jusqu’en 1957. Mais Jack Webb ne va pas se contenter de cela, car comme je l’expliquais en introduction, le nouveau média domestique qui succède à la radio est alors en pleine expansion ; voilà donc notre zélateur des flics qui fonde sa propre société de production télévisuelle, Mark VII, et soumet au département télévisuel de NBC son projet d’une version de la série destinée au petit écran. Le réseau obtiendra donc la primeur de diffusion pour Dragnet, la série étant destinée à être par la suite diffusée par syndication sous le nom de Badge 714. Le premier épisode apparaît sur les téléviseurs le soir du 14 décembre 1951, et longtemps la série policière à l’américaine portera la marque indélébile de cet événement.


S1E01 The human bomb 

(première diffusion le 14/12/1951)



C’est donc cet épisode d’ouverture que je vous propose ici, intitulé The human bomb. Cette première série télévisée Dragnet s’inscrit dans le prolongement direct de l’émission de radio, dont elle n’était au début qu’une sorte de doublage filmé ; par la suite, des scénarios originaux furent écrits spécifiquement pour le petit écran. Ainsi cet épisode pilote de la série est-il la reprise de l’émission de radio du 21 juillet 1949 intitulée Attempted City Hall bombing, dont il présente ce qu’on pourrait qualifier de version visuelle. Producteur et réalisateur de toute cette série originelle, Jack Webb en est aussi l’interprète principal en reprenant le rôle du sergent Joe Friday qu’il tenait à la radio, malgré les réticences qu’il avait pour cela, car il semble qu’il ait plutôt souhaité au départ que Lloyd Nolan soit l’incarnation de Friday pour le petit écran. Dans l’épisode pilote The human bomb et dans celui-ci uniquement, on retrouve Raymond Burr dans le rôle de l’inspecteur en chef qu’il incarnait déjà dans l’émission radiophonique ; il y est très convaincant, et la surprise est d’autant plus bonne qu’il s’agit pour cet acteur d’un contre-emploi assez radical, lui qui jouait habituellement les tueurs sinistres dans les films noirs de l’époque. Soit dit en passant, le voir ici porter des lunettes lui donne un air de « Commandant Sylvestre » assez cocasse, mais blague à part, je trouve que Raymond Burr trouve là son meilleur rôle, ciné et télé confondus. Curieusement, The human bomb n’est pas tout à fait représentatif de ce que fut la série dans son ensemble, au sein de laquelle plusieurs détails singularisent ce pilote ; il s’agit néanmoins d’un épisode particulièrement percutant, et c’est peut-être ce qui a motivé Webb dans son choix, en ouvrant de cette manière Dragnet par un exercice de suspense parfaitement réglé. La caractéristique la plus notable de celui-ci est un déroulement de l’intrigue en temps réel, à l’image de ce qui s’était fait dans quelques œuvres cinématographiques notables sorties les années précédentes : The set-upThe ropeHigh noon, etc. Il s’agit donc d’une course contre la montre de 26 minutes, durée exacte de l’épisode, ponctuée par les inévitables plans sur l’horloge et son tic-tac ; à l’unité de temps se joint à peu de choses près une unité de lieu, l’action prenant place alternativement dans deux pièces contigües. D’un point de vue dramaturgique, le procédé est d’une efficacité redoutable et se montre en mesure d’accrocher même le téléspectateur le plus réticent ; à cela près que le scénario se retrouve contraint par moments de prendre quelques libertés avec la vraisemblance, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes pour lancer une série dont le but revendiqué est le réalisme le plus strict. Mais peu importe, car l’excellence de la mise en scène et des acteurs suscite immédiatement l’adhésion, et le réalisme réside essentiellement dans l’absence de fioritures, la sécheresse du trait, l’écriture de dialogues crédibles et le travail des acteurs : à propos de ces derniers, on notera leur jeu très retenu et la diction particulière qu’ils adoptent, volontairement rapide et saccadée, à l’inverse des standards habituels du théâtre ou du cinéma ; tout cela donne un ton très particulier à l’ensemble, et constitue un des aspects les plus novateurs et singuliers de cette série. Une autre de ces innovations est l’insertion au montage de gros plans très serrés sur le visage des acteurs, ce qui n’avait rien alors d’exceptionnel au cinéma mais était jusque-là inédit sur le petit écran ; j’avais d’ailleurs fait la même réflexion il y a quelques semaines à propos de The Quatermass experiment pour la télévision britannique. Bref, il y eut un avant et un après Dragnet, dont la première mouture a constitué un jalon essentiel non seulement pour la série policière américaine, mais même plus généralement pour la fiction télévisée de l’autre côté de l’Atlantique : il est important de voir que ce genre d’œuvre mettait pleinement en valeur le nouveau média qu’était la télévision, en présentant un contenu adapté qui ne soit ni du théâtre augmenté, ni du cinéma réduit à l’échelle domestique ; la preuve en est que l’adaptation pour le grand écran de Dragnet, tournée par Webb en 1954 pour la Warner n’est qu’un film laid, bavard et ennuyeux, alors que la série télévisée – dont on venait tout juste de diffuser le centième épisode – est une éclatante réussite. Sa diffusion se poursuivra jusqu’en 1959, avec un total de 276 épisodes ; la seconde série de la franchise, produite de 1967 à 1970 (toujours sur NBC), s’avèrera quant à elle moins convaincante, notamment en raison du fait qu’elle perd une bonne part de sa saveur semi-documentaire.

 

S1E27 Motorcycle A 

(première diffusion le 02/04/1956)

Produite entre 1955 et 1959, Highway patrol est sans doute la seconde série policière des années 50 la plus populaire aux Etats-Unis après Dragnet, et peut-être même le fut-elle encore davantage. Elle subit de toute évidence l’influence déterminante du travail de Jack Webb, notamment par sa glorification des forces de l’ordre et son utilisation documentée de leur jargon technique spécifique ; mais par d’autres aspects, Highway patrol prend soin toutefois de se démarquer un peu de Dragnet. En premier lieu, il s’agit cette fois-ci non pas d’une série dont la syndication découle d’une exploitation initiale par un réseau, mais d’une production destinée à la syndication de première diffusion (voir le paragraphe d’introduction) ; Highway patrol fut ainsi un des produits-phares de la société de Frédéric Ziv, lequel fut en quelque sorte le père de ce type de commercialisation télévisuelle : il avait débuté dès la fin des années 40, notamment avec The Cisco kid. Ziv travaillait donc en totale indépendance vis-à-vis des réseaux, et avait même pu acquérir ses propres studios ; les choses se gâtèrent par la suite, lorsqu’en 1956 les trois grand réseaux (ABC, CBS et NBC) passèrent une sorte d’accord de co-syndication, qui signa l’arrêt de mort programmé des méthodes de production de Ziv. Mais nous ne sommes encore qu’en 1955, et la société est au mieux de sa forme ; une des conséquences de la syndication de première diffusion est que lorsque Highway patrol s’arrêta en 1959, cela passa inaperçu malgré la grande popularité de la série, car elle n’était pas affiliée à un créneau horaire particulier sur un réseau donné ; bref, cela ne créa pas de trou notable dans la programmation. L’agence de police américaine qui est mise à l’honneur ici est la CHP (California Highay Patrol), une brigade de sécurité routière aux missions étendues, et dont deux conseillers techniques veillaient sur le tournage au réalisme des procédures : voilà pour le côté Dragnet ; la grande différence avec la série de Jack Webb concerne le cadre, qui n’est donc plus du tout celui de la « big city » tentaculaire, mais celui des bourgades faussement paisibles en bordure des grands axes routiers. Cela nous vaut donc une bonne partie du tournage effectuée in situ en extérieur (ce qui était encore assez rare pour la télévision), généralement dans les zones encore rurales autour de Los Angeles, parfois dans d’autres endroits de Californie ; mais la conséquence la plus notable de ce changement de décor est l’introduction, bien avant Bullitt, d’un accessoire dont la place n’allait cesser de grandir dans la fiction policière sur grand ou petit écran : la grosse bagnole de flics. Certes, elle garde encore ici une place raisonnable ; il n’empêche que le phénomène est bel et bien enclenché : c’est dans Highway patrol qu’on commence à faire crisser les pneus dans les virages serrés, toutes sirènes hurlantes, et souvent aussi la jante qui en profite pour se faire la malle – mais on va quand même pas refaire une prise pour ça. Et puis, le plan récurrent de Broderick Crawford appuyé sur la portière, le Stetson vissé sur la tête, tenant en main le micro de sa radio dans lequel il répète les codes de son jargon policier, voilà qui deviendra une image d’Epinal symbolisant à elle seule l’univers très particulier de la série policière motorisée. Et par un notable retour d’influence, Jack Webb finira d’ailleurs lui aussi par se mettre aux sirènes et aux pots d’échappement en produisant à la fin des années 60 la série Adam-12. Mais bon, pour l’instant, c’est bel et bien Dragnet qui impose sa loi aux autres : ainsi le générique de Highway patrol s’ouvre-t-il immanquablement sur la mention que tout cela est authentique, mais oui mais oui, puis Art Gilmore qui prête sa célèbre voix pour en remettre une couche en off. Eh bien ma foi c’est tout à fait plaisant, plutôt de bonne tenue, et même si ça ne vaut pas Dragnet au moins on y prend un peu l’air de la campagne. L’épisode que je vous propose nous narre une histoire de bikers dont je ne vous dévoilerai rien, si ce n’est que l’on sent bien l’empreinte durable laissée en 1953 par le fameux film The wild ones ; ainsi lorsqu’on nous apprend que le patelin a été dévasté l’année précédente par une bande de lascars en grosses cylindrées, nous autres cinéphiles on se dit que c’est certainement la bande à Lee Marvin qui a encore fait des siennes. Et à la place de Marlon Brando, vous aurez droit cette fois-ci à Clint Eastwood à ses débuts, bien qu’il s’agisse là d’une information à peu près aussi intéressante que si je vous avais dit que ma tante Josette est venue dîner l’autre jour avec nous pour Noël.


 

S1E04 Closeup on violence 

(première diffusion le 31/10/1958)

Vous voilà donc convaincus maintenant que sans Dragnet, la série policière aurait sans doute continué à errer une décennie de plus dans les mornes sentiers battus des privés en imper qui battent le pavé mouillé en rotant leur whisky. Et pourtant… Voici donc pour finir un parfait contre-exemple, qui nous montre que même à la toute fin des années 50, il y en a qui croient encore pouvoir attirer le chaland avec ce genre camelote hammetto-chandlerienne ; et devinez quoi ? ça n’a pas marché ! Car s’il y a encore quelques personnes sur cette planète pour se souvenir que Man with a camera a un jour existé, c’est uniquement parce que Charles Bronson y tenait le rôle-titre ; cette série n’ayant plus jamais été rediffusée depuis… Non qu’elle soit franchement mauvaise, d’ailleurs, en tout cas pas plus qu’une autre du même genre ; mais après avoir vu un épisode de Dragnet et un de Highway patrol, pensez-vous avoir le courage de vous replonger dans les sombres ruelles de la série noire à la papa ? Non, bien évidemment, et je vous comprends ; je vous livre néanmoins ce second bonus pour vous prouver que la nostalgie pour la décennie précédente pouvait, à l’occasion, continuer malgré tout à fonctionner. Ceci dit, quand je parle de privé en imper, j’exagère un peu ; Man with a camera cherche quand même à se la jouer un peu plus finement, en mettant en scène un reporter-photographe pour mener l’enquête dans les milieux interlopes. Evidemment, il a un pote chez les flics pour l’aider de temps à autres, et il reçoit aussi quelques conseils de son vieux papa photographe lui aussi (et visiblement d’origine polonaise, comme Big Charles lui-même, tiens tiens…), mais qui en est resté à tirer sagement des portraits pour les magazines. Fidèle à l’esprit du film noir, Man with a camera orne chacune de ses intrigues policières d’une composante mélodramatique, en général une jolie fille en détresse que Mike Kovac (le nom du héros) va venir vite secourir, le tout baigné dans un style de clair-obscur fidèle à la tradition des années 40 ; bref, tout à fait le genre de fioritures gnan-gnan dont on avait fort bien appris à se passer depuis Dragnet. Or ceci expliquant cela, après 29 épisodes et 16 mois de diffusion, la chaîne ABC décida de ne pas remettre le couvert ; quant à Charles Bronson, on le verra faire moins de manières dans la suite de sa carrière, c’est le moins qu’on puisse dire. Le gimmick de la série, c’est donc l’appareil photo, avec tout le jargon afférant ainsi que tous les gadgets adéquats qui vont apparaître au fur et à mesure des épisodes ; les collectionneurs de vieilleries semblent beaucoup se plaire à en reconnaître les modèles précis. Ouais, bon, moi ça me dépasse tout ça, j’préfère les grosses bagnoles de Highway patrol qui font des dérapages… A noter que l’idée n’était pas tout à fait neuve, puisqu’une série – pulp, puis radiophonique, puis télévisée – intitulée Casey, crime photographer avait déjà amplement creusé ce filon du photographe qui mène l’enquête. L’épisode de Man with a camera que je vous propose ici appartient aux débuts de la série, qui tentait alors de prendre ses marques : entre jeunesse délinquante, taudis du Lower East Side, et vieux gangster plus tout à fait dans le coup, vous trouverez dans Closeup on violence tout votre lot de clichés propres à vous contenter au cas où vous seriez resté un inconditionnel de la série noire dans sa forme la plus canonique. Un détail particulièrement cocasse : le film s’ouvre avec une bande de jeunes voyous qui font irruption chez Charles Bronson et se mettent à le chahuter… Heureusement qu’ils n’ont pas fait ça 15 ou 20 ans plus tard, parce que ce genre de blague, avec Charles, ça peut très mal finir. Et là ? Eh bien là rien, notre Charles favori reste stoïque, à se faire bêtement malmener par ces drogués de rien du tout ; à peine s’il ose protester d’une voix timide… au lieu de tous les allumer au lance-flammes ! Vous voyez, quand je vous disais que Man with a camera, c’est quand même un peu à côté de la plaque…

Lien regroupant les 3 épisodes

https://1fichier.com/?tn6w8tcgg0c0cm0allmo

Pour finir, conformément aux bonnes habitudes, un mot sur les fichiers que je vous propose. La qualité d’image n’est pas terrible, surtout à cause de la résolution insuffisante ; il semble pourtant que Highway patrol et Man with a camera aient bénéficié d’éditions DVD aux Etats-Unis, mais je n’ai pas réussi à en trouver un rip, alors je me suis débrouillé avec ce que j’ai pu, en choisissant non pas les meilleures versions, mais les moins pourries. Comble du malheur, c’est l’épisode de Dragnet, la seule vraie perle de ce post, qui se trouve le moins bien loti ; mais sur un petit téléviseur, je crois que ça reste malgré tout regardable. Concernant le sous-titrage en français, je crois que concernant le pilote de Dragnet je vous propose là quelque chose d’inédit ; pour les deux autres, des sous-titrages foireux étaient parus il y a un certain temps sur un forum, et je pense avoir nettement amélioré les choses en vous proposant ceux de mon cru. Je crois d’ailleurs que j’avais mis celui de l’épisode de Highway patrol il y a un an ou deux sur opensubtitles, mais j’y ai apporté un certain nombre de retouches pour la version que je vous propose ici. En l’absence de sous-titres anglais, j’ai dû faire tout ça à l’oreille, avec l’aide indispensable de quelques outils numériques dernier cri ; vous pouvez considérer que le résultat est fiable en terme de fidélité, et avec très peu de « ??? » (ben oui, quand on ne sait pas, mieux vaut mettre ça que n’importe quoi). 

Bon visionnage, et bonne année 2025 à tous.



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