Réalisation : Jean Dréville
Casting : Hellmut Lange, Pierre Massimi, Alexandru David
Durée : 77 min
Année : 1969
Pays : Roumanie, France, Allemagne, Autriche
Genre : Aventure, Western
LE DERNIER DES MOHICANS (VF)
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La grande popularité rencontrée par Le dernier des Mohicans depuis sa première publication en 1826 a fait que le roman de James Fenimore Cooper a été l’objet d’adaptations par le biais de divers médias artistiques : j’ai évoqué dans les posts précédents la peinture, l’illustration, et bien entendu le cinéma ; mais il y eut aussi la bande dessinée, la télévision, la radio, la musique et même l’opéra pour faire connaître les aventures de Nathaniel Bumppo et Chingachgook, et donner à la jeunesse (ou aux autres…) le goût de la lecture. C’est à la télévision que nous allons nous intéresser ce mercredi, les adaptations des Histoires de Bas-de-Cuir y ayant débuté dès les années 50. Si, en comparaison du cinéma, les moyens limités du petit écran peuvent apparaître comme un frein à la mise en image d’épisodes spectaculaires du roman comme l’attaque du fort William Henry, le média télévisuel procure en revanche l’énorme avantage de ne pas être contraint par la durée du programme : il lui suffit pour cela de se décliner en feuilleton. Ceux qui sont friands de ces vieilles séries télé de l’âge de l’ORTF en France le savent bien, et cela explique qu’ils y trouvent des adaptations de presque tout le grand patrimoine littéraire : elles rendaient possible la fidélité aux œuvres écrites dans tout leur foisonnement. Dans le cas de Cooper, la problématique est double, selon que le but du feuilleton soit d’adapter les 500 pages du Dernier des Mohicans – nous verrons cela ultérieurement, avec le programme produit par la BBC en 1971 – ou bien carrément d’adapter les 3000 pages des Histoires de Bas-de-Cuir, auquel cas le célèbre roman de 1826 ne constitue qu’un épisode parmi quatre autres, et son traitement subit alors les mêmes contraintes de durées qu’au cinéma : c’est le cas qui nous va nous occuper dans la première partie. Enfin, le format de série proprement dite (à distinguer du feuilleton, qui présente une continuité narrative) peut être l’occasion de proposer de nouveaux scénarios se présentant comme des déclinaisons faites à partir des personnages du roman et de leur environnement géographique et historique : c’est ce que nous verrons dans le bonus de ce post. Notons enfin qu’avant même l’avènement de la télévision, le format long avait déjà été déployé au cinéma pour adapter Cooper par le biais des serials, et cela au moins à deux reprises : 1924 et 1932.
Œuvre du directeur de production allemand Walter Ulbrich, La légende de Bas-de-Cuir (titre de la VF) est une série télévisée germano-franco-roumaine diffusée dans la période de Noël 1969, dont je vous avais déjà proposé la première partie le mois dernier dans un des posts consacrés aux adaptations du Tueur de daims ; pour une présentation générale de ce programme, je vous renvoie donc à ce que j’avais écrit dans le post du mercredi 11 septembre. Comme informations complémentaires, j’ajouterais que cette série a fait partie d’un vaste projet lancé par Ulbrich au début des années 60, consistant à adapter pour la télévision de grands classiques de la littérature d’aventure ; cette ambition était permise financièrement grâce à un système de coproduction avec la France, et des tournages en extérieurs qui s’effectuaient le plus souvent dans les pays de l’Est. Ainsi de 1964 à 1983, seize grands romans furent adaptés sous forme de mini-séries en 4 parties, et diffusées durant les fêtes de fin d’année en France, en Allemagne et au Canada ; les plus âgés d’entre nous en ont vu au moins une durant leurs jeunes années, mais si, rappelez-vous bien… Ces programmes rencontrèrent alors un franc succès auprès du public. Quant à Walter Ulbrich, son implication dans les projets allait bien au-delà du simple financement, le producteur s’impliquant dans l’écriture et la réalisation des projets ; cela assure une unité de ton à tous ces feuilletons, dans lesquelles on retrouve une patte commune : musique, utilisation de la voix-off, etc.
Ce deuxième volet de La légende de Bas-de-Cuir, qui correspond donc à une adaptation du Dernier des Mohicans, est bien entendu dans la continuité formelle du précédent. Le récit de Cooper y subit néanmoins d’importantes modifications, dont la plus singulière est la disparition pure et simple de l’ennemi français ; on imagine aisément quel genre de considérations a pu présider à ce choix : il s’agissait vraisemblablement de ménager les susceptibilités cocardières du co-financeur situé à l’ouest du Rhin… Il n’est donc plus question de la guerre de Sept Ans, qu’un vague contentieux entre Indiens et Européens au sujet de vente d’armes vient remplacer afin de créer les dissensions nécessaires au développement de l’intrigue. Une curieuse conséquence de cet aménagement opportun est l’union de toutes les tribus indiennes, notamment des Hurons et des Delawares, que toutes les autres adaptations font au contraire s’opposer dans leurs alliances respectives avec les Français ou les Britanniques ; on notera d’ailleurs à ce propos que dans le roman de Cooper, tout cela est beaucoup plus compliqué encore, avec un positionnement ambigu des tribus de Delawares vis-à-vis des deux belligérants. Et donc cette fois-ci, tout le monde est d’accord, c’est l’union sacrée ! Cette simplification et la disparition du contexte historique est tout de même un rude coup porté à l’intrigue imaginée par Cooper ; mais le scénario se rattrape d’une façon tout aussi inattendue, en faisant le choix de mettre en image certaines ellipses du récit de 1826. Le film s’ouvre ainsi sur une séquence qui résout un des grands mystères laissés en suspens par Cooper : mais qu’est donc devenue Wa-ta-Wah, la mère d’Uncas, que Chingachgook était parti délivrer des Mingos dans Le tueur de daims ? La chronologie chaotique de l’écriture des Histoires de Bas-de-Cuir explique le fait que Cooper ait omis d’en informer le lecteur ; et l’idée de combler ici ce vide, afin de donner davantage de continuité à la série, s’avère excellente. Dans le même ordre d’idée, les motivations vengeresses de Magua dans Le dernier des Mohicans, dont découlent finalement toutes les péripéties, ne sont généralement évoquées dans les adaptations du roman qu’au détour d’un dialogue, et souvent même de manière assez floue. Walter Ulbrich les rend cette fois-ci beaucoup plus explicites, en leur consacrant plusieurs scènes dans la première partie du téléfilm : là encore, cette idée de scénario me paraît très pertinente. Pour le reste, comme pour le premier épisode, ce second volet de La légende de Bas-de-Cuir se situe sur une étrange ligne de crête : son extrême dépouillement, dû aux moyens très limités de la production, lui confère une apparence quasi-abstraite d’où se dégage une ambiance étrange qui parvient à sublimer cette indigence. L’austérité des paysages roumains à l’opposé de la luxuriance de la nature décrite par Cooper, le charme désuet de la narration en voix-off, la bizarrerie de certains costumes faits de bric et de broc, le jeu minimaliste des acteurs, la mise en scène dépouillée et théâtrale, tous ces éléments contribuent à créer dans cette série une ambiance très particulière que le décalage par rapport à la flamboyance de l’œuvre romanesque aurait pu faire sombrer dans le ridicule, mais qui parvient au contraire, par une magie surprenante magie, par susciter non seulement l’adhésion du spectateur, mais même un sincère enthousiasme de sa part. Un autre élément typique de ce genre d’exercice télévisuel à l’ancienne mode est l’excellence du thème musical, venant souligner les temps forts du récit et qui contribue pleinement à cet engouement mystérieux.
J’avais évoqué en introduction trois modalités possibles d’adaptation du Dernier des Mohicans pour le petit écran, et la seconde partie de ce post appartient à la dernière d’entre elles. Si l’œuvre de James Fenimore Cooper trouva un regain d’intérêt auprès du jeune public à la fin des années 50, ce fut grâce à une série télévisée produite au Canada intitulée Hawkeye and the last of the Mohicans, en référence aux deux protagonistes récurrents interprétés respectivement par John Hart et Lon Chaney Jr. Le premier a eu un certain nombre de petits rôles dans des westerns, avant de se faire un peu plus connaître à la télévision, notamment grâce à la saison 3 de The lone ranger en 1953 ; le second est bien connu des amateurs de fantastique, mais a joué également les seconds couteaux durant les années 40 et 50 dans divers westerns de plus ou moins d’importance. Concernant la série qui nous occupe ici, le tournage au Canada (en Ontario) de la fin de l’été à l’automne 1956 fut certainement dû à des considérations budgétaires ; il s’avère cependant être un atout qui permet à l’ensemble d’acquérir une certaine authenticité géographique par rapport à l’œuvre de Cooper. Parmi les producteurs et réalisateurs de cette série, on retrouve quelques noms autrefois affiliés à la PRC, un des studios hollywoodiens les plus fauchés de la Poverty Row : les producteurs Leon Fromkress et Sigmund Neufeld, ainsi que le réalisateur Samuel Neufeld, frère du second et plus connu sous le nom de Sam Newfield, le fameux stakhanoviste de la série Z. Il convient cependant de distinguer du reste de la série – qui s’est déclinée en 39 épisodes de 25 minutes – l’épisode pilote que je vous propose aujourd’hui : les frères Neufeld n’y sont pas encore associés, et c’est un metteur en scène bénéficiant d’un peu plus de renom, Sidney Salkow, qui le réalise. A noter que Salkow avait déjà tourné 5 ans auparavant une adaptation de Cooper, à l’époque pour Sam Katzman, et dans laquelle John Hart avait d’ailleurs un petit rôle : nous reparlerons de cela très bientôt. Ce pilote de Hawkeye and the last of the Mohicans bénéficie donc d’un peu plus de prestige que ceux que réalisera par la suite Sam Newfield, avec un caractère plus hollywoodien, et c’est en outre le seul dont l’intrigue soit rattachée peu ou prou au roman de James Fenimore Cooper. Or ceux qui se sont intéressés au post de mercredi dernier risquent d’avoir une surprise : pour ce premier épisode, la production a ni plus ni moins racheté le scénario écrit par Richard Schayer pour The Iroquois trail, le lui a fait remanier légèrement afin que Chingachgook survive aux péripéties (ce qui n’était pas le cas dans le film de Phil Karlson), et a suffisamment comprimé la narration pour parvenir à loger le tout dans un format de moins d’une demi-heure : autant vous dire qu’il n’y a pas de temps morts, et que tout défile très (trop) vite. On notera dans les aménagements du scénario la quasi-disparition des femmes, et donc de toute intrigue amoureuse, au profit de l’action pure : on voit là que c’est essentiellement un jeune public qui est visé par la série. La fin est assez plaisante, car on y voit Natty Bumppo (rebaptisé ici Cutler) décliner cette offre d’engagement dans l’armée que lui avait proposé Philip Dunne dans son scénario de 1936, repris après par Schayer : il refuse cette fois-ci l’enfermement dans un cadre militaire rigide pour préserver sa fougue libertaire de coureur des bois, ce qui est tout à fait conforme au personnage tel que l’avait imaginé James Fenimore Cooper. Pour le reste, le divertissement est sans aucune ambition, avec un ton enfantin mais plaisant ; John Hart est un Œil-de-Faucon plutôt convaincant et Lon Chaney Jr., avec son habituel air triste et pataud, compose un Chingachgook assez peu conforme à Cooper mais que l’enthousiasme du comédien finit par rendre attachant. On remarquera – notamment dans le générique – un énième réemploi des stock-shots du film produit par Edward Small en 1936, et qui avaient déjà servi à épaissir la sauce en 1950 dans The Iroquois trail.
HAWKEYE’S HOMECOMING (VOSTFR)
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Le dernier des Mohicans, seconde partie de La légende de Bas-de-Cuir, vous est proposée ici en version française ; pour savoir s’il faut le regretter ou pas, et concernant la qualité de cette copie, je vous renvoie aux commentaires que j’avais écrits il y a un mois en bonus du second post sur Le tueur de daims. En ce qui concerne l’épisode pilote de Hawkeye and the last of the Mohicans, il est en version originale et le sous-titrage a été réalisé par mes soins à l’oreille et avec l’aide d’un logiciel de reconnaissance vocale. La copie présente une image de qualité très moyenne, et il est inutile à ce propos de me signaler en commentaire que youtube en propose une version HD : d’une part je suis parfaitement au courant de l’existence de youtube, merci bien, et de toute manière je me refuse à utiliser ces horreurs traitées numériquement à l’aide de logiciels bon marché par des geeks incultes (qui ont « upscalé », pour parler leur affreux jargon), et qui se sont permis ici par-dessus le marché de recadrer l’image pour l’adapter à leurs super-téléviseurs nouvelle génération. Tous ces gâte-sauce et leur clientèle feraient mieux de laisser tomber un instant leurs jeux vidéo et d’essayer d’ouvrir un livre, s’ils savent encore à quoi ça ressemble. Tiens, Le dernier des Mohicans, par exemple, ça serait pas mal.
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