(VOSTFR)
Réalisation : William S. Hart, Lambert Hillyer
Casting : William S. Hart, Sylvia Breamer, Milton Ross
Durée : 61 min
Année : 1917
Pays : USA
Genre : Drame, Western
Histoire : Épris l’un de l’autre, le bandit «Ice» Harding et la jeune Betty rêvent d’une vie harmonieuse, chacun ignorant les activités malhonnêtes de l’autre.
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Pan sur mes doigts ! Mais avec circonstances atténuantes : je n’avais écrit qu’une demi-bêtise dans ma présentation de « The silent man », en affirmant qu’il s’agissait du premier film tourné par Hart pour la Paramount, après que le producteur Thomas H. Ince avait migré durant l’été 1917 de la Triangle des frères Aitken vers Artcraft Pictures, succursale de l’énorme compagnie de Zukor et Lasky, entraînant dans son sillage non seulement William S. Hart mais également Lambert Hillyer, Joe August et C. Gardner Sullivan. Sauf que je m’étais fié aux dates de sortie et non à celles du tournage ; or le film qui fut mis en chantier en août 1917, au lendemain de la signature du contrat, était « The narrow trail » et non « The silent man » qui fut tourné aussitôt après. Mais celui-ci fut diffusé en premier sur les écrans, à partir du mois de novembre, alors que la sortie de « The narrow trail » fut retardée jusqu’au mois de décembre, pour une raison que j’ignore. Etant donné que c’est plutôt le tournage qui fait foi en matière de datation, il s’agissait donc bel et bien d’une erreur… Bref, pour en revenir à Hart, avec une garantie de 150 000 dollars par film plus un pourcentage des bénéfices, ce passage à la Paramount signifie (enfin !) une vraie reconnaissance de son statut de grande star du septième art ; quant à ses relations avec Ince, elles vont fortement se détériorer, et « The narrow trail » en sera le point de cristallisation. L’acteur va prendre son indépendance vis-à-vis du producteur, notamment en assumant lui-même cette dernière fonction par le biais de sa propre compagnie de production ; Ince ne sera plus qu’un vague « superviseur », ce qui ne l’empêchera pas de continuer à percevoir des dividendes sur les recettes générées par les films de Hart, sans pour autant y apporter son soutien matériel : si ce sont toutes les bisbilles autour du cheval Fritz qui ont frappé les esprits, il semble que la vraie nature de la querelle entre les deux anciens amis ait bel et bien été une histoire de gros sous. Quant à « The narrow trail », la bonne nouvelle est qu’il s’agit d’un Hart de haute volée, comme nous allons le voir ; et si je déplorais que « The silent man » ait été une œuvre trop impersonnelle, on peut dire exactement le contraire de celle-ci, et même jusqu’à trouver qu’elle puisse justement se montrer parfois un trop personnelle : quand on voit tout le temps que Hart passe à l’écran à faire des bisous à son poney, on peut finir par comprendre que Thomas H. Ince se soit montré quelque peu agacé.
J’avais une fois comparé (un peu pompeusement) la filmographie de Hart des années 1910 à la peinture religieuse du Quattrocento, dans laquelle les mêmes thèmes sont inlassablement répétés, mais où chaque œuvre se singularise par les subtiles variations qu’elle leur apporte. Vous ne serez donc guère surpris si l’on vous annonce que dans « The narrow trail », 1) Hart braque une diligence au début du film 2) c’est un méchant qui n’est pas si méchant que ça 3) il a un violent coup de foudre amoureux pour une jeune femme qui a 30 ans de moins que lui 4) cela va lui donner l’envie de rentrer dans le droit chemin. Tout cela vous dit quelque chose ? Il faut reconnaître que le générique a de quoi laisser présager que « The narrow trail », c’est « plus hartien tu meurs » : non seulement notre cowboy tragédien est producteur en plus d’interpréter le rôle principal, mais il est également scénariste et réalisateur, il était donc difficile pour lui d’en faire davantage. Notons tout de même qu’il fut assisté dans ces deux dernières tâches par Lambert Hillyer en ce qui concerne la mise en scène (selon les sources modernes), et aussi par le scénariste Harvey F. Thew, qui ne fit office que d’arrangeur de seconde main, l’histoire qui nous est contée ayant bel et bien germé dans l’imagination de W.S. Hart. La première bobine retient beaucoup l’attention : elle est pétaradante d’action, comme pouvait l’être celle qui ouvrait « The return of Draw Egan », mais d’une manière sans doute plus maîtrisée, mais aussi plus variée, notamment dans les premières scènes (la capture du cheval sauvage) qui établissent un registre nouveau chez Hart, dont l’inspiration est proche d’une certaine poésie bucolique : nous y reviendrons. Ces scènes donnent également la tonalité particulière de l’histoire, dans laquelle sera célébrée les liens indéfectibles noués entre Hart et son célèbre poney Fritz, sur lequel j’avais écrit quelques développements dans le post consacré à « Sand ». Hart n’en était d’ailleurs pas à sa première déclaration d’amour à sa monture, puisqu’en 1915 il avait adapté son poème « Pinto Ben », initialement publié dans The Morning Telegraph, en un court-métrage de deux bobines ; et il remettra cela plus tard lors des retrouvailles avec son compère à sabots sur le tournage de « Sand ». Hart en fait tout de même beaucoup avec son poney favori, au point que l’on n’est pas forcément mécontent de le voir rangé aux écuries durant tout le milieu du film ; mais reconnaissons que ces premières scènes ont quelque chose de fort dans leur ode à la nature sauvage, et que Fritz y montre des talents d’acteur tout à fait surprenants. La scène de hold-up qui prend la suite est d’un type plus convenu, énième variation sur celle qui ouvrait « The bargain » ; il n’empêche qu’elle est brillamment orchestrée, et que la redingote noire que porte notre « good badman » favori constitue une variante vestimentaire assez inattendue. Tout cela débouche sur une poursuite en bonne et due forme, laquelle s’achève par une célèbre scène qui sera par la suite reprise sous différentes formes par le cinéma d’aventure (on reverra cela dans des « Tarzan », notamment) : la traversée d’un précipice en équilibre sur un gigantesque tronc d’arbre jeté entre les deux bords. Et à cheval, s’il vous plaît ! Bien entendu, le trucage de la toile peinte en superposition est parfaitement décelable sur le plan de grand ensemble, et confirmé par le cadrage des plans rapprochés ; il n’empêche que d’un point de vue esthétique, cela n’est nullement désagréable à voir, et que ce type d’astuce était certainement très innovant en 1917.
Il semble ainsi évident que William S. Hart ne fut pas seulement un grand interprète, mais également un grand metteur en scène, qui avait su acquérir rapidement acquérir les ficelles du métier : nous avions vu que de « The darkening trail » à « The return of Draw Egan », ses progrès en tant que réalisateur avaient été assez stupéfiants. Et « The narrow trail » confirme nettement cette impression : le film séduit par son rythme alerte, son parfait sens du découpage à l’intérieur de chaque séquence, ainsi que par la qualité et la variété des cadrages. Sur ce dernier point, l’utilisation des gros plans permet de mettre en valeur les qualités d’acteur de Hart, très à l’aise sur une palette spécifique qui va de la dureté de l’homme d’action jusqu’à la tristesse de l’amoureux déçu. Comme dans « The cold deck » (le film qui avait précédé à la Triangle), le recours au montage alterné est par moments un peu forcé ; on notera en revanche une fort bonne utilisation du champ-contrechamp, par exemple lorsque les deux amoureux se rencontrent à nouveau après l’épisode de l’attaque de diligence, où cette technique est rehaussée par un jeu de plongée et de contre-plongée. Le budget confortable offert par la Paramount permet en outre à Hart de renforcer ses scènes d’action, en variant les points de vue et en proposant une caméra mobile, par exemple pour des plans en insert lors de la course de chevaux finale. Et puisque nous parlons d’action, impossible de ne pas évoquer une autre scène du film restée célèbre, celle du pugilat dans un bordel de San Francisco. Depuis « The spoilers » en 1914 avec William Farnum, la scène de bagarre dans un lieu de débauche était en train de devenir un des topos du western ; or en ce qui concerne Bill Hart, nous avions vu dans le post qui lui était consacré que « On the night stage » donnait à voir une scène de ce genre tout à fait remarquable, à la fois par sa longueur spectaculaire et la violence graphique qu’elle n’hésitait pas à déployer : visages ensanglantés et tuméfiés, vêtements déchirés, autant de détails crus que l’on ne verrait plus dans ce type de scènes au moins jusqu’aux années 60. Hart remet le couvert dans « The narrow trail », avec les mêmes caractéristiques : dans ce long combat au corps à corps, l’acteur se coltine âprement avec Bob Kortman (un des très bons méchants des westerns muets) ainsi qu’avec une demi-douzaine d’autres loustics, autant avec les poings qu’avec les chaises qui lui tombent sous la main. Cette scène impressionnante a fait délirer Jean Cocteau dans les termes que voici : « Un petit chef-d’œuvre… Au centre d’une foule mi-éblouie mi-horrifiée, deux silhouettes décrivent des cercles. La caméra recule, se rapproche, monte plus haut. Les corps nus glissants de sang revêtent une sorte de phosphorescence. Deux créatures démentes sont aux prises, et tentent de se tuer. Ils ont l’air durs comme s’ils étaient faits de métal. Est-ce que ce sont des martins-pêcheurs, des phoques, des hommes venus de la Lune, ou bien Jacob contre l’ange ? Ne serait-ce pas un Bouddha, cette grande silhouette nue qui tombe à genoux et meurt comme un millier de petits poissons dans un lac de mercure ? M. Ince peut être fier de lui, car un spectacle pareil semble égaler en souvenirs la plus grande littérature mondiale ». Allons, allons, ne nous emballons pas trop quand même… et ne vous y fiez surtout pas : ces « corps nus glissants de sang » n’ont existé que dans les fantasmes de Cocteau, et vous pourrez vérifier qu’ils ne sont pas dans le film ; il n’empêche que cette scène possède réellement quelque chose d’anthologique. Hart se faisait fort de ne pas être doublé pour ce genre de performance, et il recevait pour cela un entraînement dispensé par Billy Delaney, le plus célèbre entraîneur de boxe de l’époque, qui avait officié notamment pour le fameux James Corbett qu’incarnera plus tard au cinéma Errol Flynn dans « Gentleman Jim ».
Sur le fond, j’ai déjà évoqué plus haut le fait que « The narrow trail » est une nouvelle variation sur les thèmes récurrents du Hart des années 1914-1920. Mais au sein de ce schéma bien établi du « good badman » qui se réforme par amour, deux nuances principales sont propres à ce film, et revêtent d’autant plus d’importance que pour ce nouveau départ sous les hospices de la Paramount, Hart bénéficie d’une liberté artistique plus grande encore qu’à la Triangle, du fait qu’il s’éloigne alors de Thomas H. Ince, bien qu’il faille reconnaître lui avait toujours laissé une marge de manœuvre relativement ample ; « The narrow trail » peut dès lors être considéré comme une des œuvres les plus personnelles de William S. Hart. Dans tous ses films précédents – tout au moins ceux que j’ai pu voir – le personnage féminin dont il s’éprenait à l’écran représentait une antithèse morale du sien, et dont il subissait l’attraction vertueuse faisant éclore chez lui une volonté de réformation sans doute déjà inconsciemment enfouie. Cette figure féminine qui agissait comme un révélateur prenait souvent une tournure quasi-allégorique, sa silhouette d’une blancheur éthérée évoquant l’ange rédempteur dont l’apparition confinait à la parabole biblique. En contrepoint moral, on trouvait face à elle une seconde figure féminine, cette fois-ci maléfique et débauchée, une vamp ou prostituée qu’interprétait généralement l’inénarrable Louise Glaum. Dans « The narrow trail », ces deux figures vont fusionner en une seule, et la symétrie change de nature : non plus des figures antagonistes qui se répondent autour d’un axe moral, mais deux alter-egos – l’un féminin et l’autre masculin – qui suivent le même cheminement le long de cette piste étroite qu’évoque le titre, celle d’une rédemption commune pour laquelle chacun sert de révélateur et d’élément moteur pour l’autre. Fort habilement, l’histoire fait fonctionner dans un premier temps ce couple de réprouvés sur la base d’un mensonge réciproque, ce qui permet à Hart de donner de l’épaisseur psychologique à son personnage qu’il n’hésite pas à montrer injuste envers sa partenaire d’infortune lorsqu’il découvre la vérité ; un retour sur lui-même lui permettra heureusement de reconnaître son erreur, et comprendre qu’il est mal placé pour juger de la moralité des autres. Or ce qui se joue ici met en évidence une légère erreur d’appréciation que l’on commet en qualifiant trop souvent de victorien le moralisme dans lequel baignent de nombreux films de Hart, alors qu’il s’agit davantage d’un moralisme puritain qui condamne la licence des mœurs sans rémission possible. Et de ce point de vue, « The narrow trail » est justement l’œuvre qui ferait exception en adoptant une posture cette fois-ci beaucoup plus victorienne : comme chez Dickens, Gaskell ou d’autres écrivains anglais des années 1840-50, la prostituée y est moins perçue comme une créature irrémédiablement vouée au mal que comme une victime qu’il s’agit de sauver de la perdition ; remarquons au passage que la condition des femmes ne gagnait rien au change, car au final le carcan moral dans lequel il s’agissait de les cloîtrer était tout aussi strict chez les victoriens que chez les presbytériens. Pour les hommes, bien évidemment, Hart pose la question de la moralité sous un angle très différent, qui n’est pas en rapport avec la sexualité : qu’importe que son personnage de réprouvé aille au bordel, ce que l’on questionne n’est jamais que son rapport au brigandage. Et même sur ce sujet, les scénarios se montrent finalement très permissifs avec les écarts à la morale : le happy-end qui clôt « The narrow trail » appartient à une époque du cinéma où ne sévit pas encore ce fameux code Hays pour lequel en aucun cas le crime ne devra payer. Le bandit réformé va ainsi échapper aux poursuites liées à ses égarements passés, et même gagner une prime sans jamais devoir payer sa dette à la société : il y a dans ce type de dénouement une immoralité plaisante et qui deviendra par la suite très inhabituelle dans le cinéma américain, mais qui constitue néanmoins un curieux paradoxe de la part d’un W.S. Hart dont les histoires à l’écran sont si imprégnées de préoccupations morales.
Le second aspect notable de « The narrow trail » est la prééminence d’un thème qu’on trouve dans d’autres œuvres de Hart, qui est l’opposition entre ville et espaces naturels, et qui là encore se joue sur un plan moral : la grande ville est toujours symbole de corruption et d’avilissement, tandis que la nature sauvage est pourvoyeuse d’une pureté rédemptrice. C’est ce que l’on avait déjà constaté dans « The darkening trail » ou « The ruse », des films où l’action se partageait ses deux espaces antagonistes ; le même schéma apparaît une nouvelle fois dans « The narrow trail », avec plus d’acuité encore. En particulier, le film développe avec beaucoup de force le thème de l’homme de l’Ouest – au sens rural du terme – perdu dans un vaste tissu urbain, celui de San Francisco en l’occurrence, dont les coutumes et les valeurs lui sont étrangères : sa solitude et son inadaptation y sont décrites avec une douloureuse acuité. La scène où on le voit déambuler dans une avenue de Nob Hill (oui, vous savez, ces célèbres rues en pente que l’on voit par exemple dans « Bullitt ») sont tout à fait étonnantes, et la présence de notre cowboy victorien en ces lieux chics paraît aussi décalée que le serait celle d’un chroniqueur mondain chez des chasseurs d’ours. On le voit ainsi sonner à une demeure bourgeoise, et la domestique qui lui répond adopte une moue hautaine et méprisante dès lors qu’elle entend cette sorte d’argot de plouc des montagnes dans lequel notre personnage s’exprime. Hart parvient même à tirer parti de l’anachronisme de cette scène, qui nous donne à voir une demeure dont l’architecture appartient de toute évidence au style de reconstructions qui ont suivi le grand tremblement de terre de 1906, alors même que l’histoire est censée se dérouler en 1891 (date qui apparaît vers la fin du film) ; loin de faire l’effet d’une maladresse, cela renforce au contraire la sensation de décalage entre le personnage et son environnement. La peinture qui est faite dans les scènes suivantes du fameux Barbary Coast de la fin du XIXe siècle se montre d’un réalisme très convaincant, avec ces bouges où les prostituées viennent solliciter les clients pour une danse, et ces rabatteurs qui officient autant pour les tenanciers de bordels que pour la marine marchande, à qui ils viennent fournir de pauvres types ivres morts qu’on embarque à leur insu sur les navires : ce sont les fameux « shangaïeurs », qui ont contribué à la légende romanesque d’un des plus fameux quartiers de perdition au monde. Et à l’opposé de cet enfer du vice et de la corruption, il y a ces montagnes lointaines que les intertitres qualifient constamment de « saines » et qui seront, pour notre couple en quête de réformation morale, le lieu désigné pour un départ sur de nouvelles bases. Cette exaltation chez Hart des valeurs morales de la nature sauvage s’inscrit dans un courant de pensée qui avait eu cours au tout début du siècle, et dont le président Theodore Roosevelt avait été un des représentants : la création durant son mandat de cinq des grands parcs nationaux du territoire des Etats-Unis en est le symbole le plus connu. C’était aussi l’époque des camps méthodistes Chautauqa, qui couplaient leur ferveur religieuse à un éloge de la ruralité, et dont Roosevelt disait qu’ils étaient « ce qu’il y a de plus américain en Amérique ». Dès lors la scène finale, qui nous montre le couple (en fait, euh… un ménage à trois, si on compte le cheval…) enfin délivré de son passé et maintenant environné d’une sorte d’Eden sauvage et bienveillant, fait admirablement sens lorsqu’on la replace dans ce contexte philosophique et religieux de l’Amérique des années 1900, mais aussi par l’écho qu’elle produit avec les scènes d’ouverture du film que j’évoquais plus haut : la boucle est ainsi bouclée, et la grande ville ne semble plus avoir été qu’une vague vision de cauchemar qu’on aura tôt fait d’oublier. Signalons enfin que cette étonnante conclusion aux accents presque panthéistes fait irrésistiblement penser à celle qui clôt « Riders of the purple sage », un des trois romans fondateurs du western, écrit en 1905 par Zane Gray, et dont William S. Hart se sera donc probablement inspiré pour achever « The narrow trail ».
Le bonus que je vous propose pour ce post constitue à ma connaissance la toute dernière apparition de William S. Hart à l’écran. Il s’agit d’un extrait d’un documentaire people de 1941, premier volet d’une série intitulée « Hedda Hopper Hollywood », en fait la version filmée d’une chronique mondaine que rédigeait Hedda Hopper depuis 1938 dans le Los Angeles Times. La célèbre échotière est ici reçue par Bill Hart dans son ranch californien à Newhall, dans lequel il s’était retiré pour sa retraite. Pendant que Two-Gun Bill nous montre sa collection de pistolets, les commentaires insipides de Hopper nous font regretter que l’on n’ait pas laissé notre westerner favori nous gratifier une dernière fois d’une déclamation shakespearienne du goût de celle qu’il avait enregistrée deux ans auparavant pour la ressortie de « Tumbleweeds ». Quant à Hedda Hopper, elle avait été actrice avant d’être surtout connue comme chroniqueuse de potins, se posant en rivale de Louella Parsons, la première des deux fameuses « vipères d’Hollywood ». Il faut dire que la dame n’était qu’assez moyennement sympathique : furieusement réactionnaire, proche de l’extrême-droite, Hopper fut une dénonciatrice zélée sous le maccarthysme ; ses amis étaient entre autres Hoover, Reagan, McCarthy et W.R. Hearst. Dalton Trumbo et Charles Chaplin, qu’elle trouvait trop de gauche à son goût, furent à l’inverse ses cibles favorites. Quant à William S. Hart, qu’on ne saurait guère soupçonner de progressisme, il n’est pas étonnant qu’elle se soit trouvée en sympathie avec lui. Les outrances droitières de Hedda Hopper lui valurent à cette époque de se faire taxer de nazie dans les conversations privées, ce qui semble l’avoir affectée lorsqu’elle l’apprit ; il faut dire que le qualificatif était quand même très exagéré, ce qui prouve aussi que le point de Godwin n’est pas né avec Internet. Or tout cela ne manque pas de cocasserie lorsqu’on apprend que par ailleurs, les excentricités de de Hopper-la-réac comme par exemple son goût immodéré pour les chapeaux extravagants en avait fait une cible de la propagande du IIIe Reich, qui voyait en cette infatigable rapporteuse de potins une parfaite incarnation de la décadence américaine. Comme quoi les grands esprits ne se rencontrent pas toujours…
HEDDA HOPPER’S HOLLYWOOD N°1 (1941)
EXTRAIT (1m46) VOSTFR
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Vous savez quoi ? Eh ben c’est moi qui ai fait les sous-titres des deux films, voui voui voui, par traduction directe des intertitres en anglais pour le long-métrage, mais si mais si mais si, et par traduction à l’oreille (enfin, euh… les deux, c’est plus sûr) des potins de Mrs Hopper pour le bonus. Et voici maintenant le sujet qui fâche : eh bien oui, la qualité vidéo de la copie de « The narrow trail » est affreuse, moche, horrible, dégueu (ne rayez aucune mention inutile), alors même que ce film est un des meilleurs Hart qui nous soit parvenu, un authentique chef-d’œuvre, et alors que même le plus minable des westerns italiens de Ferdinando Baldi ou je ne sais qui encore a droit, lui, a une belle édition bluray avec champagne et petits fours. Décidément, la cinéphilie est un univers mal foutu.
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