(VOSTFR)
Réalisation : Lambert Hillyer
Casting : William S. Hart, Jane Novak, S.J. Bingham
Durée : 65 min
Année : 1921
Pays : USA
Genre : Western
Histoire : Pour sauver ses jumeaux lors de l’attaque de leur convoi par les indiens, un pionnier, Ben Trego, sacrifie sa vie. Vingt cinq ans plus tard, les jumeaux ont été adoptés par deux familles différentes et ignorent l’existence l’un de l’autre. L’un est devenu gouverneur, l’autre rancher…
MP4 DVDRIP 548 Mo VOSTFR perso
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L’année 1920 avait été celle d’une transition artistique pour William S. Hart, suite à la rupture définitive de son amitié avec Thomas H. Ince : alors que le « good badman » qui avait caractérisé ses années passées à la Triangle jetait ses derniers feux avec « The toll gate » et « The testing block », un New Hart avait tenté d’émerger avec « Sand », ouvrant la voie à des types de rôles moins redondants et calibrés. En 1921 le tournant est pris pour de bon ; le problème, c’est que ce tournant est aussi une entrée dans le crépuscule pour la carrière de Hart : la star est maintenant âgée de 57 ans, et le public lui préfère dorénavant l’insouciance rigolarde d’un Tom Mix qui cabriole à tout va sans s’encombrer de dilemmes moraux. Alors Hart va lui aussi, à sa façon, essayer de se montrer un peu plus léger, laisser de côté sa solennité victorienne pour se contraindre au moins en partie aux nouvelles exigences d’un genre – le western – de moins en moins ambitieux sur le fond et de plus en plus codifié sur la forme. C’est la fin des questionnements complexes et des anti-héros tourmentés tels que « Two-gun Bill » les affectionnait ; place désormais aux personnages plus univoques et aux fins heureuses. Après les horreurs de la première guerre mondiale, le public n’est plus trop enclin à ce qu’on lui conte des histoires aux perspectives trop sombres ou incertaines ; si Fairbanks et Mix ont autant de succès, c’est parce qu’ils rient à gorge déployée de leurs déconvenues provisoires et finissent toujours par l’emporter dans la dernière bobine. Alors William S. Hart va devoir s’y plier quelque peu, en variant ses registres et en lissant certaines de ses aspérités ; même si pour lui, au fond, il est déjà trop tard… Cela nous donne quelques westerns beaucoup plus convenus mais de facture correcte, qui valent ce que valent leurs intrigues ; ainsi en est-il de « Three word Brand », produit assez impersonnel mais qui se regarde sans déplaisir, dans lequel Hart sait encore faire jouer de son indéniable magnétisme à l’écran pour ne jamais rendre fade ce qu’il donne à voir, même si l’on est cette fois-ci éloigné pour toujours de ce que furent les heures héroïques de celui qui, avec « The bargain », « Hell’s hinges » et d’autres encore, aura été le tout premier à donner au western de véritables lettres de noblesse.
« Three word Brand » est écrit et dirigé par Lambert Hillyer, un des transfuges de la Triangle passés à la Paramount dans le sillage de Thomas H. Ince, et qui sera le metteur en scène de la plupart des productions de William S. Hart au sein de la firme de Joseph Lasky : pas moins de 17 films tournés ensemble, dont celui-ci est le quinzième. Après 5 années presque exclusivement consacrées à Hart, Hillyer s’en ira travailler pour la Universal, ou bien pour la Fox chez qui il dirigera quelques films avec Tom Mix ou Buck Jones, ce qui fait de lui un réalisateur dont le nom reste attaché au western, bien que sa carrière ait été également parsemée de films ayant trait à d’autres genres cinématographiques. Le parcours de Lambert Hillyer a pris la forme d’un long déclin continu : ayant démarré avec quelques chefs-d’œuvre marquants, il finira durant les années 40 par patauger dans les marigots de la série Z chez Monogram. En ce qui concerne « Three word Brand », diverses sources indiquent un film à 7 bobines ; il semble que la version à laquelle nous avons accès ait été ramenée à 5 bobines, ce qui explique le caractère un peu elliptique que peuvent prendre certains éléments du scénario. Néanmoins, l’intrigue se suit sans difficultés : il s’agit d’un remontage, il n’y a donc pas de bobines perdues ; j’ignore en revanche si la version initiale est encore conservée quelque part. La singularité de ce film est que Hart y joue pas moins de trois rôles différents : non qu’il ait appris à se grimer à la manière de Lon Chaney, mais un scénario vraisemblablement construit dans cette optique lui permet d’interpréter deux frères jumeaux, ainsi que leur père dans la séquence d’ouverture. Quelques mystérieuses raisons ont fait qu’en ce début des années 20, un certain nombre de producteurs eurent l’idée de faire jouer plusieurs rôles à leurs vedettes en tête d’affiche ; les journaux de l’époque relevaient ainsi qu’en quelques semaines (nous sommes en octobre 1921), quatre films avaient présenté un double rôle pour leurs têtes d’affiche : Mary Pickford, James Kirkwood, Charles Chaplin et donc William S. Hart, qui fait même de la surenchère en en rajoutant un troisième. Peut-être souhaitait-on mettre en avant quelques trouvailles d’effets spéciaux, puisque cela donne lieu dans « Three word Brand » à deux scènes durant lesquelles nous voyons apparaître simultanément deux Hart à l’écran… Il s’agissait sans doute là d’une nouveauté en matière de trucages, bien que je n’en sois pas tout à fait sûr : il serait étonnant que Méliès n’est pas expérimenté au moins une fois ce genre d’astuce ; plus tard, Robert Siodmak en fera une démonstration très élaborée dans « The dark miror ». Un indice suggère cependant qu’il s’agirait bien d’une nouveauté, puisque le trucage lui-même est mis en scène. Ainsi lors de la première occurrence où les deux Hart apparaissent simultanément, d’une part le spectateur est préalablement mis en condition par des plans qui les présentent séparément, d’autre part un des deux Hart nous est d’abord montré de dos, de manière à induire chez le spectateur l’idée que l’on a eu recours à une doublure ; puis le personnage se retourne, et ô stupéfaction, nous avons donc bel et bien deux Hart à l’écran… Ne les ayant pas vus, j’ignore si le même trucage est utilisé dans les films avec Pickford et Kirkwood ; en ce qui concerne Chaplin, la réponse est négative. Hormis la mise en valeur d’effets spéciaux, l’intérêt de cette multiplication des rôles est surtout de permettre au scénario d’exploiter la veine comique que suscite les inévitables quiproquos liés à une telle situation. C’est une carte que Hart et son metteur en scène ne manquent pas de jouer, et cette irruption de la comédie dans l’univers du comédien, habituellement caractérisé par une gravité un peu compassée, donne à celui-ci un bol d’air frais tout à fait bienvenu. Cela ne dure que le temps d’une séquence, durant laquelle un des jumeaux se fait passer pour l’autre, mais celle-ci est tout à fait réussie car le comique d’inversion joue efficacement avec l’opposition socio-culturelle, entre la simplicité rustique du cowboy Brand et les gadgets sophistiqués auxquels a recours son frère qui réside dans la grande ville.
A l’inverse, c’est le Hart sobre et tragique tel qu’on l’appréciait du temps de la Kay-Bee que l’on revoit à l’œuvre durant la séquence d’ouverture, qui constitue une des rares scènes d’action du film : une classique attaque d’Indiens fort bien menée et qui permet à l’acteur de donner libre cours à son sens du tragique, et montrer une fois de plus son attachement à l’époque héroïque de l’Ouest sauvage et périlleux. Car une fois passée cette introduction, ce sont des cadres tout à fait nouveaux que présentent certaines scènes du film, tant d’un point de vue géographique que chronologique ; c’est le cas notamment des scènes ayant trait au frère jumeau du héros Brand : elles se situent dans l’espace d’une grande ville (Salt Lake City en l’occurrence), et certains indices nous montrent clairement que l’époque n’est plus le XIXe siècle. A lui seul, le plan nous montrant l’arrivée de Brand dans la capitale de l’Utah comporte plusieurs de ces indices : en arrière-plan se dresse l’imposante façade du City-County Building, achevé en 1894, tandis que la rue est d’abord traversée par une carriole tirée par des chevaux, puis par une automobile, ce qui situe vraisemblablement l’action dans les années 1900, peut-être même 1910. Quant à la centrale hydroélectrique dont il est question dans l’intrigue du film, il en existait aux Etats-Unis depuis les années 1890 ; mais elle marque l’irruption de la modernité dans l’univers traditionnel du western. Voilà pour ce qui relève du William S. Hart nouvelle formule, et cela fait finalement beaucoup de choses ; pour le reste, ce sont les gimmicks habituels de sa filmographie qui sont recyclés ici ou là. Ainsi le voit-on intimidé en présence d’une jeune femme qui lui plaît, jusqu’à bafouiller et trébucher dans le décor, comme il le faisait dans « Wolf Lowry » ; quant aux belles images de chevauchées nocturnes dont nous gratifie l’opérateur Joe August, elles sont très semblables à celles qu’il avait photographiées l’année précédente dans « Sand ». L’intrigue se suit sans déplaisir, mais elle ne donne lieu qu’à fort peu d’action. En la matière, si j’ai fait l’éloge de la scène d’ouverture, j’ai plus de réserve au sujet des aptitudes de Hart en ce qui concerne les activités de cowboy au sens strict du terme ; disons que sur ce terrain-là, la comparaison avec Tom Mix s’avère forcément désastreuse. Ainsi voit-on, ou plutôt ne voit-on pas, justement, notre valeureux héros maîtriser un bovin en rogne qui menace d’encorner la jolie dulcinée ; certes on n’en voudra pas à Hart, déjà âgé, de ne pas s’être risqué à tourner une cascade plus explicite, mais les cinéphiles familiarisés avec Tom Mix savent à quel point ce dernier excellait tout au contraire à ce genre d’activité physique. Pour terminer, relevons que comme que très souvent avec Hart, le titre du film n’est autre que le nom de son personnage à l’écran, toujours accompagné d’un surnom évocateur : dans le cas présent, les trois mots dont il est question renvoient au tempérament laconique de Brand. L’idée d’un cowboy taiseux avait déjà surgi avec « The silent man », mais elle est ici exploitée de manière bien plus convaincante : beaucoup d’intertitres relatant les paroles du héros ne sont effectivement constitués que de trois mots. Il aurait sans doute été du meilleur effet que la totalité des interventions orales du personnage suivent cette règle d’extrême concision, ce que ne permettait sans doute pas les exigences de clarté du scénario ; l’idée est cependant intéressante en cela qu’elle parvient à mettre à profit ce qui était une contrainte du cinéma muet en matière de dialogues – à savoir, les donner à lire en intertitres. Quant au dernier triplet de mots que notre héros peu disert consent à exprimer, ils sont à l’adresse de Jane Novak, laquelle partageait ici pour la cinquième fois l’affiche avec Hart, et je vous laisse en deviner la teneur : tout est bien qui finit bien !
SILENTS PLEASE – WILLIAM S. HART
Documentaire 24 min VO
https://1fichier.com/?e428fy2qsij6ija9nl3i
J’ai effectué le sous-titrage de la version que vous verrez de « Three word Brand » par traduction directe des intertitres en anglais. La qualité vidéo n’est pas fameuse, mais c’est malgré tout regardable. En guise de petit bonus, vous trouverez un documentaire de 1961 d’une vingtaine de minutes, destiné à la télévision américaine et consacré à W.S. Hart ; il fait partie d’une série intitulée « Silents please » produite alors par Paul Killiam et Saul J. Turell et qui avait pour sujet le cinéma des années 1910 et 1920. On n’y apprend rien que l’on ne sache déjà sur Hart, aussi n’ai-je pas pris la peine d’en effectuer un sous-titrage ; l’émission consiste pour l’essentiel à la diffusion d’extraits de « Hell’s hinges » et « Tumbleweeds ».
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