THE LAW AND THE OUTLAW

 (VOSTFR)


Réalisation : William Duncan

Casting : Tom Mix, Lester Cuneo, Myrte Stedman

Durée : 38 min

Année : 1913

Pays : USA

Genre : Western


Histoire : Dakota Wilson s’échappe du pénitencier de Deer Lodge et, après une période de calme, obtient un poste dans le ranch Diamond S, propriété de Buffalo Watson.



MP4 WEBRIP 536 Mo VOSTFR

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Euh… Je sens que vous commencez à en avoir marre, de Tom Mix. Et pourtant, tout ce qui remue et qui crapahute sur grand écran lui doit un peu quelque chose, sans compter l’hommage qu’il mérite de la part de tous ceux qui tiennent le western en haute estime : on raconte ainsi qu’à ses funérailles, John Ford se montra très affecté. Certes, on peut reprocher à Tom Mix d’avoir maintenu le genre au stade de l’enfance, annihilant de cette manières les ambitions qu’avait eues William S. Hart de donner au western une forme de noblesse ; mais comme je l’ai déjà expliqué à plusieurs reprises, Mix se montra généreux envers son public, ne comptant pas plus ses heures que ses plaies ou ses bosses afin de donner aux gamins des quartiers populaires des grandes villes américaines le plus de rêve possible pour quelques « nickels ». C’est justement au Tom Mix de l’action, de la chevauchée et de la cascade que ce nouveau post entend rendre hommage ; non pas dans le cadre des œuvres d’un relatif prestige que l’acteur tourna plus tard pour la Fox, mais dans celui de son travail pour William Selig, qui le fit passer des Wild West Shows aux plateaux de tournage du cinéma. Rappelons que Tom Mix joua dans plus de 200 films pour cette compagnie de production, de la fin de 1909 au début de 1917, dont les deux tiers étaient des westerns. Je vous raconterai tout à l’heure en quoi « The law and the outlaw », sorti de 4 juin 1913, me semble à plus d’un titre typique de ce début de carrière Mix à la Selig ; mais il me faut sans doute commencer par évoquer par quel miracle un film supposé être long de deux bobines peut se retrouver durer quarante minutes.


Ceux qui ont suivi les épisodes précédents ont déjà la réponse : pour savoir comment deux bobines qui restent enfermées pendant dix ans en font trois ou quatre lorsqu’on rouvre le placard, je vous renvoie à ce que j’avais expliqué à propos de « A child of the prairie » et « Twisted trails » : vous trouverez dans ces deux posts quelques considérations à propos des drôles de bricolages effectués par Exclusive Features, qui avait racheté à la Selig ces courts-métrages de Tom Mix pour les ressortir dans les années 20 en les collant deux par deux. Après cela, vous serez un peu moins étonnés de constater qu’au beau milieu du film, le héros a mystérieusement changé de chemise entre son arrestation par le shérif et sa mise derrière les barreaux… Du reste, c’est encore ce qu’il avait de mieux à faire, car si Mix fut par la suite souvent raillé pour ses tenues trop proprettes et flashy, force est de constater qu’il est ici singulièrement mal fagoté : en particulier, cette sorte de pull à rayures qu’il arbore dans toute la première moitié du film est si moche qu’en comparaison, même les hardes portées habituellement par William S. Hart ont une certaine d’élégance. Mais bon, je m’égare ; pour en revenir au tripatouillage effectué par la compagnie Exclusive Features lorsqu’elle ressort « The law and the outlaw » en 1923, le film initial correspond donc à cette première moitié, mais je n’ai en revanche pas pu identifier de quel autre court-métrage provient la dernière partie. Quant aux intertitres, ce ne sont pas ceux du film originel, ils ont bien entendu été refaits dans le but de donner un semblant de cohérence et de continuité entre les deux intrigues. Tous ces bricolages douteux semblent de plus avoir été fait au pied levé (à moins que je n’aie pas compris quelque chose), car le dénouement nous raconte que le shérif absout le héros d’une charge de « rustling » (vol de bétail), alors qu’on nous expliquait auparavant qu’il était poursuivi pour meurtre, enfin bref, faut pas trop chercher à comprendre… Même chose pour le remontage, qui semble avoir été effectué avec beaucoup de désinvolture ; et lorsqu’on lit le script général publié à l’époque dans « Moving Picture World », il apparaît que certaines courtes séquences ont disparu, ce qui incite à évaluer avec plus d’indulgence l’œuvre initiale, qui bénéficiait certainement de davantage de cohérence et d’un montage moins bancal que celui-ci. Il faut de toute façon faire avec ce qu’on a, et ce qui nous reste ici permet malgré tout de se faire une idée à peu près nette de ce qu’a pu être « The law and the outlaw » dans sa vraie version de 1913 à deux bobines. Quant au second court-métrage qu’Exclusive Features lui a accolé dans la seconde moitié, il ne présente sur la forme que fort peu d’intérêt en comparaison de la première partie, beaucoup plus significative du travail de Mix pour la Selig ; et son adjonction ne fait guère que gâcher un scénario dont le dénouement initial, mi-figue mi-raisin, faisait certainement de « The law and the outlaw » une histoire moins convenue et plus attachante que celle que l’on voit de dérouler ici.

Malgré toutes ces importantes réserves, dont on vient de voir que certaines étaient surtout imputables à cette ressortie de 1923, le film trouve son intérêt dans son aspect très représentatif du travail effectué par Mix pour la Selig Polyscope Company, et qui préfigure les caractéristiques de la grande star du western qui allait dans quelques années supplanter W.S. Hart à l’écran, après qu’elle ait signé son juteux contrat avec William Fox. Car il est surtout question d’action dans ce film, laquelle prédomine sous deux formes essentielles : les classiques poursuites, qui sont à la base de ce type de cinéma depuis son invention par les Anglais avec leurs « chase films », avec leurs multiples rebondissements, mais aussi des prouesses acrobatiques héritées directement des spectacles du Wild West Show dans lesquels Tom Mix avait fait ses armes, notamment celui du célèbre 101 Ranch des frères Miller vers 1910. Deux cascades qu’on peut voir dans « The law and the outlaw » sont emblématiques de second aspect : la scène dans laquelle Tom Mix est traîné au sol par un cheval effrayé, ainsi que celle, très proche de ce qu’on voit dans les concours de rodéo, durant laquelle il est aux prises avec un bovin dont il saisit les cornes pour le contraindre à se coucher sur le flanc. Il apparaît ainsi que le cinéma de Tom Mix a longtemps porté la trace de la formation du futur comédien dans les spectacles itinérants ou les concours en relation avec le métier de cowboy : équitation, lasso, terrassement de bouvillon, etc, autant de performances physiques propres au folklore de l’Ouest américain avec lesquelles l’acteur était familiarisé. Rappelons à ce sujet que « The cowboy millionnaire », tout premier film dans lequel Mix apparaît (et que je vous avais proposé précédemment), est très proche d’un simple rodéo filmé ; « Ranch life in the great South West », qui en 1910 lui permit d’accéder à sa première notoriété à l’écran, avait également cette valeur documentaire. Par ailleurs, dans « The law and the outlaw », les plans de grand ensemble sur les troupeaux de bétail comptent parmi les moments agréables offerts par ce film aux ambitions formelles tout de même très modestes. Car pour le reste, le film ne se montre guère innovant en matière de mise en scène, même compte tenu de son ancienneté (nous sommes encore avant « Birth of a nation » de Griffith) ; cela se ressent particulièrement au niveau des cadrages, qui se contentent d’enserrer l’action dans des plans d’ensemble ou de demi-ensemble, sans jamais avoir l’idée d’intercaler quelques plans rapprochés afin d’insuffler davantage de vigueur au montage, et cela à une époque où les metteurs en scène commençaient tout de même à franchir le pas. Ce manque d’audace formelle est sans doute à mettre en rapport avec ce qui précède : il semble que la Selig ait vu en Tom Mix bien plus un showman casse-cou qu’un véritable acteur, et cela perdurera tout au long de sa carrière ; le jugeant peu expressif, contrairement à un William S. Hart formé sur les planches dans des interprétations de Shakespeare, la mise en scène choisissait généralement de cadrer Mix de loin. Notons que le metteur en scène de « The law and the outlaw » est William Duncan, qui dans un premier temps partagea l’affiche avec Tom Mix avant de passer progressivement de l’autre côté de la caméra ; en particulier, Duncan officie comme réalisateur pour la grande majorité des films avec Tom Mix durant cette année 1913. Quant à Mix lui-même, on sent qu’il acquiert progressivement son autonomie au sein de la Selig : s’il n’est pas encore convié à mettre en scène les films dans lesquels il tient la tête d’affiche (il faudra attendre l’année suivante), on remarque cependant qu’il figure déjà comme coscénariste du film, selon une tendance qui va s’accentuer sous l’impulsion de Duncan. Quant à sa partenaire féminine à l’écran, il s’agissait alors Myrtle Stedman, que l’on retrouve donc dans « The law and the outlaw » et dont la collaboration avec Tom Mix recouvre chronologiquement à peu de choses près celle avec William Duncan.

Cette année 1913 est associée dans la carrière de Tom Mix à un lieu géographique particulier : la Selig va en effet affecter l’acteur à la fin de 1912 à une unité de production qu’elle va monter près de la ville de Prescott en Arizona, où elle avait notamment fait bâtir quelques mois auparavant un ranch de cinéma (le « Diamond S Ranch », le S étant celui de la Selig) qui abritait le bétail et les chevaux utilisés par l’équipe de tournage, et comprenait également une maison dans laquelle résidait Tom Mix et sa famille. Bien entendu, les environs immédiats du ranch servaient de décors extérieurs pour des films d’une ou deux bobines, dont nous avons vu qu’ils étaient réalisés autour d’une équipe stable constituée par le réalisateur William Duncan et un certain nombre de comédiens : Tom Mix, Myrtle Stedman, mais aussi Lester Cuneo, une figure bien connue des mateurs de westerns muets et qui joue dans « The law and the outlaw » le rôle du contremaître Stallings. Le travail avec cette équipe s’achèvera au début de l’année 1914 ; Mix sera ensuite affecté à une autre unité de production à Tuckee en Californie, et finira par acquérir la sienne propre quelques mois plus tard. Sur le fichier provenant de youtube que j’ai utilisé pour vous proposer cette version sous-titrée de « The law and the outlaw », j’ai supprimé les premières secondes qui formaient un insert explicatif faisant état d’informations qui me paraissaient erronées ; il y était notamment affirmé qu’outre Prescott, « The law and the outlaw » avait eu pour lieu de tournage Las Vegas (la ville du Nouveau-Mexique, pas celle des casinos bien sûr…). Or s’il est certain que Tom Mix a en effet tourné des films à cet endroit, connu pour avoir été un des tout derniers « open range » (zone d’élevage où les pâturages ne sont pas clôturés) ; cependant, bien qu’aucune des sources que j’ai consultées ne s’accorde sur les dates de la période durant laquelle Mix tourna au Nouveau-Mexique, celles-ci ne sauraient en aucun cas être antérieures à 1915, et il est donc exclu que des scènes de « The law and the outlaw » aient été tournées à Las Vegas. Autre erreur manifeste, cet insert mentionnait la présence au casting de Sid Jordan, un ami proche de Tom Mix qu’il avait introduit dans le milieu cinématographique ; or toutes les sources concordent pour dire que Sid Jordan ne démarra sa carrière à l’écran qu’en septembre 1913, soit trois mois après la sortie de « The law and the outlaw ». Seule la troisième information mentionnée semblait exacte : le cheval monté par Tom Mix paraît bel et bien être Blue, lequel avait précédé le célèbre Tony et ses doublures dans le rôle du compagnon à quatre pattes du fougueux cowboy. Mentionnons comme anecdote que pour ce film comme pour d’autres, la Selig faisait de la publicité autour du fait que de vraies balles avaient été utilisées lors du tournage… Mais le fait qu’on ait pris un tel risque inutile est fort peu probable, c’était de toute façon invérifiable mais cela faisait toujours sensation de l’affirmer. A moins qu’il ne s’agisse d’une référence à une scène plutôt réussie de « cascade immobile », durant laquelle on voit Tom Mix se débarrasser de l’entrave des menottes à l’aide d’un pistolet chargé ; cette scène offre d’ailleurs un des seuls plans rapprochés sur l’acteur. Signalons pour finir l’utilisation fort inélégante dans un intertitre du mot « greaser », terme injurieux qu’on utilisait parfois à l’encontre des Mexicains (on le trouve aussi chez Broncho Billy), et qui me fait penser que l’intertitre en question a dû être repris tel quel de la version de 1913 : je vous renvoie pour de plus amples explications à des posts précédents sur Hart et Mix, pour tout ce qui concerne les relations difficiles entretenues par les nations américaines et mexicaines au milieu des années 1910.


C’est le moment du bonus ! « The stagecoach driver and the girl » sort au début de mars 1915, et date de cette époque un peu plus tardive durant laquelle Tom Mix avait atteint une large autonomie au sein de la Selig : il a donc écrit et réalisé lui-même ce court-métrage d’une bobine, qu’il interprète aux côtés de Louella Maxam et Ed Brady qui étaient alors ses partenaires réguliers à l’écran, et qui jouent respectivement l’aimable jeune fille et le vilain de service. Dans la chronologie filmographique de l’acteur, le film se situe entre « The man from Texas », que je vous proposerai bientôt et qui fut tourné à Prescott, et « Sage brush Tom », que je vous avais déjà proposé dans un bonus et qui fut tourné à Las Vegas ; par conséquent, faute d’avoir pu trouver des renseignements précis, l’endroit où fut tourné « The stagecoach driver and the girl » reste incertain, mais j’opterais cependant pour Prescott au vu de la topographie des lieux. Comme pour « The law and the outlaw », il s’agit d’un film d’action, laquelle est menée tambour battant car il s’agit de tout loger sur une unique bobine ; bref, ce n’est pas encore sur ce film-là qu’on a droit à beaucoup de psychologie… Le côté spectaculaire n’est pas dû cette fois-ci à des cascades, mais à ce plan de très grand ensemble fort réussi au cours duquel un panoramique vertical nous fait passer des bandits qui dévalent le haut d’une colline, filmés de si loin que leurs chevaux semblent être des fourmis, jusqu’à la diligence coincée en contrebas ; le plan est tout de même assez impressionnant, et impeccablement coordonné. En revanche, et ce pauvre Tom Mix n’y est pour rien, je suis assez honteux de vous proposer ce film dans une qualité aussi épouvantable : malgré des recherches assidues, je n’ai pu mettre la main que sur cette copie qui, disons-le franchement, n’est même pas regardable ; je n’ai guère pu corriger que le ratio du cadre, que le posteur initial n’avait même pas pris la peine d’ajuster correctement. Bref, en terme de qualité d’image, c’est la pire vidéo que j’aie jamais postée sur Warning Zone, je parierais d’ailleurs que Jany renoncera à mettre une capture d’écran tellement cela va lui faire honte… Et vous ne pourrez même pas vous consoler avec un joli petit air de piano : il n’y a pas aucune bande-son !


THE STAGECOACH DRIVER AND THE GIRL (1915)


Court-metrage 11 min VOSTFR

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Et donc côté fichier informatique, c’est la grosse cata pour le bonus, mais pour « The law and the outlaw » on ne peut pas non plus dire que ce soit la fête ; enfin c’est quand même mieux, au moins on arrive à regarder, avec un peu de motivation… A part ça, eh bien comme d’habitude dans les contrées sauvages de l’Ouest des années 1910, c’est votre humble serviteur qui a réalisé le sous-titrage de ces deux films, par traduction directe des intertitres en anglais ; la seule chose que je ne peux pas retranscrire, c’est l’accent des péquenots et autres vachers du Midwest : je vous laisse pour cela faire jouer votre imagination.


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