LE CAVALIER MIRACLE

 (VOSTFR)


Réalisation : B. Reeves Eason, Armand Schaefer

Casting : Tom Mix, Charles Middleton, Joan Gale

Durée : 306 min

Année : 1935

Pays : USA

Genre : Western


Histoire : Dans les années 1930 au Texas, Tom Morgan s’engage dans les Texas Rangers pour venger la mort de son père et défendre les droits des Indiens. Il doit lutter contre une bande de trafiquants qui tentent par tous les moyens de les faire fuir afin de s’approprier leur réserve dont le sol recèle un fort gisement de X.94, un puissant explosif.


15 episodes

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Paradoxalement, c’est par sa toute dernière apparition à l’écran que Tom Mix reste encore connu aux Etats-Unis, alors que « The miracle rider », même s’il conserve quelques éléments représentatifs de sa carrière au cinéma, reste une production assez atypique dans sa filmographie. Alors âgé de 55 ans, l’acteur avait pourtant décidé d’abandonner définitivement les plateaux de tournage pour finir là où il avait débuté, et se consacrer entièrement à ce qui aura finalement été la vraie passion de sa vie d’artiste : le spectacle itinérant, dans un de ces Wild West shows que Buffalo Bill avait rendus si populaires. Bien qu’ayant conservé une forme physique exceptionnelle (vous verrez que malgré son âge, il n’a aucun embonpoint), Mix est cependant usé par le côté périlleux que peut avoir son métier ; car même s’il y un peu de légende derrière tout cela, il semble qu’il ait malgré tout réalisé bon nombre des cascades spectaculaires qui ont fait sa renommée cinématographique. Or au début de 1933, l’acteur souffre des séquelles de deux mauvaises chutes de cheval ainsi que d’une grippe sévère, et il décide de ne pas renouveler son contrat avec la Universal, une compagnie grâce à laquelle il avait su renouer avec un certain succès pour son passage au cinéma parlant. En 1934, Tom Mix s’associe au cirque de Sam B. Dill, et à la mort de ce dernier à la fin de l’année, l’acteur rachète son entreprise et en devient l’unique propriétaire, ce qui était assez risqué en pleine période de crise économique. Mix engage alors plusieurs artistes reconnus et lance quelques représentations dans les abords d’Hollywood. Mais les sommes qu’il a dû débourser lors du rachat ainsi que son train de vie fastueux ont sérieusement entamé sa fortune ; or il lui faut maintenant acheter des camions supplémentaires pour lancer son cirque dans une tournée nationale… C’est alors que Nat Levine, producteur à la tête de Mascot Pictures, lui propose 40 000 dollars pour quatre semaines de tournage, en vue du rôle principal dans un serial en 15 épisodes. On comprend qu’il était difficile pour Tom Mix de refuser une telle offre ; le contrat est donc signé, et on peut certainement dire que Levine a eu le sens des affaires : avec un coût de production de 80 000 dollars (dont la moitié en cachet pour la star, donc), « The miracle rider » en aura rapporté pas loin d’un million au bout de trois années d’exploitation… Et cette spectaculaire réussite commerciale allait jeter de nouvelles bases pour la manière de produire un serial, que ne manquera pas d’appliquer la toute nouvelle compagnie Republic qui allait bientôt donner à ce type de cinéma feuilletonnesque les grandes œuvres de son âge d’or.


Nat Levine crée en 1927 la société Mascot Pictures, avec la volonté de se spécialiser dans le serial, c’est-à-dire le film découpé en épisode avec une intrigue continue, dont le principe est inspiré du roman populaire qui paraissait en feuilleton hebdomadaire. Progressivement, Mascot adopte un format déployé sur 12 épisodes, le premier étant en général d’une longueur supérieure aux autres, c’est-à-dire trois bobines au lieu de deux. C’est cette formule qui est adoptée notamment pour « The phantom empire », sorti au début de 1935 et qui est un jalon important du serial : non seulement parce qu’il lance la carrière de Gene Autry, le plus connu des « singing cowboys », mais surtout parce qu’il prend la singulière liberté de faire voler en éclat le cloisonnement des genres. Car la toute fin des années 20 avait vu l’arrivée en fanfare aux Etats-Unis de la science-fiction (au sens le plus futuriste du terme), en provenance d’Europe, et qui était allée de pair avec l’explosion des magazines pulp qui la diffusaient auprès du jeune lectorat. Porté davantage à ce moment-là sur les monstres gothiques, le cinéma rechigna quelque peu à s’y lancer, laissant cela aux producteurs de serial : la Universal s’y lance en 1934 avec « The vanishing shadow ». Mais chez Mascot, on est plutôt western ; alors qu’à cela ne tienne : on va faire du western-SF, il suffisait d’y penser ! Certes, l’intrusion du fantastique dans le western avait déjà été entrevue à l’époque du muet, mais « The phantom empire » marque réellement une étape dans la propension à mélanger les genres. Cette idée est parfaitement saugrenue, et elle ne fera d’ailleurs qu’accentuer le dédain de certains cinéphiles pour le serial, jugé vraiment trop naïf et enfantin ; à l’inverse, elle va enchanter les amateurs de surréalisme ou de second degré. Pour Nat Levine, cela ne pose aucun problème, d’autant plus qu’il a remarqué que la production de serial était financièrement très rentable ; il décide donc de remettre aussitôt le couvert et sollicite donc Tom Mix, que le jeune public avait commencé à oublier, afin de venir se prêter à l’exercice du western à la sauce SF. Et cette fois-ci, le producteur mise gros : 80 000 dollars, c’est le double de l’investissement habituel pour un serial ; la campagne promotionnelle déployée pour l’occasion fait la part belle au retour à l’écran de Tom Mix, en insistant beaucoup sur l’ancienne popularité de la star incontestée du western. Or comme on va le voir, Levine va se montrer particulièrement habile, et va innover dans d’intéressantes stratégies de production visant à mettre toutes les chances de réussite financière de son côté ; et de ce point de vue, cela va marcher à merveille.


Comme on l’a vu, Levine a dû payer le prix fort pour pouvoir mettre le nom de Tom Mix sur l’affiche ; il s’agit dès lors pour lui de faire fructifier au mieux cet investissement de prestige. Le producteur va faire le pari de vendre son feuilleton plus cher qu’à l’habitude, et à davantage de salles de cinéma : de 8000 en moyenne jusqu’ici, Levine réussit à le vendre cette fois-ci à 12000 cinémas. De plus, il décide d’augmenter la longueur du film, d’une part en passant de 12 à 15 épisodes, d’autre part en ajoutant une bobine supplémentaire au premier d’entre eux, qui dure ainsi quarante minutes ; cet allongement de durée permet à Nat Levine de louer l’ensemble des bobines pour 85 $ à chacune des salles qui avait réservé, ce qui couvrait donc d’ores et déjà les frais engagés. Il en résulte que « The miracle rider » est le plus long serial parlant jamais tourné, avec une durée d’un peu plus de cinq heures. Tom Mix, hormis son cachet d’exception, trouvait de son côté un avantage certain à paraître dans un feuilleton dont les projections allaient s’étaler sur 15 semaines chaque samedi : cela ne manquerait pas de stimuler l’intérêt du public pour son cirque itinérant, avec lequel il s’apprêtait à partir en tournée dans tout l’ouest du pays. Mais l’astuce de production la plus remarquable est celle qu’avait eue Nat Levine dès 1931, et qui consistait à faire tourner ses serials non pas par un seul mais par deux réalisateurs ; cette idée sera reprise durant l’âge d’or par à peu près tous les producteurs de serials. Afin de comprendre cela, il faut considérer que d’une part le tournage d’un feuilleton, du fait de la longueur de celui-ci, s’avérait bien plus onéreux que celui d’un simple long-métrage ; que d’autre part la forte teneur en scène d’action dans ce type de réalisation nécessitait de passer un temps important à effectuer des prises de vue en extérieur. D’où l’idée de faire réaliser les scènes dialoguées en studio par une première équipe, pendant qu’une seconde équipe prenait en charge les scènes d’action en utilisant des doublures : c’est pour cette raison que dans les serials, même au plus fort de la bagarre, les protagonistes gardent toujours leur chapeau… Dans le cas précis de « The miracle rider », cette stratégie était cruciale : Levine s’étant engagé à verser à Tom Mix 10 000 dollars par semaine, il lui fallait réduire au maximum le temps de tournage. Il semble que, plus encore que les blessures qui avaient entamé les capacités physiques de la star, ce soit la raison principale pour laquelle « The miracle rider » est le seul film (tout au moins, de manière officielle) pour lequel Mix fut doublé pour la plupart des cascades, principalement par Cliff Lyons – connu pour avoir travaillé par la suite avec John Wayne et John Ford – mais également par d’autres cascadeurs de renom comme Yakima Canutt. Le réalisateur de seconde équipe qui tournait ces extérieurs mouvementés était B. Reeves Eason, très connu pour son savoir-faire dans les scènes d’action à grand spectacle : on lui devait notamment les morceaux de bravoure de « Ben Hur » (1925) et de « Charge of the light brigade » (1936). En outre, ces personnalités (Lyons, Eason) connaissaient bien Tom Mix dont ils étaient proches ; il résulte de cette collaboration la parfaite réussite des scènes d’action qui ponctuent « The miracle rider », en particulier de spectaculaires cascades équestres durant lesquelles on saute d’un cheval sur un camion, ou bien deux cavaliers s’échangent leurs montures en pleine course, etc. Enfin, mentionnons que du point de vue de Levine, ce procédé de doublage lui permettait de ne pas prendre le risque de voir la star qu’il avait si chèrement payée se blesser au cours d’une cascade trop hardie, et devoir ainsi stopper le tournage : comme on le voit, cette astuce du dédoublement du tournage était une trouvaille remarquable qu’il avait mise en place de manière quasi-systématique pour la production des serials de la Mascot.

Pour peu que l’on passe outre les aspects farfelus inhérents aux serials américains de cette époque, « The miracle rider » est donc un produit de bonne qualité au sein de sa catégorie cinématographique, même s’il n’échappe pas au principal défaut de celle-ci : il est toujours difficile, même pour les cinéphiles les plus endurcis, de regarder un serial jusqu’à son terme… Et celui-ci, avec sa longueur démesurée de 15 épisodes, ne fait qu’accentuer le problème. Mais il va de soi qu’à l’époque de sa sortie, le rythme de deux bobines par semaine devait certainement rendre cela beaucoup plus digeste. Comme tout serial digne de ce nom, chaque épisode se termine par le fameux cliffhanger ; les premiers sont assez spectaculaires, et leur résolution la semaine suivante se fait toujours de la même manière : la séquence est reprise telle quelle, mais en rajoutant un plan dans lequel le héros s’extirpe in extremis de sa situation périlleuse et hop, le tour est joué. Un autre truc rigolo, c’est toute la partie SF de l’intrigue, avec des inventions dont le côté décalé est tout à fait réjouissant, je vous laisse découvrir cela. Comme il se doit, le méchant en fait des tonnes, et de ce point de vue Charles Middleton remplit admirablement le contrat, c’est un vrai festival ; cerise sur le gâteau, son personnage malfaisant se nomme Zaroff, mais oui, comme le fameux comte sadique du film de Schoedasck et Pichel, il n’y a pas à chercher plus loin : les scénaristes n’avaient visiblement pas envie de faire des heures supplémentaires. La monture de Tom Mix n’est plus le fameux Tony, mort depuis quelques années, mais un de ses descendants nommé Tony Jr., aux belles chaussettes blanches et qui a lui aussi ses doublures ; naturellement, c’est un « wonder horse » aussi intelligent que son maître, lequel ne manque d’ailleurs jamais de le mettre au courant des avancées de son enquête. Ne manquez surtout pas la séquence dans lequel ce cheval aux ressources inédites utilise le klaxon d’une automobile pour prévenir Tom Mix de l’arrivée des méchants, vous en apprendrez plus sur le cinéma en voyant ça qu’avec toute la filmographie de Godard. Bref, tout se passe dans une ambiance très, très détendue… Il est de bon ton chez les gens sérieux de trouver fort intéressant que « The miracle rider » soit un western pro-Indien, tout ça 15 ans avant « The devil’s doorway » d’Anthony Mann, non mais rendez-vous compte, et patati et patata. Je ne sais pas comment a pu se bâtir cette légende tenace comme quoi le western était anti-Indien, tout au moins jusqu’aux années 50, voire 70, mais enfin il serait temps de cesser de répéter des contre-vérités qu’on a entendu ici ou là et de se mettre à vérifier sur pièce, c’est-à-dire regarder des westerns muets pour se rendre compte que le genre a toujours été globalement pro-Indien, et cela depuis la naissance du cinéma ; nous y reviendrons un jour ou l’autre, j’ai dans l’idée de vous soumettre dans l’avenir un cycle consacré aux Indiens dans le cinéma hollywoodien des années 1910-1920. Pour en revenir à « The miracle rider », cela nous vaut une introduction assez lourdingue visant à placer le héros du film (qui s’appelle Tom-quelque-chose, forcément) dans la lignée directe de Daniel Boone, Davy Crockett et Buffalo Bill ; et pas Calamity Jane ? Tout cela à grand renfort de stock-shots maison pris sur « The last of the Mohicans » (1932) et « Fighting with Kit Carson » (1933), pour placer en fin de compte l’intrigue de manière contemporaine (comme très souvent chez Mix), et nous raconter qu’en 1935, on croisait encore dans les plaines du Texas des Indiens à plumes : pas grave, c’est un serial, alors tout est permis. Et même de voir Tom Mix embarquer dans un aéronef, avec son chapeau de cowboy et ses éperons.

« The miracle rider » illustre donc à merveille le paradoxe du serial : tout y est d’une crétinerie sans borne, et malgré tout il est difficile de ne pas trouver cela attachant. Or les gamins de l’époque ne s’y sont pas trompé puisque, dans une Amérique minée par la crise économique, ils se sont malgré rués en masse pour dépenser leurs pièces de 10 cents afin d’assister aux péripéties surréalistes de Tom Mix. Même si je ne sais pas quelle tranche d’âge précise était visée par ce type de production, elle n’était sans doute pas même pubère, car il n’y a aucun enjeu amoureux dans l’histoire ; je crois que c’était d’ailleurs le cas dans à peu près tous les serials. De toute manière, à 55 ans, il aurait été d’un goût un peu scabreux de voir Tom Mix faire des avances trop explicites à la fille du chef Indien, incarnée par une Joan Gale âgée d’à peine 23 ans ; il est vrai que William S. Hart, lui, ne reculait pas devant ce genre d’audaces douteuses. Et puis bon, on a beau être pro-Indien, faudrait quand même pas pousser ce genre de bonnes intentions jusque dans la chambre à coucher, hein ! La jeune Indienne s’efforce pourtant de donner des gages de blanchitude : elle est par exemple la seule de sa tribu à parler normalement, et pas en baragouinant cette sorte d’anglais haché par lequel ses congénères s’expriment… même lorsqu’ils sont entre eux. Et donc Tom Mix, qu’on a souvent vu plus entreprenant envers la gente féminine, s’en tient pour le coup à une malice bien plus enfantine consistant à aller chiper une tourte sur le rebord de la fenêtre ; et on constate lors de cette séquence à quel point son jeu est encore marqué par le style pantomimique propre au cinéma muet. On a souvent glosé sur la sonorité étrange de la voix de l’acteur, due à une blessure reçue à la gorge, et qui aurait entraîné son relatif déclin lors du passage au cinéma parlant ; s’il est vrai que la diction de Mix a quelque chose de traînant et que son timbre est un peu rauque, vous pourrez juger qu’il n’y a cependant rien de réellement flagrant non plus. La plupart des extérieurs ont été tournés dans le célèbre ranch Iverson, très prisé des cinéastes depuis la fin des années 1910 car il était situé dans la périphérie de Los Angeles ; j’ai déjà eu l’occasion de vous parler de cet endroit mythique. Pour l’anecdote, un des rochers du site porte le nom de Tom Mix Rock après que, pour les besoins du tournage de « The miracle rider », on y a creusé deux trous afin que l’acteur puisse s’y positionner en vue d’une cascade, qu’il n’effectuera pas lui-même comme je l’ai expliqué précédemment. Quant à Nat Levine, grâce au succès financier éclatant de « The miracle rider », il put étendre ses activités en rachetant le studio de Mack Sennett ; cela le mit en position de force lorsqu’au même moment, en avril 1935, Herbert Yates fonda Republic Pictures en fusionnant différentes compagnies de production – dont celle de Levine – qui utilisaient CFI, son laboratoire de traitement de film. Dans l’architecture de sa nouvelle compagnie, Yates mit à Levine à la tête du département consacré aux westerns de série B et aux serials, ce qui explique la continuité formelle qu’on peut aisément constater entre les feuilletons produits par la Mascot et ceux que va produire avec un savoir-faire éprouvé la Republic, durant tout ce qu’on appellera l’âge d’or du serial.


Hormis écrire cette présentation, je n’ai pas eu grand-chose à faire pour ce post, sinon effectuer cette basse besogne consistant à ripper un DVD (la honte…), en l’occurrence celui qu’avait sorti Bach Films pour « The miracle rider ». Ce film du domaine public n’a pas bénéficié de restauration à ce jour, la copie n’est donc pas fameuse dans l’absolu ; mais si on la compare à ce que je vous propose à ce que je vous propose régulièrement dans ce cycle consacré à Tom Mix, alors il s’agit plutôt d’un bon cru en matière de qualité d’image. Quant au sous-titrage, j’ai eu l’occasion plus d’une fois de dire tout le mal que je pensais de Bach Films, mais je reconnais que pour « The miracle rider » le travail qu’ils ont effectué est d’une qualité très appréciable. En outre, ils ont agrémenté leur édition de textes et commentaires fort intéressants faits par Roland Lacourbe, et qui concernent le serial en général et « The miracle rider » en particulier. Je ne saurais donc que vous conseiller, si toutefois il est encore disponible à la vente, d’acquérir ce DVD plutôt que de télécharger les fichiers que je vous propose ici, et pour lesquels j’ai regroupé les épisodes par paquets de quatre (le premier compte double), à décompresser avec 7zip.


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