LE VENGEUR

 HD

(VOSTFR)


Réalisation : Richard L. Bare

Casting : Randolph Scott, James Craig, Angie Dickinson

Durée : 87 min

Année : 1957

Pays : USA

Genre : Western


Histoire : Venu rejoindre son frère Dan, l’ex-capitaine Buff et ses deux collègues découvrent son camp attaqué par des Indiens. Dan a été tué et Buff découvre que la poudre de ses balles avait été remplacée par de la poussière de charbon. Buff et ses deux compères partent pour Medicine Band afin d’y trouver le coupable.



MP4 WEB-DL 1080p 1.96 Go VOSTFR

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Tourné en 1955, « Shootout at Medicine Bend » constitue l’angle mort de la période faste de la carrière de Randolph Scott, durant laquelle il alternait des tournages pour la Warner (au cours desquels il touchait 100 000 dollars par film) et pour le producteur Harry Joe Brown à la Columbia. L’acteur s’apprêtait alors à entrer dans la dernière partie de sa carrière, le « Rannown cycle » pour lequel il est resté célèbre chez les cinéphiles, et qui allait démarrer avec « Seven men from now ». En attendant, il s’agissait de boucler le contrat avec la Warner ; soit que celle-ci ait sciemment décidé de bâcler un dernier tournage auquel elle ne voyait plus d’intérêt, soit qu’elle se soit aperçu une fois le film terminé que cela ne valait pas tripette, toujours est-il qu’elle préféra jouer la prudence en le rangeant provisoirement dans un tiroir. Et ça n’est que deux ans plus tard, en mai 1957, que la compagnie trouva comme solution de le distribuer en double programme avec… « Elena et les hommes » de Renoir, dans une version tronquée et doublée pour le marché américain ! Il suffisait d’y penser… Il faut dire qu’à peu près tout est insolite avec « Shootout at Medicine Bend », au sujet duquel on ne comprend pas vraiment ce que la Warner et Scott ont cherché à faire, à part peut-être étrenner le tout nouveau décor de western construit sur le backlot de la compagnie, en complément du ranch Calabasas. Car comme on va le voir, tant au niveau du scénario que de certains choix techniques, on ne cesse d’être dérouté par ce film qui ne doit aujourd’hui d’avoir été exhumé d’un oubli à peu près mérité, par la seule présence à son générique de deux débutants promis à un meilleur avenir : Angie Dickinson, chez qui on semblait encore hésiter à voir une brune ou une blonde, et le très télévisuel James Garner, dont personnellement je peine à comprendre l’engouement qu’il suscitera par la suite.


L’enchaînement des deux premières séquences de « Shootout at Medicine Bend » résume à lui seul la contradiction fondamentale qui régit le scénario, et qui rend l’œuvre atone du fait qu’elle ne parvient pas à décider du registre sur lequel elle entend se situer. Le film ouvre en effet sur une scène d’action très classique nous montrant l’attaque par quelques Indiens d’un petit groupe de colons sédentaires, interrompue par l’intervention opportune de la cavalerie – ici réduite à trois soldats démobilisés. Nous voilà donc en terrain connu, et tout ceci nous laisse espérer un western sans doute très banal mais avec son lot de péripéties remuantes et d’enjeux dramatiques propres au genre, dans le cas présent un trafic d’armes défectueuses. Sauf que… Sans crier gare, cette mise en bouche enchaîne avec une séquence qui s’en va chercher cette fois l’inspiration dans les marges du burlesque, et ceci de manière tout à fait assumée ; autant vous dire qu’au bout d’un quart d’heure à peine, on ne sait déjà plus trop sur quel pied danser, et l’incertitude quant à savoir si c’est du lard ou du cochon va durer tout le reste du film. Premier écueil, donc ; mais ce n’est pas tout : si la première séquence ainsi que le titre du film paraissent nous promettre du grand air et de l’action, cela s’avère tout aussi trompeur, et l’on va davantage être en présence non pas tout à fait d’un de ces « westerns en chambre » (lesquels possèdent aussi leurs chefs d’œuvre, il est vrai), mais disons plutôt, en l’occurrence, d’un « western en réserve de magasin », ce qui est en fin de compte assez original je vous l’accorde, mais tout de même assez déroutant. Tous ces éléments font flirter dangereusement « Shootout at Medicine Bend » avec l’incongruité, non seulement dans sa conception d’ensemble mais aussi dans certains détails : par exemple lors de ces scènes qui lorgnent carrément du côté de Zorro, avec notre Randolph favori qui revêt le masque une fois la nuit tombée, afin d’aller jouer quelques farces aux vilains (je vous laisse découvrir lesquelles, et vous verrez si le terme « incongru » est galvaudé), leur reprendre l’argent qu’ils ont dérobé et le remettre en cachette dans la tirelire de leurs victimes, lesquelles découvrent émerveillées l’heureuse surprise au petit matin, comme les enfants le jour de Noël… Une autre curiosité suspecte de ce film tient dans le choix du noir et blanc pour sa photographie, surtout si l’on considère que Randolph Scott ne jouait plus que dans des westerns en couleur depuis belle lurette, sa dernière apparition en noir et blanc remontant à 1949 (« The Doolins of Oklahoma »). Même si le travail de l’opérateur Carl Guthrie est très correct, ce choix est de toute évidence économique plutôt qu’esthétique, la différence de coût entre couleur et noir et blanc étant encore assez significative au milieu des années 50 ; la Warner paraît donc avoir décidé de n’investir dans le projet que le strict minimum, mais en restant bon an mal an dans une certaine décence : on ne va pas jusqu’à filmer des rues trop désertes, et la production aura malgré tout payé quelques figurants pour s’y promener. Quant au choix du réalisateur Richard L. Bare, on ne peut pas dire qu’on ait joué là la carte du prestige : si on lui doit à la limite un ou deux petits films policiers de bonne tenue, Bare n’aura cependant jamais pu prétendre à être un petit maître de la série B, pas même un tout petit ; qu’on songe qu’en cette année 1955 Randolph Scott venait tout juste d’enchaîner des tournages sous la direction d’André De Toth, cela donne une idée du saut qualitatif qui est fait ici en matière de mise en scène.


Un simple coup d’œil à la suite du parcours de plusieurs des protagonistes de ce projet bancal permet de saisir dans quel autre angle mort se situe une œuvre comme « Shootout at Medicine Bend » : elle est coincée dans une période où le western, dans la partie la plus modeste de sa production, va commencer à être rattrapé par la télévision. Et à deux ou trois années près, c’est vraisemblablement sous la forme d’un épisode des nombreuses séries affiliées au genre qui ont brusquement inondé le petit écran qu’aurait été envisagé la mise en image d’un tel scénario. D’ailleurs, après les prémisses que furent « The lone ranger » et les « TV shows » de Roy Rogers et de Gene Autry, l’année 1955 est précisément celle de l’arrivée en force de ce type de série télévisée, avec notamment « Cheyenne » et « Gunsmoke », lesquelles allaient d’ailleurs finir par saturer le genre et provoquer son déclin. Et ce n’est pas un hasard si ce décor de western dans lequel fut tourné une bonne partie de « Shootout at Medicine Bend », et que j’évoquais précédemment, venait précisément d’être bâti dans le backlot de la Warner (qui deviendra bientôt Laramie Street) en vue d’y tourner les productions télévisées de William T. Orr. De ce point de vue, on peut raisonnablement penser que la présence de James Garner dans « Shootout at Medicine Bend », pour sa troisième apparition à l’écran, constituait pour la Warner un coup d’essai afin d’évaluer son potentiel télévisuel : l’acteur était en effet pressenti pour tenir le rôle principal dans « Cheyenne », avant que Clint Walker ne soit choisi en fin de compte ; et comme nous le savons tous, c’est deux ans plus tard que Garner tiendra cette fois son rôle majeur sur le petit écran avec « Maverick ». Quant au metteur en scène Richard L. Bare, dont j’évoquais la carrière sans éclat pour le cinéma, il n’officiera quasiment plus que pour la télévision à partir de 1958, avec d’ailleurs une certaine prédilection pour ces séries de type western. Bref, on l’a bien compris, un film comme « Shootout at Medicine Bend » est symptomatique du changement de vecteur médiatique qu’amorce le genre au milieu des années 50, tout au moins dans la partie la plus routinière de sa production, celle qui ne nécessitait en tout cas pas trop de tournages en décor naturel. Peu soucieuse de produire un film de prestige avec un Randolph Scott avec qui elle n’allait plus être amenée à travailler ultérieurement (si ce n’est comme distributeur, pour « Westbound »), la Warner aura donc décidé de mettre à profit cette fin de contrat afin de tourner un simple bout d’essai pour la diversification de ses activités en direction de la télévision : voilà à quoi on peut résumer les intentions de « Shootout at Medicine Bend », et avouez que cela ne fait guère envie.

Pour autant, malgré ses multiples bizarreries et son manque criant d’ambition, il n’est pas interdit d’aller trouver çà et là quelques bribes d’intérêt à ce film certes dispensable, mais pas non plus indigne. Il y a tout d’abord ce bon vieux Randy, toujours égal à lui-même, et sur ce sujet il n’y a guère à argumenter : ceux qui ne l’aiment pas le trouveront toujours aussi monolithique et emprunté, et à l’inverse ses inconditionnels (je lève la main sans hésiter !) le trouveront toujours aussi impeccable ; au fond, Scott aura été un des héritiers les plus sûrs de William S. Hart, dont on sent bien qu’il a observé attentivement certaines tournures de jeu spécifiques. Quant au scénario, il habille en western une comédie de mœurs à l’argument plutôt sympathique, dans laquelle trois soldats bons vivants sont amenés à se faire passer pour des membres d’une secte puritaine. Celle-ci n’est pas nommée, mais on devine qu’il s’agit des Quakers ; à ce sujet, on aurait tort d’y voir une tentative de surfer sur la vague de « Friendly persuasion », le film de Wyler n’ayant pas encore été mis en chantier au moment du tournage de celui de Bare. Même s’il n’y a pas de quoi rire aux éclats, reconnaissons que le spectacle de nos trois gaillards obligés de faire bonne contenance alors qu’ils sont assaillis de tentations diverses (femmes, alcool, violence) reste de bon aloi, prétexte à quelques gags sans prétention mais somme toute plaisants. Le ton est celui d’une douce ironie, et Randolph Scott s’applique avec bonheur à jouer les airs entendus ; toutefois, au sein du casting c’est plutôt Gordon Jones qui est porteur de la caution comique, tandis que James Garner s’y essaie timidement en attendant d’y aller un jour plus franchement dans la série « Maverick ». Soulignons le fait que le public français non anglophone ne peut malheureusement pas profiter d’un gag récurrent particulièrement efficace, qui a trait à la langue américaine : le déguisement en missionnaires religieux des trois comparses n’est en effet pas seulement vestimentaire, mais se doit aussi d’être langagier ; les voilà donc qui s’appliquent à parsemer leurs phrases de tournures bibliques et surannées, notamment en utilisant « thee » à la place du « you ». L’air peu naturel avec lequel ces pauvres soldats s’efforcent malgré eux d’employer une langue soutenue à grand renfort de pronoms archaïques est tout à fait drôle, et on relèvera en particulier le discret sourire narquois qu’affecte Randolph Scott dans ces occasions. Mais comme vous vous en doutez peut-être, je n’ai pas trouvé d’astuce probante pour retranscrire cela dans mon sous-titrage, tout au moins de manière qui me satisfasse, et croyez bien que je le regrette… On remarquera dans ce film que la satire du prosélytisme religieux se fait d’une façon très conciliante, comme il est généralement de mise aux Etats-Unis, à l’opposé d’une satire européenne qui, pour ce type de sujet, se montre volontiers plus acerbe et offensive ; en effet, l’hypocrisie liée à la foi et ses velléités puritaines est ici parfaitement acceptée, utilisée comme source de plaisanteries mais jamais dénoncée en tant que telle : notre rapport à la religion est de son côté beaucoup plus conflictuel qu’il ne l’est pour les Américains.

S’il serait très exagéré de parler de comique troupier dans « Shootout at Medicine Bend », on notera cependant que l’élément militaire constitue un point d’appui secondaire par lequel le film joue cette carte de la comédie. A ce titre, l’échantillon des trois protagonistes que nous suivons à l’écran représente l’armée de manière métonymique, en offrant un parcours vertical de sa hiérarchie : voilà donc un capitaine, un sergent et un soldat de seconde classe. Hormis quelques gags spécifiques à l’univers des garnisons, comme le jeu de la délégation des ordres au sein de cette hiérarchie, la comédie joue raisonnablement la carte du parallèle entre les usages militaires et religieux, que ce soit pour en pointer les similitudes (on échange un uniforme contre un autre, par exemple), ou pour s’amuser de ce qui les oppose en apparence, comme par exemple le rapport à la violence. Bien qu’assez pauvrement exploitées, les idées en rapport sont bien là, et ce parallélisme entre les deux institutions débouche sur un dialogue assez plaisant qui clôt le film, au cours duquel le soldat de seconde classe déclare à ses anciens camarades qu’il vient de « signer un enrôlement avec les frères [quakers] ». Bon, reconnaissons que tout cela n’est pas non plus d’un fol amusement, et que l’enthousiasme du spectateur pour cette comédie anodine ne va pas plus loin que quelques petits sourires ; il n’y a cependant rien de déshonorant au résultat, mais disons que c’est juste le service minimum. Un mot encore sur Richard L. Bare, dont la mise en scène est à l’unisson de cette tiédeur d’ensemble ; cela est notamment sensible sur les rares scènes d’action que propose le film. Un exemple symptomatique de cette inspiration qui s’arrête constamment à mi-chemin est contenu dans la bagarre finale entre Scott et le méchant de l’histoire : elle se déroule en réserve de magasin, comme à peu près tout le film, ce qui est certes original pour un western mais tout de même très télévisuel. Au cours de cet affrontement, Bare insère un plan assez long et inattendu, beaucoup plus sonore que visuel, durant lequel un sac de café éventré se vide en laissant choir son contenu sur des récipients métalliques, ce qui crée un bruit qui décroît lentement jusqu’au dernier grain tombé. Ce type de plan étiré est très intéressant, pourvu qu’il soit exploité au profit de l’action en cours ; c’est probablement ce qu’auraient fait des réalisateurs chevronnés comme Mann, Hitchcock ou René Clément, en utilisant ce bruit insolite pour créer de la tension d’une façon ou d’une autre, ou pour couvrir le déplacement d’un protagoniste, ou que sais-je encore. Or Richard L. Bare, lui, filme simplement cette séquence pour elle-même, sans autre finalité ; tout se passe comme s’il pressentait le potentiel que cela pouvait receler, mais en échouant à trouver la solution de mise en scène qui pourrait mettre cette bonne idée à profit. C’est vraiment dommage, un peu frustrant même ; mais trouver ce petit rien qui manque pour concrétiser une intuition, c’est peut-être beaucoup plus gros que nous ne l’imaginons, car c’est sans doute cela qui, au fond, fait la différence entre l’obscur tâcheron et l’artisan solide et estimé. Ou entre la télé et le ciné…

Le fichier vidéo que j’ai utilisé est d’excellente qualité, le film ayant bénéficié d’une édition numérique haut de gamme. Côté sous-titres français, ceux qu’on trouve sur opensubtitles sont bons à mettre à la poubelle, sauf peut-être pour ceux qui regardent les films sur leur téléphone portable tout en épluchant les patates et en discutant avec la voisine par la fenêtre ; mais c’est aux autres que je m’adresse, et pour eux que j’ai refait intégralement la traduction à partir des sous-titres anglais ainsi que le redécoupage, afin qu’ils puissent être maintenant sûrs et certains que « Shootout at Medicine Bend », eh bien c’est pas terrible.


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