DON X, FILS DE ZORRO

 (VO + SRT)


Réalisation : Donald Crisp

Casting : Douglas Fairbanks, Mary Astor, Jack McDonald

Durée : 113 min

Année : 1925

Pays : USA

Genre : AVenture


Histoire : Fin escrimeur, espiegle et bondissant, le fils de Zorro fait l’emerveillement de la cour d’Espagne jusqu’au jour ou il est injustement accuse de crime.



MP4 DVDRIP 1.72 Go VO + SRT

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Zorro est arrivé, Zorro est revenu ! Oui, enfin, euh… pas si vite. Reprenons : premier gros succès commercial de la United Artists, « The mark of Zorro » représente en 1920 un tournant dans la carrière de Fairbanks, qui n’apparaîtra désormais plus que costumé, dans des productions dispendieuses. Bien que contenant encore quelques vagues éléments de western, l’œuvre marque l’apparition du genre « cape et d’épée » au sein du cinéma d’action. Enfin, le film était le prototype du « blockbuster », un modèle économique dans lequel on ne lésine pas sur les moyens afin que cela rapporte gros, très gros, avec un produit culturellement transversal susceptible d’être mondialement diffusé. Et dès qu’on parle de blockbuster, le spectateur se met à compter en chiffres romains en réclamant à cor et à cri qu’on lui fasse « le II », ou « la suite », ou « le retour », ou « la revanche », comme vous voudrez, et si ça marche encore on envisagera « le III ». On peut d’ailleurs discerner une nuance entre ce type de prolongations qu’auront connus « Rocky », « Alien » et tant d’autres, et le modèle des franchises type « James Bond » ou « Star wars ». Dans le premier cas, le métrage initial n’est pas nécessairement conçu pour connaître des suites, l’histoire se suffisant à elle-même, ce qui n’empêche pas le scénario de laisser la porte ouverte : on évite donc de tuer le méchant à la fin, au cas où le succès populaire soit au rendez-vous ; si les suites se multiplient, cela peut se muer en franchise, comme dans le second cas où cette fois-ci la multitude des épisodes fait partie du concept initial. Zorro, lui, entre clairement dans la première catégorie. On a vu la semaine dernière que Fairbanks et son équipe avaient envisagé que l’entreprise puisse tourner au fiasco ; mais ils s’étaient tout autant préparé au succès, puisqu’il apparaît que le dénouement de « The mark of Zorro » répond à la caractéristique de prudence précitée. En effet, les scénaristes ne commirent pas la maladresse qu’avait eue McCulley de faire mourir le vilain capitaine Ramon à la fin de « The curse of Capistrano » ; quant à Zorro, il terminait dans le film un peu à la façon du roi Arthur, en plantant son épée quelque part tout en s’exclamant « Jusqu’à ce que j’aie à nouveau besoin de toi ! ». Bref, même si Zorro avait ôté son masque, on voit bien que tout le monde avait quand même une idée derrière la tête, au cas où le succès serait au rendez-vous. Or il le fut.


Conçue au début avant tout comme une société de distribution, la United Artists va progressivement intégrer durant les années 20 un studio de production, tout d’abord nommé le Pickford-Fairbanks Studio, utilisé par les quatre cofondateurs de la compagnie ainsi que par d’autres producteurs indépendants qu’ils distribuent. Douglas Fairbanks avait depuis belle lurette sa propre société de production, comme nous l’avions vu la semaine dernière ; entré dans la phase flamboyante de sa carrière, il tournera à la suite de « The mark of Zorro » trois nouveaux films d’aventures en costume : « The three musketeers », « Robin Hood » puis « The thief of Bagdad ». Financièrement risqué du fait de son coût faramineux, le dernier d’entre eux offrait dans sa démesure une sophistication artistique qui en faisait une sorte de point de non-retour, et laissait présager que la machine Fairbanks pouvait fort bien s’emballer si l’on n’y prenait garde. Or dans le même temps, Douggie concevait déjà le projet de ce qui serait plus tard « The black pirate » ; il lui fallait donc, en guise d’intermédiaire, produire un film sans risque financier ni artistique, une sorte de retour aux fondamentaux pour l’acteur virevoltant : c’était l’occasion ou jamais que Zorro ressorte son épée du mur où il l’avait fichée en 1920. Et ce sera donc « Don Q, son of Zorro », dont le tournage principal s’étala de février à avril 1925, non pas en Espagne comme prévu initialement mais plus sagement dans le Pickford-Fairbanks Studio susnommé. Il s’agit donc, si je ne m’abuse, du premier exemple de suite donnée à un blockbuster, même si ce dernier terme est anachronique j’en conviens ; mais c’est précisément sur cette qualification de suite que « Don Q, son of Zorro » recèle une certaine ambigüité, même si elle affecte peu ses qualités intrinsèques. Car ce film qui voudrait se présenter comme une sorte de « Zorro II » n’entretient finalement que des liens très superficiels avec le héros inventé par Johnston McCulley, ce dernier n’étant d’ailleurs même pas crédité au générique. Il est vrai que Fairbanks ne détenait les droits que pour le feuilleton initial « The curse of Capistrano », qui était justement en train de sortir sous forme de roman ; je serais toutefois étonné que cela fournisse une explication à cette étonnante contradiction, car le budget très confortable du film permettait sans aucun doute l’acquisition de droits pour les nouvelles aventures de Zorro écrites par McCulley à partir de 1922. Pour autant, cela n’empêche pas « Don Q, son of Zorro » d’être une œuvre tout à fait réussie, fort distrayante, Douggie ayant même acquis depuis lors une aisance certaine à l’escrime, dont la maîtrise pouvait paraître encore un peu hésitante en 1920 ; et à l’âge de 42 ans, ce diable de comédien tenait encore une forme physique exceptionnelle, ce qui nous vaut pour ce nouveau film de 1925 des scènes d’action une fois encore ébouriffantes. Mais point de Zorro, lequel ne figure guère que dans le titre afin d’appâter le chaland, ainsi que dans le combat final pour lequel il débarque sans vraiment d’à-propos. Pire encore, on finit par penser qu’il est heureux qu’on n’aperçoive pas beaucoup notre justicier masqué, car son apparition ne fait au fond figure que d’incongruité au sein de péripéties qui se passeraient fort bien de lui : le fils de Zorro pourrait tout aussi bien être celui de D’Artagnan ou de Rocambole, ses aventures sont suffisamment trépidantes en elles-mêmes sans qu’elles nécessitent le secours scénaristique de son papa. Dès lors, les allusions au super-héros du film de 1920 se bornent à quelques petits clins d’œil (ombres chinoises, mouchoir et tour de magie), alors que l’univers dans lequel évolue « Don Q, son of Zorro » est d’une nature bien différente, comme on va le voir, de celui de son géniteur supposé.


J’aime bien Serge Bromberg, comme vous pouvez vous en doutez ; mais malgré tout le respect que je lui dois, force est de constater que pour l’édition DVD Lobster de « Don Q, son of Zorro », il a dû rédiger sa présentation un lendemain de cuite : il y assène une double énormité qui lui vaudrait d’avoir le Z de zéro gravé sur le veston. A propos des décors du film, il nous parle en effet d’une « reconstitution de la Californie de la fin du XIXe siècle ». Aïe… Hormis une scène inutile nous montrant Zorro et Bernardo décrochant l’épée du mur de leur hacienda californienne, l’intégralité de l’action de « Don Q, son of Zorro » se situe en Espagne, ce qui ne cesse d’être rappelé tout au long du film : on y croise même un archiduc autrichien en villégiature. Or Sergio semble donc persuadé, lui, qu’il s’agit bel et bien d’une suite de Zorro, ce qui n’est pas du tout le cas sauf dans le titre : a-t-il pris seulement la peine de voir le film qu’il éditait ? Pire encore, situer les aventures du justicier tout de noir vêtu à la fin du XIXe est une bourde si catastrophique qu’elle ferait même hurler Bernardo : caramba ! encore un qui croit que Zorro, c’est du western ! Allez, pour sa peine, un petit cours de zorrologie histoire de remettre les pendules à l’heure… Même si Johnston McCulley ne donne aucune date précise, il situe les exploits de son héros dans la Californie de la Nouvelle-Espagne, laquelle était une vaste colonie espagnole s’étendant du sud-ouest des actuels Etats-Unis (Californie, Nouveau-Mexique, Texas) jusqu’au Costa-Rica. Ainsi, dans sa version canonique, Zorro ne saurait donc avoir réalisé ses exploits à une date postérieure à 1821, date à laquelle le Mexique prit son indépendance vis-à-vis du royaume d’Espagne. Par ailleurs, les allusions à la bourgade de Los Angeles font quant à elles de 1781 une borne chronologique inférieure pour les aventures du héros tout en noir. Quant aux versions apocryphes, elles étendent les péripéties de Zorro à la période de la Californie sous domination mexicaine, ce qui porte la borne supérieure au mieux jusqu’à 1848, date à laquelle le territoire fut annexé par les Etats-Unis après deux ans de guerre contre le Mexique. Comme je l’écrivais la semaine dernière, l’imaginaire de Zorro est très différent de celui des westerns traditionnels : historiquement, il se rattache à la période des 21 missions espagnoles dirigées par les pères franciscains, réparties le long de la côte californienne et dont le but était d’évangéliser les Indiens du cru. Contrairement à sa promesse de céder une partie du pouvoir à ces derniers, la monarchie espagnole gardait un contrôle étroit du pays à l’aide d’un gouverneur tout-puissant et ses fonctionnaires coloniaux corrompus, personnages contre qui Zorro entre en rébellion. Quant aux familles aristocratiques à la tête de ranchs, il semble n’y en avoir eu à l’époque qu’une trentaine sur tout le territoire ; le nombre des caballeros qu’on voit s’allier à Zorro dans le feuilleton de McCulley et le film de 1920 paraît donc hors de proportions. Pas grave : « The curse of Capistrano » ne prétendait pas être un roman historique, juste un feuilleton pulp pour la distraction du plus grand nombre. En tout cas, c’est bel et bien dans cet imaginaire-là que sont implantées les aventures de Zorro, et vraiment pas dans celui de la fin du XIXe. Fin de la parenthèse.

Revenons au film qui nous occupe cette semaine, cette fausse suite pour laquelle Zorro n’est qu’un simple sponsor sur l’affiche. Si « The mark of Zorro » faisait figure d’amorce tâtonnante d’un genre naissant, le film de cape et d’épée, « Don Q, son of Zorro » en représente une forme beaucoup plus achevée, ne serait-ce que par le cadre européen de son intrigue. Celle-ci est adaptée d’un roman d’Hesketh et Kate Prichard intitulé « Don Q’s love story », que les scénaristes ont remanié afin d’y faire entrer Zorro, et cela de manière assez artificielle comme je l’ai déjà souligné. Aventurier et tireur d’élite dans l’armée britannique, Hesketh-Pritchard forma un duo littéraire avec sa mère ; ils créèrent en 1904 un héros espagnol, Don Q, dont ils narrèrent les exploits dans des recueils de nouvelles, puis en 1909 dans le roman précité : le soi-disant fils de Zorro était donc né avant son père… Ces écrits apparaissent comme de lointains descendants du « räuberroman », un courant littéraire allemand puis anglais du tout début du XIXe, inspiré notamment par une célèbre pièce de Schiller (« Les brigands », 1781), et qui mettait en scène une figure de hors-la-loi de sang noble, à la fois héros et anti-héros, dans un esprit proche de Robin des Bois ; Don Q en est un dérivé tardif, présentant des côtés plus troubles (il ne rechigne pas devant le meurtre) et un esprit plus victorien. Il erre avec sa bande dans les terres d’Andalousie, où il se spécialise dans l’enlèvement avec demande de rançon (c’est un « sequestrador »), tout en montrant beaucoup de bienveillance envers le petit peuple et le clergé local : nous sommes donc effectivement dans un esprit proche de Zorro. Et pourtant, ce roman « Don Q’s love story » qu’on propose à Fairbanks d’adapter, est justement celui par lequel Hesketh-Pritchard rompt avec les références précédentes en proposant cette fois-ci un aristocrate installé à la cour mais que les circonstances – il est injustement accusé de meurtre – vont pousser à prendre le maquis. On s’éloigne donc fortement de l’idée d’un justicier vaguement révolutionnaire à la manière de Zorro ou de Michael Kohlhaas pour entrer dans une intrigue de cour dont l’esprit est celui des romans de cape et d’épée ultérieurs, du type Dumas ou Zévaco. Quant à ce pauvre Zorro, il en est donc réduit à taper l’incruste dans le film ; c’est pourtant suite à ce malentendu qu’il va récupérer un nouvel attribut à son attirail de justicier : le fouet. Douggie a semble-t-il passé six semaines à en apprendre le maniement virtuose, et il nous en fait ample démonstration dans la première partie du film ; il en varie d’ailleurs les usages, n’hésitant pas à en faire une sorte de grappin au bout duquel il va se balancer pour exécuter ses cabrioles. Or si c’est bel et bien Don Q qui l’utilise, c’est finalement Zorro qui en héritera pour la postérité : un serial de la Republic en fera même plus tard son titre (« Zorro’s black whip », 1944). On notera qu’un fouet apparaissait dans une scène du film de 1920 ; cependant il ne servait pas d’arme proprement dite ou d’accessoire, et était utilisé plus classiquement comme instrument d’un châtiment corporel infligé sur ordre des autorités à un prêtre innocent.

Zorro est donc trahi dans ce film de 1925, qui le réduit à un argument publicitaire ; pour autant, pris pour ce qu’il est, « Don Q, son of Zorro » est un divertissement de haute tenue et un modèle du film de cape et d’épée ; certains le préfèrent carrément à « The mark of Zorro », bien que la comparaison soit difficile pour les raisons que j’ai exposées. On perçoit en tout cas nettement l’inflation des moyens mis à disposition de Fairbanks depuis le film de 1920, lequel paraîtrait presque fauché en regard de celui-ci ; on notera en particulier un impressionnant décor de ruines dans lequel prend place notamment la bagarre finale. Tout cela est fait avec goût, et fut visuellement conçu par des directeurs artistiques de renoms : Francis Cugat et Edward M. Langley. Le premier était d’ailleurs d’origine espagnole, et travaillera sur l’autre aventure hispanisante de Doug, « The gaucho » ; quant à Langley, il travaillait déjà avec Fairbanks depuis 1919, et avait créé la plupart des décors de « The mark of Zorro ». Au niveau du scénario, « Don Q, son of Zorro » apparaît beaucoup plus élaboré et plus cohérent que le film de 1920, lequel souffrait par moment des origines feuilletonesques du roman de McCulley ; cette évolution positive traduit aussi le rapide perfectionnement qu’était en train d’acquérir durant les années 20 le cinéma hollywoodien en matière de technique narrative. Il en résulte un film au rythme à peu près homogène, même si l’intrigue proprement dite ne démarre qu’au milieu du film, la première partie consistant en un virtuose enchaînement de séquences d’action mettant en valeur autant la vigueur athlétique que les penchants comiques de Douggie, pour le plus grand plaisir de ses admirateurs (et admiratrices, bien sûr). Quant à la mise en scène, assurée par Donald Crisp qui interprète également le méchant rival, son style est exactement celui qu’adoptera souvent le cinéma américain pour ce que nous appelons aujourd’hui les blockbusters. A ce titre, on peut dire qu’elle a les avantages de ses inconvénients, à moins que ce ne soit l’inverse : d’essence purement fonctionnelle, elle vise avant tout à l’efficacité narrative, ce qui exige déjà un certain savoir-faire ; le revers de la médaille est son caractère impersonnel, qui sacrifie le style au pur effort de divertissement. Et c’est sur ce point, qui est tout sauf anecdotique, que « The mark of Zorro » est un film beaucoup plus attachant que ne l’est ce succédané, malgré le plaisir certain que l’on a à en suivre les amusantes péripéties. Machinerie un peu trop bien huilée, « Don Q, son of Zorro » est un produit de facture irréprochable auquel manque ce supplément d’âme, ce charme certain que possédait « The mark of Zorro ». Mais ne boudons pas non plus notre plaisir, car cette surenchère que propose le film s’avère tout de même fort distrayante. Un exemple parmi d’autres : j’avais évoqué la semaine dernière les deux figures complémentaires de méchants qui s’opposaient à Zorro dans le film de 1920 ; or nous avons cette fois-ci carrément trois méchants, là encore de styles différents. Voilà donc Jean Hersholt en pleutre sournois et visqueux, tandis qu’Albert MacQuarrie interprète un terrifiant croquemitaine qui ne recule devant aucun moyen ; quant à Donald Crisp, son méchant à lui reprend peu ou prou les caractéristiques de l’infâme capitaine Ramon du film de 1920, et on notera que la rivalité amoureuse qui l’oppose au héros est une des rares caractéristiques communes aux deux films. « Don Q, son of Zorro » fit un malheur au box-office, et reçut même un accueil critique plus favorable que celui qu’avait reçu le film de Fred Niblo cinq ans auparavant.


Allez, le cadeau Bonux ! Comme on vient de le voir, « Don Q, son of Zorro » est la forme achevée d’un genre, le film de cape et d’épée, dont « The mark of Zorro » avait fixé en 1920 des jalons importants au sein de l’industrie hollywoodienne. Mais culturellement parlant, ce genre cinématographique est davantage européen qu’américain, et il est donc tout à fait logique qu’il se soit épanoui tout autant de ce côté-ci de l’Atlantique : à ce titre, le fait que l’adaptation française en 1921 par Henri Diamant-Berger des « Trois mousquetaires » soit exactement concomitante de celle produite par Douglas Fairbanks aux Etats-Unis est tout à fait significatif. Bien sûr, des prémisses du film de cape et d’épée se firent sentir bien avant les œuvres précitées, et cela dès les années 1900 ; le film bonus que je vous propose est celui qui, dans notre pays, fait figure de précurseur en la matière. Mais attention, mon propos risque d’apparaître à certains très réducteur ; car s’il ne dure qu’un petit quart d’heure, « L’assassinat du duc de Guise » réalisé par André Calmettes et Charles Le Bargy en 1908 est une œuvre d’une importance considérable pour ceux qui s’intéressent à l’histoire du cinéma, et son intérêt dépasse largement celui, très anecdotique, que je lui accorde ici. Dix paragraphes ne suffiraient pas à exposer la révolution cinématographique que constitue ce petit film qui fut alors très remarqué, notamment aux Etats-Unis par Griffith qui sut parfaitement en saisir les innovations formelles pour s’en inspirer. Effort de scénarisation dans la succession des tableaux, direction d’acteur qui se détourne du côté gesticulatoire des œuvres de Méliès, introduction de la musique de film comme composante à part entière, volonté d’élargir le public du 7e art des classes populaires vers les couches plus cultivées de la société, etc : vous voyez que ce simple court-métrage qui est tout sauf anodin mériterait pour lui tout seul de très longs développements. De manière plus triviale, je vous le propose comme simple préfiguration des futures aventures à costumes et à fleurets mouchetés par lesquelles Douglas Fairbanks puis Errol Flynn ou Jean Marais divertiront plusieurs générations de cinéphiles. Evénement historique bien connu ayant trait aux rivalités de pouvoir dans la France de la fin du XVIe siècle, l’assassinat du duc de Guise avait déjà été porté à l’écran par les frères Lumière (1897) puis par Zecca (1902) ; ces mises en images étaient elles-mêmes précédées d’un célèbre tableau peint par Delaroche en 1834. La scène qui nous intéresse ici est bien évidemment celle de l’assassinat proprement dit, qu’on peut voir comme une première tentative d’inventer un cinéma d’action ; or force est de constater que si elle le préfigure effectivement par une technique narrative efficace et plus sophistiquée que ce qu’on connaissait jusqu’ici (effet de suspense, passage d’une pièce à l’autre, etc), cette scène souffre malgré tout des limitations que les auteurs semblent avoir voulu s’imposer en matière de bienséance, la représentation d’un combat induisant nécessairement celle d’une certaine violence. D’une part on distingue mal dans les gestes les coups portés (hormis le dernier), d’autre part l’attitude de défense du duc de Guise paraît assez peu énergique ; or on sait qu’il parvint en réalité à blesser quatre de ses adversaires avant de s’effondrer. Plus que dans la mise en scène de l’action, c’est en fin de compte davantage par le décor historique et l’évocation des intrigues de cour que « L’assassinat du duc de Guise » fait figure d’ancêtre du film de cape et d’épée. La copie que j’ai trouvée n’est pas tout à fait complète, il manque la dernière minute durant laquelle on voit les gardes mettre le corps du duc dans la cheminée pour le brûler.


L’ASSASSINAT DU DUC DE GUISE (1908)

Court-metrage 18 min VF

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En ce qui concerne « Don Q, son of Zorro », le fichier que je propose est un DVDrip de qualité correcte mais sans plus ; à ma connaissance il n’existe pas de version HD. Pour les sous-titres, je me suis contenté de prendre ceux du DVD, en y apportant cependant quelques petites corrections nécessaires à deux ou trois endroits (les pros ne sont pas toujours très pros). Le court-métrage bonus est quant à lui dans une copie de moindre qualité ; je n’ai pas trouvé mieux bien que le film ait bénéficié d’une restauration dans les années 80, notamment en lui restituant ses teintes d’origine ce qui n’est pas le cas ici. D’ailleurs, soit dit en passant, si quelqu’un a cette version et veut bien la partager, je suis preneur. Quant à la bande-son, c’est bien celle composée à l’époque spécialement pour le film par Camille Saint-Saëns, tout va bien de ce côté-là.


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