(VOSTFR)
Réalisation : Lambert Hillyer
Casting : William S. Hart, Eva Novak, J. Gordon Russell
Durée : 66 min
Année : 1920
Pays : USA
Genre : Western
Histoire : ‘Sierra’ Bill, chef d’une bande de hors-la-lois, tombe amoureux d’une jeune violoniste dont l’orchestre est en tournée dans la région…
MP4 WEBRIP 720p 967 Mo VOSTFR perso
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Les choses sont (parfois) mal fichues. Pour une fois que nous pouvons disposer d’un film de William S. Hart dans une bonne copie, complète et correctement restaurée, il faut malheureusement que cela tombe sur un film mineur… Car si au demeurant il n’est pas désagréable à regarder, « The testing block » me paraît être une œuvre infiniment moins riche que peuvent l’être « Hell’s hinges », « Tumbleweeds », « The aryan » ou encore « The toll gate » tourné quelques mois auparavant. Il est vrai qu’en ce tout début des années 20 la période de déclin est enclenchée pour Hart, Tom Mix faisant alors beaucoup parler de lui à la Fox : le good-badman semble avoir fait son temps. En outre, des membres importants de l’équipe ont plié bagage : le producteur Thomas H. Ince, l’ancien ami avec lequel Hart est maintenant en procès, et le scénariste C. Gardner Sullivan ; mais le réalisateur Lambert Hillyer est toujours de la partie, de même que l’excellent chef-opérateur Joseph August. Hart produit donc le film par le biais de sa propre société, en contrat de distribution avec la Paramount. Tourné en mars 1920 et d’une longueur de six bobines, « The testing block » sortira à la toute fin de l’année ; son scénario est élaboré par Hillyer d’après une histoire écrite par William S. Hart lui-même.
L’essentiel des ingrédients qui rendent un western de Hart immédiatement reconnaissable sont bel et bien au rendez-vous : un bandit pas trop méchant qui va suivre par amour la voie de la rédemption, avec la forte teneur mélodramatique qu’induit ce genre d’histoire. Comme à l’habitude chez Hart, le sentiment amoureux ne résulte pas d’une longue maturation des sentiments, mais se manifeste au contraire sous la forme d’une révélation brutale provoquée par une sorte d’apparition, au sens le plus merveilleux du terme. Cette récurrence du coup de foudre amoureux prend dans « The testing block » une tournure élaborée qui constitue un des points notables du film : la révélation épiphanique s’effectue cette fois en deux temps, puisque le personnage de Sierra Bill va d’abord s’enticher d’une affiche représentant la violoniste Nellie, avant de tomber en pâmoison devant la demoiselle en chair et en os, et auréolée par les mélodies langoureuses de son violon. Dès lors, le coup de foudre du bandit à cœur d’artichaut paraît ici plus envisageable, du fait que sa dulcinée lui est révélée par un véritable processus de mise en scène, avec image et son, qui plus est de nature assez sophistiquée puisqu’il fonctionne comme une fusée à deux étages : d’abord une affiche de spectacle, dont la dimension picturale a pour fonction d’idéaliser Nellie, qui prépare le terrain pour l’apparition proprement dite, magnifiée quant à elle par deux registres sensoriels simultanés, l’un à nouveau visuel (la robe de scène, d’ailleurs assez singulière) et l’autre sonore avec l’enjolivement musical fourni par le violon. Sierra Bill se retrouve donc bel et bien subjugué par une mise en scène au sens propre du terme, puisqu’il assiste à un spectacle, auquel la tournure d’esprit romantique du personnage va permettre de donner à ces artifices leur pleine efficacité : c’est au fond davantage d’un rêve ou d’une fantasmagorie que le héros devient amoureux, plutôt que d’une femme réelle. Mais l’habileté de William S. Hart et de son coréalisateur ne s’arrête pas là concernant cet aspect de l’histoire : à la mise en scène dont je viens de parler va s’en ajouter une autre, destinée cette fois au spectateur (c’est-à-dire de nature cinématographique), lorsque dans une séquence nocturne qui suit cette épiphanie, on voit Sierra Bill se laisser aller à une rêverie fantasmatique dans laquelle vont se fondre les deux images de Nellie, celle du dessin sur l’affiche et celle de son apparition réelle. Et la prouesse que réalise cette scène étonnante n’est pas seulement conceptuelle, mais aussi technique : il fallait tout le savoir-faire d’un opérateur comme Joe August pour réussir le chevauchement des deux images et donner à l’ensemble une tonalité réellement féérique. On ne peut d’ailleurs que saluer, d’une manière plus générale, la qualité des prises de vue nocturnes réalisées par August à l’aide de lampes à arc : c’est un point que j’avais déjà relevé à propos de « Wagon tracks ».
Mais malgré quelques bons moments comme celui que je viens d’évoquer, et quelques qualités qu’on retrouve dans presque tous les long-métrages de Bill Hart, comme par exemple des intertitres aux très beau graphisme, il faut reconnaître que « The testing block » est d’un moindre intérêt que les films de Bill Hart que vous ai présentés jusque-là dans cette rétrospective. Ce qu’il manque au scénario de celui-ci, c’est un de ces fameux dilemmes moraux qui constituent une donnée essentielle de la dramaturgie telle que la conçoit Hart. L’habituelle rédemption de l’anti-héros par l’amour intervient assez tôt dans le récit, comme c’est le cas dans d’autres œuvres de Hart, mais débouche sur une intrigue mélodramatique sans grande originalité, au cours de laquelle le personnage va être piégé par un ancien complice devenu rival. Et si par certains aspects cette trame peut rappeler celle de « The toll gate », elle est cette fois-ci infiniment moins riche car elle s’appuie beaucoup moins sur des ressorts psychologiques complexes que sur un simple enchaînement de situation. Et l’impression de banalité qui résulte du visionnage de « The testing block », surtout lorsqu’on le compare aux grandes réussites de William S. Hart, nous montre à quel point cet auteur tire la qualité et la singularité de son cinéma des questionnements moraux auxquels il soumet ses personnages, en lien avec les valeurs victoriennes qu’il cherche à véhiculer par ce moyen. Autre déception suscitée par « The testing block », certaines ellipses du scénario semblent davantage vouloir masquer des invraisemblances psychologiques que faire des effets de style : ainsi, si j’ai évoqué l’habileté avec laquelle Hillyer et Hart mettent en scène le coup de foudre amoureux de Sierra Bill, il n’en en va pas de même quant aux éventuelles motivations qui poussent Nellie à accepter sans se récrier un mariage célébré sous la menace d’un pistolet (au fond, c’est un viol qui ne dit pas son nom) avec une brute avinée, et de paraître y trouver son compte de surcroît. Il est pour le moins délicat d’imaginer que l’on n’envisage même pas de demander son avis à la jeune femme ; mais après tout, on pourrait se dire qu’en 1920, l’égalité des sexes, ça n’est pas encore pour demain, ni même après-demain… Cependant cette entourloupe de mise en scène qui consiste en un intertitre très évasif nous informant ce que ressent alors Nellie (et que j’ai d’ailleurs eu bien du mal à traduire), immédiatement suivi d’une ellipse de plusieurs années, peine quand même à nous faire avaler que cette demoiselle pas plus bête qu’une autre puisse subir sans broncher des mœurs dignes des âges obscurs. Enfin, de manière assez inhabituelle chez Hart, tout est bien qui finit bien dans la dernière bobine ; il n’y a certes aucune honte à nous offrir une conclusion heureuse, mais outre que le happy end sied mal au genre mélodramatique, on conviendra quand même que le ton plus amer que Hart donne plus volontiers aux dénouements de ses histoires contribue à rendre celles-ci attachantes pour les cinéphiles. Cette issue positive de l’intrigue, ainsi que le recours à une certaine dose d’humour par moments, pourraient permettre de rapprocher ce film de « The bargain » (1914) ; cependant, la première incursion de Hart dans le long-métrage parvenait à susciter davantage d’émotions grâce à une histoire plus simple, mais aux enjeux psychologiques plus intéressants que dans celle que propose ce film de 1920.
Malgré ces importantes réserves, « The testing block » recèle quelques moments agréables qu’il convient de relever. J’ai mentionné la séquence nocturne, essentielle, se déroulant dans le repaire des bandits ; or pendant que Sierra Bill rêve à sa dulcinée, il se déroule en arrière-plan la scène de beuverie la plus baroque que j’aie jamais vue au cinéma, impliquant tout le reste de la bande de hors-la-loi. On ne saurait tout à fait qualifier de joyeuse un tel genre de débauche, qu’il serait d’ailleurs vain de vouloir décrire, à part peut-être en la comparant à un concert de punks à chiens ; vous verrez en effet que comme le disait Blier dans une autre scène de saoulerie, célèbre par chez nous : « C’est du brutal »… Un autre attrait du film, plus reposant cette fois-ci, consiste dans l’utilisation adroite et variée des paysages du comté de Santa Cruz. Cette région de Californie fut en effet très prisée durant les débuts de l’industrie cinématographique, du fait de sa relative proximité géographique avec Hollywood (une journée de train). Vivant jusqu’ici pour l’essentiel de l’exploitation forestière, le comté de Santa Cruz se tourna alors vers le secteur touristique et celui du septième art, et le tournage de « The testing block » se situe au plus fort de cette mutation. La séquence d’orgie nocturne que j’ai évoquée a ainsi été tournée dans le parc d’état Henry Cowell, célèbre pour ses séquoias géants ; à noter que ce ne sont pas les mêmes arbres que l’on verra plus tard en 1930 dans la scène du règlement de compte de « The big trail » : Raoul Walsh choisira pour son film un parc de la Sierra Nevada situé dans le comté de Tulare. Le règlement de compte de « The testing block », lui, est filmé dans les environs de Ben Lomond, au sein d’une forêt de pins ponderosa : il s’agit là encore d’une essence typique de la Sierra Nevada (où est censé se dérouler l’action) mais que l’on trouve donc également dans le comté de Santa Cruz. Quant aux scènes montrant la cabane habitée par Sierra Bill et sa petite famille, elles semblent avoir été tournées dans un autre comté (Los Angeles), dans le célèbre ranch de Newhall que William S. Hart acheta quelques semaines après la fin du tournage de « The testing block », et où il bâtit par la suite sa maison de retraite. Un mot sur les comédiens : J. Gordon Russell est un bon méchant, qu’on retrouvera ensuite dans quelques autres films de Hart ; Eva Novak, dans le rôle de Nellie, est une actrice qu’on voyait surtout en partenaire de Tom Mix. Quant à Fritz, la célèbre monture de William S. Hart, c’est un superbe cheval pie qui, vous le verrez, a toute son importance dans l’intrigue, et qui se révèle être un acteur singulièrement doué ; il faudra absolument que je lui consacre un paragraphe ou deux, une prochaine fois sans doute. On notera au passage la belle prouesse technique de Joseph H. August lors d’une scène impliquant Hart, Fritz et Russell, lorsque ce dernier vient narguer le pauvre Sierra Bill emprisonné : l’opérateur parvient à obtenir une netteté sur toute la profondeur de champ, avec Hart au premier plan en intérieur dans la geôle, et les deux autres en extérieur de l’autre côté des barreaux. Dans un tout autre registre, on remarquera l’évolution vestimentaire de Bill Hart, qui a troqué ses hardes habituelles (peut-être devenaient-elles vraiment trop loqueteuses) pour une tenue un peu plus avenante ; peut-être que les plus espiègles d’entre vous trouveront que son chapeau, en s’étirant en hauteur, se met à ressembler à celui du concurrent Tom Mix, et que « Two-gun Bill » semble être devenu « One-gun Bill » : eh oui, que voulez-vous, à 55 ans, on commence à s’assagir… Enfin, pour terminer, « The testing block » est l’occasion d’évoquer qu’outre une carrière théâtrale, cinématographique et littéraire, William S. Hart eut également une expérience radiophonique, mais qui semble avoir été assez consternante si l’on en croit J. French et D.S. Siegel dans leur excellent ouvrage consacré au western sur les ondes. C’est en effet à l’âge de 75 ans, bien après ses adieux au cinéma, que l’acteur effectua un enregistrement audio d’une demi-heure intitulé « The return of Bill Hart », et pour lequel le scénario de « The testing block » fut exhumé afin de servir de trame pour cette unique session radiophonique dont on ne sait d’ailleurs pas si elle fut effectivement diffusée sur les ondes. French et Siegel, qui ont pu en écouter un enregistrement presque complet, évoquent « un script assommant, évoluant à une vitesse d’escargot, interprété avec banalité et accompagné d’effets sonores ineptes. ». C’était à la fin des années 30, et de toute évidence, aussi génial fut-il à une époque, William S. Hart avait fait son temps.
Comme à l’habitude, afin d’organiser au mieux votre séance du mercredi soir, je vous donne en prime le court-métrage qui vous servira d’amuse-gueule, et à l’issue duquel une jolie blondinette souriante passera dans les rangs vous vendre des esquimaux avant le démarrage du film proprement dit (Depuis qu’on ne fait plus ça, je ne fréquente plus les salles de cinéma). Sorti au début de 1915, « Mr. Silent Haskins » est le 6e des nombreux films à une ou deux bobines de William S. Hart produits Thomas H. Ince pour le compte de la Kay-Bee ; parmi les habitués, C. Gardner Sullivan est à l’écriture et Clifford Smith à la coréalisation. Le ton y est assez inhabituel chez Hart, puisqu’il lorgne vers la comédie ; le court-métrage ne va cependant pas jusqu’à afficher la dimension souvent loufoque de ceux tournés par Tom Mix pour la Selig à la même époque. A l’instar de « The bargain » réalisé quelques mois auparavant, et d’autres œuvres de Hart tournées ces années-là, son personnage nous est présenté en train de rouler une cigarette d’une seule main, ce petit gimmick récurrent servant sans soute à donner un effet de série à tous ces films, et rendre leur auteur et interprète immédiatement reconnaissable. Comme cela se faisait à l’époque, et au grand dam des propriétaires de salles de cinéma, « Mr. Silent Haskins » est ressorti de multiples fois sous des titres et des montages différents, sans doute dans le but de tirer au maximum sur la ficelle commerciale, et en prenant ainsi les spectateurs pour des gogos qui ne verraient que du feu à l’entourloupe. Ce type de pratiques peu scrupuleuses est sans doute aussi le signe évident du grand succès que remportaient alors ces courts-métrages de William S. Hart ; toujours est-il que la version présentée ici n’est pas celle d’origine qui comprenait deux bobines, mais une version ultérieure renommée « His royal flush » et ramenée à une seule bobine. Quant aux intertitres, leur aspect pour le moins inhabituel (avec un graphisme de style très enfantin) me fait penser qu’ils datent d’une période plus postérieure encore. Hormis des scènes introductives qui ont été supprimées, cette version à une seule bobine présente un dénouement différent, obtenu par remontage et réécriture des cartons. Ainsi dans la version d’origine, Haskins n’informait pas Daisy (qui s’appelait alors Priscilla…) de sa victoire aux cartes ; la demoiselle repartait alors vers l’est, et le héros rattrapait la diligence pour lui avouer son amour : comme vous le verrez, les choses se passent ici de manière beaucoup plus directe. Hormis leurs tons volontiers plus légers qu’à l’habitude, un autre point de rapprochement possible entre les deux films de Hart que je vous propose cette semaine est le peu de cas que l’on y fait de l’avis des femmes, dès lors qu’il s’agit de se les attribuer. L’inélégance envers la gent féminine est en effet portée dans « Mr. Silent Haskins » à un point rarement atteint, qu’on en juge : puisque deux mâles se disputent la demoiselle (que par ailleurs on oblige à se marier si elle veut pouvoir hériter), les rivaux vont décider… de la jouer au poker ! Pour rappel, dans le précédent post consacré à Tom Mix, on voyait celui-ci observer des bandits à la longue vue et s’écrier « Des voleurs de bétail ! » puis se retourner l’instant d’après, observer cette fois sa promise se faire draguer par un intrus, et s’écrier alors « Encore un autre voleur de bétail ! »… Bref, on peut préférer Hart à Mix ou l’inverse, mais en matière de considération pour l’autre sexe, il n’y en a pas un pour racheter l’autre : ils ont tous les deux davantage d’estime pour leur cheval. Sacrés cow-boys !
MR SILENT HASKINS (1915)
Priscilla Miller, la modiste du village et leader dans le travail de redressement du village, est une jeune et jolie fille. Elle reçoit une lettre de Lon Haskins à Gunning, en Arizona, l’informant que son oncle est décédé et lui a laissé ses affaires.
Court-metrage 12 min
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Comme à l’habitude, j’ai intégralement fabriqué le sous-titrage pour l’occasion, par traduction des intertitres en anglais bien sûr, et cela pour les deux films ; merci en passant à celui qui a pondu un jour le logiciel SubtitleEdit, sans qui je ne pourrais pas faire grand-chose. Pour une fois, le fichier vidéo est de bonne qualité, tout au moins pour « The testing block », qui a bénéficié d’une restauration digne de ce nom : il est simplement dommage que l’heureux élu au sein de la filmographie de Hart soit une des moins bonnes réussites de son auteur. Quant à « Mr. Silent Haskins », c’est tout au contraire une copie franchement horrible que je vous propose, la seule que j’aie pu trouver. Il semble pourtant en exister une meilleure, le film étant sorti en DVD chez Grapevine, mais je n’ai malheureusement pas réussi à mettre la main dessus.
Un partage et une traduction de











