J’AI GRANDI EN PRISON

 HD

(VOSTFR)


Réalisation : Crane Wilbur

Casting : Richard Basehart, Marilyn Maxwell, Dorothy Hart

Durée : 80 min

Année : 1950

Pays : USA

Genre : Drame, Film noir 

 

Histoire : En 1950, dans la région de Philadelphie. Après quinze ans de pénitencier, un ancien détenu tente de se remettre sur le droit chemin, malgré les agissements d’une bande de gangsters et les ambitions d’une blonde infirmière par trop intéressée.



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Depuis le début des années 40, le petit film noir de série B est une affaire qui roule à Hollywood. Voilà en effet un type de production particulièrement rentable car peu coûteux à fabriquer, son contexte contemporain ne nécessitant aucune reconstitution et son action pouvant se dérouler dans des décors urbains qu’il suffit de garder comme tels. Mieux encore, depuis le succès de « The naked city » en 1948, le plan tourné à la dérobée est une technique revendiquée, et les images de type semi-documentaire enchantent la critique. Toutes les compagnies, grandes ou petites, sont donc sur les rangs depuis plusieurs années, et la Universal avait déjà obtenu une place de choix en produisant notamment les films noirs de Robert Siodmak à partir de 1944, puis peu après ceux de Jules Dassin dont le titre précité. La compagnie va ensuite associer à ces œuvres de prestige une gamme de productions dites « B » de moindre envergure, reprenant en cela la place laissée vacante par le domaine horrifique en déroute complète depuis le milieu des années 40 (voir le post que j’avais proposé sur « House of horrors »).  C’est dans ce contexte que s’inscrit la sortie au début de l’année 1950 de « Outside the wall », modeste proposition de la Universal répondant à l’appétence du public pour toutes ces histoires criminelles, avec leur cortège d’ex-taulards et de blondes cupides ; mais le tout est servi cette fois-ci sans pétards ni flonflons : aucune vedette indentifiable par le grand public d’alors, aucune innovation formelle comme chez les têtes de gondole Siodmak ou Dassin, mais un simple petit moment agréable à passer, et dont on aura à peu près tout oublié la semaine suivante.


Il n’y a pas de petites économies : en prenant le scénariste comme réalisateur, cela fera toujours une fiche paie en moins… Au risque, mais tant pis, de se retrouver avec une œuvre platement filmée, comme c’est le cas ici ; car bien qu’il se soit plusieurs fois essayé à la mise en scène, après avoir démarré comme acteur au temps du muet, Crane Wilbur fut avant tout un scénariste. Hormis quelques incursions dans le fantastique, il fut plutôt porté sur les histoires criminelles, avec à son actif la participation à au moins un chef d’œuvre du genre, le formidable « Crime wave » de De Toth. On retrouve sans surprise cet attrait pour le noir dans la carrière de metteur en scène de Wilbur, avec un curieux penchant pour la thématique carcérale : « Canon city » en 1948, « Inside the walls of Folsom prison » en 1951, jusqu’à l’obscur « House of women » en 1962, et donc aussi en 1950 « Outside the wall », même si c’est ici plus spécifiquement le thème de la sortie de prison qui est abordé. C’est d’ailleurs dans son premier quart d’heure que réside le principal intérêt du film, avant que le scénario ne dérive rapidement vers une intrigue plutôt routinière, avec sa galerie de tordus se disputant un magot d’un million de dollars. Selon un leitmotiv bien ancré à partir de la fin des années 40 dans ce type de production, les plans d’ouverture proposent un ancrage géographique et urbain précis pour le film, à l’aide d’une voix off et de plans larges sur la ville qui va servir de décor, en l’occurrence Philadelphie. Le resserrement se fait rapidement sur la prison de Cherry Hill (rebaptisée ensuite Eastern State Penitentiary), dont on nous donne quelques précisions architecturales et d’où va sortir le personnage principal, libéré après y avoir purgé une longue peine. Les scènes qui s’ensuivent sont doublement intéressantes : sur le fond en abordant le thème des difficultés d’adaptation à la vie au grand air pour l’ancien prisonnier, et sur la forme car cela donne lieu pour commencer à des plans de type semi-documentaire tournés dans les rues grouillantes de la ville américaine, et visant bien sûr à nous montrer l’hébétude de l’ex-taulard confronté à un univers qui lui est devenu parfaitement étranger : ce sont là, à mon avis, les meilleurs moments du film. Les scènes suivantes, qui poursuivent la thématique en s’attachant plus précisément aux difficultés liées à la recherche d’un travail pour l’ancien détenu, continuent de susciter l’intérêt mais elles frappent par l’optimisme qu’elles véhiculent et qui va à l’encontre du fatalisme désespéré qui marque les grandes réussites du film noir. En effet, durant ce parcours de réinsertion, notre ex-taulard rencontre bien plus de personnages bienveillants et compréhensif qu’il n’est en butte à de la méfiance et de l’hostilité ; en outre, c’est en étudiant diplômé qu’il sort de cet établissement pénitentiaire que des visages souriants (directeur, gardien) situent à l’opposé de la prison lugubre et menaçante qui servait de cadre au « Brute force » de Dassin. Le discours social et psychologique sur la réadaptation de l’ex-prisonnier se montre dès lors dans « Outside the wall » extrêmement sommaire, éludant très vite toute réelle difficulté pour prendre une tournure plus inoffensive, presque boulevardière : comment cet éphèbe encore vierge (il a été incarcéré à l’âge de 15 ans !) va-t-il se faire croquer par la gente féminine ? Aïe… Sur le thème des difficultés liées à la sortie de celui qui a purgé une longue peine, « Outside the wall » suscite une comparaison qui lui est, de ce fait, nettement défavorable avec un autre film qui évoquera le même sujet l’année suivante, « Tomorrow is another day ». Dans ce dernier, la réflexion se montrera plus subtile et profonde, et le constat aussi beaucoup plus amer, dans une optique cette fois-ci bien plus conforme au pessimisme lié à l’esprit du film noir : le parcours du personnage incarné par Steve Cochran s’avérera bien plus problématique que la rapide réinsertion de celui joué ici par Richard Basehart.


Hormis ce premier quart d’heure, il n’y a pas grand-chose à dire du reste du film de Crane Wilbur, dont le scénario se poursuit par les motifs habituels du genre. On ne saurait dire que la mise en scène est mauvaise tant elle est inodore, et l’histoire se suit quand même sans déplaisir, pour peu qu’on aille pas trop regarder sous les meubles et les tapis afin de relever quelques incohérences flagrantes. Disons que dans le genre on a vu mieux, c’est certain, mais qu’on a vu bien pire aussi ; signalons toutefois, parmi les rares saillies à mettre au crédit du film, une pointe de sadisme assez piquante lors d’une scène de torture. Quant à Richard Basehart, il tentait alors depuis 1947 de faire ses classes dans le film noir, pour le compte de la Eagle Lion qui semble avoir cru en lui. Mais sa carrière cinématographique ne décolla jamais vraiment, et c’est au bout de compte en Europe, chez Fellini ou Berlanga, qu’il donnera ses prestations les plus convaincantes. L’acteur se montra par la suite très actif à la télévision, où l’on sembla beaucoup s’intéresser à sa voix, curieusement. Dans « Outside the wall », il remplit honnêtement son contrat, bien qu’il fasse pâle figure en comparaison d’un Burt Lancaster dont il a tendance à copier les intonations ; il me semble cependant que c’est davantage le choix par la production de Basehart pour incarner ce rôle plutôt que les aptitudes de celui-ci qui posent problèmes : ses airs trop lisses de beau gosse n’en font pas un taulard très vraisemblable, il manque clairement à sa physionomie une certaine dureté. Le reste de la distribution, faite de comédiens s’adonnant à leur tâche avec sérieux mais sans jamais se démarquer, contribue à l’impression passable que laisse l’ensemble. On notera la présence de Joseph Pevney dont c’était le dernier petit rôle : s’apprêtant à passer de l’autre côté de la caméra pour une longue carrière de metteur en scène, il allait bientôt entamer le tournage de « Shakedown », son tout premier film.


Oui, bon, mais sinon, qu’est-ce que j’ai fait sur ce film, avec ma souris et mon clavier ? Il s’agissait au départ de resynchroniser une traduction bof-bof effectuée il y a quelques années par JLJ pour l’adapter à la copie blu-ray, et d’en profiter pour en corriger les erreurs ou en améliorer la forme. Mais j’ai finalement apporté un si grand nombre de modifications qu’il ne reste au bout du compte pas grand-chose de la traduction originelle, et si l’on ajoute la refonte totale du découpage je crois que le résultat est davantage le fruit de mon travail que celui de mon confrère, si tant est que ces histoires d’attributions aient une quelconque importance. Côté vidéo, vous l’avez compris, le fichier BRrip est de très bonne qualité et remplacera sans hésitation le VHSrip qui circulait jusqu’ici. Et la semaine prochaine, ce sera le retour aux choses sérieuses : western !

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