MOCKERY

 HD

(VOSTFR)


Réalisation : Benjamin Christensen

Casting : Lon Chaney, Barbara Bedford, Ricardo Cortez

Durée : 77 min

Année : 1927

Pays : USA

Genre : Drame


Histoire : Durant la révolution russe, Sergei un paysan mourant de faim rencontre Tatiana. Elle lui donne à manger et en échange lui demande de l’aider à atteindre Novokursk…



MP4 HDLight 1080p 2.43 Go VOSTFR perso

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Hollywood, pays des gens beaux ?  Certainement, oui, et c’est précisément pour cela que quelques étoiles plus cabossées purent resplendir avec tant de vigueur : Edward G. Robinson, Wallace Beery, et bien sûr l’indéboulonnable Lon Chaney qui, contrairement à bon nombre de ses confrères et consœurs aux physiques avantageux mais que tout le monde a oublié depuis belle lurette, a su garder sa popularité à peu près intacte même un siècle après ; le comédien reste encore aujourd’hui une des figures du cinéma muet les plus connues et les plus appréciées des cinéphiles. Une telle constance dans la notoriété, même posthume, est une chose tout à fait remarquable, et de nos jours comme dans les années 20, c’est bel et bien la présence de son nom sur l’affiche qui décidait du succès des films, quoiqu’en dise la critique : « Il y a Lon Chaney ? Alors j’y vais ! », et l’argument suffisait et suffit encore. Alors on aura beau répéter que « Mockery » est sans aucun doute le film le plus faible de la dernière période de la star, rien n’y fera, tout le monde voudra voir quand même, et non sans raison : Lon Chaney est si talentueux qu’à lui seul, il parvient à sauver l’œuvre du naufrage complet, et l’inimitable histrion réussit à rendre regardable ce mélodrame historique pourtant promis au désastre. Chapeau l’artiste !


Fin 1924, à partir de « He who gets slapped », Lon Chaney entame un contrat d’exclusivité avec la MGM. Il est installé au sommet de sa gloire au moins depuis le début des années 20, et son nom est fameux auprès du public au moins depuis le succès de « The miracle man » en 1919. Cette dernière partie de sa carrière, sous les hospices de la MGM, sera celle de ses films les plus célèbres réalisés sous la direction de Tod Browning, ainsi que « The phantom of the opera » de Rupert Julian en 1925. De leur côté, le réalisateur Benjamin Christensen et le producteur Erich Pommer sont des nouveaux venus à Hollywood, importés depuis l’Europe où ils se sont singularisés par les choix esthétiques des œuvres qu’ils ont signées. Christensen vient du Danemark, où il tourne des films depuis 1913, et doit sa célébrité à « Häxan » sorti en 1922 ; il passe alors pour un cinéaste talentueux mais trop extravagant. Après quelques films tournés en Allemagne, il signe pour la MGM et Hollywood en 1925, et y tourne un premier film l’année suivante, « Devil’s circus ». Pommer, lui, est allemand et a été le directeur du célèbre studio UFA, où il a produit de grands chefs- d’œuvres comme « Der letzte Mann », « Faust » ou « Metropolis ». Il part pour Hollywood en mai 1926, commence par travailler pour la Paramount qu’il quitte l’année suivante pour devenir producteur associé avec la MGM. « Mockery » étant le fruit de la réunion de ces trois personnalités d’exception (Chaney, Christensen, Pommer), il y avait sans doute beaucoup à en attendre ; on ne peut dès lors qu’être extrêmement déçu par la tiédeur du résultat, la faute à une histoire mélodramatique bancale et sans saveur que Christensen a adapté d’une nouvelle de Stig Esbern, sur fond de guerre civile en Sibérie. Dix années après leur déroulement, les péripéties de la révolution russe et de la guerre qui s’ensuivit suscitèrent en effet un timide intérêt chez les scénaristes hollywoodiens, qui s’emparèrent du sujet en 1928 avec « The Cossacks » et « The last command », et donc aussi « Mockery » l’année précédente. La tonalité du film est assez nettement en faveur des Russes blancs, peut-être sous l’influence des documentaires de guerre réalisés par Donald C. Thompson, et l’anti-bolchévisme y est pleinement assumé jusque dans ses caricatures les plus grotesques : mais après tout, pourquoi pas, c’est là un parti-pris comme un autre. Le problème majeur du film réside plutôt dans l’enfermement d’une bonne partie de l’histoire à l’intérieur d’une demeure aristocratique, avec domesticité au rez-de-chaussée et bonne famille à l’étage, et où l’on assiste aux soubresauts de l’histoire depuis les fenêtres. Or tout comme les protagonistes semblent passer à côté des évènements, le réalisateur semble quant à lui passer complètement à côté de son film, malgré un visuel soigné (bon travail des décorateurs Cedric Gibbons et Alexander Toluboff) et une mise en scène relativement convaincante. Et rétrospectivement, seule la première partie du film, montrant les deux personnages en fuite dans une forêt pleine de dangers, suscite un réel intérêt chez le spectateur, avec même une petite intrigue d’espionnage pour pimenter le tout : malheureusement, cela est beaucoup trop vite expédié, et tout le reste s’avère bien plus statique et sans saveur.


Reste alors Lon Chaney, excellent en toute circonstance, et qui parvient envers et contre tout à tenir le cap dans cette entreprise à la dérive. Le potentiel hors du commun de l’acteur n’est pourtant exploité qu’a minima, puisque d’une part on ne lui fait jouer ici qu’un seul et unique personnage, et que d’autre part il ne subit qu’une transformation physique limitée, son grimage restant relativement succint. Les grandes lignes de son personnage le placent dans la continuité du type de rôle qui lui valait sa grande notoriété auprès du public : ainsi ce brave moujik un peu limité qu’il interprète dans « Mockery » apparaît comme une nouvelle déclinaison du Quasimodo que l’acteur interprétait dans « The hunchback of Notre-Dame ». Eternel monstre amoureux dont les sentiments ne peuvent bénéficier d’aucune réciprocité, voilà donc Lon Chaney reparti pour une nouvelle variation sur le thème de « La belle et la bête », avec en guise d’Esmeralda une comtesse de Sibérie prise par les tourments de la guerre civile, en en guise de capitaine Phoebus un officier de l’armée contre-révolutionnaire. Dans cette partition de toute évidence écrite pour lui, Lon Chaney exécute avec brio tout son registre d’expressions de fidèle chien battu qui va pousser de temps à autre des grognements de molosses et montrer des crocs acérés : rien à redire de ce côté-là, le comédien est au diapason. Dommage que cette histoire poussive et aux relents sordides, dans laquelle les uns et les autres ne cessent de vouloir violer la jolie comtesse à tout bout de champ, ne fasse tourner à vide la machinerie si bien huilée de Chaney, jusqu’à un lamentable dénouement qui tue toute émotion en voulant absolument ménager la chèvre et le chou. Mais rien n’y fit, et après 5 semaines de tournage pour un budget de 187 000 dollars, « Mockery » parvint finalement à en rapporter près du double, et cela malgré des critiques toutes désastreuses : c’est là la preuve qu’il y a un siècle, le simple nom de Lon Chaney sur l’affiche suffisait à assurer le succès d’un film auprès du public. Le reste de la distribution est inégal : dans le rôle de la belle aristocrate, Barbara Bedford se montre fort convaincante ; c’est cette même actrice que vous avez vue pas plus tard que la semaine dernière dans « Tumbleweeds » aux côtés de William S. Hart. A ce propos, pan sur mes doigts, j’ai raconté dans mon dernier post une ânerie en disant qu’elle avait beaucoup joué pour Tod Browning : je l’ai en fait confondue avec Priscilla Dean, les deux actrices se ressemblant beaucoup… Ricardo Cortez, lui, justifie mal sa bonne place sur l’affiche : il ne fait à peu près rien sinon lancer de grands sourires enjôleurs, l’intrigue décidément mal fichue reléguant systématiquement au hors-champ toutes les actions de son personnage. Enfin, on notera la présence inattendue de deux acteurs de slapstick au sein de cette distribution : Mack Swain en maître de maisonnée, et surtout l’étonnant Charles Puffy dans le rôle d’un affreux bolchevik à la dentition monstrueuse, et qui joue le mauvais génie auprès du pauvre Lon Chaney. Unique représentant du slapstick au sein du cinéma hongrois de son époque, cet acteur d’origine juive, qui était alors très connu dans son pays, connut un destin tragique lorsqu’il voulut fuir le nazisme pendant la seconde guerre mondiale.

En guise de bonus, vous trouverez à la fin de ce post « The light in the dark », film de 1922 avec Lon Chaney dans la distribution. Initialement d’une durée de 63 minutes, l’œuvre ne subsiste aujourd’hui que dans une version ramenée à 33 minutes rebaptisée « The light of faith », un remontage qu’on avait alors destiné à une diffusion dans les milieux scolaires et religieux, et qui mettait l’accent sur la partie de l’intrigue consacrée à la légende du Saint Graal. Lon Chaney y incarne un petit malfrat italien au cœur tendre ; il s’y montre d’une relative sobriété, mais une fois de plus son personnage est pris dans les affres d’un amour impossible : qu’on se rassure, l’édification religieuse aidant, tout finira bien malgré tout… Certaines scènes du film originel semblent avoir été tournées en couleur ; sur la version que l’on peut voir ici, il s’agit davantage de séquences teintées.


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Pour les deux films, le sous-titrage résulte d’une traduction personnelle des intertitres anglais ; il s’agit d’anciennes traductions qui contenaient quelques erreurs et que j’ai donc entièrement revues pour l’occasion. Pour « Mockery », le fichier est issu d’une restauration HD de toute beauté, mais qui malheureusement ne contient pas d’accompagnement musical. Pour « The light in the dark », le fichier est d’une qualité plus ordinaire mais tout à fait acceptable.



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