(VOSTFR)
Réalisation : Lewis Seiler
Casting : Tom Mix, Dorothy Dwan, Will Walling
Durée : 52 min
Année : 1926
Pays : USA
Genre : Western
Histoire : Tom Gordon est engagé pour découvrir la raison des attaques multiples que subissent les trains de la compagnie K & A. Il va découvrir le complice des bandits et gagner la main de la fille du président de la compagnie par la même occasion.
MP4 DVDRIP 595 Mo VOSTFR perso
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« Tu vois, Tuco, le monde se divise en deux catégories. Il y a ceux qui aiment William S. Hart, et ceux qui aiment Tom Mix. ». Heureusement pour Tuco, il n’y a pas à creuser trop profond pour aller trouver de l’intérêt aux films de Tom Mix, même si vous conviendrez que le monde appartient à ceux qui ont un pistolet chargé, c’est-à-dire à ceux qui aiment William Hart… Il faut dire que les deux grandes figures du western muet s’avèrent être si différentes dans leurs approches de ce genre cinématographique, jusqu’à paraître tout à fait antinomiques, qu’il me semble à peu près impossible de les concilier. A l’univers sombre d’un William Hart épris de réalisme, de sens historique, de gravité solennelle et d’édification morale s’oppose la légèreté virevoltante d’un Tom Mix dont les ambitions n’ont jamais prétendu aller au-delà de la confection de simples produits de distraction, destinés au plus grand nombre, et plus particulièrement à un jeune public peu exigeant sur le fond. Mix a ainsi déclaré un jour : « Je m’efforce de faire des films de sorte que lorsqu’un garçon paie 20 cents pour le voir, il en ait pour ses 20 cents, et pas pour 10. Si je laissais tomber cela, ce serait comme mettre ma main dans sa poche et lui voler ses cents ». En avoir pour son argent, donc, et rien de plus… Avec Tom Mix, le héros de l’Ouest n’a donc pas le visage tourmenté et la gestuelle méticuleuse de Hart, mais il porte cette fois des costumes criards, n’a jamais le moindre reproche à se faire et, surtout, il ne cesse de bouger dans tous les sens. Le réalisme, la psychologie ? des trucs d’intellos ankylosés ! Jean-Louis Ryeuperout écrivait en 1964 : « Pour Tom Mix, le western devait allier les qualités spectaculaires d’un rodéo à l’arène illimitée (…) aux splendeurs morales d’un sermon de la Sunday School et aux émerveillements touristiques et folkloriques d’un voyage Pullman dans les plus beaux sites de l’Ouest ». Tout est résumé, et rien de mieux que « The great K & A train robbery » pour illustrer ces trois grandes caractéristiques du western façon Tom Mix. Mais avant de se pencher plus avant sur ce film produit par la Fox en 1926, quelques éléments sur le parcours professionnel de notre cowboy casse-cou peuvent aider à comprendre d’où provient sa façon d’envisager le western.
Un des rares points communs entre Hart et Mix est que ni l’un ni l’autre n’étaient d’authentiques « westerners », puisque tous deux naquirent dans l’Est. Or si chacun eut néanmoins une connaissance intime de l’Ouest, ce fut sur des bases très différentes : essentiellement culturelle pour Hart, dont les yeux d’enfant virent s’éteindre les derniers feux du mythe de la Frontière, et essentiellement pragmatique pour Mix, qui après avoir déserté l’armée en 1902, partit pour l’Oklahoma où durant une dizaine d’années, il occupa une grande variété d’emplois en lien avec l’univers du western : barman, employé de ranch, etc. Il fut même brièvement marshal de nuit. C’est dans cet état du Centre-Sud que se fit sa rencontre décisive avec deux des frères Miller, propriétaires du fameux 101 Ranch, l’une des plus grandes entreprises d’élevage aux États-Unis. Il est difficile de connaître la nature exacte du travail de Mix pour le ranch, les sources divergeant sur le fait qu’il y exerça réellement l’activité de cowboy, ou bien de simple employé ; toujours est-il que le ranch avait son propre spectacle en tournée et que Tom Mix l’intégra rapidement, s’étant distingué comme cavalier habile et un tireur expert : son père, qui avait été maître d’écurie pour un riche marchand de bois de Pennsylvanie, lui avait en effet enseigné très tôt l’équitation et inculqué l’amour pour les chevaux. De fait, le jeune Tom Mix se montre réellement doué et remporte à plusieurs reprises des concours nationaux dans des épreuves de course de relais, de cordage, de rodéo et même de bouvillons. L’engagement de Mix dans le 101 Ranch Wild West Show sera déterminant pour toute sa carrière, et va lui insuffler sa tonalité : non seulement il va introduire la future star dans le milieu du show-business, et donc du cinéma à partir de 1909, mais va en outre orienter son personnage de cowboy à l’écran vers des performances spectaculaires en lien avec le cirque. Et même après ses formidables succès sur le grand écran, Tom Mix n’aura de cesse de vouloir revenir au chapiteau et à la sciure de bois, chaque fois qu’il se sépare d’un studio de production : ce fut le cas en 1928, ou après une brillante décennie passée à la Fox, il menaça de partir tourner en Argentine, ou bien de retourner au cirque. Et c’est d’ailleurs ce qu’il fera l’année suivante, après son cours passage à la FBO. En effet, l’acteur approchait alors la cinquantaine, et son jeu très physique de cascadeur intrépide avait fini par l’épuiser, sans compter les diverses blessures et accidents : par exemple en février 1928 il se fractura trois côtes et subit d’autres blessures lors du tournage. Ainsi rejoint-il le Sells-Floto Circus pour trois saisons en 1929, 1930 et 1931. Mais des besoins d’argent le feront retourner sur les plateaux de cinéma en 1932, où il renoue alors avec les déboires liés à son style de jeu casse-cou : il se blesse dans plusieurs chutes de cheval, notamment lors du tournage de « Flaming guns » durant lequel, âgé de 52 ans, il est catapulté au-dessus de la tête de l’animal, se casse plusieurs côtes et subit une commotion cérébrale.
Au-delà de la simple anecdote, ces accidents sont aussi le reflet d’une vraie générosité de l’acteur vis-à-vis de son public, pour lequel il n’aura pas hésité à donner réellement de sa personne. Connu pour avoir mené un train de vie somptueux, Tom Mix aimait cependant rester proche de ses nombreux fans, n’hésitant pas, à l’issue de représentations physiquement éprouvante, à passer encore plusieurs heures à signer des autographes. Ces détails et d’autres encore finissent par dessiner une personnalité plutôt sympathique, malgré toutes les fanfaronnades dont il aura fait preuve durant sa vie – j’y reviendrai peut-être dans un post ultérieur. Et donc, juste avant Noël 1932, Mix annonce officiellement sa retraite du cinéma, se disant trop vieux, blessé et fatigué pour continuer à crapahuter sur les écrans. Avec son épouse Mabel, ils retrouvent le chemin du cirque avec leur propre petit spectacle dénommé « Tom Mix Roundup » ; notre remuant cowboy devient ensuite l’attraction principale du Sam B. Dill Circus. Lorsque Dill décède en 1935, Mix rachète le spectacle et le transforme en son cirque personnel du Far West. L’entreprise sera cependant confrontée à de nombreuses difficultés : d’une part la fréquentation des cirques dans le pays n’a cessé de diminuer en raison du ralentissement de l’économie, et les difficultés financières liées au spectacle itinérant contraindront même Tom Mix à un ultime retour au cinéma en 1935. Les contraintes proviennent en outre de différents aléas imprévisibles : des tempêtes ravagent ainsi à plusieurs reprises les installations (1934, 1935, 1938), blessant au passage des membres du personnel et du public ; fin 1935, Mix se casse la jambe lors d’une chute de cheval durant le spectacle, etc. Le cirque finit par faire faillite et la dernière représentation s’est tenue à Pecos le 10 septembre 1938. Pour autant, si on met en perspective cette entreprise avec les difficultés dans lequel se trouva le monde du cirque dans son ensemble durant les années 30, ce ne fut pas un échec ; Fred D. Pfening, Jr. de la Circus Historical Society écrit qu’en 1938, de nombreuses compagnies durent cesser leur activité, et que « bien que la saison 1938 ait terminé le Tom Mix Circus, il a été un succès de 1935 à 1937. Mix avait fait ce qu’aucun autre cow-boy d’Hollywood n’a pu accomplir. Buck Jones, Jack Hoxie, Ken Maynard et Tim McCoy s’étaient tous essayés à l’exploitation d’un spectacle sous chapiteau, et tous avaient échoué ». Tom Mix n’était pas avec son cirque lorsque les représentations cessèrent, il faisait à ce moment-là une tournée à l’étranger avec son propre petit spectacle ; il signa plus tard avec Circus Belli pour des apparitions en Europe. À la fin de l’été 1939, il retourne aux États-Unis et continue à se produire avec un petit numéro de type vaudeville. Tom Mix est mort d’un accident de voiture le 12 octobre de l’année suivante à Florence, en Arizona ; il était âgé de 60 ans. La semaine prochaine, je reviendrai sur sa biographie, cette fois sous l’angle du cinéma ; mais avant la théorie, quelques travaux pratiques avec le film de cette semaine.
Tourné par Lewis Seiler en 1926 pour le compte de William Fox, « The great K & A train robbery » est très représentatif de la formule qui va rendre Tom Mix si populaire : des clichés simplistes et de l’action à tous crins. Et tant pis pour les personnages incarnés par William S. Hart, trop tourmentés pour que les adolescents des années 20 continuent à vouloir s’identifier à eux, et tant pis pour le western, qui va se retrouver, sous l’influence de Mix, relégué jusqu’aux années 40 à une production sérielle et sans éclat, avec des scénarios enfantins et des budgets de plus en plus étriqués.
Attention toutefois à l’usage de certains termes : si « The great K & A train robbery » représente effectivement un modèle pour tout le western de série B des années 30, il n’appartient certainement pas lui-même à cette catégorie budgétaire, les films tournés par Tom Mix pour la Fox ayant souvent bénéficié de moyens relativement confortables : pour celui-ci, trois semaines de tournage dans les environs de Glenwood Springs au Colorado et un train Pullman affrété afin d’y transporter les 55 membres de l’équipe de tournage, la famille de Mix ainsi que tous le matériel et les 22 chevaux, en attestent largement. Le film est basé sur un roman éponyme de Paul Leicester Ford qui avait été publié en feuilleton en 1896, et qui narrait le déjouement réel d’un vol de train projeté par le surintendant du chemin de fer du Kansas et de l’Arizona. La réussite du film provient du couplage fort bien orchestré entre la grandiose magnificence des paysages (en particulier le Royal Gorge, au fond duquel coule le fleuve Colorado) et les scènes d’action échevelées qui s’y déroulent. A ce titre, tout le premier tiers du film est un long morceau de bravoure si spectaculaire qu’il me paraît impossible d’y résister ; on a beau être passablement agacé par les costumes toujours clinquants de Tom Mix et la naïveté de ses personnages à l’héroïsme trop lisse, il n’empêche que ces 18 minutes ahurissantes restent près d’un siècle plus tard un authentique chef-d’œuvre du cinéma d’action. Un tel dispositif, consistant à faire démarrer le film de manière explosive avec une action échevelé courant sur plusieurs dizaines de minutes, a été repris par certains de nos blockbusters du XXIe siècle, et de ce point de vue il n’est pas interdit de voir dans « The great K & A train robbery » un très lointain précurseur des « Mad Max fury road » et autres « Casino royale »… Les plans qui introduisent le personnage de Tom Mix sont très significatifs : après quelques vues en hauteur nous montrant le caractère vertigineux des lieux, notre héros fait son apparition dangereusement suspendu dans les airs tout en échangeant des tirs de revolver avec les méchants, et qu’importe si on se demande comment il est arrivé là (l’intertitre s’en amuse, et nous dit qu’il est tombé du ciel) et si tout cela est aussi probable que de voir un pape danser la rumba. Tout est à couper le souffle, que ce soit l’enchaînement de cascades qui s’ensuit ou bien la splendeur cyclopéenne du Royal Gorge, le lien entre ces deux composantes essentielles étant assuré par le remarquable travail du directeur de la photographie, Daniel B. Clark. Celui-ci était l’opérateur préféré de Tom Mix ; tous deux partageaient un même tempérament aventureux, et ont collaboré sur de nombreux films. Clark se montre ici particulièrement virtuose, multipliant les angles de vue difficiles lorsqu’il filme le train, et les panoramiques soigneusement cadrés pour mettre en valeur les paysages.
Curieusement, alors que Tom Mix est resté dans la mémoire collective comme l’incarnation du western à l’époque du muet, il paraît néanmoins légitime de se poser la question de l’appartenance réelle de ses films à ce genre cinématographique. En effet, l’absence de toute considération historique ou de tout ancrage sociologique au profit d’une action survoltée fait de « The great K & A train robbery » un matériau entièrement décontextualisé, transposable à peu près à n’importe quelle époque et dans n’importe quel pays. Toute notion de réalisme y est singulièrement reléguée : si l’on se réfère au fait divers dont s’inspire le livre de P. L. Ford, l’action est censée se situer en 1890 ; mais Dorothy Dwan est habillée à la mode des années 1920, tandis que les locomotives de la D&RGW qu’on voit dans le film (et joliment photographiées par Clark) sont, selon les informations du site obscuretrainmovies, des modèles construits par Alco en 1922. De fait, Tom Mix apparaît dans ce type de film être moins le concurrent de William S. Hart que celui de Douglas Fairbanks. Il existe d’ailleurs un réel dialogue cinématographique entre ces deux artistes ; ainsi le masque que porte Mix durant la longue séquence d’acrobaties qui ouvre le film renvoie-t-elle certainement à « The mark of Zorro » (et non à Lone Ranger comme on peut le lire ici ou là, ce dernier n’apparaissant qu’en 1933) dont le formidable succès en 1920 auréolait encore Fairbanks, et que Tom Mix et la Fox cherchent certainement à vouloir concurrencer. On peut noter aussi qu’outre le personnage de Zorro évoluant dans un contexte proche du western, Douglas Fairbanks avait déjà expérimenté ce couplage entre prouesses acrobatiques et grands paysages de l’Ouest américain : vous pourrez revoir à cet effet « A modern musketeer » que j’avais proposé sur ce blog, et dont toute la dernière partie se déroulait dans le Grand Canyon. Toujours côté remue-ménage, d’autres aspects de « The great K & A train robbery » renvoient à Keaton et tout l’univers du slapstick : courses-poursuites dans une maison, sur le toit d’un train, etc. Dans tous les cas, notre cowboy au grand chapeau semble bien moins intéressé par le développement d’un genre particulier de film historique – le western – que par la volonté de hisser ses prouesses athlétiques et sa notoriété au niveau des grandes figures remuantes du cinéma muet. Au sujet des cascades dangereuses qui parsèment « The great K & A train robbery » et tout le cinéma de Tom Mix, la question de savoir s’il les réalisait lui-même ne semble pas pouvoir trouver de réponse définitive en l’absence de sources fiables. Les nombreuses blessures qui jalonnent la carrière de Mix et que j’ai évoquées plus haut laissent penser qu’il en a très certainement effectué une bonne partie ; toutefois, Andrew Brodie Smith écrit dans un ouvrage de 2003 que « en réalité, les interprètes de cow-boy utilisaient parfois des doublures, mais les studios juraient de garder au secret quiconque doublait une star de western. Même lorsque le réalisateur Lambert Hillyer a brisé la loi du silence entourant ce problème et a admis que Tom Mix et William S. Hart n’effectuaient pas toujours leurs propres cascades, les fans n’étaient pas enclins à le croire, car de telles informations nuisaient au sens de la virilité héroïque authentique sur laquelle les acteurs avaient construit leur carrière ». Concernant Tom Mix, on notera que son célèbre cheval Tony (une star lui aussi, qui avait son propre fan club) est à compter au nombre des cascadeurs, avec lui aussi ses doublures ; le voir traverser seul un long pont étroit en cordages est tout à fait impressionnant, et nous fait penser que Mix et son équipe de casse-cous étaient certainement aussi des dresseurs hors pair.
En bonus, vous trouverez « Legal advice », un de ces innombrables courts-métrages réalisés par Tom Mix pour la Selig Polyscope Company ; celui-ci fait une bobine, a été tourné à Newhall, en Californie, et est sorti en salles en juillet 1916. D’un médiocre intérêt, le film montre néanmoins la variété des registres dans lesquels Tom Mix apparaissait : l’acteur se tourne ici lui-même en dérision dans une comédie parfaitement stupide, mais où il trouve quand même moyen de réaliser une cascade en se faisant trainer par un cheval. Les intertitres en vers (!) sont vraisemblablement un ajout ultérieur. Le sous-titrage sur les deux films a été réalisé par mes soins, par traduction directe des intertitres en anglais. Les copies des films sont malheureusement de piètre qualité (un peu mieux pour le court-métrage), mais regardables malgré tout ; parce que le cinéma muet ne bénéficie pas de tourte l’attention qu’il mériterait, etcetera etcetera, ça y est je radote… Quant à Tom Mix et Tony, nous les retrouverons dès la semaine prochaine !
LEGAL ADVICE (1916)
Une jolie avocate arrive en ville et les cow-boys se ridiculisent en essayant de l’impressionner. Tom décide de se faire arrêter pour pouvoir être remis en liberté sous sa garde,
Court-Metrage 13 Min VOSTFR perso
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