LA FEMME DESHONORÉE

 (VO + SRT)


Réalisation : Robert Stevenson

Casting : Hedy Lamarr, Dennis O’Keefe, John Loder 

Durée : 80 min

Année : 1947

Pays : USA

Genre : Film noir


Histoire : Madeleine Damien, directrice d’un magazine de mode new-yorkais, est une femme de pouvoir qui plaît aux hommes. Néanmoins, insatisfaite, dépressive, elle fait une tentative de suicide. Soignée par le docteur Caleb, Madeleine décide de changer radicalement de vie, s’installe dans un petit appartement et revient à sa passion pour la peinture. C’est une femme apaisée qui rencontre et séduit son charmant voisin, à qui elle ne dit rien de son ancienne vie.



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Réalisateur anglais passé à Hollywood au commencement de la 2e guerre mondiale, Robert Stevenson sera appelé sous les drapeaux après quelques réussites cinématographiques, notamment le « Jane Eyre » avec Orson Welles. Après son retour de la guerre, il réalise quelques films noirs pour la RKO, avant de passer à la télévision, puis de revenir au cinéma à la fin des années 50 en devenant le réalisateur attitré des productions familiales des studios Disney. Le film proposé ici, « Dishonored lady », est le premier long-métrage qu’il signera à son retour du conflit mondial en 1946.

Après « The strange woman » réalisé par Ulmer et Sirk, « Dishonored lady » est aussi la seconde production indépendante dans laquelle se lance la comédienne Hedy Lamarr après 7 ans de contrat à la MGM ; ce sera aussi la dernière, l’échec public et critique du film mettant fin pour elle à ce type d’expérience. Il faut dire que le projet initial du producteur Hunt Stromberg se trouva fort mal engagé, à cause de démêlés avec le code Hays au sujet du scénario : non que la stricte moralité patriarcale n’y soit pas respectée, mais la simple évocation d’une possible liberté sexuelle féminine, fut-ce pour la condamner, faisait déjà bouillonner les esprits de l’époque ; autres temps, autres mœurs… A l’origine, « Dishonored lady » avait été une pièce de théâtre due à Edward Sheldon et Margaret Ayer Barnes, représentée à Broadway en 1930 et inspirée d’une authentique affaire de meurtre impliquant une certaine Madeleine Smith de 21 ans, accusée en 1857 d’avoir empoisonné son amant à Glasgow, puis finalement acquittée. Stromberg s’était déjà intéressé à la pièce ; travaillant alors pour la MGM, il choisit dès 1932 de l’adapter pour le cinéma, et rencontre déjà des soucis avec la censure. Afin de contourner celle-ci, la source reconnue pour le film de 1932 sera non pas la pièce de Sheldon-Barnes mais un roman paru l’année précédente et inspiré lui aussi par l’affaire Smith. Ce premier film sur le sujet verra donc le jour : « Letty Lynton », réalisé par Clarence Brown, avec Joan Crawford dans le rôle principal ; il passe pour être un bon film représentatif des productions pré-code, ce que je n’ai pas pu vérifier étant donné qu’il fait partie du téraoctet de films que je dois traduire et que je ne traduirai sans doute jamais, et que de toute façon aucune copie correcte ne sera disponible avant 2025 du fait de l’imbroglio juridique dû aux démêlés scénaristiques que j’ai évoqués, bref passons… Nous voilà maintenant en 1942, et Stromberg possède cette fois les droits sur l’histoire écrite par Sheldon-Barnes. André De Toth commence à travailler sur un scénario, puis l’infatigable Ben Hecht prend le relais, mais patatras : le PCA fustige une histoire dont la protagoniste principale fait montre d’une « conduite sexuelle grossière et lâche » (sic), comprenez une femme qui change assez souvent de partenaire sans même songer à se marier, non mais où va-t-on je vous le demande ! En 1945, Ben Hecht a jeté l’éponge, Edmond North a pris la relève et un nouveau scénario est soumis aux censeurs ; mais ça ne va toujours pas, à cause entre autres d’une « nuit de passion sordide » entre Madeleine et un danseur mexicain… Une énième réécriture finit par être acceptée par le PCA, et en 1946 la production du film peut enfin commencer, pourvu que dans l’histoire la polissonne finisse par se marier et n’en fasse pas trop avec sa nymphomanie, quand bien même elle manque de peu de finir sur la chaise électrique : ouf, on a eu chaud ! Mais on ne s’étonnera guère, dans ces conditions, de se retrouver avec une œuvre insipide et passablement cabossée.

De ce film noir sans éclat, dont certains aspects sont typiques des années 40 (le passé qui resurgit, la psychiatrie, etc), il ne reste que la beauté irradiante d’Hedy Lamarr, dont les admirateurs seront comblés : chaque scène nous la présente en effet avec une tenue différente, chacune plus chic encore que la précédente, laissant le spectateur médusé devant la kitscherie de cet improbable défilé de mode. Et tout aussi improbable paraît dès lors l’attitude de ce psychiatre stoïque, paternel et surtout complètement asexué, au vu de l’exploit qu’il renouvelle sans cesse en se montrant résolument de marbre devant une Hedy Lamarr pourtant apte à faire avoir un coup de sang même à un évêque octogénaire. Mais on sera par conséquents bien moins étonné que la donzelle trouve sur son passage quelques lits accueillants, dans lesquels elle aura même l’effronterie d’aller séjourner ; si ce n’est que dans la prude Amérique des années 40, un tel libertinage au féminin, aggravé par un farouche esprit d’indépendance sociale, ne peut relever que de la perturbation mentale, ben oui… Une sombre histoire de meurtre viendra donc rappeler à l’insouciante que l’on ne prend pas impunément quelques décennies d’avance sur les bonnes mœurs. Plus sérieusement, une des curiosités du film réside dans l’effet miroir qu’il opère entre le personnage principal et son interprète. Car Hedy Lamarr, qui rappelons-le participait à la production du film, n’était pas à l’époque considérée seulement comme une des plus belles actrices d’Hollywood, mais également comme la plus sulfureuse ; une réputation de longue date, acquise à l’âge de 19 ans dans son Europe natale suite au tournage d’ « Extase » par Gustav Machaty, et que la comédienne se garda bien de gommer par la suite en multipliant mariages et amants, faisant alors les choux gras de toute la presse à scandales. « Dishonored lady » semble alors accréditer l’hypothèse d’une actrice ayant décidé de capitaliser sur cette aura provocante, et on peut à coup sûr voir dans cette manière d’enfoncer le clou l’affirmation chez Hedy Lamarr d’une remarquable indépendance d’esprit face à l’étroitesse des carcans moraux de son époque. Certes, mais il se pourrait que le film soit également le reflet d’une vanité déjà à l’œuvre et qui marquera plus tard le naufrage psychologique d’une actrice obsédée par la peur de vieillir jusqu’à finir totalement recluse, comme l’atteste sa biographie.


On l’a donc bien compris, « Dishonored lady » est une parfaite illustration de la misogynie ambiante de l’époque, qui refusait aux femmes le libertinage qu’elle accordait aux hommes : le titre du film ne laisse aucun doute quant au jugement porté sur les frasques de l’héroïne. On notera d’ailleurs que le scénario prend soin de justifier la réprobation sociale jusque dans ses formes les plus mesquines, allant jusqu’à victimiser une secrétaire qui se permet des commérages déplacés. On peut aussi remarquer que certaines conventions ont la peau plus dure que d’autres : si le personnage de Madeleine se pique en outre d’affirmer un statut social indépendant peu en accord avec les convenances réactionnaires, on notera cependant que la répartition des attributions professionnelles entre Hedy Lamarr et Dennis O’Keefe (qui joue le chic type avec qui il faut se marier) répond à des clichés très convenus. Mademoiselle est en effet rédactrice en chef d’un magazine de mode ; dans cet intitulé, on lit « chef », oui, mais on lit aussi « mode » : autrement dit, le personnage opère dans un domaine futile et mondain, qui ne renvoie la femme qu’à son physique. Monsieur, lui, déploie son zèle dans un domaine autrement plus intellectuel et austère : c’est un scientifique, un chercheur en médecine, bref lui c’est du sérieux. Vous me direz que ce genre de convention datée est une norme quasi-absolue à l’époque ; certes, mais le détail me paraît d’autant plus piquant lorsqu’on le rapproche d’une anecdote désormais bien connue concernant Hedy Lamarr, dont je rappelle que la Madeleine de « Dishonored lady » est censé être une sorte d’alter-ego : intéressée depuis son plus jeune âge par les technologies, la célèbre actrice déposa en 1941, conjointement avec le compositeur George Antheil, un brevet d’électronique participant à l’effort de guerre, puisqu’il portait sur le brouillage des message radio. Ainsi, contrairement à ce que le film laisse entendre, la belle Hedy Lamarr était plus familière des microscopes que des carnets d’esquisses, à l’instar du personnage masculin ; elle fut d’ailleurs honorée en 1997 comme inventrice par la fondation Electronic Frontier. Quant au film de Robert Stevenson, lui, il n’aura pas révolutionné grand-chose, loin s’en faut : il ne s’agit pour le reste que d’un mélodrame sans envergure, filmé de manière très convenue, et dont l’intrigue criminelle est tout de suite éventée. L’ensemble débouche sur ces inévitables scènes de procès dont raffole Hollywood, et le suspense se réduit à savoir si oui ou non, le très sage et très amoureux Dennis O’Keefe consentira à pardonner la belle Hedy son inconduite. Je comprends que vous ne soyez pas pressé de le savoir… A noter que l’affaire Madeleine Smith sera à nouveau le sujet d’un film, britannique cette fois-ci, tourné trois ans plus tard par David Lean : sorti sous le nom de « Madeleine », avec Ann Todd dans le rôle, il est de bien meilleure facture que celui de Stevenson. L’histoire a également intéressé la télévision, et on trouve dès 1949 un « Trial of Madeleine Smith », réalisé par John Gough, toujours au Royaune-Uni.


Allez savoir pourquoi, ceux qui avaient des droits sur le film n’ont même pas songé à les renouveler, et « Dishonored lady » est ainsi tombé dans le domaine public ; ce qui, comme on le sait bien, est un grand malheur pour un film : personne ne voudra investir un kopek pour le restaurer de façon correcte. Fatalement, l’œuvre devient alors une proie pour les éditeurs de DVD bancals, ce qui a été le cas pour celui-ci l’an dernier. Cela m’a permis malgré tout d’en récupérer les sous-titres français, de facture correcte mais néanmoins avec quelques défauts que j’ai pu corriger. Côté vidéo, comme vous vous en doutez, ça n’est pas terrible ; le serveur uloz propose un fichier de qualité légèrement meilleure, mais auquel il manque malheureusement une séquence d’une demi-minute… J’ai bien essayé de bricoler un montage afin d’insérer ladite séquence, mais bouh ! ça marchait pas, je me suis embrouillé dans une histoire de codecs, et puis ah! l’informatique ça me gonfle, scrogneugneu…

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