CHANTAGE

 (VOSTFR)


Réalisation : H. C. Potter 

Casting : Edward G. Robinson, Ruth Hussey, Gene Lockhart

Durée : 81 min

Année : 1939

Pays : USA

Genre : Policier, Drame, Thriller 


Histoire : Un ancien évadé d’un pénitencier, reconverti en patron d’une société spécialisée dans l’extinction des puits de pétrole en feu, est rattrapé par son passé lorsque débarque un homme qui va s’employer à le faire chanter.



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Pas le genre de film qui marque durablement l’esprit… Mais bon, comme il y a Edward G. Robinson, on ne s’interdira pas d’aller y jeter un coup d’œil. Le célèbre acteur y confirme un tournant de sa carrière entamé en cette fin des années 30, consistant à délaisser l’image du « Little Caesar » au profit de son exact contraire, celle du brave type. Mais quand on revient d’aussi loin dans le crime, ce genre de rédemption à l’écran ne peut se faire que progressivement : il ne s’agit pas non plus de trop dérouter son public. Aussi Robinson va-t-il continuer à jouer les durs, mais en mettant à partir de 1938 sa sale trogne au service de la loi (« I am the law », « Confessions of a nazi spy »), histoire d’amorcer en douceur sa conversion en gentil bougre ; dans la décennie suivante, le tour sera joué pour de bon, et il finira même par aller jouer les victimes affables chez Fritz Lang. Tourné en 1939, « Blackmail » s’avère être une parfaite transition, son scénario un peu trop hétéroclite permettant à l’acteur de jouer tous ces registres à la fois, passés et futurs : on le verra donc encore une fois détaler avec toutes les polices à ses trousses, comme à la Warner, mais aussi exercer un métier tout à fait honorable (quoique taillé sur mesure pour un vrai « tough guy ») ainsi que jouer au père de famille attentionné, et même commencer discrètement à jouer les victimes de coups tordus, voilà qui est nouveau. Vous me direz qu’avec un tel festival de robinsonnades, on va passer un sacré bon moment ; alors je ne dis certes pas qu’on va s’ennuyer, mais avec un film aussi mal fichu, il sera difficile de s’en souvenir plus de trois jours.

D’emblée, le fait que ce soit la MGM qui produise ce métrage a de quoi éveiller certains soupçons. Que le studio se soit fait prêter par la Warner Bros une de ses têtes de gondole n’est pas un problème en soi ; mais on ne comprend pas bien le but de la manœuvre dès lors qu’il s’agit de faire venir Robinson de sa maison-mère pour lui faire refaire exactement ce qu’il y faisait, mais en moins bien, comme c’était déjà le cas pour « The last gangster ». Certes, les histoires d’incendies de puits de pétrole qui viennent débuter et clore le film constituent un matériel original, en lien avec la transition que j’évoquais dans la carrière de l’acteur ; il n’empêche que toute la partie centrale, noyau dur de l’histoire, n’est qu’une vaine resucée de « I am a fugitive from a chain gang », produit-phare de la Warner sorti en 1932. Qui n’a jamais vu le célèbre film avec Paul Muni ne manquera pas de trouver de l’attrait à toutes ces scènes de bagne ; le problème est que nous connaissons tous ce grand classique sur le bout des doigts, et que « Blackmail » ne cherche même pas à s’en démarquer d’un iota : il s’agit exactement des mêmes scènes, mais nettement moins réussies. D’ailleurs, Muni faisait bien mieux l’affaire : on a beau apprécier beaucoup Edward G. Robinson, son embonpoint convient mal à l’évocation des rigueurs de la vie de bagnard, et le voir piquer un cent mètres pour échapper à ses gardiens, avec son allure fort peu athlétique, produit un fâcheux effet proche du comique involontaire. Ainsi certains choix scénaristiques de la MGM sur ce film paraissent difficilement compréhensibles, à moins que la compagnie n’ait cru naïvement que 7 années avaient suffi à ce qu’on oublie l’excellent film de Melvyn LeRoy. Quant à l’intrigue qui supporte l’ensemble, elle en vaut une autre, avec son lot d’invraisemblances comme partout ailleurs ; mais pourquoi diable avoir intitulé ce film « Blackmail » ? Car même ce titre trop banal (et déjà attribué à une œuvre fameuse) n’échappe pas à la maladresse : il est certes un peu question de chantage dans cette histoire , mais il s’agit beaucoup plus de vengeance ; d’ailleurs, le meilleur plan du film est celui où l’on voit Robinson taper à coup de pioches hargneux sur l’image de celui qui l’a dénoncé. Bref, « I was Monte-Cristo in a chain gang » eût sans doute été plus proche de la vérité, encore que cette vengeance soit d’un bien moindre calibre que celle d’Edmond Dantès, et la MGM bien moins inspirée sur ce coup-là que la Warner l’avait été dans le film avec Muni.


Pour autant, un ratage n’est pas nécessairement une catastrophe, et « Blackmail » trouve malgré tout quelques points d’appui pour solliciter la clémence du jury. A cet effet, avoir un bon méchant est un bon argument de défense, surtout si celui-ci présente quelques singularités intéressantes. On notera tout d’abord qu’il s’agit d’un vilain « à l’européenne » (pour voir ce qui distingue les affreux de part et d’autre de l’Atlantique, voir ce que j’ai écrit sur « The frightened city »), génialement interprété par un Gene Lockhart inspiré comme jamais ; habitué à ce genre de rôle de salopard sournois, l’acteur se surpasse ici en veulerie suave, et finirait presque par voler la vedette à Edward G. Robinson. Concernant la trame du film, on peut sauver la partie pétrolière de l’histoire, avec la présentation d’un métier singulier et à haut risque consistant à aller éteindre les monstrueux incendies se déclenchant sur les champs pétrolifères, ici ceux de l’Oklahoma. Cette profession de casse-cou convient bien à des acteurs ayant l’habitude d’incarner les hommes à poigne, et c’est d’ailleurs John Wayne qui se risquera à son tour, mais beaucoup plus tard, à jouer les pompiers de l’extrême dans « Hellfighters ». Quant à Robinson, il est bien sûr très à l’aise dans ce registre de travailleur intrépide, un type de rôle qu’il reprendra deux ans plus tard dans « Manpower », film dans lequel il s’occupera cette fois de câbles à haute tension. Concernant « Blackmail », cela nous vaut d’impressionnantes scènes d’incendies au début et à la fin du film, et il semble que la production se soit même fendue de la construction d’un puits de pétrole pour pouvoir les mener à bien : tout cela est fort réussi, on ne peut que le reconnaître. Enfin, un mot sur le réalisateur H.C. Potter, dont le choix par la MGM pour réaliser ce film a de quoi surprendre, ce metteur en scène de théâtre et de cinéma étant habituellement porté sur la légèreté : il est en effet surtout connu pour « Hellzapoppin », et « Blackmail » constitue donc une de ses très rares incursions dans le registre dramatique.

Sous-titrage issu d’une diffusion sur TCM, que j’ai extrait, entièrement redécoupé, parfois complété et synchronisé sur un fichier DVDrip de qualité correcte.



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