HD
(VOSTFR)
Réalisation : Irving Cummings, Raoul Walsh
Casting : Warner Baxter, Edmund Lowe, Dorothy Burgess
Durée : 98 min
Année : 1928
Pays : USA
Genre : Western
Histoire : Cisco Kid est un bandit qui arrive à avoir toujours un temps d’avance sur le Sergent Mickey Dunn. Son intérêt pour Tonia Maria, une Mexicaine, mène presque à son arrestation, car elle est au service du sergent. Le Kid arrivera à s’échapper en montant un traquenard dans lequel Tonia sera du sergent.
M4V HDLight 1080p 1.50 Go VOSTFR perso
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N’en doutons pas, suite à mon post de la semaine dernière, vous voilà tous devenus incollables sur l’évolution des procédés techniques qui ont conduit le cinéma parlant à supplanter définitivement, en 1930, le cinéma muet. Les procédés Vitaphone, les pistes à densité fixe et les transcriptions optiques du son n’ayant plus aucun secret pour vous, il ne nous reste plus qu’à nous mettre aux travaux pratiques ! Ouf, on va enfin pouvoir sortir de notre confinement en laboratoire, et puisqu’il s’agit de prendre le grand air, allons-y franchement : je vous propose de nous rendre dans les canyons de l’Ouest américain, ou plutôt d’y retourner, vu que nous étions déjà allés les visiter il y a trois semaines, en compagnie de Douglas Fairbanks si vous vous souvenez bien. Oui mais trois semaines, sur Warning Zone c’est une éternité, car à ce moment-là personne à l’écran n’avait proféré le moindre son, tout était resté désespérément muet. Eh bien cette fois-ci, c’est donc équipés de perches, de microphones et avec une petite équipe de preneurs de son que nous y retournons, afin que cowboys, Indiens et tuniques bleues puissent enfin exprimer de vive voix leurs contentieux avant de les régler à coups de colt 45. Enfin, euh… restons tout de même modestes dans nos objectifs de sonorisation, et les perches pourront par exemple rester au placard ; car tout cela, vous allez le voir, restera techniquement assez rudimentaire. Après tout, nous ne sommes qu’en 1928, et quelques perfectionnements seront encore nécessaires avant que le cinéma parlant puisse réellement partir à la conquête du monde. Néanmoins, un premier pas décisif est franchi, et c’est cela qui compte. Alors, on y va ? Embarquez !
Je parlais d’un premier pas ; oui, mais lequel précisément ? Exit la Warner Bros, son Vitaphone et son « Chanteur de jazz », tout cela est vite dépassé car trop contraignant pour les distributeurs et les projectionnistes : le fait d’avoir des supports séparés pour le son et l’image est lourd à gérer, avec des procédés de synchronisation complexes et qui en outre ne se montrent pas d’une grande fiabilité. Or le principe sacro-saint du cinéma parlant tient dans une parfaite adéquation entre ce que le spectateur entend et le mouvement des lèvres à l’écran ; nos repackeurs actuels en savent quelque chose, eux qui s’échinent à recoller des VF sur des VO. Bref, le son optique, avec son support unique qui résolvait tous ces problèmes de synchronisation, allait fatalement supplanter les procédés de son sur disque, malgré le fait qu’à ses débuts le rendu sonore était de moindre qualité qu’avec le Vitaphone. Et c’est la 20th Century Fox qui, en 1927, va reprendre les procédés de son sur film déjà expérimentés par William Dickson, et tenter de les rendre exploitables à grande échelle. Les premières tentatives comme le Movietone ne furent pas concluantes ; il fallut attendre l’année suivante la mise au point d’un procédé plus fiable, le Photophone, utilisant une piste son à densité fixe, pour que la Fox puisse envisager la production d’un long-métrage parlant, « In old Arizona », que je vous propose donc aujourd’hui. Il ne s’agit pas pour autant du premier long-métrage parlant, lequel est « Lights of New York », conçu par la Warner au début de 1928, en Vitaphone et en studios. Tourné quelques mois plus tard, « In old Arizona » est donc en fait le tout premier long-métrage parlant utilisant la technique du son sur film, mais c’est aussi, et c’est là son titre de gloire le plus connu, le premier film parlant tourné en extérieur. A ce titre, ceux qui auront regardé « The soundman », un des documentaires que j’avais proposés la semaine dernière, ont déjà pu découvrir quelques extraits du film, et savent même dans quel buisson était caché le micro lors d’une scène au grand air… Ils ont aussi vu, par comparaison, comment était réalisée une prise de son dans un western plus moderne des années 40, et que les techniques de prise de son s’étaient grandement amélioré en l’espace de deux décennies ; aussi ne serez-vous guère surpris de constater, comme je vous l’ai dit précédemment, à quel point la sonorisation de « In old Arizona » paraît rudimentaire, voire défaillante par moment. On s’en aperçoit notamment dans la gestion hasardeuse des volumes entre premier plan et arrière-plans sonores, l’étroitesse de la bande passante qui oblige les acteurs à une diction très marquée, ainsi qu’une gestuelle contrainte par le fait de devoir rester peu ou prou à équidistance d’un microphone fixe. Quant au film lui-même, s’il revêt une importance certaine dans l’historiographie du western, vous ne devrez cependant pas en attendre des merveilles en termes strictement cinématographiques, comme on va le voir maintenant.
Il faut dire que le tournage de « In old Arizona » fut un parcours semé d’embûches, et pas seulement celles, que l’on devine à chaque plan, liées à la sonorisation. Car la malchance frappa d’emblée Raoul Walsh, à qui la Fox avait non seulement proposé de réaliser le film, mais également d’en assurer un des deux rôles masculins, le plus emblématique qui plus est, celui de Cisco Kid. En effet, alors que Walsh se rendait en automobile sur un des lieux de tournage (le Zion National Park dans l’Utah), un lièvre effrayé par les phares sauta sur le pare-brise, lequel vola en éclats. Blessé par des morceaux de verre, Raoul Walsh va perdre ainsi l’usage d’un œil, devenant ainsi avec Ford et plus tard Lang un des fameux « 3 borgnes d’Hollywood » ; il est alors remplacé sur le tournage par Irving Cummings pour la mise en scène, et par Buddy Roosevelt pour le rôle. Mais voilà que ce dernier se casse la jambe, et c’est finalement Warner Baxter qui interprétera Cisco Kid… Il est difficile de savoir exactement quelle part du film revient à Raoul Walsh, mais il semble raisonnable de lui attribuer ces très beaux plans d’ouverture qui installent l’ambiance mexicaine de ce western. Patrick Brion, quant à lui, émet l’hypothèse que c’est Walsh qu’on aperçoit à cheval lors de certains plans dans lesquels Cisco Kid est filmé de loin. Il lui attribue également la paternité des dialogues, en soulignant le caractère très osé de ceux-ci lors des scènes de séduction entre Dorothy Burgess et les protagonistes masculins. Ce dernier point me paraît tout à fait vraisemblable, surtout si l’on songe à d’autres westerns tournés par Walsh, comme « Along the great divide », dont les dialogues contiennent eux aussi des allusions salaces. Mais l’arme est à double tranchant ; car si cette coquinerie pré-code des dialogues fait plaisir à entendre par la liberté sexuelle qu’elle suggère, elle contient aussi en germe certains aspects déplaisants du film lorsqu’elle rencontre les problématiques liées à la sonorisation. Je m’explique. Tout d’abord, on comprendra aisément que la nouveauté que constitue le parlant ait pu affecter profondément l’écriture du film ; or les producteurs ont fait cela de manière irréfléchie à la manière d’un gamin qui, ne pouvant se modérer devant une boîte de chocolats, termine avec un mal au ventre. Il en résulte un film affreusement bavard, quasiment dépourvu d’action (ce qui est fâcheux, pour un western), et dont les contraintes techniques liées à la sonorisation imposent qui plus est une certaine mollesse à ces séquences dialoguées : la diction est traînante, les dialogues égrainés d’un ton fort peu naturel dont la surexpressivité est le prolongement direct des tics du cinéma muet. On peut certes se montrer indulgent envers ce qui relève des aléas de forme liés à l’innovation technologique, mais le problème de « In old Arizona » est que même le fond est discutable, le film ayant bien souvent tendance à tomber carrément dans le mauvais goût. Il en va ainsi de toutes ces scènes de séduction et de tromperies qui constituent l’essentiel de l’œuvre, et qui véhiculent une misogynie tellement appuyée que même lorsque l’on tente de la relativiser en regard de l’ancienneté du film, on la trouve malgré tout fort malaisante. Ajoutez à cela des accents xénophobes, lors d’une scène où l’on se moque de l’accent du barbier italien, qu’on surnomme Garibaldi, ou d’une autre durant laquelle on se paye la tête de deux Chinois, et vous comprendrez que le caractère osé que j’évoquais pour les dialogues finissent par relever davantage d’une beaufitude peu glorieuse que d’une transgression plaisante. Dommage, car puisque la Fox se vantait de produire un film parlant tourné en extérieurs, il eût mieux valu nous montrer davantage de ces paysages de l’Ouest (parc Zion, vallée San Fernando, désert de Mojave), pourtant joliment photographiés par Arthur Edeson, que de nous infliger ces consternantes facéties plus ou moins bien sonorisées.
Malgré tout, « In old Arizona » fait incontestablement date dans le western, et cela est évident pour qui connaît un peu le devenir du genre dans les années 30 et 40. Tout d’abord, sonorisation oblige, c’est un film où l’on pousse volontiers la chansonnette, à tout bout de champ mais sans non plus s’appesantir vers un film musical, cette relative modération étant à mettre au crédit des auteurs. Et ce fut ainsi le lancement des fameux « singing cowboys » qui allaient peupler les westerns de série Z jusque dans les années 40. Et puis, surtout, il y a cette figure promise à un bel avenir, incarnée ici sous le nom Cisco Kid, celle d’un bandit flamboyant, hâbleur et joli cœur, tout à la fois du mauvais côté de la loi mais chevaleresque à sa manière. Fascinant par son ambigüité même, auréolé de son panache, ce type de personnage très littéraire, qui renvoie davantage au roman picaresque qu’à la réalité des villes-frontières américaines, s’avère être très cinématographique ; et Warner Baxter, malgré les défauts du film, parvient à lui donner une expression convaincante : il reçut d’ailleurs un oscar pour son interprétation. Elégant mais impitoyable, charmeur et malin, ce curieux bandit se montre également poète (écoutez son évocation nostalgique du Portugal, très ovidienne) voire même philosophe (réflexion stoïque sur sa condition, empreinte de fatalisme). Un personnage attachant, incontestablement, et dont on trouvera par la suite de nombreuses déclinaisons dans le western ou le cinéma d’aventure ; peut-être même pourrait-on voir dans le fameux « Bandit » d’Edgar Ulmer un lointain descendant de cet étonnant hors-la-loi qui constitue au fond la seule bonne raison (mais elle vaut le détour) de regarder « In old Arizona ». Quant au nom de « Cisco Kid », il existait depuis 1907 ; né sous la plume de l’écrivain William Porter, le personnage n’avait été cependant jusqu’ici qu’un énième tueur brutal et sans pitié, et c’est donc effectivement Walsh et Cummings qui créèrent cette nouvelle figure de caballero mexicain élégant et magnanime. Voilà qui le promettait à un bel avenir, et c’est donc sans surprise qu’on retrouvera Cisco Kid largement décliné par la suite : Werner Baxter l’interprètera à nouveau dans plusieurs films des années 30, puis dans les années 40 par d’autres acteurs, dont Gilbert Roland, inévitablement. Mais l’infatigable Cisco Kid, avec son sombrero et son teint hâlé, ne s’en tint pas au cinéma et fut aussi le héros de feuilletons radiophoniques, de bandes dessinées, puis de la télévision dans les années 50, ce qui en fait un des plus grands personnages fictifs de la mythologie populaire du Far West.
Sous-titrage effectué par mes soins, avec traduction des sous-titres anglais et refonte du timing, des scindages et tout le tintouin qui vise à vous assurer le maximum de confort, le tout sur une vidéo type BRrip. Caramba !
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