DOCUMENTAIRES
(VOSTFR)
On n’arrête pas le progrès… Mais si aujourd’hui, à l’heure du 5.1 et du surrond, la sonorisation des films nous paraît une évidence, c’est qu’on a oublié que sa mise au point il y a près d’un siècle fut un parcours semé d’embûches technologiques, commerciales et artistiques. Et croire qu’un beau matin de 1929 ou 1930, les cinéphiles se sont réveillés en découvrant à l’affiche des films devenus subitement parlants, alors que la veille ils en étaient encore à devoir lire des intertitres, ce serait faire fi de toute une histoire, débutée dans les dernières années du XIXe siècle, durant laquelle ingénieurs, cinéastes et distributeurs se sont creusé la tête pour tenter de mettre au point un moyen fiable de joindre la parole au geste. Je n’ai cependant pas l’intention de retracer ici cette passionnante quête du son au cinéma, et je vous renvoie pour cela à l’article « cinéma sonore » sur wikipédia, très bien fait et qui vous servira de préalable utile à quelques petits compléments que je vous propose ce mercredi, sous la forme de 4 documentaires américains datés des années 40-50 et consacrés à ce sujet. En outre, vous trouverez à la fin de ce post, en guise de bonus, une petite surprise qui, à défaut de présenter un intérêt artistique très probant, recèle en revanche un intérêt historique de premier plan. Enfin, ce sujet consacré au cinéma parlant aura un prolongement la semaine prochaine, où je vous présenterai un autre bonus plus conséquent et qui bénéficiera d’un post pour lui tout seul. Vous avez le programme, c’est parti !
OKAY FOR SOUND (1946)
https://1fichier.com/?70zgmp1plad22fxu0umb
THE SOUNDMAN (1950)
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Les deux premiers documentaires, « Okay for sound » et « The soundman », bien qu’étant semble-t-il les plus connus, sont pourtant ceux qui me paraissent d’un moindre intérêt. Leur point de vue sur la sonorisation des films est essentiellement historique pour le premier, et à la fois historique et technique pour le second. Produit par la Warner, « Okay for sound » a été présenté en 1946 en accompagnement de la sortie de « Nuit et jour » de Curtiz, et se présente comme une commémoration du 20e anniversaire de la soirée du 5 août 1926, au cours de laquelle la compagnie inaugura le procédé Vitaphone en présentant son « Don Juan », premier long-métrage sonore de l’histoire du cinéma. Sonore, oui, mais pas encore parlant : il s’agissait d’un accompagnement de musique et de bruitages, les dialogues du film restant intertitrés. La programmation incluait également quelques « soundies » que nous présente également le documentaire, tout en rendant hommage aux grandes inventions d’Edison, Bell et De Forest ayant trait à la restitution des sons. Dès lors, on ne sera guère étonné qu’« Okay for sound » prenne surtout la forme d’une auto-célébration de la Warner Bros, qui en profite pour nous faire la promotion rébarbative de quelques-uns de ces produits à l’affiche en 1946, ce qui nous vaut toute une seconde partie sans aucun intérêt. Plus intéressant est « The soundman » (1950), produit par l’Academy of Motion Pictures Arts & Sciences, qui présente quelques long-métrages ayant jalonné l’histoire du cinéma sonore des années 20 : non seulement ceux de la Warner en Vitaphone comme « Le chanteur de jazz », mais aussi les premiers films à son optique des autres compagnies. Or c’est l’éclairage davantage technique apporté par « The soundman » qui le rend plus enrichissant que le documentaire précédent ; en effet, le film s’attache ensuite à nous montrer le travail effectué sur les films par les techniciens du son, en particulier ceux qui opéraient alors en studio pour mixer les différentes pistes élaborées soit lors des prises de vue (dialogues), soit en puisant dans d’immenses sonothèques fournissant l’essentiel des ambiances sonores. « The soundman » prend alors l’allure d’un hommage mérité à toutes ces petites mains du cinéma, tous ces indispensables techniciens plus ou moins anonymes auxquels on délivre certes des récompenses annuelles, mais sans le crépitement des flashs.
SOUND RECORDING FOR MOTION PICTURES (1959)
https://1fichier.com/?lbfdqgkjibjxzei9zjq5
Mais ma préférence va cependant aux deux autres documentaires de ce petit programme, deux petites perles certainement moins glamour que les films précédents (on n’y verra aucun extrait d’œuvre), car ne visant cette fois que des aspects purement techniques, et réalisées visiblement à des fins pédagogiques, ce qui nous vaut force croquis et schémas parfois agrémentés de petites animations, et une voix-off qui n’hésite pas à répéter histoire qu’on ait bien compris… Du sérieux, quoi ! Produit en 1959 par le Centre Audiovisuel de l’Université de l’Indiana, « Sound recording for motion pictures » se situe dans le prolongement de « The soundman » en se consacrant lui aussi au travail des techniciens du son, mais en s’attachant pour sa part à ceux qui opèrent in situ. Il s’agit donc de prise de son, plus précisément en intérieur ; le film nous montre alors, de manière très didactique, les trois problèmes auxquels se trouve confrontée la petite équipe de preneurs de son, la façon qu’ils ont de les résoudre ainsi que la manière dont se répartissent les tâches. C’est simple, clair et bien fait, tout comme l’est le dernier documentaire que je vous propose, « Sound recording and reproduction », produit en 1943 par Encyclopædia Britannica Films, qui aborde quant à lui un tout autre aspect de la sonorisation des films, en nous expliquant le fonctionnement technologique du procédé dit du « son sur film », lequel a rapidement supplanté le Vitaphone à la fin des années 20 en proposant cette fois-ci un support unique pour l’image et le son. Là encore, le documentaire ne donne aucun point de vue historique, mais nous fournit une explication précise du chemin emprunté par le son depuis le plateau de tournage jusqu’à sa restitution dans nos salles de cinéma couplé à l’image sur de la pellicule 35 mm, tout au moins comme cela se faisait avant l’ère numérique. Et après avoir regardé ça, on a appris des tas de choses intéressantes concernant les pistes sonores à densité fixe ou variable, les valves optiques ou les cellules photoélectriques : tant mieux, en plus ça nous a un peu changé des bagarres de saloon, des espions soviétiques et des envahisseurs extragalactiques.
SOUND RECORDING AND REPRODUCTION (1943)
https://1fichier.com/?a8sf6hhkzzei94o98h2h
Enfin, en guise de bonus, je vous propose un petit court-métrage qui a fait date : si le premier film sonore date de 1895, le premier film parlant, lui, date de 1926. Et il ne s’agit pas du « Chanteur de jazz », qui lui est le premier long-métrage parlant ; or il avait été précédé d’un coup d’essai d’une seule bobine, produit par la Warner quelques mois après ce 5 août 1926 que j’ai évoqué précédemment. Il s’agit donc d’un film sonorisé en Vitaphone, intitulé « A plantation act », avec Al Jolson qui certes interprète 3 chansonnettes, mais qui surtout se met à parler aux spectateurs à chaque intermède, en leur disant notamment « You ain’t heard nothin’ yet ». Et de fait, on n’avait encore jamais entendu ça… Le public fut tout autant surpris que ravi de cette étrange connivence créée ainsi avec le personnage sur l’écran, voilà qui était totalement inédit. Encore que, cela ne l’était pas tout à fait en vérité, et mon pari de vous proposer le tout premier « talkie » peut apparaître présomptueuse. En effet, la quête du premier film parlant nous renvoie encore à cette fameuse soirée du 5 août, dont le programme débutait par un discours filmé de 4 minutes dans lequel s’exprimait le porte-parole de l’industrie cinématographique, William Hays, le même qui a donné son nom au fameux Hays. Eh bien tant pis pour lui ! N’ayant aucune sympathie pour les manieurs de ciseaux, je choisis donc d’ignorer le petit speech de ce fichu puritain, président du bureau national du Parti républicain… Et puis tenez, comme j’en suis à régler des comptes avec tous les censeurs épris de bien-pensance, passons à l’autre bord, baffe à droite, baffe à gauche : vous éviterez donc si possible de montrer « A plantation act » à vos amis woke, puisque Al Jolson arbore dans un film un de ces « blackface » désormais honnis ; sans quoi ces énervés seraient bien capables, à l’issue de leur crise de nerf, d’aller déboulonner la statue de Jany qui orne votre jardin…
A PLANTATION ACT(1926)
https://1fichier.com/?jzqp8mzqp6d0b4m9do5w
Sous-titrage entièrement « homemade » pour les 5 films proposés. Pour « Okay for sound », traduction indirecte d’après des sous-titres espagnols. Pour les 3 autres documentaires, traduction d’après des sous-titres anglais auto-générés par youtube, d’où la présence de deux ou trois « ??? », sans gravité. Enfin, pour « A plantation act », traduction des chansons à l’aide des paroles en anglais trouvées ci et là sur le net. Et suite la semaine prochaine de ce sujet consacré aux premiers « talkies ».
Un partage et une traduction de








