ROBIN DES BOIS

 HD

(VOSTFR)


Réalisation : Allan Dwan

Casting : Douglas Fairbanks, Alan Hale, Wallace Beery

Durée : 133 min

Année : 1922

Pays : USA

Genre : Aventure


Les aventures de Robin des Bois confronté au Prince John. Celui-ci est devenu tyrannique envers son peuple depuis le départ de son père, le Roi Richard.


M4V HDLight 1080p 2.22 Go VOSTFR perso

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Même après de nombreuses années de cinéphilie acharnée, certains grands classiques nous ont malgré tout échappés, inévitablement, alors même qu’on a avalé sans sourciller un nombre conséquent de navets plus ou moins avouables… En ce qui me concerne, je n’avais jamais pris le temps de regarder une de ces fameuses productions d’aventures muettes mettant à l’affiche le virevoltant Douglas Fairbanks. Mais voilà la chose faite avec ce « Robin des Bois », et c’est avec les cheveux encore ébouriffés et 36 chandelles autour de la tête que je peux vous déclarer sans ambages que l’expérience aura été un vrai moment de bonheur. Quel brio !


Certes, le film n’est pas exempt de certains défauts, notamment une partie introductive tellement étirée que Robin des Bois n’apparaît véritablement que dans le dernier tiers de l’histoire, les choses s’accélérant alors subitement au point d’expédier un peu rapidement l’introduction des indispensables Joyeux Compagnons venant étoffer la légende ; quant à la réalisation d’Allan Dwan, sans être déméritante elle ne constitue en rien le pendant aux prouesses acrobatiques de Fairbanks. Mais les atouts du film l’emportent incontestablement sur ces quelques réserves, en lui donnant à ce côté très spectaculaire propre à ce qu’on appelle de nos jours un « blockbuster » réussi. Pour cela, il y a d’une part le gigantisme de la production, dont la démesure nous surprend encore aujourd’hui, à tel point que nos actuels films de super-héros, même les plus dispendieux, semblent en comparaison ne bénéficier que de moyens un peu étriqués. Lors de cette époque héroïque du 7e art, la reconstruction en dur d’une forteresse médiévale pour les besoin d’un tournage ne faisait pas peur à la production cinématographique : sans doute est-ce le signe que le temps des années folles était-il réellement insouciant, et qu’il faudra attendre 1929 pour que la crise économique cesse d’être un concept purement théorique. Quant à l’autre composante spectaculaire du film, elle tient bien évidemment dans l’incroyable prestation de Douglas Fairbanks, lorsqu’il consent enfin après plus d’une heure de film à déposer son heaume et sa cotte de mailles pour revêtir le collant et la toque à plume, à se saisir de l’arc et des flèches, afin de nous gratifier d’une hallucinante succession de cabrioles exécutées avec un entrain communicatif. A l’exception peut-être de Bruce Lee, jamais la performance d’un acteur de cinéma n’aura été plus proche de celle d’un athlète. Et en l’occurrence, c’est à un gymnaste que Fairbanks m’a fait penser spontanément ; il en reprend d’ailleurs l’exacte gestuelle, en clôturant chacune de ses prouesses par une pose caractéristique : corps tendu, pied gauche avancé, tête dressée, bras écartés l’un pointant vers le ciel et l’autre vers la droite. Podium et médaille d’or, sans discussion possible !

Concernant ces « blockbusters » du cinéma muet, une comparaison, ou plutôt une opposition, me semble intéressante à souligner, entre ce film et une autre méga-production de l’époque, « Notre-Dame de Paris ». Ces deux films proposent deux visions fantasmées et antagonistes du Moyen Age tel qu’il est figuré classiquement par la culture populaire. D’un côté, on trouve ce que les anglo-saxons appellent le « dark middle ages », dont la source probable se trouve dans le courant romantique du début du XIXe siècle et dont un des actes fondateurs serait la parution du « Notre-Dame de Paris » de Hugo : un Moyen Age violent, sombre et torturé, où le fanatisme, le complot et l’injustice sont les moteurs implacables des événements, et où le peuple opprimé est présenté de manière tout aussi inquiétante que le sont les turpitudes des autorités ecclésiastiques ou séculières ; cette représentation a d’ailleurs toujours le vent en poupe, il n’y a qu’à voir le récent succès d’une série comme « Games of throne ». Or, à l’opposé des cryptes sinistres où évolue Lon Chaney dans le film de Worsley, Allan Dwan filme un Douglas Fairbanks jovial et vibrionnant qui incarne une toute autre vision du Moyen-Age ; une vision dans laquelle la révolte du petit peuple prend les airs d’une jacquerie joyeuse et champêtre, et où ses rapports avec son souverain légitime sont faits de bienveillance et de loyauté. Certes, le Moyen Age sombre n’est jamais bien loin, et la figure menaçante du prince Jean est là pour l’incarner ; mais il n’empêche que la figure de Robin des Bois, après un parcours sinueux depuis ses origines dans la chanson de geste, a fini par se figer dans une certaine image de l’insouciance agreste, heureuse et chantante, et la guerre qu’il mène tient plus de la bonne farce que du combat âpre et cruel.

Enfin, un mot sur un aspect du cinéma muet sur lequel il est rare qu’on s’épanche, tant il n’est en général qu’un simple accessoire nécessaire : les cartons qui entrecoupent les prises de vue. En effet, « Robin des Bois » est un film pour lequel la rédaction des intertitres a vraisemblablement bénéficié d’une attention particulière de la part des producteurs. A tel point que, j’en fais l’humble aveu, le travail de sous-titrage, auquel pourtant je m’efforce en général d’apporter tout le soin possible, a échoué ici à retranscrire la tonalité d’un texte écrit dans une sorte d’anglais médiéval un peu décalé, qui cherche par moment à revêtir une touche d’incongruité comique. Tant et si bien que « Robin des Bois » contient ce qui est, semble-t-il, un des cartons les plus célèbres de tout le cinéma muet, lorsque Frère Tuck, avant d’affronter un chevalier casqué, lui déclare : « I’ll knop your scop »… Je suis parfaitement honteux de la platitude avec laquelle j’ai sous-titré cette phrase d’une délicieuse drôlerie surréaliste, mais tout à fait intraduisible. Plus généralement, pour retranscrire les intertitres de manière satisfaisante, il aurait fallu que j’utilise des formules désuètes issues de la Chanson de Roland, ce dont je suis déjà incapable, tout en faisant preuve d’assez d’imagination pour parvenir à leur insuffler une connotation discrètement parodique. Et dire que je n’ai jamais regardé « Les visiteurs »… Bref, la tâche était bien au-dessus de mes capacités, et je le regrette bien évidemment ; alors à défaut de la tonalité, ma traduction sera parvenue, je l’espère, à respecter au moins l’exactitude de sens des cartons anglais.


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