LA VEUVE JOYEUSE

(VOSTFR)

 

L’opérette autrichienne créée à l’origine en 1905 par Franz Lehar a connu un succès retentissant dès ses premières représentations, et fut rapidement déclinée en plusieurs versions en vue de parcourir l’Europe. La célébrité de « La veuve joyeuse » n’ayant pas décru à l’issue du premier conflit mondial, c’est tout naturellement que le cinéma allait s’en emparer, et cela dès 1918. Ces versions pour grand puis pour petit écran sont trop nombreuses pour être toutes citées, mais les plus connues et accessibles sont celles de 1925, 1934 et 1952. Ce sont les deux premières que je vous propose ici, en délaissant celle tournée par Curtis Bernhardt avec Lana Turner, que je n’ai pas vue mais qui a une assez faible réputation. L’histoire que raconte cette opérette appartient au genre dit de la « romance ruritanienne », c’est-à-dire évoquant un de ces royaumes imaginaires perdus dans les montagnes d’Europe centrale, et dont les exemples les plus connus se trouvent dans la littérature (« Le prisonnier de Zenda » d’Anthony Hope) et dans la bande dessinée (« Le sceptre d’Ottokar » de Hergé). Dans « La veuve joyeuse », ce royaume d’opérette prend le nom de Pontévédro, et il est une référence à peine voilée au royaume du Monténégro, lequel était effectivement en faillite à cette époque. La version française utilisera le nom de Marsovie ou Marshovie, et c’est ce nom qui est repris dans l’adaptation tournée en 1934. Pour celle de 1925, le nom choisi par von Stroheim et ses scénaristes est le Monteblanco.


LA VEUVE JOYEUSE (1925)

Dans un royaume d’Europe centrale, un prince et son cousin s’affrontent pour faire revenir une jeune veuve fortunée dont ils sont amoureux.


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Les deux versions cinématographiques qui nous intéressent ici sont de tonalités très différentes, et ont si peu de choses en commun qu’elles sont difficilement comparables. Celle de 1934 offre une légèreté sans doute plus proche de l’esprit originel de l’opérette, d’autant plus que la sonorisation lui permet d’offrir l’aspect d’un film musical. Le ton comique, omniprésent, contient tout ce qui caractérise l’art et la manière de Lubitsch, pour le plus grand plaisir du spectateur : la mécanique du quiproquo y opère à merveille, ainsi que celle du sous-entendu salace, les deux fonctionnant de pair et de façon savoureuse. Tant et si bien que le film s’attira les foudres de la censure bien-pensante, la pression sur Hays des ligues morales catholiques se faisant cette année-là de plus en plus insistantes. Il en résultera un certain nombre de coupes tout à fait navrantes, mais qui fort heureusement ne furent pas perpétrées sur le négatif : c’est donc bien la version voulue par Lubitsch que nous pouvons voir aujourd’hui.



LA VEUVE JOYEUSE (1934)

Surpris par le roi dans le boudoir de la reine, le prince Danilo est contraint pour se racheter d’aller séduire une jeune et jolie veuve émigrée à Paris, dont l’immense fortune est nécessaire au rétablissement des finances du royaume. Évidemment, rien ne se passera comme prévu…


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Eric von Stroheim, en 1925, avait quant à lui pris un parti très différent, en donnant une interprétation beaucoup plus personnelle de cette histoire ; ne pouvant s’attacher à être musical, le réalisateur en profite pour se détacher également de la tonalité comique voulue par l’opérette. Il en résulte une oeuvre qui s’inscrit clairement dans les canons du mélodrame. Von Stroheim va pour cela développer une longue première partie balkanique, ne reléguant qu’au dernier tiers la partie parisienne de l’histoire à laquelle s’attachait pourtant l’opérette originelle, et par conséquent le film de 1934. La tonalité est donc bien plus dramatique, et l’introduction par Von Stroheim d’un personnage de méchant ignoble (interprétation haute en couleur de Roy d’Arcy) venant contrecarrer la romance de Danilo est l’idée maîtresse pour créer une ambiance mélodramatique particulièrement flamboyante. 

Et s’il me faut donner ma préférence entre ces deux oeuvres si différentes, je la donne volontiers à cette version de 1925, si réussie que les 140 minutes du film paraissent défiler à toute vitesse. En outre, John Gilbert y est impeccable, il campe merveilleusement un comte Danilo plein d’élégance. Or du côté de Lubitsch, le talent du metteur en scène n’est pas à remettre en cause, comme je l’ai dit plus haut ; le problème, c’est Maurice Chevalier… Avec son anglais des faubourgs parisiens et ses mimiques ridicules, il est quant à lui épouvantablement mauvais, on se demande si Benny Hill n’aurait pas campé un comte Danilo plus séduisant… Bref, passons, et notons pour finir qu’une version française du film de Lubitsch fut tournée en parallèle, avec une distribution entièrement française et des dialogues écrits par Marcel Achard ; mais aucune trace nulle part sur le net de cette version.

Pour les sous-titres du film de 1934, j’ai repris ceux issus d’un TVrip, que j’ai modifiés et complétés à l’aide de sous-titres anglais (pas forcément très fiables, d’ailleurs), puis redécoupés et synchronisés à un fichier HD d’excellente qualité. Pour ceux du film de 1925, j’ai repris une traduction effectuée par un certain JF Sturm mais dont il a fallu corriger l’orthographe et quelques contre-sens, le tout resynchronisé sur le meilleur fichier VO que j’ai pu trouver (chez RvJ, merci à eux).



Un partage et une traduction de

& SERGE pour la VF

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